|
La technologie en question donnera la
« capacité à travailler en réseau » (network enabling
capability ou NEC) dans le cadre de la guerre info-centrée (network
centric warfare ou NCW) ; elle doit avoir l’avantage de
nécessiter moins de plateformes tout en accroissant les effets
recherchés : moins de moyens, mais plus d’effets. Ce qui,
officiellement, ne signifie pas forcément un moindre budget. Surtout si
le « Gulliver » européen veut lui aussi effectuer sa
« transformation » pour tenir son rang aux côtés du
« mastodonte américain », explique The Economist (2).
Selon la LPM
intitulée « Capacités Futures » (Future
Capabilities), qui complète le Livre Blanc sur la
Défense publié en décembre 2003, la Royal Navy verra le nombre
de ses bâtiments diminuer, qu’il s’agisse des sous-marins nucléaires
d’attaque (SNA), des destroyers et frégates (DD/FF) ou des bâtiments
de lutte anti-sous-marine, sans parler des patrouilleurs. Les choix
opérés, déclara Geoff Hoon, résultent de la recherche d’un
équilibre des capacités entre le nombre de plateformes et les effets
militaires recherchés.
Il est
significatif qu’à une époque de vaches maigres la Royal Navy
sera l’Armée qui, comparativement, perdra le moins de personnel et que
la mise en chantier de nouveaux et onéreux programmes n’est pas remise
en cause.
Quatre mois
avant la LPM de 2004, Richard Scott avait dressé un bilan de la RN pour
le moins contrasté dans une analyse richement documentée dans JANE’s
NAVY INTERNATIONAL :
Une
armée qui peut encore générer et déployer de puissantes forces
maritimes sur court préavis en vue d’exécuter de difficiles
missions sur de lointains théâtres – mais également une armée
qui souffre de pénuries en termes de plateformes et de capacités en
équipement, qui a des soucis quant à la disponibilité des
éléments de force, à qui certains personnels qualifiés font
défaut et dont les ressources tendues de fonctionnement sont soumises
à constante pression (3).
LA
RECONFIGURATION DE LA ROYAL NAVY POUR LA GUERRE EXPEDITIONNAIRE
La
réduction des effectifs et des bâtiments n’est pas, à vrai dire, une
surprise totale. Cette « reconfiguration » par étapes
successives intervient six ans après que la Strategic Defence Review (SDR)
de 1998 ait fixé les grandes orientations et l’évolution des trois
armées (4).
La SDR
débarrassa la RN des derniers vestiges doctrinaux de la Guerre Froide et
donna naissance à la doctrine navale actuelle : la MCJO (Maritime
Contribution to Joint Operations) qui optimisait la contribution
apportée par les forces maritimes du Royaume Uni aux opérations de
guerre expéditionnaire dans les eaux littorales et à la projection des
forces à terre. L’Amirauté publia en février 2000 la vision
stratégique de la RN du XXIè siècle dans un document intitulé
« la Marine de Guerre de l’Avenir » (the Future Navy)
centré sur la mise en œuvre du concept de Force Maritime Polyvalente d’ici
2015. Un autre document « le Plan Stratégique Naval » (Naval
Strategic Plan) publié en 2003 traça la route à suivre pour
réaliser cette vision. Un dernier document « le Concept
Opérationnel de la Marine Future » (Future Navy Operational
Concept ou FNOC) rebaptisé depuis « le Concept Opérationnel
Maritime Futur » (FMOC) compléta l’ensemble de ce corps de
doctrine connue sous l’appellation générique de « Processus de
la Marine Future » (Future Navy Process) lequel décrit l’usage
opérationnel envisagé pour les forces maritimes dans la période
postérieure à 2015.
La RN n’avait
donc pas attendu le Livre Blanc sur la Défense de décembre 2003 pour
entreprendre la réforme de ses QG, de son recrutement et de la gestion de
ses personnels, de leur formation et des structures de soutien.
Le nombre de
sous-marins a été réduit de manière échelonnée : la SDR
prévoyait de faire passer la flottille de onze submersibles à dix fin
2006, or dès juillet 2002 le « Nouveau Chapitre » de la SDR
ramenait ce chiffre à neuf, chiffre que la LPM de juillet 2004 fera
tomber à huit d’ici fin 2008. Le HMS SUPERB demeurera encore un an en
service dans l’attente du nouveau sous-marin ASTUTE dont le programme a
pris du retard.
