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 AccueilGéopolitique Réflexions stratégiques / Mise à jour 03/08/06


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Strategic-Road.com publie des analyses d'experts externes - The analysis by other experts (Les auteurs peuvent nous soumettre leurs articles pour publication à cette adresse)


Le Soudan : quelles opportunités pour nos entreprises après cinquante ans de guerre ? - Par Thomas Bauduin, 31 Juillet 2006 [Imprimer]   [Print]

Thomas Bauduin est diplômé de Sciences Po et s’est spécialisé sur les questions de géopolitique. Consultant dans un cabinet de conseil et gestion des risques, ADversio, il a pris part à une étude sur le terrorisme destinée aux directeurs de Sécurité des grands groupes. Pour le contacter : thomasbauduin@aol.com


Le traumatisme de Fachoda en 1898, conjugué à la pérennisation de la guerre dans le plus vaste territoire du continent africain (2,5 millions de km2), a durablement refréné les ambitions françaises au Soudan. La communauté française y est peu implantée (250 à 300 personnes) à l’instar de nos entreprises qui ont longtemps sous-estimé le potentiel du " grenier à blé du monde arabe ".

Un virage s’est néanmoins amorcé avec l’amélioration de la situation du Soudan suite à la signature des accords de paix de Nairobi, le 9 janvier 2005 et d’Abuja, le 5 mai 2006, qui ont, partiellement, mis fin aux conflits du Sud-Soudan et du Darfour. Dès lors, les pouvoirs publics français ont pris conscience de l’intérêt à développer des relations commerciales avec un pays en pleine reconstruction, dont la demande en biens d’équipement a explosé. Alstom a ainsi obtenu son plus gros contrat dans le monde en 2003 pour la construction d’un barrage à Merowé (257 M€). Au Sud-Soudan, la compagnie pétrolière française Total est associée à l’américaine Marathon Oil pour exploiter une riche concession pétrolière. N’omettons pas de souligner le véritable potentiel agricole du Soudan (près de 40% de la population active) avec ses importantes réserves de sucre et de gomme arabique.

Le Soudan est donc redevenu un pays fréquentable aux yeux de la communauté internationale et de la France et offre des perspectives économiques non négligeables. A peine la fin de la guerre a été scellée que les grandes compagnies étrangères et françaises se bousculent au portillon pour avoir pignon sur rue dans ce pays en plein essor.


Les principaux indicateurs économiques et politiques du Soudan : amélioration du risque souverain et de non-transfert et apaisement de la situation géopolitique.

Les performances macroéconomiques du Soudan se sont considérablement améliorées ces dernières années. Le FMI souligne régulièrement les efforts entrepris par le Soudan pour assainir son économie et développer des relations cordiales avec la communauté financière internationale. La capitalisation de la manne pétrolière (500 000 barils / jour) a eu pour effet de rééquilibrer les agrégats économiques du pays : croissance de 7% en 2005, réduction progressive de l’inflation (qui demeure tout de même à un niveau élevé, 9%) et des déficits. La balance commerciale du Soudan est aujourd’hui faiblement déficitaire (-0,3 milliards $). Seules ombres au tableau : le poids de la dette 1 qui ralentit le retour des bailleurs de fond internationaux (24 milliards de $) et un indice de développement humain (139ème sur 177 pays) qui met en exergue de profondes inégalités économiques et sociales, source du déclenchement de la rébellion au Darfour en 2003. En effet, la dichotomie centre / périphérie, dont souffre le Soudan, fait de Khartoum une capitale hégémonique qui draine l’essentiel des infrastructures pétrolières (raffineries, oléoducs…).

Les indicateurs politiques du pays témoignent aussi d’une considérable amélioration de la situation. Le peuple soudanais règle désormais ses différends sur le terrain de la négociation et les élites se sont engagées à réhabiliter le Soudan sur la scène diplomatique. Le Soudan s’est également inscrit sur la voie de la coopération régionale : des négociations sont en cours pour que le Soudan intègre le club fermé des exportateurs de pétrole, l’OPEP, ainsi que l’OMC. Sur le plan intérieur, le Soudan présente des garanties solides pour nos entreprises. Au pouvoir depuis 1989, le Président Omar el-Béchir a ouvert les frontières du Soudan aux compagnies étrangères, au grand bonheur des compagnies asiatiques qui ont pris un sérieux avantage dans le secteur de l’exploration et de la production. Ainsi, les compagnies malaisiennes ont décroché pour 900 millions de dollars de contrats dans le secteur pétrolier et gazier, preuve s’il en est du potentiel soudanais. Cette politique d’assouplissement est également visible sur le plan social. Le Soudan, malgré les accusations de génocide à l’encontre de la population noire du Darfour ou des chrétiens du Sud-Soudan, présente des signes évidents de brassage culturel et d’unité. En effet, la forte diversité ethnique (19 groupes principaux et 597 sous-groupes sont comptabilisés) est tempérée par la pratique dominante de l’Islam et de l’Arabe, langue maternelle pour la majorité de la population. Qui plus est, l’exode massif de la population chrétienne vers Khartoum lors de la guerre du Sud-Soudan ainsi que l’intégration des élites du Sud au gouvernement d’unité nationale indique que le Soudan est sur la voie de la réconciliation nationale, malgré quelques incertitudes sociales, politiques ou géopolitiques dans certaines zones, notamment dans le Darfour.

