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 AccueilGéopolitique / Réflexions stratégiques / Mise à jour 12/02/03

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  Réflexions stratégiques,
  Strategic thinks 




Shaping the world :
Les Etats-Unis, la guerre en Irak et le désordre mondial

par Ludovic WOETS Consultant en Prospective Géostratégique

Woets.ludovic@wanadoo.fr




Nous avons souvent coutume de lire que le XXIe siècle sera américain, tout au moins de son premier quart. Il ne faudrait cependant pas oublier que les Etats-Unis furent aussi la puissance dominante du siècle qui vient de s’achever. Dès 1913, ils deviennent la première puissance industrielle mondiale et réalisent à eux seuls 33% du PNB mondial, tandis que leur entrée dans la guerre en 1917 donne naissance aux yeux de tous à un nouvel acteur prépondérant, et pour la première fois de l’histoire (vision très occidentale de l’histoire cependant), non-européen. Ce premier acte d’hégémonie concrétisé par le rôle du président Wilson dans les traités de paix de 1919 est confirmé par la victoire de 1945, tel qu’annoncé par le président Roosevelt. Ce dernier ne pensait-il pas durant la Seconde Guerre Mondiale que les Etats-Unis serait dorénavant la puissance décisive, secondée par les britanniques et les chinois, dans ce qui serait « le siècle américain », l’Europe étant réduite à « un simple spectateur »1 ? De même, Strausz-Hopé écrivait dès 1945 que l’équilibre de demain reposerait sur les Etats-Unis, et qu’il s’agissait « d’unifier le globe sous leur leadership », grâce à une alliance militaire « combinaison de la puissance militaire et économique des Etats-Unis avec la puissance résiduelle des vieux Etats-nations d’Europe, qui fonctionneraient de plus en plus comme des auxiliaires et des clients »2.


De fait, l’hégémonie américaine, ce que certains appellent aujourd’hui son « imperium » est sans commune comparaison avec ce que l’histoire a produit. Classiquement, un empire possède un Centre et une Périphérie, se constitue par volonté politique (empire britannique), voire par défaut (empire français), et fonde son pouvoir sur une vaste étendue par le biais d’une hiérarchie d’Etats vassaux, de colonies, de protectorats. Tous les empires s’appuyèrent sur une organisation supérieure, celle-ci pouvant être de type civilisationnelle (Chine), citoyenne (Rome), militaire (Rome, Macédoine, Mongols), voire parfois dans une inversion conquis - conquérants, culturelle ou religieuse, mais jamais un empire ne recouvrait la totalité de l’éventail. Or aujourd’hui, il est commun de penser que les Etats-Unis exercent une puissance impériale grâce à la conjugaison d’une organisation et d’une capacité supérieure, l’importance de ressources technologiques, une suprématie économique et militaire, et une séduction-référence sociétale (notion de Soft Power de Joseph Nye). Si la démonstration est convaincante, elle omet au minimum que la séduction sociétale et culturelle américaine est certes importante mais extrêmement floue, contestable, et souvent contestée dans certaines aires géographiques majeures. Surtout, elle confond l’attrait de la civilisation américaine, et l’adhésion à ces valeurs. Quelques autres comme Joseph Joffe comparent plus justement la stratégie américaine à celle de Bismarck qui consistait à « être le moyeu de la roue », c’est-à-dire le centre vers lequel gravitent tous les rapports entres puissances, se rapprochant de la vision de honest broker de H. Nitze.

Alors que fleurissent dans tous les média nombres d’interventions pour expliciter les risques liés à une attaque américaine en Irak, il nous semble important de s’interroger non pas sur les risques d’une guerre en Irak (la guerre aura lieu et le régime baasiste sera déposé), mais plus justement sur le trait majeur et structurant de cette guerre annoncée : la tentative de redéfinition géopolitique du désordre mondial, et avant tout celui du Proche et Moyen-Orient, alors même que la superpuissance américaine s’interroge avec raison mais dans une extrême discrétion sur son avenir.

Le 11 septembre 2001 a profondément, et à nouveau, bouleversé la géopolitique du monde arabo-musulman, brisant l’espace de l’islam qui reposait sur une « homogénéité » (celle de la communauté des croyants) qui n’existait déjà plus qu’en façade. Plus encore, d’autres transformations de l’espace de l’islam sont à prévoir demain dans le Golfe, en Arabie Saoudite, en Iran, en Irak, en Syrie et ailleurs.

