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De plus,
il fallait, tactiquement, regrouper les forces israéliennes sur des
enclaves " coloniales " cohérentes sur le plan de
la gestion des flux humains, logistiques, économiques, mais aussi
militaires en abandonnant unilatéralement le
" mitage " des colonies. Colonies isolées
intenables dans la durée ou qui auraient continué à constituer des
risques d’abcès dangereux, démographiquement, politiquement et
militairement. Gaza ? Une prison, un no man lands sans
cohérence physique géographique… mais par ce " coup
médiatique " une véritable " prise en
otage " du processus : Sharon n’était plus le
bourreau de Chatilla mais le sauveur de la paix, l’homme de la
raison et du compromis, l’homme Historique.
En réalité, cyniquement, la disparition d’Ariel Sharon inquiétait…
Mais elle inquiétait tous ceux qui voulaient ou étaient condamnés
à raisonner sur une histoire du passé, celle de la permanence du
rapport de force et de la " prévisibilité "…
De fait, avec la sortie de scène de Sharon, une porte se ferme sur
plus de 50 ans d’affrontement irréductibles. Devrait arriver une
nouvelle génération de politiques, formés ou, tout au moins,
ouverts, disponibles à d’autres logiques. Certains noms sont
connus, d’autres inconnus ; mais la nouvelle " contextualisation "
va les faire émerger, en Israël comme en Palestine. En ce sens, le
véritable héritier de Sharon pourrait être, non pas Ehud Olmert,
mais plutôt Tzipi Livni : incarnation de la fidélité idéologique
allié a un sens pragmatique similaire. Elle devrait apparaître comme
étant le numéro 1 bis du nouveau gouvernement israélien, avant
davantage.
Kadima en tête (28 sièges sur 120), mais sans atteindre les
résultats escomptés dans les sondages, des travaillistes (20
sièges) confortés dans leur rôle de
" duettistes ", une droite traditionnelle (Likoud
11 sièges) laminée au profit de nouvelles formations telles que le
parti russophone d’extrême droite Israël Beitenou (12
sièges) ou encore le parti des retraités (7 sièges), un parti Shass
sépharade (13 sièges) et des partis arabes obtenant en cumul 10
sièges.
Au regard de ce qui précède, force est de constater que la scène
politique israélienne apparaît fragmentée du fait du poids
croissant des intérêts sectoriels, même si dorénavant le pivot
central de la politique israélienne semble se situer au centre. Mais,
au-delà de cette fragmentation politique, il nous semble bien qu’il
existe toujours en Israël, au niveau de la population, un très fort
consensus politique interne autour des questions de sécurité, dans
une recherche de normalisation.
" Je suis prêt à renoncer au rêve d’un Grand Israël.
Nous sommes prêts à évacuer des Juifs qui vivent dans des
implantations pour vous permettre de réaliser votre rêve d’avoir
un Etat ". La fin du Grand Israël est la démonstration de
la réduction de l’espace : Beyrouth-Jérusalem, 180 km. Même
pas Paris-Le Mans. Même approche dans la problématique de la
définition des frontières israéliennes, ce qui serait une
normalité ressemble ici à une " révolution ".
Les tensions sont là et les politiques de résolutions absentes.
Or, il semble bien que nous soyons arrivés à un point de maturation
politique en Israël. Il y aura donc certainement beaucoup de
négociations pour permettre à la fois, l’évacuation de certaines
colonies, et la définition des frontières d’ici 2010. Mais ces
négociations auront lieu en interne. Elles ne concerneront pas les
Autorités palestiniennes. La politique israélienne sera donc
unilatérale par absence de partenaire palestinien crédible après la
victoire du Hamas. Israël devrait alors, en toute logique, procéder
à l’établissement d’une souveraineté totale des territoires
palestiniens, donnant naissance à deux Etats souverains, suivant pour
part, le tracé du mur de la sécurité. Dans le même temps, Israël
devrait renforcer le contrôle sur Jérusalem ainsi que sur certains
blocs d’implantations en Cisjordanie.
Mais, ce qui s’annonce être favorable pour Israël, ne l’est pas
forcément, ni pour les Palestiniens, ni pour l’ensemble du Proche
et Moyen-Orient. Ainsi, face à l’absence de négociations avec les
Israéliens, le Président palestinien Mahmoud Abbas tentera
" d’exister " en donnant son avis pour
contrebalancer le Hamas ; car le risque majeur est bel et bien
celui de la " destruction " des institutions
palestiniennes.