Pour
réduite qu’elle soit, la menace posée par les sous-marins persiste
insiste l’Amiral West. Qui plus est, rappelle-t-il, les sous-marins ont
démontré leur utilité dans l’exécution d’attaques terrestres, la
collecte de renseignements fermés, l’insertion et l’extraction des
Forces Spéciales ou tout simplement l’interdiction des mers.
Le nombre de
destroyers et frégates (DD/FF) chutera de trente et un à vingt cinq dès
le début 2006. Les trois destroyers restants de Type 42 disparaîtront d’ici
2006, ainsi que trois frégates de Type 23.
Le
Ministère de la Défense (MoD) justifie le retrait anticipé du service
de bâtiments de Type 23 par une réduction du risque posée par les
sous-marins.
Le nombre de
bâtiments de lutte anti-sous-marine (MCMV) sera réduit de vingt deux à
seize.
La flotte
actuelle d’avions NIMROD MR2 passera de vingt et un à seize et son
rôle évoluera vers la reconnaissance et surveillance maritime au profit
des opérations de sécurité et militaires interarmées. Quant aux avions
NIMROD MR4A, douze appareils devraient suffire pour les opérations de
surveillance terrestre et maritime…si les industriels savent concilier
coût compétitif et performances.
Trois des
onze chasseurs de classe SANDOWN seront rapidement retirés du service
tandis que trois bâtiments de classe HUNT (qui avaient subi des
modifications afin de patrouiller au large des côtes d’Irlande du Nord)
quitteront le service actif en avril 2007.
Les navires
concernés par ces retraits du service sont les HMS CARDIFF, GLASGOW,
NEWCASTLE, NORFOLK, MARLBOROUGH, GRAFTON, SANDOWN, INVERNESS, BRIDPORT,
BRECON, COTTESMORE et DULVERTON.
Enfin, au
lieu des douze nouveaux destroyers de Type 45, la Royal Navy n’en
recevra que huit, lesquels ne seront pas armés de missiles tactiques
TOMAHAWK, malgré les représentations formulées par le Chef d’Etat-Major
de la Marine. Prévu pour remplacer le destroyer Type 42, le Type 45 n’entrera
en service qu’en 2007 au plus tôt. La protection anti-aérienne des
bâtiments effectuant des opérations amphibies ne sera donc pas assurée
d’ici l’entrée en service des destroyers de Type 45.
En perdant
ses avions Sea Harrier, la Royal Navy ne bénéficiera plus de
couverture aérienne organique avant 2012, voire 2015, date où le JOINT
STRIKE FIGHTER (JSF) devrait prendre du service.
Pièces
centrales du plan d’équipement de la RN, les deux porte-avions (CVF)
prévus entreront en service, mais pas avant 2012 et 2015. Il s’agit
respectivement du HMS QUEEN ELIZABETH et du HMS PRINCE OF WALES.
Le CNS/1SL
demande tant aux industriels qu’au MoD d’éviter à l’avenir les
retards et dépassements de coûts préjudiciables à la mise en service
en temps opportun de programmes vitaux (CVF, sous-marins ASTUTE, LPD…).
Dès
décembre 2003, il était prévu que les trois porte-hélicoptères de
classe INVINCIBLE seraient progressivement retirés du service : HMS
INVINCIBLE en 2006, ILLUSTRIOUS en 2012 et ARK ROYAL en 2013.
Comme on le
verra plus loin, le rôle central joué par la Marine dans des opérations
de guerre expéditionnaire interarmées est confirmé par de nouveaux
investissements ainsi que par la mise en service de forces amphibies.
Néanmoins,
les restrictions budgétaires entraîneront une diminution des
déploiements de temps de paix.
La
réorganisation du personnel naval amènera à regrouper à Portsmouth l’Etat-Major
du Commandant en Chef de la Flotte (responsable des questions
opérationnelles) et celui du Second Sea Lord (2SL) (chargé du
personnel naval). La compression des effectifs s’effectuera par rotation
normale des personnels, sans licenciements : le personnel, tant civil
que militaire, travaillant pour l’Amirauté passera de 37.045 (effectif
théorique : 38.603) à 36.000 d’ici 2008.
