|
Le Soudan
est donc redevenu un pays fréquentable aux yeux de la communauté
internationale et de la France et offre des perspectives économiques
non négligeables. A peine la fin de la guerre a été scellée que
les grandes compagnies étrangères et françaises se bousculent au
portillon pour avoir pignon sur rue dans ce pays en plein essor.
Les
principaux indicateurs économiques et politiques du Soudan :
amélioration du risque souverain et de non-transfert et apaisement de
la situation géopolitique.
Les
performances macroéconomiques du Soudan se sont considérablement
améliorées ces dernières années. Le FMI souligne régulièrement
les efforts entrepris par le Soudan pour assainir son économie et
développer des relations cordiales avec la communauté financière
internationale. La capitalisation de la manne pétrolière
(500 000 barils / jour) a eu pour effet de rééquilibrer
les agrégats économiques du pays : croissance de 7% en 2005,
réduction progressive de l’inflation (qui demeure tout de même à
un niveau élevé, 9%) et des déficits. La balance commerciale du
Soudan est aujourd’hui faiblement déficitaire (-0,3 milliards $).
Seules ombres au tableau : le poids de la dette 1 qui
ralentit le retour des bailleurs de fond internationaux (24 milliards
de $) et un indice de développement humain (139ème sur
177 pays) qui met en exergue de profondes inégalités économiques et
sociales, source du déclenchement de la rébellion au Darfour en
2003. En effet, la dichotomie centre / périphérie, dont souffre
le Soudan, fait de Khartoum une capitale hégémonique qui draine l’essentiel
des infrastructures pétrolières (raffineries, oléoducs…).
Les indicateurs politiques du pays témoignent aussi d’une
considérable amélioration de la situation. Le peuple soudanais
règle désormais ses différends sur le terrain de la négociation et
les élites se sont engagées à réhabiliter le Soudan sur la scène
diplomatique. Le Soudan s’est également inscrit sur la voie de la
coopération régionale : des négociations sont en cours pour
que le Soudan intègre le club fermé des exportateurs de pétrole, l’OPEP,
ainsi que l’OMC. Sur le plan intérieur, le Soudan présente des
garanties solides pour nos entreprises. Au pouvoir depuis 1989, le
Président Omar el-Béchir a ouvert les frontières du Soudan aux
compagnies étrangères, au grand bonheur des compagnies asiatiques
qui ont pris un sérieux avantage dans le secteur de l’exploration
et de la production. Ainsi, les compagnies malaisiennes ont décroché
pour 900 millions de dollars de contrats dans le secteur pétrolier et
gazier, preuve s’il en est du potentiel soudanais. Cette politique d’assouplissement
est également visible sur le plan social. Le Soudan, malgré les
accusations de génocide à l’encontre de la population noire du
Darfour ou des chrétiens du Sud-Soudan, présente des signes
évidents de brassage culturel et d’unité. En effet, la forte
diversité ethnique (19 groupes principaux et 597 sous-groupes sont
comptabilisés) est tempérée par la pratique dominante de l’Islam
et de l’Arabe, langue maternelle pour la majorité de la population.
Qui plus est, l’exode massif de la population chrétienne vers
Khartoum lors de la guerre du Sud-Soudan ainsi que l’intégration
des élites du Sud au gouvernement d’unité nationale indique que le
Soudan est sur la voie de la réconciliation nationale, malgré
quelques incertitudes sociales, politiques ou géopolitiques dans
certaines zones, notamment dans le Darfour.
Tout ceci contribue à augmenter l’attrait du Soudan aux yeux des
investisseurs occidentaux. Quid de la France ?
Les
perspectives économiques pour les entreprises françaises
Les
perspectives économiques pour nos entreprises sont réelles et ne se
limitent pas aux immenses gisements pétroliers du pays, qui dispose
également d’immenses terres cultivables et de richesses minières
extraordinaires et insuffisamment exploitées 2. Le Soudan,
en pleine reconstruction, exprime d’importants besoins en matières
d’infrastructures et d’équipements lourds. Alstom ne s’y est
pas trompé en négociant son plus gros contrat, ce qui laisse penser
que d’autres compagnies hexagonales peuvent emboîter le pas.
