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Yasser
Arafat, malgré ses erreurs passées et sa
« disqualification politique» par les israéliens et les USA,
restait malgré tout un interlocuteur « modéré », jouissant,
qu’on le veuille ou non, d’une reconnaissance internationale de fait.
En le confinant depuis plus de trois ans dans son QG, en détruisant
systématiquement son infrastructure politique, Israël a contribué au
renforcement des groupes radicaux palestiniens, tel le Hamas et le Jihad
Islamique.
Avec
la mort d’Arafat, Israël sera, au meilleur des cas, obligé d’attendre
l’émergence d’une autorité politique émanant de l’ancienne garde
du Raïs, et, au pire des cas, se retrouver sans interlocuteur.
La
première hypothèse prendra du temps à se concrétiser. Car toutes les
forces politiques voudraient recevoir leur part du gâteau. Des luttes
fratricides ne sont pas à écarter.
Si
un leader issu de l’ancienne garde du Rais était à même d’émerger,
il ne jouira pas de la légitimité de son prédécesseur, mais aura au
moins l’avantage de dépasser le blocage personnel né de la haine
réciproque que Sharon et Arafat avaient l’un pour l’autre.
Dans
le cas contraire, si la question de la succession n’est pas réglée
immédiatement, c’est une ère d’instabilité chronique qui s’installera.
Avec un risque de voir les groupes radicaux instaurer une autorité
politique et sécuritaire de fait. Le pouvoir légal en place étant trop
faible pour les contrôler. Le résultat serait une société
palestinienne en lutte contre elle-même.
Un
autre scénario consisterait à voir un groupe radical (le Hamas et/ou le
Jihad Islamique en l’occurrence) prendre le contrôle de des territoires
palestiniens, ce qui la disqualifierait immédiatement aux yeux de la
communauté internationale. Ce scénario est l’idéal pour Israël car
ce genre de situation légitimerait toute action répressive menée à l’intérieur
des territoires. Le mur de la honte serait justifié de facto, ainsi que
toute répression politique et militaire contre les militants
palestiniens. Certains responsables israéliens préconisaient depuis
longtemps cette solution en assassinant Yasser Arafat.
L’autre
hypothèse serait de voir la fin de l’autorité palestinienne. Car aucun
de ses cadres ne jouit d’une légitimité politique et populaire. La
seule personne qui semblait pouvoir incarner cette unité des rangs était
Marwan Barghouti. Ce dernier purgeant actuellement une peine de prison à
perpétuité.
Cette
dernière hypothèse risque d’avoir pour conséquence deux situations.
Soit
cette instabilité perdure, soit la victoire est rapidement remportée par
un des acteurs de la vie politique palestinienne.
Si
aucun vainqueur ne réussit à se dégager dans l’après Arafat, le
chaos qui s’installerait serait à la fois insupportable pour Israël et
les palestiniens.
Israël
(et la communauté internationale) qui n’aurait pas d’interlocuteur
défini, et pas d’ennemi clairement exposé politiquement et
militairement ; tandis que les palestiniens ne jouiraient plus d’aucune
reconnaissance internationale, car sans leadership, tout en subissant les
affres d’une « quasi-guerre civile ».
Dans
la deuxième hypothèse, au cas ou la victoire est remportée par l’un
des deux camps, ce ne serait plus l’autorité palestinienne de Yasser
Arafat qui reviendrait. Un nouveau leadership verrait le jour.
Soit
ce sont les pontes « modérés » qui remportent la partie,
soit ce sont les mouvements radicaux qui réussissent à prendre le
contrôle. Si ce sont les premiers qui arrivent au pouvoir, c’est une
autorité politique affaiblie qui prendrait les rênes, ayant pour seule
préoccupation d’assurer sa survie. C’est un retour à la case départ
pour les palestiniens et les israéliens. Ces derniers seraient obligés
à traiter avec un semblant d’autorité politique palestinienne
handicapée, tout en faisant face aux menaces terroristes des groupements
radicaux (totalement incontrôlés). Tout serait à reconstruire.
Dans
le cas contraire, si le Hamas par exemple, réussissait à prendre le
contrôle de l’autorité palestinienne, c’est une ère de violence qui
verrait le jour.
