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 AccueilGéopolitique / Réflexions stratégiques / Mise à jour 26/08/04





  Réflexions stratégiques,
  Strategic thinks 



Etats-Unis – Iran : Une politique de containment duale au Moyen-Orient

Par Nadim Mallat-Lopez
Avocat, spécialiste en Affaires Militaires
Sentinelion_nml@hotmail.com
18 Août 2004


Avec les combats qui font rage à Nadjaf, les Etats-Unis sont entrés dans une logique de confrontation (quasi) directe avec l’Iran. Le jeune chef spirituel de l’Armée du Mehdi « Moqtada Sadr », a fait monter les enchères en s’opposant de façon musclée à « l’occupant » US. Le choix de la ville sainte pour les chiites n’étant pas une coïncidence, les iraniens ont par là cherché à rallier leurs homologues irakiens à leur cause afin de faire pression sur les USA. Car après l’Irak, c’est le régime des Mollahs qui aura à subir les manœuvres déstabilisatrices de l’administration Bush, et c’est dans cette optique que ce régime cherche à se doter de toutes les cartes utiles à une négociation… dont il ne fera pas partie.

 

Tour d’horizon

Avec le positionnement US en Afghanistan, le déploiement de GI dans la région de la Caspienne, plusieurs bases US en Turquie, et, enfin, la présence en Irak de près de 135 000 soldats de la coalition, l’Iran s’est retrouvé en moins de 2 ans encerclé par son pire ennemi.

D’autant plus que l’administration Bush n’a pas fait dans la dentelle diplomatique en affirmant le 29 Janvier 2002, dés les premières heures de sa croisade contre le terrorisme mondial, que l’Iran faisait partie de l’Axe du mal, avec la Corée du Nord et l’Irak.

Coincé dans cette configuration géostratégique et géopolitique US, le régime des Mollahs à dans un premier temps fait ce que tout régime aurait fait, à savoir, cloisonner son front interne. L’ « opposition » au régime conservateur, symbolisée par le Président Khatami, s’est vue muselée lors des dernières élections législatives iraniennes. Ce cloisonnement politique du front interne s’est fait de façon coordonnée, empêchant de cette manière toute tentative US de déstabilisation partant de l’intérieur du pays.

Cette première étape accomplie, les manœuvres Irano-US se sont déplacées vers un théâtre d’opérations extérieur, à savoir un grand jeu ayant pour territoire toute la région du Moyen-Orient.

 

Les atouts iraniens

 

La Rébellion Chiite en Irak

 

Sans s’attarder sur la structure du leadership chiite en Irak, les derniers évènements en date montrent que la pression que l’Iran met sur les USA a déjà atteint un sommet.

Le jeune imam, Moqtada Sadr, retranché dans la Mosquée d’Ali, dans la ville sainte de Nadjaf, continue de narguer les forces Nord Américaines dans une guérilla urbaine acharnée. On ne pourrait que voir derrière cette insurrection la main des services de renseignement et des Gardiens de la Révolution (les Pasdarans) Iraniens. D’autant plus que la branche internationale du Hezbollah Libanais a affecté plusieurs de ses membres à la création et à la formation de brigades islamiques en Iraq, calquées sur son modèle. Quand on sait que la formation intégriste libanaise jouit du plus grand soutien de Téhéran, qui finance ses activités tout en la téléguidant, l’implication du régime des Mollahs en Irak ne fait plus aucun doute. Le but principal étant de créer un deuxième Vietnam pour l’US Army, de sorte à la paralyser dans toute activité qui pourrait un jour ou l’autre être dirigée contre l’Iran. A l’insurrection armée de Nadjaf vient se greffer une hostilité sans cesse croissante de la population chiite dans le reste pays. Sadr City, dans la banlieue de Bagdad n’est pas en reste ; les attaques contre les blindés US ont déjà commencé, ce qui n’augure pas une accalmie sur le court terme. Il semblerait que ce climat insurrectionnel soit appelé à se propager comme une traînée de poudre, alimenté à la fois par la solidarité interconfessionnelle, ainsi que par le travail de déstabilisation et de sape des services iraniens.

