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Réflexions
stratégiques,
Strategic thinks
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Les raisons de
l'intervention
internationale en ex-Yougoslavie
par Eric Güntz,
Doctorant en Relations Internationales et Diplomatie,
Chargé de cours à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne et Paris XII
Val-de-Marne
et spécialiste des questions européennes
12/2001
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Depuis
une dizaine d’années, l’adjectif « humanitaire » suscite un
enthousiasme sans précédent, et se décline en « opération
humanitaire », « assistance humanitaire »,
« intervention humanitaire », « politique humanitaire »
… La seule évocation d’une « urgence humanitaire » imminente
est parvenue à justifier le début des frappes aériennes au Kosovo ordonnées
par Javier Solana le 24 mars 1999 après l’échec de la conférence de
Rambouillet. Le président Jacques Chirac déclarait alors solennellement que
cette action était destinée à éviter une « catastrophe
humanitaire ». Pour Michel Katz (1), ce triomphe de l’humanitarisme est
le fruit de l’illusion d’une humanité enfin réconciliée autour du refus
de l’inacceptable (autour d’un « plus jamais ça » incantatoire)
et le symbole d’un certain désarroi face au « nouveau désordre
international ».
Mais ces
opérations militaro-humanitaires restent en genéral opportunistes et
sélectives, en fonction de la visibilité médiatique, de l’intérêt
politique et de l’émotion de l’opinion. Ainsi en ex-Yougoslavie, alors
même que le Vatican jouait de son influence afin de permettre la naissance de
nouveaux Etats catholiques, les Etats-Unis, « leader naturel de la
communauté internationale » selon J. Perry (2), voulaient la création d’un
Etat bosniaque musulman.
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A en croire Robert E. Hunter (3), l’intervention de l’OTAN
au Kosovo s’expliquerait par le fait que la Yougoslavie « constitue la
porte d’entrée dans des régions d’intérêt primordial pour les
occidentaux – le conflit arabo-israélien, l’Irak et l’Iran, l’Afghanistan,
la mer Caspienne et la Transcaucasie. La stabilité en Europe de Sud est
essentielle pour la protection des intérêts occidentaux et la réduction des
dangers venant de plus loin à l’Est. »
Ainsi, l’intervention de l’OTAN
– et par extension des Etats-Unis – s’explique en partie par un désir d’étendre
la zone d’influence occidentale à l’Est afin de se prémunir « contre
le risque improbable mais réel que la Russie retourne à son comportement du
passé. [Une alliance élargie] doit aussi contribuer à l’objectif d’empêcher
cela d’avoir lieu. » (4)
Il
apparaît aujourd’hui que la Yougoslavie est un pays exsangue, sans système
économique stable. Les différentes guerres, notamment celles du Kosovo, ont
entraîné une destruction des structures étatiques. Cela a poussé les
peuples, Albanais notamment, vers la création de systèmes parallèles, de type
mafieux, qui à terme menacent la stabilité de la région. La construction
européenne avec notamment la perspective d’intégration de pays proches de
cette zone en retard sur les plans économiques et politiques, peut être
entravée. L’Europe nécessite en effet une périphérie stable pour son
développement. Il s’agit là sans doute d’un des enjeux majeurs pour l’Europe
dans les prochaines années.
Eric
GÜNTZ
- Professeur à l’Ecole
des Hautes Etudes Internationales, Maître de conférences à HEC.
- Secrétaire à la
Défense du Président Clinton.
- Ex-ambassadeur des
Etats-Unis à l’OTAN.
- Selon Zbigniew
Brzezinski, ex-Conseiller National pour la Sécurité du Président Carter.
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