Tout ceci contribue à augmenter l’attrait du Soudan aux yeux des investisseurs occidentaux. Quid de la France ?


Les perspectives économiques pour les entreprises françaises

Les perspectives économiques pour nos entreprises sont réelles et ne se limitent pas aux immenses gisements pétroliers du pays, qui dispose également d’immenses terres cultivables et de richesses minières extraordinaires et insuffisamment exploitées 2. Le Soudan, en pleine reconstruction, exprime d’importants besoins en matières d’infrastructures et d’équipements lourds. Alstom ne s’y est pas trompé en négociant son plus gros contrat, ce qui laisse penser que d’autres compagnies hexagonales peuvent emboîter le pas. Certains acteurs économiques français, et non les moindres, ont pris conscience de l’ampleur que pouvait représenter le marché soudanais. Ainsi, le MEDEF International prépare une mission prospective courant septembre pour mesurer l’étendue de cette potentialité et négocier des partenariats à venir. Il en va de même de nos politiques qui entendent bien développer les relations bilatérales franco-soudanaises 3 et ainsi capitaliser la francophilie ambiante au Soudan 4. Les Ministères des Affaires étrangères des deux pays sont sur le qui-vive et multiplient les réunions au sommet pour tisser des liens diplomatiques durables. Le 13 et 14 juin, M. Lam Akol est venu rendre visite à son homologue M. Philippe Douste-Blazy, à la ministre déléguée à la Coopération, au Développement et à la Francophonie, Mme Brigitte Girardin, ainsi qu’à des représentants d’entreprises françaises au MEDEF, preuve s’il en est de la pérennisation d’un climat de confiance entre les deux pays.

Malgré ces bonnes intentions, des progrès restent à faire pour développer les relations bilatérales entre la France et le Soudan, qui reste pour l’instant un partenaire économique marginal. Avec le Kenya, le Soudan est notre principal partenaire en Afrique de l’Est : le montant des exportations françaises s’élève à 76 millions d’euros, les importations à 21 millions d’euros mais ces chiffres sont en constante progression. La France n’est que le 13ème fournisseur et le 10ème client du Soudan mais se classe tout de même comme 5ème investisseur derrière, bien évidemment, les pays asiatiques, Chine et Malaisie en tête.

Hors pétrole, les principaux projets porteurs pour nos entreprises concernent l’industrie sucrière, les secteurs électrique, des transports et des télécommunications. Cette envolée des échanges se poursuivra dans les années à venir, poussée par les dividendes des contrats remportés par nos entreprises au cours de l’année 2003-2004. Les succès remportés par Renault Trucks, Alstom, Thalès pour l’Aviation Civile Soudanaise, EDF qui a remporté 13 millions d’euros de contrat d’assistance à la conduite de centrales et d’ingénierie ou Alcatel pour le nouveau réseau de téléphonie mobile, encourageront d’autres compagnies françaises à se lancer à la conquête du Soudan.