En réalité, la guerre contre le terrorisme telle qu’elle est définie aujourd’hui par les Etats-Unis n’est pas une nouvelle stratégie mais une reformulation d’évolutions plus anciennes. De fait, le 11 septembre transforme l’équilibre stratégique mondial dans la mesure où il contraint les Etats-Unis à redéfinir la menace et donc la stratégie future de la première puissance mondiale. Le raisonnement vaut pour les Chinois qui s’inscrivent cependant dans la durée propre à leur civilisation ; les Russes dans une vision strictement comportementale, et dans une moindre perception pour l’Union Européenne, alors même que le Proche et Moyen-Orient constitue notre frontière, celle d’une Union à 25. Plus important, cette reformulation stratégique transforme Al-Qaïda en un …concept !

La nouvelle doctrine américaine est un vaste «patchwork» de décisions géostratégiques dont une part a été prise avant le 11 septembre 20013. En ce sens, elle est donc susceptible de changements brusques. Surtout, elle permet le déploiement de la force (de frappe notamment) américaine n’importe où dans le monde. Il s’agit donc là aussi d’une réponse à la mondialisation, d’autant plus que les Etats-Unis se posent comme une puissance ouvertement affranchie de la dissuasion nucléaire qui ne constitue plus qu’un volet de leur stratégie de défense (initiative, action, offensive, …). Dans ce cadre, aujourd’hui et plus encore demain, les acteurs locaux, régionaux, pour disposer d’une marge de manœuvre, devront s’intégrer dans la « partition » américaine, y compris et surtout au sein du Proche et Moyen-Orient.

Néanmoins, avec le 11 septembre, les Etats-Unis s’engagent dans un mouvement global de géopolitique qui semblait inimaginable pour la politique étrangère américaine telle que définie par le candidat Bush. La France et beaucoup d’autres pays comme nombres experts n’ont pas pris la dimension réelle de la destruction des Twin Towers. Sans nul doute, la meilleure analyse (mais aussi la plus « brute ») est celle du Pearl-Harbor en terme de séisme politique y compris dans la réponse américaine, et y compris dans la découverte du « Chef ». Ce dernier va donc devoir reprendre pleinement un rôle qu’il n’avait jamais envisagé mais qu’il joue étonnamment bien : celui de gendarme du monde, mais dans des espaces étroitement définis et choisis pour leur faisabilité.

Les Etats-Unis n’entendent pas eux-mêmes détenir un empire, mais plus précisément générer et gérer des alliances, traités, coalitions et allégeances, pouvant être remises en cause, élargies ou restreintes en fonction des circonstances4. C’est alors plus le concept « d’Hégemon » qui est mis en œuvre. Pragmatiques, les Etats-Unis ne se sentent pas investis d’une véritable mission mondiale, mais plus concrètement d’une volonté de domination marchande (l’inspiration première est celle du « marché » qui n’est pas exclusivement compris comme économique) car ce sont avant tout de fabuleux opportunistes. En somme, une forme de nationalisme de type impérial : leur politique étrangère vise essentiellement à asseoir et pérenniser leur hégémon (Zbigniew Brzezinski parle « d’hégémonie bienveillante des Etats-Unis »), tout en empêchant l’apparition de concurrents potentiels. Dés lors, les Etats-Unis ont besoin d’assurer leur « prise » sur le monde en affrontant des « micro » puissances qui permettent l’affirmation mondiale de la puissance américaine. Plus encore, il s’agit pour les Etats-Unis en refusant toute norme internationale pouvant restreindre la liberté d’action américaine (le mandat se doit d’être d’abord américain, ensuite si nécessaire, international, c’est-à-dire issu d’instances de régulation régionales ou onusien) d’imposer au monde, sous le vocable exprimé déjà sous le mandat de Bill Clinton : Shaping the world (façonner le monde). Pour eux, il s’agit donc aujourd’hui et avant tout de façonner et stabiliser durablement un « équilibre » impérial (à vocation économique). La principale raison en est qu’ils se doivent de gérer leur puissance, sa mise en concurrence et sa réduction dans un monde qu’ils ne contrôlent pas. Leur puissance est en effet menacée. Les Etats-Unis ont peur de l’isolement, d’un isolement planétaire qui fragilise leur puissance5. Ils se doivent donc de réduire leur fragilité stratégique par une régionalisation de la planète. La politique étrangère américaine n’est donc pas réellement mondiale, mais multi-régionale.