Certains acteurs économiques français, et non les moindres, ont pris
conscience de l’ampleur que pouvait représenter le marché
soudanais. Ainsi, le MEDEF International prépare une mission
prospective courant septembre pour mesurer l’étendue de cette
potentialité et négocier des partenariats à venir. Il en va de
même de nos politiques qui entendent bien développer les relations
bilatérales franco-soudanaises 3 et ainsi capitaliser la
francophilie ambiante au Soudan 4. Les Ministères des
Affaires étrangères des deux pays sont sur le qui-vive et
multiplient les réunions au sommet pour tisser des liens
diplomatiques durables. Le 13 et 14 juin, M. Lam Akol est venu rendre
visite à son homologue M. Philippe Douste-Blazy, à la ministre
déléguée à la Coopération, au Développement et à la
Francophonie, Mme Brigitte Girardin, ainsi qu’à des représentants
d’entreprises françaises au MEDEF, preuve s’il en est de la
pérennisation d’un climat de confiance entre les deux pays.
Malgré ces bonnes intentions, des progrès restent à faire pour
développer les relations bilatérales entre la France et le Soudan,
qui reste pour l’instant un partenaire économique marginal. Avec le
Kenya, le Soudan est notre principal partenaire en Afrique de l’Est :
le montant des exportations françaises s’élève à 76 millions d’euros,
les importations à 21 millions d’euros mais ces chiffres sont en
constante progression. La France n’est que le 13ème
fournisseur et le 10ème client du Soudan mais se classe
tout de même comme 5ème investisseur derrière, bien
évidemment, les pays asiatiques, Chine et Malaisie en tête.
Hors pétrole, les principaux projets porteurs pour nos entreprises
concernent l’industrie sucrière, les secteurs électrique, des
transports et des télécommunications. Cette envolée des échanges
se poursuivra dans les années à venir, poussée par les dividendes
des contrats remportés par nos entreprises au cours de l’année
2003-2004. Les succès remportés par Renault Trucks, Alstom, Thalès
pour l’Aviation Civile Soudanaise, EDF qui a remporté 13 millions d’euros
de contrat d’assistance à la conduite de centrales et d’ingénierie
ou Alcatel pour le nouveau réseau de téléphonie mobile,
encourageront d’autres compagnies françaises à se lancer à la
conquête du Soudan.
Le
risque sécuritaire et terroriste
Le
spectre du terrorisme s’est durablement éloigné du Soudan depuis
le 11 septembre. Avant cette date charnière, l’orientation
islamiste du régime, les suspicions autour d’un éventuel soutien
au terrorisme et la présence d’Oussama Ben Laden sur le territoire,
conjugué à la position pro irakienne du Soudan lors de la première
guerre du Golfe, avaient conduit le Soudan au rang de paria sur la
scène internationale. Le Soudan fut ainsi isolé diplomatiquement et
inscrit sur la liste américaine des " Etats commanditaires
du terrorisme ". Après l’attentat contre le président
égyptien Hosni Moubarak en juin 1995 et le " twin bombing "
des ambassades américaines à Nairobi et à Dar-es-Salam le 7 août
1998, une série de représailles 5 et de sanctions furent
appliquées à l’encontre du Soudan, jugé très proche des
attentats. Depuis les attentats du 11 septembre, le Soudan est revenu
dans le concert des nations et s’est engagé à coopérer activement
en matière de lutte contre le terrorisme. Dès 1998, la destitution
du Docteur Al-Tourabi, idéologue de l’islam ultra-traditionnaliste,
du gouvernement par le président el-Béchir est déjà le signe de l’assouplissement
du régime. Le pays a ainsi intensifié ses efforts pour démanteler
les activités des groupuscules terroristes du Hezbollah, du Hamas, du
Jihad islamique palestinien et du GIA qui avaient pignon sur rue et
dissuader les terroristes d’agir au Soudan. N’omettons pas de
mentionner, qu’en août 1994, le gouvernement soudanais a livré le
terroriste Carlos à la DST française. La " Déclaration de
Khartoum sur le terrorisme et la criminalité transnationale
organisée ", qui a réuni en 2004 des pays voisins de la
corne de l’Afrique et les pays membres de l’IGAD, a permis au
Soudan de renforcer les instruments législatifs et administratifs 6
dont il dispose pour lutter contre le terrorisme. Cette coopération
régionale a trouvé un terrain d’expression en Ouganda : en
effet, Khartoum a intensifié sa coopération avec les autorités
ougandaises afin de maîtriser l’Armée de résistance du Seigneur,
un groupe de rebelles terrorisant la population dans le nord de l’Ouganda
et qui profitait des largesses de Khartoum et de la porosité de la
frontière du Sud-Soudan pour se cacher. Cette coopération a infligé
une série de défaites au groupe rebelle forçant ses dirigeants à
entamer des négociations pour la paix.