Toutefois,
ces groupes paramilitaires pourraient être amenés à ne pas trop s’exposer
politiquement et militairement en oeuvrant de manière classique. A
savoir, la structure et le mode fonctionnement du Hamas et du Jihad
Islamique ne sont pas traditionnels. Ces mouvements travaillent de façon
clandestine, sans avoir une hiérarchie que l’on puisse qualifier
« d’étatique ».
Toutefois,
il est fort peu probable que les mouvements radicaux veuillent prendre ce
risque. Ce serait une faute stratégique grave.
Il
est à parier que des alliances seront faites avec des personnes plus
acceptables politiquement. Le Hamas et/ou le Jihad Islamique leur
apportant un support politique et populaire contre certains avantages
administratifs et sécuritaires (de toutes manières, pour ces deux
formations, la lutte ne passe pas par une reconnaissance politique venant
d’un pays dont ils n’admettent pas l’existence – Israël -, ni par
une légitimation de la part une communauté internationale,- pour eux -
acquise aux USA). Donc, ça sera un compromis interne. Boiteux, mais
un compromis quand même. Mais tout dépendra de la réaction et de la
vision du gouvernement israélien. Ce qui serait bien pour ce dernier,
serait d’avoir les coudées franches. Et cela passe (idéalement) par
une montée en puissance des radicaux islamistes. Tous les abus seraient
de cette façon possibles, et… encouragés.
Mais
le chaos risque de s’étendre de même à d’autre pays de la région.
Notamment le Liban où la présence de camps de réfugiés palestiniens n’est
pas de nature à calmer le jeu. Surtout en ce moment, ou le Liban et la
Syrie font l'objet de pressions internationales accrues.
En effet les effectifs des SR libanais et syriens autour et dans les camps
palestiniens libanais ont été quasiment doublés depuis l’hospitalisation
d’Arafat, et l'Armée libanaise mise en état d'alerte élevée. Ces
deux états craignent un embrasement des camps au cas ou le Raïs venait
à mourir. Les luttes entre factions rivales risquent d'avoir lieu de
façon violente, avec la possibilité qu'elles s'étendent à l'extérieur
des camps. Cette situation pourrait contraindre les libanais et les
syriens à intervenir de façon musclée si elle n'était pas totalement
contrôlée.
Or l'existence (concomitante) de la résolution 1559 de l’ONU imposant
le désarmement des camps palestiniens est une épée de Damoclès pouvant
obliger « de facto » à ce que ce désarmement soit fait, sans que les
parties concernées ne soient préparées à cela.
Une autre crainte des deux pays est de voir d'autres formations armées
sur le territoire libanais emboîter le pas à ce mouvement
d'«insurrection », et ce, en éliminant leurs adversaires politiques. D’autant
plus que la résolution 1559 impose de même à ce que ces mêmes groupes
paramilitaires soient désarmés. La crainte de ces derniers d’être les
prochains sur la liste, si les camps palestiniens devraient être
désarmés, pourrait les contraindre à se « protéger » de
façon radicale.
Or, l’incidence de cette situation ne se répercuterait pas seulement
sur le terrain sécuritaire interne, mais aussi au niveau de la politique
internationale, et ce en mettant en avant la résolution 1559 :
a. L'occupation syrienne du Liban est une nuisance, et non pas un facteur
de stabilité. Ce pays doit retirer ses forces du pays des cèdres.
b. Des camps palestiniens surarmés sont un danger. Leur désarmement est
une nécessité absolue. La 1559 doit être appliquée sans délais.
c. Les milices armées doivent remettre leurs armes et intégrer la vie
politique du pays. Le Hezbollah en premier.
d. La « lutte » contre Israël est terminée vu que le Liban a
récupéré tout son territoire. Le contentieux sur les hameaux de Chébaa
doit être résolu de façon diplomatique.
Tous les scénarios sont actuellement étudiés par les SR libanais et
syriens. Le vide politique qui sera crée par la disparition de Yasser
Arafat doit être contenu par tous les moyens. Même par des assassinats
ciblés.
Autant dire que la mort du Rais risquerait de faire des victimes
collatérales dans les pays voisins de l'Autorité Palestinienne.
Toutefois,
une chose est sûre dans cette partie de l’histoire ; Ariel Sharon
n’a pas réussi à venir à bout de son ennemi historique. La victoire
lui a été enlevée par la grande faucheuse.
En
d’autres termes, dans cette guerre entre ces deux anciens frères
ennemis, c’est… Match nul !
Nadim
Mallat-Lopez
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