Dans le
même temps, le recrutement se poursuivra car la Navy continue à
connaître une pénurie de personnel (notamment d’ingénieurs
nucléaires, de sous-mariniers, d’infirmiers et même de cuisiniers,
précise le Telegraph) (5). D’après certains officiers de
Marine, il existe une véritable crise de confiance chez les jeunes marins
qui ne comprennent pas la mise hors service d’un bâtiment après l’autre
et envisagent de quitter la Flotte en désespoir de perspectives d’avenir
(6). Les personnels en place restants sont alors davantage sollicités et
tentés par le départ dans le civil. La pénurie a donc un effet négatif
sur la fidélisation.
La
fidélisation (retention) est devenue une très sérieuse
préoccupation du Commandement : en effet, lorsque le Vice-Amiral
James Burnell-Nugent (2SL) prit ses fonctions au milieu de 2003, la RN
perdait en moyenne trente personnels qualifiés par mois ; or, ce
chiffre est en augmentation depuis. D’où la mise en place d’un
nouveau « système de gestion du personnel de demain » (Tomorrow’s
Personnel Management System ou TOPMAST).
Préoccupé
par les problèmes de recrutement et de fidélisation, et soucieux de
préserver la qualité de vie du personnel qui sert la RN, le CNS/1SL et l’Admiralty
Board entendent faire fermement valoir une exigence auprès du
gouvernement et du MoD, à savoir que le nombre de missions soit ajusté
au format amoindri de la flotte (7). Le gouvernement devra assumer les
conséquences politiques de ses options militaires.
Adapter sa
politique à ses moyens, et non l’inverse
Bien que
Geoff Hoon s’en défende, la réorganisation non seulement de Royal
Navy, mais également de l’Army et de la Royal Air Force
obéit à une rigueur budgétaire imposée par le Chancelier de l’Echiquier,
Gordon Brown, lequel, en février 2002, déclarait que les opérations en
Irak (Operation TELIC) ne sauraient excéder six mois sans avoir de
graves répercussions sur les finances du royaume.
En fait, les
opérations en Afghanistan et en Irak ont été financées par un budget
séparé et ont atteint le chiffre de £ 4 milliards depuis 2001. (A titre
indicatif, les Américains dépensent chaque mois $ 900 millions en
Afghanistan et $ 3.9 milliards en Irak).
Au nom de la
Commission de la Défense de la Chambre des Communes, Bruce George s’était
ému le 23 juin 2004 des conséquences du Livre Blanc publié en décembre
2003.
La Cour des
Comptes (National Audit Office) s’était montrée peu convaincue
par les soi-disant économies réalisées par l’Initiative d’Acquisition
Intelligente (Smart Acquisition) (8). Dans un article publié par
le Royal United Services Institute, Bill Kincaid pense que Geoff
Hoon a choisi la solution de facilité en « dégraissant » le
MoD plutôt qu’en réformant la gestion du Ministère, solution qui eût
pu faire réaliser des économies de l’ordre de £ 2 à 3 milliards par
an grâce à l’Initiative d’Acquisition Intelligente (9).
Peau de
chagrin
La manne
budgétaire annoncée en juillet 2004 par Gordon Brown proviendra des
économies figurant dans le budget (10) dans lequel, un an avant les
élections générales, le Chancelier promet de supprimer quelque 100.000
emplois dans la fonction publique afin de dégager des fonds pour l’enseignement,
la santé et la défense (11). Priorité a toutefois été donnée à l’outre-mer
et à la lutte anti-terroriste (12).
Selon le
Trésor, le budget de la Défense doit progresser de £ 3,7 milliards pour
passer de £ 29,7 milliards en 2005 à £ 33,4 milliards en 2008. JANE’s
DEFENCE WEEKLY note, néanmoins, que les chiffres annoncés par Gordon
Brown en juillet 2004 sont inférieurs à ceux prévus dans la LPM de 2002
(Spending Review) (13).
Le MoD doit
donc « ajuster le vêtement à l’étoffe dont il dispose »
et, par conséquent, faire un usage plus parcimonieux et efficace du nerf
de la guerre mis à sa disposition par le Trésor.
En lieu et
place de véritable plan de modernisation, critique The Economist,
Geoff Hoon ne propose qu’une « chirurgie
orthopédique » (14). Qu’en est-il au juste ?