Les Etats-Unis visent donc à maximaliser leur puissance afin de se maintenir en position absolue de sécurité et de tenter de conserver ce trait majeur de leur politique qu’est le Self-Help (« chacun pour soi »), alors même que leur rapport à l’ennemi n’était pas celui d’une prise à revers ou d’un contact, mais celui d’une projection (y compris de forces) au sein d’un environnement global d’intérêts. Pour autant, les engagements et surtout les intérêts américains, sont aujourd’hui trop importants quantitativement et qualitativement pour qu’ils puissent être tous défendus par les seuls Etats-Unis d’Amérique (35% des soldats d’active américains sont aujourd’hui déployés hors du territoire américain). Le système militaire américain n’a pas la taille requise pour contrôler et maîtriser « l’Empire ». La puissance militaire américaine, c’est d’abord et avant tout aujourd’hui une formidable puissance aéronavale (en y incluant la dimension spatiale), et certainement pas une puissance militaire terrestre, ce qui était une nouveauté au regard de la notion historique d’Empire. Néanmoins, l’Us Army est devenue un vecteur aéroterrestre projetable sur la planète entière, tandis que l’introduction des technologies de l’information devrait en décupler les capacités face à des actions qui jusqu’alors ne s’inscrivaient pas dans la durée. Il est donc intéressant de constater aujourd’hui au travers des différentes opérations militaires en cours et en préparation, que les Etats-Unis vont précisément devenir aussi un Hegemon en matière de forces terrestres, à l’instar de l’Angleterre victorienne.

De là aussi une triple impérieuse nécessité. D’abord celle de la démonstration de cette puissance militaire américaine sur de petites puissances permettant la valorisation de la toute puissance américaine face aux puissances potentielles (Russie, Chine, Union Européenne, Inde, …). Ensuite, celle du renforcement constant de la course aux armements afin d’annihiler toute volonté de ces prétendants. Dans cette démarche s’inscrit aussi pour les pays vassaux le versement d’un tribut à la puissance protectrice par l’achat d’armements (Corée du Sud et Pologne étant deux exemples récents). Enfin, troisième et dernière impérieuse nécessité, celle du recours aux « auxiliaires », car pour défendre ces intérêts américains dispersés à l’échelle du globe dans une logique de multiplications d’autant de situations régionales, les Etats-Unis devront obligatoirement s’appuyer sur le soutien d’alliés (vassaux), essentiellement occidentaux (les pays de l’Union Européenne, Grande-Bretagne et France principalement), mais aussi parfois, alliés de la zone Pacifique (Australie, Japon, …) par le biais de solidarités (notamment au sein d’instances de régulation régionale).

La place future de l’OTAN s’inscrit dans ce devenir-interrogation. La transformation des forces en des structures plus réactives et ramassées, transformera l’Alliance Atlantique en un réservoir de forces permettant la constitution « ad-hoc » de coalitions militaire au profit des intérêts américains. La logique militaire américaine sera de garder le monopole de l’organisation logistique, de renseignement, de commandement et de contrôle afin d’assurer la suprématie de ces forces de projection et occasionnellement de celles de ces auxiliaires. Mais surtout ils conserveront le contrôle de la capacité d’action de ces mêmes auxiliaires en leur attribuant notamment des tâches militaires sélectives, tout en répartissant à l’échelle de la planète, par zone d’espace-temps, les degrés de violence tolérés et hiérarchisés (ciblés ? ) dans une définition à la fois du désordre au regard de leurs intérêts et de règles d’engagement dans l’action militaire des supplétifs. La pensée militaire américaine est d’abord et avant tout utilitaire.

Voilà l’essentiel des raisons qui nous font dire que les Etats-Unis dominent, mais ne contrôlent pas pour autant ; la puissance américaine (voire la « méga » ou « l’hyper » puissance), malgré des fondements (technologiques, économiques, militaires…) bien concrets semble s’être construite par défaut, c’est-à-dire par l’absence, stupéfiante au regard de l’histoire, d’un ou de contre-pouvoirs6. Plus judicieusement, le constat d’une puissance impérial américaine par défaut car de facto et non comme projet délibéré permet de s’interroger sur les intérêts de la domination. Si ces derniers reposent sur l’application des principes séculaires de la politique américaine : Liberté (individuelle, d’entreprendre et de commercer), prospérité, sécurité (individuelle et de prospérité), alors il y aura désordre quand ces principes seront menacés.

 

Moins puissance dominante que puissance référente, les Etats-Unis se doivent de définir une nouvelle posture stratégique : celle d’équilibrer les forces.

 

La conception du monde que les Etats-Unis veulent voir s’affirmer sera celle de l’universalisation de la « démocratie » qui ne sera viable que dans une approche auto-adaptative culturelle et la généralisation des échanges commerciaux devant conduire non à l’universalisation de la consommation de masse, mais à sa régionalisation planétaire.