L’administration Bush n’a aucun intérêt à accuser Téhéran d’être derrière ces incidents en Irak. Ouvrir un nouveau front, ne serait ce que verbal, à l’encontre d’un autre pays équivaudrait pour G. Bush Jr. à un suicide préélectoral. D’un autre côté, demander l’assistance (surtout secrètement) de l’Iran afin de calmer le jeu en Irak serait un aveu de défaite qui se monnayera très cher.

 

La carte du Nucléaire

 

La deuxième carte aux mains des Iraniens reste l’accélération de leur programme militaire nucléaire. Le refus des autorités iraniennes de laisser les inspecteurs de l’AIEA d’avoir un accès complet à leurs installations nucléaires est un aveu de l’existence d’un programme militaire secret en cours d’élaboration. Le rapport de El Baradei (Chef de l’AIEA) en 2004 laissait même ouverte la possibilité de l’imminence d’un premier test d’un engin nucléaire.

Dans une confrontation militaire de type « asymétrique », tel que celle qui mettrait face à face les USA et l’Iran, l’obtention par la partie la plus faible de l’arme nucléaire est une garantie de non-agression de la part la partie la plus forte. L’exemple de la Corée du Nord est, en ce domaine, assez éloquent.

Avec plus d’une centaine de milliers soldat US aux frontières d’un Iran nucléaire, une attaque militaire Nord Américaine contre le régime de Téhéran deviendrai tout simplement impossible !

Toutefois, Téhéran a encore besoin de temps afin de montrer au monde qu’elle fait déjà partie du club nucléaire. Car il ne s’agit pas uniquement pour le régime des Mollahs de construire une bombe… mais deux. Une bombe pour être testée aux yeux des puissances hostiles, et une deuxième afin de maintenir ces mêmes puissances à distance.

Or le temps ne semble pas jouer en faveur du régime iranien. La nervosité de l’état hébreu pourrait le pousser à rééditer l’exploit de 1981 avec la centrale irakienne d’Osirak. Cette centrale, bâtie par les autorités irakienne avec l’aide de l’état français prés de la capitale Bagdad, avait été détruite par la chasse israélienne. Même si cet exploit semble de nos jours très difficile(1), l’option reste ouverte ; Ariel Sharon, ministre israélien de la défense à cette époque déclarait sans ambages: "la possession de l’arme nucléaire par un état islamique voisin hostile n’est pas pour nous une question d’équilibre de la terreur, mais une question de survie. De ce fait, nous  éliminerons cette menace dés son éclosion". La voie que pourrait emprunter Israël pour se prémunir de ce danger semble être toute tracée, et les autorités iraniennes prennent cette menace au sérieux. Il suffit de prendre connaissance de la menace à peine voilée de Téhéran qui affirme, quelques jours seulement après avoir testé la version améliorée du missile Shihab 3 (d’une portée allant de 1300 KM à 1700 KM) que l’état hébreux « est désormais à portée de nos missiles, et que ses installations nucléaires sont pour nous une cible potentielle ». Cette joute verbale a au moins le mérite de nous éclairer sur les options potentielles de ces deux acteurs.

 

La marge de manœuvre US

 

Mater la rébellion Chiite en Irak

 

Nadjaf encerclée, les USA semblent bien décidés à utiliser la manière forte pour mettre fin à l’aventure chiite irakienne. Toutefois, pénétrer dans le mausolée de l’Imam Ali afin d’en déloger l’imam rebelle est une solution assez hasardeuse. La ville et la mosquée où est retranché Moqtada Sadr sont les plus hauts symboles de l’islam chiite et même laisser les forces armées irakiennes rentrer dans ce lieu saint sera toujours perçu comme étant l’œuvre des forces occupantes. La seule solution « logique » qui serait offerte aux USA serait d’écraser à l’extérieur de la mosquée l’armée du Mehdi, et d’obtenir avec le concours des autres autorités chiites (l’Imam Sistani, autre figure chiite respectée en Irak), une réédition pacifique de l’Imam rebelle. Ce dernier, le cas échéant, étant éconduit à la frontière iranienne.

Car mater la rébellion chiite à une portée supplémentaire pour l’équipe Bush. En stabilisant le front chiite et ainsi, en marginalisant les quelques attaques en provenance du triangle sunnite, G. W. Bush pourra se présenter à la convention républicaine prévue fin Août, en se targuant d’avoir « réussi à pacifier » l’Irak. La présence du premier ministre irakien, Ayad El Allaoui, à Nadjaf lors des violents combats avec les rebelles chiites, devrait de même montrer aux détracteurs de l’actuelle administration US, la pertinence de ses nominations politiques. Il est fort à parier que si la rébellion est matée par les forces de la coalition, le premier ministre irakien sera l’invité d’honneur de cette convention républicaine, afin d’être exhibé comme carte gagnante en Irak.