LA ROYAL
NAVY, PIVOT DES OPERATIONS DE GUERRE EXPEDITIONNAIRE
Les
retours d’expérience de l’Opération Liberté Immuable (OEF) en
Afghanistan et de l’Opération TELIC (volet britannique de l’Opération
Liberté pour l’Irak) ainsi que ceux des opérations menées dans les
Balkans et en Sierra Leone continuent à être étudiés afin d’enrichir
la doctrine devant guider les opérations à venir.
Par
ailleurs, les programmes majeurs destinés à faire jouer un rôle central
à la Marine dans les opérations de guerre expéditionnaire ne sont pas
remis en cause.
Déploiements
opérationnels
La RN a
été impliquée dans quinze opérations depuis 1998, et a démontré sa
capacité à maintenir un rythme élevé de déploiements dans le monde
entier : Golfe Persique, Méditerranée Orientale, Golfe d’Aden,
Mer Rouge, Océan Indien, Afghanistan, Irak, sans parler de ses autres
missions et exercices aux Caraïbes, en Afrique Occidentale, Irlande du
Nord, Atlantique Sud (Falklands), en Mer Baltique ou en Adriatique. Une
constante émerge, toutefois : l’engagement dans des opérations
« à l’Est de Suez » a repris…
L’aviation
maritime
L’avènement
de nouvelles structures, doctrines et de nouveaux matériels a modifié la
façon dont les Forces Armées du Royaume Uni peuvent projeter leur
puissance à partir de la mer. Ce qui explique qu’aujourd’hui le terme
d’ « aviation navale » a été détrôné par celui d’ « aviation
maritime », concept interarmées plus large au nom duquel les moyens
aériens appuient la composante terrestre à partir de bâtiments où ils
sont embarqués.
Le Groupe
Aéronaval (Carrier Air Group ou CAG) s’est donc transformé en
Groupe Aérien ad hoc (Tailored Air Group ou TAG) dont la
composition varie avec la spécificité de l’opération ou de la
campagne du moment.
Au cœur du
dispositif se trouve le porte-aéronefs qui est passé du rôle de
porte-avions destiné à la lutte anti-sous-marine lors des opérations en
haute mer (blue water) à celui de piste d’aviation mobile
flottante servant à la projection des forces interarmées dans les zones
littorales (brown water).
Des études
sont en cours pour intégrer l’hélicoptère d’attaque APACHE AH.1 au
concept TAG.
Lors de l’Opération
TELIC, des hélicoptères LYNX effectuèrent des opérations conjointes
avec des hélicoptères MERLIN HM.1 et SEAKING ASaC.7 afin de pouvoir
bénéficier de la meilleure image radar de surface fournie par ces
derniers (15).
L’assaut
héliporté
Préparée
dès l’été 2002, et confirmée en décembre de la même année, l’opération
visant à s’emparer de la péninsule Al Faw en Irak fut une
première dans la mesure où, pour la première fois, le Royaume Uni s’est
exclusivement appuyé sur des hélicoptères pour mener une opération
amphibie majeure.
Des forces
aériennes, terrestres, maritimes et spéciales furent largement
employées dans cette opération qui constitua une mise à l’épreuve,
dans des conditions réelles, des doctrines britanniques de combat dans
les eaux littorales. JANE’s INTERNATIONAL DEFENCE REVIEW estime que:
malgré
des conditions météo épouvantables, malgré la résistance ennemie
et les complexes problèmes de commandement et de contrôle, les
équipages des hélicoptères de la RAF, RN et RM (Royal Marines)
ont remporté un grand succès (16).
L’analyse
faite par le National Audit Office pointe du doigt la pénurie en
hélicoptères du Royaume Uni, et donc sa déficience à appuyer les
opérations terrestres et amphibies (17). Le MoD envisage d’enrichir le
projet SABR (Support Amphibious and Battlefield Rotorcraft) de l’expérience
acquise en Irak, et recommande de donner aux décideurs sur le champ de
bataille une plus grande souplesse tactique grâce à la constitution d’un
parc d’hélicoptères mixtes permettant une meilleure complémentarité
des moyens dédiés...et surtout d’assurer l’interopérabilité
indispensable avec les forces américaines dans la guerre info-centrée.