Certes, la référence sera toujours américaine en terme de « modernité » politique. Pour autant, l’homogénéité du monde par le biais d’une logique dominante devrait conduire à l’hétérogénéité des forces, acteurs et actants, dans un mode de désintégration puis de ghettoïsation (ethnique, religieuse, sociale, identitaire, …). En fait, l’apparente homogénéisation idéologique du monde n’engendrera pas l’intégration, mais l’hétérogénéité des populations qui devrait aboutir à un développement du communautarisme, aux rejets identitaires, aux clivages sociaux et à une instabilité violente. La « modernisation » et la mondialisation génèreront des sentiments de frustration et d’aliénation conduisant à des crises identitaires auxquelles la religion pourra répondre, tandis que certaines régions où la religion est moins présente ou moins susceptible d’être une doctrine d’emploi de la violence, il semble logique que des idéologies transnationales ou a-nationales s’y substituent avec une représentation comparable.

Nous pouvons imaginer, que la violence politique se développera comme un « enfer rationnel », la puissance aveugle, ou l’hyperpuissance, particulièrement américaine, ayant fait basculer le monde en dehors de la puissance (dans le terrorisme ?), c’est-à-dire dans autre chose que la puissance, encore mal défini aujourd’hui mais de plus en plus éloigné de la démocratie. Nous assisterons à la constitution de réseaux de type Al-Qaïda, liés ou pas à des Etats, qui se réuniront sur la base de l’anti-mondialisation. La contestation de la mondialisation, de la globalisation est donc devenue désormais une réelle menace stratégique.

Dans ce contexte, le rôle des Etats-Unis sera primordial. Ils assumeront durablement la charge de façonner la configuration mondiale de la globalisation alors même que la convergence des valeurs a disparu. L’homogénéisation sera hégémonique et les Etats-Unis adopteront une posture qui devrait tourner autour de quatre axiomes primordiaux : maintenir un ordre économique basé sur le libre-échange ; museler au pire, vassaliser au mieux, toutes autres puissances régionales ; équilibrer, remodeler, reconstruire et répartir en fonction de leurs intérêts le pouvoir ; coordonner toutes actions conjointes.

Les Etats-Unis, puissance dominante et puissance hégémonique ne laisseront donc à court et moyen terme aucune autre puissance devenir dominante sur un théâtre d’opérations. Le « nouvel » ordre international pour les années de transition à venir, aura alors deux caractéristiques majeures : il sera sous tutelle ou leadership américain ; il sera restreint aux zones de puissance et d’intérêts américains. De fait, les Etats-Unis ont une stratégie cohérente limitée à des intérêts, à des lobbies, qui cadrent une vision. Ce n’est pas l’isolationnisme, ce n’est pas l’impérialisme absolu décrié, c’est autre chose ; une troisième voie visant à obtenir la capacité d’intervenir partout, à tout moment, sans contrainte, (donnant naissance au qualificatif de « super-Etat voyou »7) mais dans des limites étroites d’engagements, par eux-mêmes déterminés. De là la constitution d’une vision et d’un nouveau droit à l’intervention unilatéraliste du type anti-asymétrie (contre le terrorisme, la prolifération, …), dans une redéfinition pré-coloniale, ou plus exactement, pré-protectorale8. Or, nous assisterons à l’accentuation du désordre politique mondial et à l’accroissement des tensions, car les Etats-Unis se sont focalisés sur un espace géopolitique et, possédant une vision et ayant identifié un ennemi qu’ils pensent savoir mesurer, ils ont la satisfaction du possible, à savoir la réalisation d’un conflit plutôt dissymétrique.

Le Proche et Moyen-Orient est aujourd’hui le seul espace mondial (à l’exception de certaines zones du continent africain) qui depuis 1945 n’a connu ni développement économique, ni social, ni politique. Pire aux yeux des américains, depuis cette date, il s’agit d’un espace particulièrement ambivalent car les gouvernements (non démocratiques au demeurant) alliés des Etats-Unis ne « jouent » pas pour autant franc-jeu et soutiennent des « ennemis » objectifs des Etats-Unis et de leurs intérêts. Face à cela, il convient dorénavant de découper, morceler, remodeler et reconstruire durablement cet espace au profit de la puissance dominante. Et ce en s’attaquant d’abord à la pierre angulaire de l’édifice moyen-oriental qu’est l’Irak (et derrière l’Iran, ancien empire perse, vers la Caspienne ? ).

