|
D’autant
plus que l’administration Bush n’a pas fait dans la dentelle
diplomatique en affirmant le 29 Janvier 2002, dés les premières heures
de sa croisade contre le terrorisme mondial, que l’Iran faisait partie
de l’Axe du mal, avec la Corée du Nord et l’Irak.
Coincé
dans cette configuration géostratégique et géopolitique US, le régime
des Mollahs à dans un premier temps fait ce que tout régime aurait fait,
à savoir, cloisonner son front interne. L’ « opposition »
au régime conservateur, symbolisée par le Président Khatami, s’est
vue muselée lors des dernières élections législatives iraniennes. Ce
cloisonnement politique du front interne s’est fait de façon
coordonnée, empêchant de cette manière toute tentative US de
déstabilisation partant de l’intérieur du pays.
Cette
première étape accomplie, les manœuvres Irano-US se sont déplacées
vers un théâtre d’opérations extérieur, à savoir un grand jeu ayant
pour territoire toute la région du Moyen-Orient.
Les
atouts iraniens
La
Rébellion Chiite en Irak
Sans
s’attarder sur la structure du leadership chiite en Irak, les derniers
évènements en date montrent que la pression que l’Iran met sur les USA
a déjà atteint un sommet.
Le
jeune imam, Moqtada Sadr, retranché dans la Mosquée d’Ali, dans la
ville sainte de Nadjaf, continue de narguer les forces Nord Américaines
dans une guérilla urbaine acharnée. On ne pourrait que voir derrière
cette insurrection la main des services de renseignement et des Gardiens
de la Révolution (les Pasdarans) Iraniens. D’autant plus que la branche
internationale du Hezbollah Libanais a affecté plusieurs de ses membres
à la création et à la formation de brigades islamiques en Iraq,
calquées sur son modèle. Quand on sait que la formation intégriste
libanaise jouit du plus grand soutien de Téhéran, qui finance ses
activités tout en la téléguidant, l’implication du régime des
Mollahs en Irak ne fait plus aucun doute. Le but principal étant de
créer un deuxième Vietnam pour l’US Army, de sorte à la paralyser
dans toute activité qui pourrait un jour ou l’autre être dirigée
contre l’Iran. A l’insurrection armée de Nadjaf vient se greffer une
hostilité sans cesse croissante de la population chiite dans le reste
pays. Sadr City, dans la banlieue de Bagdad n’est pas en reste ;
les attaques contre les blindés US ont déjà commencé, ce qui n’augure
pas une accalmie sur le court terme. Il semblerait que ce climat
insurrectionnel soit appelé à se propager comme une traînée de poudre,
alimenté à la fois par la solidarité interconfessionnelle, ainsi que
par le travail de déstabilisation et de sape des services iraniens.
L’administration
Bush n’a aucun intérêt à accuser Téhéran d’être derrière ces
incidents en Irak. Ouvrir un nouveau front, ne serait ce que verbal, à l’encontre
d’un autre pays équivaudrait pour G. Bush Jr. à un suicide
préélectoral. D’un autre côté, demander l’assistance (surtout
secrètement) de l’Iran afin de calmer le jeu en Irak serait un aveu de
défaite qui se monnayera très cher.
La
carte du Nucléaire
La
deuxième carte aux mains des Iraniens reste l’accélération de leur
programme militaire nucléaire. Le refus des autorités iraniennes de
laisser les inspecteurs de l’AIEA d’avoir un accès complet à leurs
installations nucléaires est un aveu de l’existence d’un programme
militaire secret en cours d’élaboration. Le rapport de El Baradei (Chef
de l’AIEA) en 2004 laissait même ouverte la possibilité de l’imminence
d’un premier test d’un engin nucléaire.
Dans
une confrontation militaire de type « asymétrique », tel que
celle qui mettrait face à face les USA et l’Iran, l’obtention par la
partie la plus faible de l’arme nucléaire est une garantie de
non-agression de la part la partie la plus forte. L’exemple de la Corée
du Nord est, en ce domaine, assez éloquent.
Avec
plus d’une centaine de milliers soldat US aux frontières d’un Iran
nucléaire, une attaque militaire Nord Américaine contre le régime de
Téhéran deviendrai tout simplement impossible !
Toutefois,
Téhéran a encore besoin de temps afin de montrer au monde qu’elle fait
déjà partie du club nucléaire. Car il ne s’agit pas uniquement pour
le régime des Mollahs de construire une bombe… mais deux. Une bombe
pour être testée aux yeux des puissances hostiles, et une deuxième afin
de maintenir ces mêmes puissances à distance.
Or
le temps ne semble pas jouer en faveur du régime iranien. La nervosité
de l’état hébreu pourrait le pousser à rééditer l’exploit de 1981
avec la centrale irakienne d’Osirak. Cette centrale, bâtie par les
autorités irakienne avec l’aide de l’état français prés de la
capitale Bagdad, avait été détruite par la chasse israélienne. Même
si cet exploit semble de nos jours très difficile(1), l’option reste
ouverte ; Ariel Sharon, ministre israélien de la défense à cette
époque déclarait sans ambages: "la possession de l’arme
nucléaire par un état islamique voisin hostile n’est pas pour nous une
question d’équilibre de la terreur, mais une question de survie. De ce
fait, nous éliminerons cette menace dés son éclosion". La
voie que pourrait emprunter Israël pour se prémunir de ce danger semble
être toute tracée, et les autorités iraniennes prennent cette menace au
sérieux. Il suffit de prendre connaissance de la menace à peine voilée
de Téhéran qui affirme, quelques jours seulement après avoir testé la
version améliorée du missile Shihab 3 (d’une portée allant de 1300 KM
à 1700 KM) que l’état hébreux « est désormais à portée de
nos missiles, et que ses installations nucléaires sont pour nous une
cible potentielle ». Cette joute verbale a au moins le mérite de
nous éclairer sur les options potentielles de ces deux acteurs.