Car,
dorénavant, a établi le Livre Blanc de la Défense de décembre 2003, la
Grande-Bretagne ne s’engagera dans un conflit majeur de haute intensité
qu’aux côtés des Etats-Unis. Avec leurs pragmatisme légendaire, les
Britanniques ont pris acte de leur véritable place sur l’échiquier
militaire mondial : la Grande-Bretagne est devenue une puissance
moyenne. La campagne des Falklands en 1982 restera dans l’Histoire comme
la dernière en son genre : une campagne interarmées purement
nationale de grande envergure où la Marine projeta très loin du sol
national des milliers d’hommes et de matériel dans des conditions
éprouvantes.
Moteur de la
NRF
Depuis le 1
juillet 2004, le Commandement des Forces Maritimes Britanniques
(COMUKMARFOR) a pris la tête de la Composante Maritime (MCC) de la Force
de Réaction de l’OTAN (NRF) pour une année, et a bien l’intention de
montrer le pavillon de l’OTAN « hors zone », c’est-à-dire
dans des zones d’opération où traditionnellement les Alliés
européens n’opéraient pas (18). Conformément au Sommet de Prague de
2002, la zone d’action de l’OTAN se limitera initialement à 3.000
miles nautiques à partir de l’Europe, pour s’étendre en 2006 à l’ensemble
du monde (19).
Avec la mise
sur pied de ses High Readiness Forces (HRF) composante Terre et,
depuis 2004 de ses HRF composante Mer, la Grande-Bretagne d’une part
affirme sa volonté de se comporter en gendarme mondial et, d’autre
part, confirme son rôle d’acteur central du pilier européen de l’OTAN
dans des opérations relevant ou non de l’article 5.
Poursuite
des programmes et investissements à caractère expéditionnaire
En
présentant la restructuration décidée par le pouvoir politique en
juillet 2004, le Chef d’Etat-Major de la Marine a confirmé la poursuite
des programmes et investissements en cours : destroyers Type 45,
sous-marins de classe ASTUTE, LSD (A), MARS, FSC et la construction d’un
second porte-avions devant entrer en service seulement au milieu de la
deuxième décennie.
Ainsi, en
juin 2004, le MoD avait invité les sociétés intéressées par le
programme MARS (Military Afloat Reach and Sustainability) à se
faire connaître (20). Ce programme ambitionne de remplacer d’ici 2010
le gros de la flotte logistique (Royal Fleet Auxiliary)
vieillissante en fournissant à la Royal Navy trois capacités
essentielles : l’approvisionnement des consommables en vrac, le
soutien à l’aviation (à voilure rotative) de l’avant, et le soutien
logistique interarmées des forces embarquées et déployées à terre.
MARS devra également fournir une infrastructure modernisée capable de
soutenir les nouvelles plateformes telles que les CVF et les destroyers de
Type 45.
Le nouveau
concept d’Opération de Projection des Forces consacre donc la nouvelle
vocation expéditionnaire de la Marine britannique.
Si les sept
SSNs de classe TRAFALGAR sont en cours de dotation du missile TOMAHAWK
(TLAM), les quatre plus modernes d’entre eux vont recevoir un nouveau
« système d’arme tactique ». Les quatre sous-marins de
clase VANGUARD chargés d’assumer la dissuasion nucléaire avec le
TRIDENT ont effectué, à ce jour, près de cinquante patrouilles.
Pour le
moment, le MoD et la Navy n’ont pas arrêté leur choix quant
au(x) type(s) de bâtiments destinés à remplacer les frégates de Type
23 à l’horizon 2015 et à remplir la mission assignée au Bâtiment de
Surface Générique (Future Surface Combatant ou FSC) :
opérations interarmées et interalliées, notamment au profit des forces
de première entrée dans l’espace de bataille littoral, et ce de
manière polyvalente en couvrant la totalité du spectre des missions de
défense.
Un panachage
entre de nouveaux navires de différents tonnages semble avoir la
préférence du Commandant en Chef adjoint de la Flotte, lequel a pour
souci, également, d’assurer la cohérence entre le programme FSC et le
programme de capacité améliorée (CUP) de la nouvelle frégate de Type
23, indique JDW (21).