 

Un allié de circonstance : La Syrie

 

La Syrie est sans aucun doute le pays Arabe le plus important géopolitiquement pour les USA. Richard Pearl, conseiller du Président Bush relevait que Warren Christopher (Ancien secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères de Bill Clinton) s’était rendu au cours de son mandat 29 fois  en Syrie! En comparaison, aucun pays de l’OTAN n’a eu droit à ce traitement exceptionnel. Ce qui fait de ce pays un acteur incontournable dans la crise actuelle qui secoue le Moyen-Orient. Et l’administration Bush a réussi admirablement à manœuvrer afin de pousser Damas à se mettre autour d’une table et négocier… mais encore, étaient ce uniquement les USA qui ont bien manoeuvré?

 

autour du tapis vert

 

La position stratégique syrienne avait dû subir récemment les coups de butoir d’une administration nord-américaine va-t-en-guerre et de ses alliés. De prime abord, des sanctions économiques votées par le congrès US (le Syria Accountability Act and Lebanese Sovereignty Restauration Act) ainsi que des ingérences (inhabituelles) des USA dans les affaires internes libanaises, traditionnelle chasse gardée de la Syrie ; et enfin des menaces verbales israéliennes d’une riposte militaire au cœur de Damas. D’autant plus que la Syrie se trouve actuellement tout comme l’Iran dans une situation géostratégique assez peu enviable en étant encerclée par Washington et ses alliés (Turquie au Nord, USA à l’Est et l’Etat Hébreu au Sud). Mais ce pays reste une pièce maîtresse dans une région en passe de transformation accélérée ; toutes les solutions pour un nouveau Moyen-Orient doivent passer par Damas.

Effectivement, depuis le début du mois d’août, des pourparlers secrets ont lieu entre les négociateurs syriens et Nord-Américains. Les USA venaient de donner à la Syrie l’un des rôles clés de leur politique Moyen-Orientale, et peut-être pour cette dernière, la chance de passer officiellement dans le camp « occidental ».

 

Les cartes Syriennes

 

Le régime syrien est encore l’un des survivants de l’ancien ordre mondial. Un système quasi-stalinien en attente d’une profonde restructuration. L’arrivée du fils de Hafez El Assad avait laissé entendre que ce pays allait tenter son ouverture au monde actuel. Toutefois l’ancienne garde de feu le Président Assad avait tout fait pour empêcher que les acquis politiques et stratégiques du pays ne soient bradés au nom d’une démocratisation à outrance pouvant laisser la Syrie vulnérable aux dangers de la région.

Or il semblerait que le moment soit venu pour ce régime de monnayer ses atouts.

 

La perméabilité des frontières avec l’Irak et la fermeture des bureaux des organisations « terroristes » à Damas

 

Plusieurs notes confidentielles ont mis en avant le fait que des combattants palestiniens issus des camps de réfugiés libanais avaient réussi à rejoindre la guérilla irakienne. D’autant plus que récemment, l’US Army avait affirmé que trois combattants palestiniens avaient été abattus par ses soldats lors de combats à Bagdad. Quand on sait que les camps palestiniens au Liban font l’objet d’une surveillance renforcée, à la fois des SR libanais et syriens, et que les enceintes des camps sont une frontière de plus (avec la frontière internationale libanaise et syrienne) à franchir pour tout candidat au djihad, on ne peut croire à une simple coïncidence. Car si les réseaux de passeurs existent, c’est bien avec la bénédiction de Damas, et si des combattants se retrouvent en Irak, c’est bien pour entraver autant que possible les marges de manœuvres de l’armée Nord Américaine.

Sans aucun doute, ce point là sera (ou a été) soulevé par les négociateurs US lors des pourparlers qui ont lieu depuis début Août. Cloisonner la frontière avec l’Irak est une priorité pour l’administration Bush.