Or, comme les Etats-Unis cherchent ouvertement à renverser le régime Baasiste, les opérations militaires se concentreront très vite autour des villes et centres de gravité et particulièrement de Bagdad (repli des divisions blindées de la Garde Républicaine irakienne Medina et Hammourabi autour de la capitale), ainsi que des éléments de la Garde Républicaine spéciale.

Pour Bagdad, la survie du régime est en cause, c’est l’objet de cette guerre (ce qui ne l’était pas de la guerre du Golfe). De là le renforcement de la cohésion au sein du clan Saddam (clan Beijat) qui contrôle la très grande majorité des officiers supérieurs de la garde Républicaine. De là encore, l’importance prise par Qusai, fils de Saddam, (va-t-il lui succéder en ces temps troubles afin de préserver l’avenir du père9 ?). De là aussi l’appel à des formes diverses de « résistance » (fatwas, appels aux communitarismes, …). De là aussi, tactiquement, la fortification des villes (augmentation de la résistance tactique, risques de pertes civiles lors des frappes, possibilités d’infliger des pertes à l’adversaire, mise en place et utilisation d’un plan média, …)10.

Pour les vainqueurs, il ne s’agira pas d’instaurer partout une démocratie à l’occidentale, mais plus prosaïquement de l’auto-adapter aux us et coutumes locaux et de mettre fin aux dictatures en instaurant des gouvernements hybrides ; et là n’est pas le moindre des paradoxes actuels que le premier pays visé soit justement l’un de ceux qui s’appuient sur le refus d’un islamisme politique. L’Irak et Saddam Hussein, c’est aussi le rappel à tous les gouvernements du monde arabe qu’ils ne sont pas démocratiques, donc qu’ils ne sont pas, aux yeux des américains, légitimes. Ils n’ont pas leur place dans le Proche et Moyen-Orient du XXIéme siècle, tel que inscrit dans la vision stratégique américaine. Ce qui à terme de ne sera pas sans répercutions sur Israël qui est « fort » tant qu’il est entouré de régimes à la fois hostiles et illégitimes. Et, après le Proche et Moyen-Orient, suivant le nouveau paradigme qui se met en place, les Etats-Unis peuvent viser un nouvel adversaire (ennemi ? ).

Pour autant, les Etats-Unis ne seraient-ils pas aussi le « fou » d’Epictète qui estime que les événements se doivent d’arriver comme il les a pensé ?

Les pertes de repères sont évidentes. Nous entrons véritablement dans le flou, d’autant plus que les Etats-Unis, qui possèdent aujourd’hui une véritable vision stratégique, reconnaissent aussi que celle-ci surimpose à ce flou un épais brouillard stratégique.

 

 

Paris, le 21/01/2003

Ludovic WOETS Consultant en Prospective Géostratégique

Woets.ludovic@wanadoo.fr

Historien de formation, consultant en Géostratégie et Prospective Stratégique. Ludovic WOETS exerce depuis 1995 des fonctions de consultant auprès du Ministère de la Défense ainsi que pour plusieurs groupes industriels internationaux et des sociétés du secteur de l’armement. Il est l’auteur de différents articles de Prospective Géostratégique ainsi que de d’un ouvrage : La Défense en Europe et prépare pour la fin de 2003 un ouvrage sur la géopolitique mondiale.

 

 

Notes :

1 - Ronald STEEL. The End of Alliance. America and the future of Europe. New-York. 1964. Edition Dell. P 23.

2 - STRAUSZ-HOPE. The Balance of Tomorow. Edition Orbis. Volume 36.

3 - Quadriennal Defense Review, Nuclear Posture Review, Defense Planning Guidance, ou encore le discours de Citadel du président Bush en 1999.

4 - « C’est la mission qui détermine la coalition et nous ne permettrons pas à des coalitions de déterminer la mission » Donald Rumsfeld, Secrétaire d’Etat américain à la Défense. Face the Nation. CBS le 23 septembre 2001.

5 - Le Général Frère propose avec justesse la notion de puissance Hautaine et Autiste, induisant l’isolement.

6 - Ce qui devrait être mis en relation avec les capacités militaires en diminution au sein de l’Union Européenne.

7 - Samuel HUNTINGTON. In revue Foreign Affairs. Mars-avril 1999.

8 - La vision américaine n’est pas uniquement dictée par des intérêts, mais aussi par des valeurs morales et civilisationnelles qui leur sont propres.

9 - Des négociations ont eut lieu entre Saddam, le Vatican et la Russie, qui visaient à permettre à Saddam Hussein de quitter le pouvoir en Irak pour un exil en Russie.

10 - De là aussi l’article des généraux américains Jones et Shinseki.




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