Pour ce qui est de la sécurité des intérêts occidentaux au Soudan,
nous laisserons la parole à Michel de Vivo, Responsable de zone chez
EDF : " Les conditions de sécurité sont excellentes… "
7. En effet, malgré quelques troubles subsistant dans la
région du Darfour, où des combats opposent des factions rebelles qui
ont rejeté l’accord de paix signé par le gouvernement soudanais et
le MLS, la sécurité est assurée sur le territoire. L’Union
Africaine, qui a joué le rôle de médiateur pour la signature de l’accord
de paix, a fait de l’excellent travail pour maintenir le
cessez-le-feu grâce à son contingent de 7000 hommes soutenus par l’ONU.
Le gonflement des effectifs de certaines ambassades, la présence de
nombreuses ONG et le retour des compagnies étrangères sont le signe
d’un retour à la normale. Les risques d’attaques de rebelles
contre les intérêts occidentaux sont faibles et localisés dans une
région encore isolée du Soudan. L’expérience du Sud avait d’ailleurs
montré que les attaques de rebelles contre les installations
pétrolières n’avaient eu que très peu d’incidence sur la
production.
Quoi qu’il en soit, le Soudan est le théâtre d’une course
effrénée entre intérêts occidentaux et asiatiques conscients des
perspectives économiques qu’offre le pays. La France dispose de
nombreux atouts pour s’implanter dans une région du monde ô
combien stratégique.
Notes :
1
- Le Soudan a lancé dès 1997 un plan drastique de réformes pour
stabiliser la monnaie, garantir les investissements étrangers,
réformer les droits de la propriété, et privatiser une partie des
sociétés d’Etat. En 1999, l’inflation est retombée à 14 %
(133% en 1996). Un programme économique sur deux ans a pu être
négocié en mars 1999 avec le FMI, désormais satisfait de son
élève. Ainsi, l’afflux des IDE, conjugué à la stabilisation de
la monnaie et la manne pétrolière, constitue le point de départ
pour l’effacement progressif des arriérés et de la dette du
Soudan.
2 - Or, amiante, chrome, manganèse, gypse, mica, talc, fer, plomb,
uranium, zinc, cuivre, cobalt, granit, marbre, nickel, argent et
étain.
3 - A noter que le 2 mars 2006, un colloque co-organisé par le Sénat
et Ubifrance avait pour titre : " Pour un renforcement
de la présence française dans la corne de l’Afrique ".
4 - Les autorités soudanaises envisagent de faire adhérer leur pays
à la francophonie afin de briser le carcan des pays anglo-saxon. Le
Centre culturel français de Khartoum est devenu un lieu très
fréquenté par les jeunes étudiants soudanais et constituera un
important vivier de main d’œuvre qualifiée pour nos entreprises.
5 - Le bombardement de l’usine pharmaceutique d’el-Chifa le 20
août 1998 sous le prétexte qu’elle produisait un composant
destiné à la fabrication d’armes chimiques, ce qui s’est avéré
complètement faux.
6 - Les autorités de Khartoum ont " solidifié "
leur frontière avec l’obligation de visa pour les ressortissants de
pays arabes.
7 - Actes du colloque Sénat-Ubifrance sur la corne de l’Afrique le
2 mars 2006.
|