En ce qui concerne la cessation de l’appui donné par Damas à certaines organisations qualifiées de terroristes par Washington (et en toile de fond l’appui donné au palestiniens), cette exigence est, par rapport aux vrais enjeux de la négociation avec les USA, un simple détail qui se monnayera d’une façon ou d’une autre. Il s’agirait tout simplement pour Damas de ne pas se mettre à dos toute une opinion publique arabe hostile à Israël, et qui voit (encore) en la Syrie l’unique rempart qui résiste encore à la présence « sioniste » en terre d’Islam.

 

L’influence iranienne au Liban

 

Placé depuis les attentats meurtriers contre les GI à Beyrouth en 1983(2) sur la liste des organisations terroristes, le Hezbollah est, sans aucun doute, le pivot central des demandes que feront les négociateurs US à leurs homologues syriens. La formation intégriste chiite a été crée, financée, armée et téléguidée par le régime des Mollahs, et assure (presque) seule toutes les opérations armées contre l’état hébreu à partir du sol libanais. Dans une nouvelle configuration des paramètres Moyen-Orientaux, la formation intégriste se doit d’être démantelée, et ce pour deux raisons principales. La première est le désir de revanche de l’armée Nord Américaine pour les victimes de l’attentat de Beyrouth en 1982. Richard Pearl affirmait récemment que les USA n’oublieront jamais ce crime odieux, et que tôt ou tard les commanditaires de l’attentat ainsi que le leadership de la formation intégriste allaient le payer de leur vie. La deuxième raison, la principale, est celle qui a trait au pouvoir de nuisance qui pourrait être exercé à travers le Hezbollah par un régime iranien sous pression US, voire sous attaque israélienne (en ce qui concerne une possible attaque de Tsahal sur les sites nucléaires iraniens). La Syrie avait donné en Mai 2004 un signal à l’administration Bush comme quoi elle était le seul acteur au Liban capable de contrôler la formation chiite(3). Tout dépendra de l’habilité du régime syrien à convaincre (ou à éliminer) le secrétaire général du Hezbollah à se détacher de son mentor iranien. Cette voie, pour la Syrie est une des plus périlleuses et ce pour les raisons suivantes :

 

  • La Syrie se départirait là d’une carte de pression face à Israël dans ses négociations pour la « paix » au Moyen-Orient.
  • Vu l’habitude que le régime de Téhéran à de diviser en deux ou plusieurs entités les groupes armées qu’il contrôle, Damas pourrait se retrouver, même en « éliminant » le Hezbollah, devant une myriade de groupuscules qui lui sont hostiles. La formation intégriste libanaise n’échappe pas à ce schéma, un groupe dissident, ayant à sa tête un ancien secrétaire général du parti(4), existe effectivement au Liban, et possède une base populaire conséquente. Ce groupuscule pourrait très facilement être exploité par Téhéran sur le sol libanais.
  • Le régime syrien pourrait avoir à faire face à une possibilité de déstabilisation de la part de l’Iran à travers la population Kurde du Nord-Est du pays. On se souviendra des émeutes qui ont eu lieu à Kamechli (Nord-Est ) en Mars 2004 et qui ont fait plus d’une dizaine de morts parmi les émeutiers. Ces émeutes peuvent être rééditées très facilement par le régime de Téhéran.

 

Il est plus que probable que le régime syrien s’engagera à « démanteler » la formation intégriste chiite. Reste que le degré dans l’application de cette exigence US, et à quel point Damas ira dans la marginalisation du Hezbollah, est pour le moment inconnu. Cela pourra être soit un démantèlement pur et simple de la structure combattante (il ne faut pas oublier que les armes destinées par l’Iran au Hezbollah transitent par le territoire syrien) et sa conversion en pur parti politique, soit tout simplement le « remplacement » de l’actuel secrétaire général de la formation intégriste si ce dernier ne coopère pas (avec ou sans son consentement, ce qui en pratique signifiera son exécution pure et simple par les SR syriens ou par le Mossad qui aurait préalablement reçu un feu vert de Damas et de Washington) par un leader plus « syrien ». De toute manière, le régime syrien aura à bien mûrir une décision qui pourrait avoir sur lui des répercussions sur le long terme. Et ces répercussions commenceront sûrement à partir du Liban.