Le Royaume
Uni est en train de se donner les moyens de projeter ses forces de la
terre vers la mer en se dotant de deux nouveaux bâtiments d’assaut
amphibies d’un tonnage de 14.600 tonnes chacun : il s’agit du HMS
ALBION qui fut déclaré opérationnel en avril 2004 et du HMS BULWARK
prévu pour entrer en service au second trimestre 2005 (22). Ces
bâtiments rejoindront le LPH OCEAN, bien utilisé depuis 1999.
Gouverner, c’est
choisir
La
restructuration des Forces Armées britanniques, et en particulier, celle
de la Marine, annoncée dans le Livre Blanc de décembre 2003 se trouve
finalisée par la dernière LPM en date intitulée « Capacités
Futures » de juillet 2004 .
S’inspirant
de la Révolution dans les Affaires Militaires (RMA) conduite aux
Etats-Unis, et menée parallèlement à la « transformation »
des forces américaines et de l’OTAN, la « transformation »
des armées britanniques, selon les termes mêmes de Geoff Hoon et de l’Amiral
Sir Alan West se veut une « police d’assurance »
garantissant
la
satisfaction des besoins du XXIe siècle plutôt que ceux dont nous
avons hérité au XXe (23).
Le rôle
central dévolu à la Royal Navy confirme le caractère résolument
expéditionnaire des Forces Armées britanniques et la volonté clairement
affichée du gouvernement Blair de maintenir leur interopérabilité avec
l’Allié nord-américain, sans lequel aucune opération d’envergure n’est
plus désormais envisageable.
Profitant
des « dividendes de la paix » en Irlande du Nord, tirant les
leçons de ses engagements extérieurs depuis son arrivée au pouvoir en
1997, le gouvernement travailliste a, par étapes, entrepris le
« reformatage » des armées du Royaume tout en mettant l’accent
sur la technologie, et ce à l’approche d’échéances électorales
exigeant une réorientation budgétaire.
Les anciens
grands chefs militaires sont monté au créneau. Les partis d’opposition,
conservateur et libéral-démocrate, crient à la « trahison morale
et politique » par le gouvernement Blair des armées de Sa Majesté
(24), qualifient les mesures prises de « politique de désarmement
unilatéral » (25) et réaffirment haut et fort que :
dans
un monde dangereux et incertain, la puissance navale demeure le moyen
indispensable pour projeter des forces, dissuader les agresseurs et
protéger les voies maritimes (26).
A une
époque où le Japon ou la France possèdent une Marine plus importante
que celle du Royaume Uni dont Blair rêve de faire une « puissance
mondiale » (Global Britain) (27), quel rôle le gouvernement
veut-il, peut-il encore faire jouer à la Royal Navy, s’interroge
le Telegraph (28) ?
Les
temps ont changé. La Royal Navy a été
« reconfigurée » pour mener des opérations de guerre
expéditionnaire à base de forces amphibies et de bâtiments souples et
polyvalents capables du meilleur « punch » que la technologie
la plus en pointe puisse leur procurer.
Confronté
aux contraintes budgétaires d’un pays en guerre sur plusieurs
théâtres extérieurs et aux prises avec des problèmes de société et
des contingences économiques, le gouvernement a opéré des choix qu’il
a imposé aux militaires.
En
contrepartie, le gouvernement Blair a décidé de miser sur la technologie
au nom de l’efficacité et de l’économie des moyens.
Or , cette
« reconfiguration » des armées, si nécessaire soit-elle,
intervient à un moment particulièrement inopportun dans le contexte
international actuel.
En effet,
paradoxalement, à une époque de forte « surchauffe »
dûe aux engagements outre-mer multiples et toujours plus nombreux, le
gouvernement Blair comprime les effectifs et retire du service actif de
nombreux matériels qui ont certes fait leur temps, mais ont aussi prouvé
leur utilité (nonobstant de considérables révisions à la baisse
certains programmes) … sans que les capacités destinés à leur
remplacement ne prennent la relève dans la foulée.
Ce
« creux » représente une vulnérabilité qui va contraindre
les Britanniques à compter davantage sur leurs alliés américains et
européens.
Ce hiatus
dans les « capacités futures » (l’adjectif a tout son sens
ici) et cette indispensable coopération avec ses alliés peut expliquer
le grand écart auquel se livre le MoD qui persiste, contre l’avis des
experts, à vouloir couvrir tout le spectre des opérations plutôt que de
concentrer ses moyens réduits sur son domaine d’excellence, i.e. les
opérations de maintien de la paix (29).