Le risque sécuritaire et terroriste

Le spectre du terrorisme s’est durablement éloigné du Soudan depuis le 11 septembre. Avant cette date charnière, l’orientation islamiste du régime, les suspicions autour d’un éventuel soutien au terrorisme et la présence d’Oussama Ben Laden sur le territoire, conjugué à la position pro irakienne du Soudan lors de la première guerre du Golfe, avaient conduit le Soudan au rang de paria sur la scène internationale. Le Soudan fut ainsi isolé diplomatiquement et inscrit sur la liste américaine des " Etats commanditaires du terrorisme ". Après l’attentat contre le président égyptien Hosni Moubarak en juin 1995 et le " twin bombing " des ambassades américaines à Nairobi et à Dar-es-Salam le 7 août 1998, une série de représailles 5 et de sanctions furent appliquées à l’encontre du Soudan, jugé très proche des attentats. Depuis les attentats du 11 septembre, le Soudan est revenu dans le concert des nations et s’est engagé à coopérer activement en matière de lutte contre le terrorisme. Dès 1998, la destitution du Docteur Al-Tourabi, idéologue de l’islam ultra-traditionnaliste, du gouvernement par le président el-Béchir est déjà le signe de l’assouplissement du régime. Le pays a ainsi intensifié ses efforts pour démanteler les activités des groupuscules terroristes du Hezbollah, du Hamas, du Jihad islamique palestinien et du GIA qui avaient pignon sur rue et dissuader les terroristes d’agir au Soudan. N’omettons pas de mentionner, qu’en août 1994, le gouvernement soudanais a livré le terroriste Carlos à la DST française. La " Déclaration de Khartoum sur le terrorisme et la criminalité transnationale organisée ", qui a réuni en 2004 des pays voisins de la corne de l’Afrique et les pays membres de l’IGAD, a permis au Soudan de renforcer les instruments législatifs et administratifs 6 dont il dispose pour lutter contre le terrorisme. Cette coopération régionale a trouvé un terrain d’expression en Ouganda : en effet, Khartoum a intensifié sa coopération avec les autorités ougandaises afin de maîtriser l’Armée de résistance du Seigneur, un groupe de rebelles terrorisant la population dans le nord de l’Ouganda et qui profitait des largesses de Khartoum et de la porosité de la frontière du Sud-Soudan pour se cacher. Cette coopération a infligé une série de défaites au groupe rebelle forçant ses dirigeants à entamer des négociations pour la paix.

Pour ce qui est de la sécurité des intérêts occidentaux au Soudan, nous laisserons la parole à Michel de Vivo, Responsable de zone chez EDF : " Les conditions de sécurité sont excellentes… " 7. En effet, malgré quelques troubles subsistant dans la région du Darfour, où des combats opposent des factions rebelles qui ont rejeté l’accord de paix signé par le gouvernement soudanais et le MLS, la sécurité est assurée sur le territoire. L’Union Africaine, qui a joué le rôle de médiateur pour la signature de l’accord de paix, a fait de l’excellent travail pour maintenir le cessez-le-feu grâce à son contingent de 7000 hommes soutenus par l’ONU. Le gonflement des effectifs de certaines ambassades, la présence de nombreuses ONG et le retour des compagnies étrangères sont le signe d’un retour à la normale. Les risques d’attaques de rebelles contre les intérêts occidentaux sont faibles et localisés dans une région encore isolée du Soudan. L’expérience du Sud avait d’ailleurs montré que les attaques de rebelles contre les installations pétrolières n’avaient eu que très peu d’incidence sur la production.

Quoi qu’il en soit, le Soudan est le théâtre d’une course effrénée entre intérêts occidentaux et asiatiques conscients des perspectives économiques qu’offre le pays. La France dispose de nombreux atouts pour s’implanter dans une région du monde ô combien stratégique.


Notes :

1 - Le Soudan a lancé dès 1997 un plan drastique de réformes pour stabiliser la monnaie, garantir les investissements étrangers, réformer les droits de la propriété, et privatiser une partie des sociétés d’Etat. En 1999, l’inflation est retombée à 14 % (133% en 1996). Un programme économique sur deux ans a pu être négocié en mars 1999 avec le FMI, désormais satisfait de son élève. Ainsi, l’afflux des IDE, conjugué à la stabilisation de la monnaie et la manne pétrolière, constitue le point de départ pour l’effacement progressif des arriérés et de la dette du Soudan.

2 - Or, amiante, chrome, manganèse, gypse, mica, talc, fer, plomb, uranium, zinc, cuivre, cobalt, granit, marbre, nickel, argent et étain.

3 - A noter que le 2 mars 2006, un colloque co-organisé par le Sénat et Ubifrance avait pour titre : " Pour un renforcement de la présence française dans la corne de l’Afrique ".

4 - Les autorités soudanaises envisagent de faire adhérer leur pays à la francophonie afin de briser le carcan des pays anglo-saxon. Le Centre culturel français de Khartoum est devenu un lieu très fréquenté par les jeunes étudiants soudanais et constituera un important vivier de main d’œuvre qualifiée pour nos entreprises.

5 - Le bombardement de l’usine pharmaceutique d’el-Chifa le 20 août 1998 sous le prétexte qu’elle produisait un composant destiné à la fabrication d’armes chimiques, ce qui s’est avéré complètement faux.

6 - Les autorités de Khartoum ont " solidifié " leur frontière avec l’obligation de visa pour les ressortissants de pays arabes.

7 - Actes du colloque Sénat-Ubifrance sur la corne de l’Afrique le 2 mars 2006.




 





 








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Ecrits 2005-2009 - Jean-Philippe Miginiac
(CEO & Founder Strategic-Road.com)


L'auteur a réuni ici plusieurs de ses articles
publiés entre 2005 et 2009, en France,
aux Etats-Unis et au Proche-Orient.
Dans ces articles il analyse les principaux
enjeux géostratégiques de la période
ayant suivi l'invasion de l'Irak.







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