De fait, l’arrivée du Hamas marque aussi un événement marquant,
non seulement sur la scène palestinienne, mais surtout au
Moyen-Orient. Mais cela ne constitue absolument pas une
surprise : le soutien inconditionnel de l’Union Européenne à
Arafat ne permettait pas d’émettre ce sous-entendu… car il
dépassait la scène de la simple conflictualité israélo-arabe…
D’abord, paradoxalement, en replaçant à un niveau strictement
local, les spasmes. Mais, effet boomerang " idéo-islamiste "
lié au Hamas, immédiatement, cette dimension locale nous contraint
à envisager avec recul les faits et conséquences à un niveau
régional, voir plus.
Premier effet, le Hamas devra composer, tant sur le plan interne que
sur le plan externe. Au niveau interne, où le Hamas ne peut seul
imposer un changement constitutionnel, et devra
" composer " avec le représentant de son
opposition : le Président Mahmoud Abbas. De même, avec certains
alliés de circonstances, tels parfois des chrétiens. Enfin, toujours
sur le plan interne, en revisitant son programme politique afin de
satisfaire son électorat. Or, se situe là l’un des grands dangers
de la société palestinienne : sa
" balkanisation " par la multiplication des
groupes armés. La stratégie affirmée et déclarée du Hamas :
" le fusil dans une main, la politique et l’autorité dans
l’autre " ne fera donc qu’intensifier le risque de
dérapage interne, tout particulièrement lors de la prise de
contrôle par le gouvernement du Hamas, des forces de sécurité
palestinienne. Le risque d’affrontements civils (voire d’une
guerre civile) est important, d’autant plus que le Hamas devra
toujours s’opposer à l’extérieur à Israël. Le Hamas devra donc
chercher à s’affirmer sur le plan intérieur en déconstruisant l’œuvre
d’Arafat. D’où la nécessité de soutiens extérieurs. Sur le
plan extérieur, le Hamas recherchera des alliés régionaux afin de
renforcer certaines des alliances existantes aujourd’hui, tout
particulièrement avec la Syrie (qui abrite le leader du mouvement,
Khaled Meshaal), la Jordanie et l’Iran (dont le Président, Mahmoud
Ahmadinejab, avait rencontré en Syrie, juste avant les élections, ce
même Khaled Meshaal). Au-delà, le Hamas sera contraint de rechercher
des soutiens financiers importants (" l’Etat "
palestinien est en banqueroute), notamment auprès de l’Egypte et de
l’Arabie Saoudite, voire de conserver le soutien de l’Union
Européenne sans se décrédibiliser au niveau idéologique, ce qui ne
sera pas si simple qu’il ne pourrait y paraître…
Second effet, une remise en question de la diplomatie américaine (que
l’Union Européenne et la France particulièrement n’avait de
cesse de critiquer) et un constat d’échec pour la diplomatie
européenne (que les Etats-Unis n’avaient de cesse de combattre).
Bref, voilà contraints, américains et européens, de prendre leurs
distances avec la partie palestinienne (ce, en quoi, tente de s’opposer,
par ailleurs, le Président français). Cet éloignement des
diplomaties européenne et américaine sera d’autant plus patent,
que les difficultés, pour ces dernières, d’établir une ligne
politique claire, se renforcent.
Troisième et dernier effet, et non des moindres, la victoire du Hamas,
replace au cœur des enjeux, la problématique religieuse. Certes, des
élections libres ont eut lieu, tant en Irak, que dans les territoires
palestiniens (on relativisera ce propos pour l’Egypte). Mais,
partout, ce sont des " religieux " qui l’ont
emporté. Que ce soit les Frères Musulmans et leur
" percée " spectaculaire en Egypte, l’alliance
des Chiites en Irak, ou le Hamas. Or, le Hamas est une émanation des
Frères Musulmans, mouvement né en Egypte en 1928 et qui a produit
des théologiens de grande importance pour l’islam sunnite, tel que
Sayyid Qutb. Ce mouvement possède en outre de puissantes
ramifications dans plusieurs pays arabes, dont la Jordanie où il est
non seulement autorisé à participer à la vie politique mais aussi
à siéger au parlement. La victoire du Hamas dans les territoires
palestiniens est donc un succès pour l’ensemble de la confrérie
des Frères Musulmans et pour son idéologie.