 

Ce qui sera monnayé par Damas

 

L’administration Bush en acceptant d’entamer des pourparlers avec la Syrie a tout simplement admis l’idée de lâcher du lest avec un pays accusé encore tout récemment d’état voyou (Rogue state). Mais Damas reste pour Washington un allié précieux dans l’exécution de son plan pour la région, et ce qui sera demandé par le régime syrien afin d’assister l’administration Bush concernera tout autant l’économie que le militaire ou le sécuritaire.

 

Les ressources Pétrolières et Hydrauliques

 

Avec la chute de Bagdad, les USA ont tout simplement coupé le débit de pétrole qui arrivait d’Irak en Syrie. Cette manœuvre US avait obligé Damas à se ravitailler sur les marchés mondiaux en payant le prix fort pour l’achat de son brut, alors que, avant l’invasion de l’Irak, Saddam Hussein fournissait cette matière première à un tarif plus que préférentiel. Il est plus que certain que le Pipeline arrivant en Syrie sera ré-ouvert par « le gouvernement intérimaire irakien » si les négociations aboutissent.

En deuxième lieu, et vu le contentieux sur l’eau que Damas a avec son voisin Turc, les USA seront mis à contribution afin de calmer les tensions existantes en forçant Ankara à accorder un plus fort débit d’eau à son voisin nécessiteux.

 

L’économie et la sécurité

 

Ces deux dossiers seront sans doute ceux qui seront le plus âprement négociés par les deux parties.

Etant un pays en marge de l’économie mondiale et qui plus est frappé depuis moins de trois mois par une loi votée par le congrès US instaurant une série de sanction économique, la Syrie tentera lors de ces pourparlers d’obtenir le maximum de bénéfices financiers possibles. Les négociateurs syriens exigeront sans aucun doute que le Syria Accountability Act soit tout simplement abrogé. Ce qui en pratique permettra à la Syrie de se porter candidate aux aides financières accordées par les diverses institutions monétaires et financières mondiales contrôlées par les US ; sans oublier non plus les investissements qui seront fait par des investisseurs privés, surtout Nord-américains. La Syrie avait en mars fait un premier geste envers l’administration US en accordant un droit d’exploitation sur un gisement pétrolier à une firme Nord-américaine, juste avant que le Syria Accountability Act ne soit voté.

En ce qui concerne la sécurité, cette dernière exigence concerne, bien sûr, le voisin hébreu. Damas ne manquera pas de demander des garanties contre toute attaque d’Israël aussi bien sur son propre territoire que sur celui de son voisin (et satellite) libanais. Cette exigence sera d’autant plus certaine que le Hezbollah ne sera plus une carte pouvant être utilisée immédiatement par la Syrie en cas d’escalade militaire avec Tsahal.

 

Sur le terrain, les prémices d’une application concrète

 

Ces négociations sont entrain de se traduire sur le terrain par de nombreuses déclarations contradictoires des deux parties, surtout en ce qui concerne la présidentielle libanaise. Cette situation (en apparence) conflictuelle au pays des cèdres est d’autant plus importante que ce petit pays verra le gros des résolutions, adoptées lors des pourparlers, appliquées sur son sol. Et si les USA déclarent, par le biais de leur Ambassadeur Vincent Battle (dont le mandat s’est tout juste terminé), que la présidentielle libanaise doit rester l’affaire des libanais, sans ingérence extérieure (sous entendre par là ingérence syrienne), Damas, quant à elle, cherche à avoir sur le terrain le support de tout les composantes du tissu social libanais (surtout chrétiennes) à travers l’homme qu’elle placera à la tête de l’état. Malgré le fait que la meilleure solution pour Damas serait de garder le Président actuel en exercice par un jeu d’amendements de la constitution libanaise (vu que placer une autre équipe en place nécessite toute une logistique inutile en ce moment et que les alliés libanais de Damas en place « contrôlant » la sécurité sont à majorité chrétiens acquis au Président actuel), il n’empêche que la personne qui occupera la magistrature suprême aura à appliquer de façon scrupuleuse les consignes qui auraient été établies sur le tapis vert. Sans oublier que récemment le Président syrien Bachar El Assad a entamé des « concertations » en vu des présidentielles qui auront lieu en septembre, et a invité tous les hommes politiques libanais à se rendre à Damas ; le premier de « ces hommes politiques » à être convoqué, a été le secrétaire général du Hezbollah, qui s’est entretenu avec le président syrien… hors caméras.