Sans
surprise pour qui suit l’évolution de la doctrine de défense
britannique, l’heure est à la coopération multinationale et
interalliée (30). Nécessité fait loi.
Toujours
est-il que la diminution du nombre de bâtiments entraînera forcément
une perte de « visibilité » de l’Union Jack sur les mers du
globe. Par cette présence amoindrie, la Royal Navy ne sera plus à
même d’exercer sa fonction principale traditionnelle, à savoir le
contrôle et la protection des voies maritimes. Or, comme le rappelle
pertinemment l’Amiral West, quatre-vingt quinze pour cent du commerce
britannique s’effectue par la voie des mers. Les Britanniques, constate
avec regret le CNS/1SL, ont trop tendance à oublier que leur pays est une
île.
Jean-Claude
BESSEZ 08/2004
Références
bibliographiques relatives à La ROYAL NAVY :
(1) MoD Paper, Delivering
Security in a Changing World – Future Capabilities, 21 July 2004
(2) The Economist, Gulliver’s
dilemma, December 6th, 2004
(3) JANE’s NAVY
INTERNATIONAL, Royal Navy poised to perform another rebalancing act,
April 2004, p.26-35
(4) JANE’s DEFENCE WEEKLY,
UK details armed forces restructure, 28 July 2004, p.14
(5) Electronic Telegraph, Strategy
offers little comfort to First Sea Lord, 22 July 2004
(6) Electronic Telegraph, Warships
are first casualty as spending cuts hit Navy, 06 January 2004
Sunday Herald, Soldier
Blues, 11 July 2004
(7) JANE’s DEFENCE WEEKLY,
Interview of Admiral Sir Alan West, 11 August 2004, p.34
(8) MoD Paper, Strategic
Defence Review, Chapter 8: Smart Acquisition,1998
(9) ROYAL UNITED SERVICES
INSTITUTE, Cuts to the Armed Forces, 26 July 2004
(10) HM TREASURY, 2004
Spending Review – New Public Spending Plans 2005-2008, July 2004
(11) JANE’s DEFENCE
WEEKLY, UK budget gets £ 3.7 billion boost, 21 July 2004
(12) Electronic Telegraph, Forces
face biggest cuts since Cold War, 09 July 2004
(13) Ibid.
(14) The Economist, Thinning
Ranks, July 24th, 2004, p.32
(15) JANE’s INTERNATIONAL
DEFENCE REVIEW, UK Maritime Aviation benefits from an expeditionary
focus, July 2004, vol. n°37, p.44-46
(16) Ibid, p.47-49
(17) NATIONAL AUDIT OFFICE, Operation
TELIC – United Kingdom Military Operations in Iraq, 11 December 2003
(18) JANE’s NAVY
INTERNATIONAL, Standing ready for NATO, May 2004, p.18-25
(19) JANE’s DEFENCE
WEEKLY, Ready, Steady, Go, 19 May 2004, p.26-29
(20) JANE’s DEFENCE
WEEKLY, UK invites interest for future afloat support integrator, 2
June 2004, p.7
(21) JANE’s DEFENCE
WEEKLY, UK considers high/low mix for surface fleet, 2 June 2004,
p.13
ROYAL UNITED SERVICES
INSTITUTE, Maritime Power in the 21st century, 12-13 May
2004
(22) JANE’s DEFENCE
WEEKLY, Second UK assault ship starts trials, 16 June 2004, p.24
(23) HOON Geoff, Delivering
Security in a Changing World – Future Capabilities, Speech in the
House of Commons, 21 July 2004
(24) SOAMES Nicholas, Tory
Shadow Defence Secretary, Blair ‘ betrays’ Britain’s Armed Forces,
21 July 2004
http://www.conservative-party.org.uk/news/article.cfm?obj_id=111496
(25) Electronic Telegraph, Undermanned,
undervalued and overburdened, 22 July 2004
(26) Electronic Telegraph, Navy
Blues, 06 January 2004
(27) BLAIR Tony, New
Britain – My Vision of a Young Country, Fourth Estate, London, 1996
(28) Ibid.
(29) The Economist, Not
enough boots on the ground, July 10th 2004, p.34
(30) MoD Paper N°2, Multinational
Defence Co-operation, February 2001
|