Nous assistons donc, en réalité, à un bouleversement
géopolitique : le déplacement du centre de gravité du Proche
et Moyen-Orient, vers un " triangle islamiste
méridional " : Irak, Egypte, Arabie Saoudite, étant
les sommets. Mais, fait nouveau et paradoxal, il ne faut pas omettre l’Iran
chiite… De fait, si concrètement, la puissance d’un Etat se
mesure par rapport à sa capacité géopolitique de transformer son
environnement en fonction de ses intérêts, alors on perçoit la
nouvelle puissance iranienne. Les possibilités de développement
" indirects " sont désormais multiples : au
Liban, en Syrie, en Jordanie, en Egypte, en Arabie Saoudite, et
dorénavant dans les territoires palestiniens. L’arme nucléaire
serait alors un aboutissement logique de puissance pour l’Iran qui
voit ainsi, non seulement un renforcement de l’islamisme mais aussi
et surtout une nette amélioration de ses positions stratégiques.
Pour autant, deux logiques différentes semblent bien s’opposer. D’une
part, la logique iranienne d’affrontement ; d’autre part
celle de la participation politique. Cette dernière est celle choisie
par les Frères Musulmans (d’où leur condamnation par Ben Laden et
Al Zawahiri) et de leur " filiale " du Hamas. Et
cette participation politique implique l’acceptation de contraintes,
mais, pour des raisons tactiques et pour un temps donné…
Il faut donc dépasser l’enjeu israélo-arabe, ne plus (ne pas) se
focaliser sur le Hamas (ni même sur les
" exigences " actuelles posées à ce mouvement
que sont : renonciation à la violence, reconnaissance d’Israël
et respect des accords antérieurs qui ne seraient que tactiques et
temporaires), mais analyser la problématique de la participation
politique des mouvements religieux islamistes, Frères Musulmans en
tête.
La victoire des Frères Musulmans en Egypte, mal analysée ; le
succès du Hamas dans les territoires palestiniens (surprise pour les
uns, incompréhension pour les autres) posent une menace réelle mais
sous-jacente aux intérêts américains et européens au sein d’un
Proche et Moyen-Orient, plus instable que jamais. Si la diplomatie
occidentale doit choisir une ligne, ce doit être celle, plus large, d’une
reconnaissance politique par l’abandon du recours à la force. Cela
concerne non seulement au sein des territoires palestiniens, le Hamas,
mais aussi le Fatah ; et dans un cadre plus vaste, les Frères
Musulmans.
Il convient donc, en priorité, de se focaliser sur la transformation
interne, et idéologique, des mouvements politiques religieux
islamistes. Or, n’étant pas soumis aux aléas d’un peuple, ni
limité à une terre, ces mouvements politiques religieux islamistes,
liés pour l’essentiel aux Frères Musulmans, bénéficient d’une
structure global, dépassant le cadre national ou régional.
Pour l’ensemble du Proche et Moyen-Orient, l’année 2006 pourrait
bien être l’année d’une redécouverte, celle que les choses ne
sont plus les mêmes à l’échelle de la géopolitique mondiale. Les
Etats-Unis ont découverte la rançon de la puissance, de l’hyperpuissance
qui les surexposent à des coups certes toujours épars sur la scène
mondiale, mais désormais cumulatifs dans une sorte de " chronostratégie " :
" l’espace est le champ de la puissance des hommes, le
temps celui de leur impuissance " (Spinoza).
Les voisins d’Israël aussi prennent conscience de la
situation : l’Egypte qui n’a plus de diplomatie existante
mais qui est soumise à la pression des Frères Musulmans ; le
Liban, empêtré dans une sorte de " printemps
inachevé " ; la Jordanie, essayant de
" sauver les meubles " en interne, y compris face
à la montée des réseaux islamistes ; tandis qu’aux yeux de
tous ces pays, la Palestine apparaît chaque jour davantage comme un
boulet externe et un risque interne, et de moins en moins comme une
opportunité. Même la Syrie découvre, sous ces habituelles
fanfaronnades médiatiques, la politique du dos rond à la chinoise.
Au-delà de ce voisinage, c’est l’Iran et l’Irak, avec la
perspective d’un remodelage ethnique sur la base communautaire qui
pourrait s’étendre dans tout le Proche et Moyen-Orient dans un
horizon de trois à cinq ans, faisant imploser le Liban, la Syrie,
voire bien avant avec une prise de contrôle " hamasienne "
de la Jordanie, et/ou de l’Egypte…
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