 

 

La vision US d’un grand Moyen-Orient

 

Il semblerait que l’administration US actuelle soit entrain de créer une situation de fait au Moyen-Orient qui ne puisse pas être remise en cause dans le cas ou le Président Bush ne serait pas réélu pour un second mandat. L’idée de Grand Moyen-Orient US (ou Pax Americana version 2004) semble être sur les rails. Car en toile de fond, cette région du monde est (mis à part les réserves pétrolières à contrôler impérativement) pour les USA une zone devant être pacifiée et servir de ligne arrière pour les ravitaillements de l’US Army en Asie centrale. Et c’est justement sur ce terrain là que Téhéran pourrait choisir de se rabattre dans sa confrontation avec les USA. Car malgré toutes ces manœuvres afin de contenir le régime des Mollahs, une voie leur a été laissée ouverte. Car s’il est une règle que tout militaire ou négociateur ne se doit jamais d’oublier, c’est de faire de sorte à ce qu’il y ait toujours une issue de sortie à la personne qu’on tente de coincer ; les réactions de gens n’ayant plus rien à perdre est toujours irrationnelle et dangereuse. Et dans ce plan qui semble se mettre en place contre l’Iran, ce dernier pourra toujours se reporter sur un autre dossier, à savoir le partage de l’or noir de la Caspienne, négociation dans laquelle il garde toujours une certaine marge de manœuvre, et qu’il pourra toujours lier à sa position au Moyen-Orient.

 

NM-L

2004

 

Notes :

1 - Les chasseurs israéliens devraient assurer un trajet de prés de 900 à 1100 miles pour atteindre les objectifs nucléaires iraniens. Ce qui voudrait dire qu’ils devraient soit survoler l’espace jordanien et irakien, soit longer la péninsule Arabique dans une manoeuvre de contournement. Les chasseurs F16 et F15 ont juste assez de carburant (même avec des réservoirs additionnels) pour faire uniquement l’aller. Ce genre de vol devant bien sûr être effectué à basse altitude, ce qui entraînerait une surconsommation de carburant. En pratique cela impliquerait le fait que les chasseurs israéliens devraient se faire ravitailler deux fois en plein en vol, avec le risque d’avoir le Boeing 707 citerne abattu par la défense iranienne. A moins que les avions ne décollent d’Irak, ce qui serait une déclaration de guerre à la fois avec Israël et les USA. Quant aux sites nucléaires à détruire, ils seraient beaucoup mieux défendus que ceux des irakiens en 1981. Les moyens de défense antiaériens mis en place avec l’aide des Russes risqueraient d’entraîner d’énormes pertes dans les rangs des attaquants israéliens. Certains analystes militaires vont même jusqu’à qualifier une opération de ce genre d’opération Kamikaze. Sans oublier que les moyens iraniens de riposte sont un facteur à ne pas négliger pour Israël, ni les risques de colère généralisée que ce genre d’opération militaire entraînerait dans le monde Arabo-Musulman. Une autre option envisagée par Tsahal serait de bombarder les six sites nucléaires iraniens référencés par le biais de ses sous-marins. Israël a tout récemment équipé ses submersibles d’une version améliorée de missiles Harpoon à tête nucléaire. Certains analystes militaires évoquent même le scénarios de combattants Kurdes entraînés par le Mossad et qui seraient chargés de mener - ou aider les agents israéliens à mener -l’attaque contre les installations nucléaires.

2 - Un Kamikaze conduisant une camionnette bourrée d’explosifs s’est fait exploser dans le QG des forces Nord-américaines dans la banlieue de Beyrouth. Cet attentat avait fait 241 morts dans les rangs de l’US Army. Le même jour un attentat similaire avait eu lieu contre les forces françaises. Le QG français, baptisé Drakkar, était détruit de la même manière : Bilan 56 morts.

3 - Le 27 Mai 2004, en plein fief du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, des éléments incontrôlés avaient réussi à créer des troubles qui ont mené à une confrontation avec l’armée libanaise et faisait 6 morts dans les rangs des émeutiers. Cette provocation a eu lieu alors même que le secrétaire général du Hezbollah avait donné des consignes à ce que les manifestations ne visent point les éléments de l’armée. Ces incidents ont provoqué la colère du leadership du parti intégriste qui a accusé les services de renseignement de l’état d’avoir initié ces affrontements.

4 - Cheikh Soubhi el Toufaily












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