La
marge de manœuvre US
Mater
la rébellion Chiite en Irak
Nadjaf
encerclée, les USA semblent bien décidés à utiliser la manière forte
pour mettre fin à l’aventure chiite irakienne. Toutefois, pénétrer
dans le mausolée de l’Imam Ali afin d’en déloger l’imam rebelle
est une solution assez hasardeuse. La ville et la mosquée où est
retranché Moqtada Sadr sont les plus hauts symboles de l’islam chiite
et même laisser les forces armées irakiennes rentrer dans ce lieu saint
sera toujours perçu comme étant l’œuvre des forces occupantes. La
seule solution « logique » qui serait offerte aux USA serait d’écraser
à l’extérieur de la mosquée l’armée du Mehdi, et d’obtenir avec
le concours des autres autorités chiites (l’Imam Sistani, autre figure
chiite respectée en Irak), une réédition pacifique de l’Imam rebelle.
Ce dernier, le cas échéant, étant éconduit à la frontière iranienne.
Car
mater la rébellion chiite à une portée supplémentaire pour l’équipe
Bush. En stabilisant le front chiite et ainsi, en marginalisant les
quelques attaques en provenance du triangle sunnite, G. W. Bush pourra se
présenter à la convention républicaine prévue fin Août, en se
targuant d’avoir « réussi à pacifier » l’Irak. La
présence du premier ministre irakien, Ayad El Allaoui, à Nadjaf lors des
violents combats avec les rebelles chiites, devrait de même montrer aux
détracteurs de l’actuelle administration US, la pertinence de ses
nominations politiques. Il est fort à parier que si la rébellion est
matée par les forces de la coalition, le premier ministre irakien sera l’invité
d’honneur de cette convention républicaine, afin d’être exhibé
comme carte gagnante en Irak.
Un
allié de circonstance : La Syrie
La
Syrie est sans aucun doute le pays Arabe le plus important
géopolitiquement pour les USA. Richard Pearl, conseiller du Président
Bush relevait que Warren Christopher (Ancien secrétaire d’Etat aux
Affaires Etrangères de Bill Clinton) s’était rendu au cours de son mandat 29
fois en Syrie! En comparaison, aucun pays de l’OTAN n’a eu droit
à ce traitement exceptionnel. Ce qui fait de ce pays un acteur
incontournable dans la crise actuelle qui secoue le Moyen-Orient. Et l’administration
Bush a réussi admirablement à manœuvrer afin de pousser Damas à se
mettre autour d’une table et négocier… mais encore, étaient ce
uniquement les USA qui ont bien manoeuvré?
autour
du tapis vert
La
position stratégique syrienne avait dû subir récemment les coups de
butoir d’une administration nord-américaine va-t-en-guerre et de ses
alliés. De prime abord, des sanctions économiques votées par le
congrès US (le Syria Accountability Act and Lebanese Sovereignty
Restauration Act) ainsi que des ingérences (inhabituelles) des USA dans
les affaires internes libanaises, traditionnelle chasse gardée de la
Syrie ; et enfin des menaces verbales israéliennes d’une riposte
militaire au cœur de Damas. D’autant plus que la Syrie se trouve
actuellement tout comme l’Iran dans une situation géostratégique assez
peu enviable en étant encerclée par Washington et ses alliés (Turquie
au Nord, USA à l’Est et l’Etat Hébreu au Sud). Mais ce pays reste
une pièce maîtresse dans une région en passe de transformation
accélérée ; toutes les solutions pour un nouveau Moyen-Orient
doivent passer par Damas.
Effectivement,
depuis le début du mois d’août, des pourparlers secrets ont lieu entre
les négociateurs syriens et Nord-Américains. Les USA venaient de donner
à la Syrie l’un des rôles clés de leur politique Moyen-Orientale, et
peut-être pour cette dernière, la chance de passer officiellement dans
le camp « occidental ».
Les
cartes Syriennes
Le
régime syrien est encore l’un des survivants de l’ancien ordre
mondial. Un système quasi-stalinien en attente d’une profonde
restructuration. L’arrivée du fils de Hafez El Assad avait laissé
entendre que ce pays allait tenter son ouverture au monde actuel.
Toutefois l’ancienne garde de feu le Président Assad avait tout fait
pour empêcher que les acquis politiques et stratégiques du pays ne
soient bradés au nom d’une démocratisation à outrance pouvant laisser
la Syrie vulnérable aux dangers de la région.
Or
il semblerait que le moment soit venu pour ce régime de monnayer ses
atouts.
La
perméabilité des frontières avec l’Irak et la fermeture des bureaux
des organisations « terroristes » à Damas
Plusieurs
notes confidentielles ont mis en avant le fait que des combattants
palestiniens issus des camps de réfugiés libanais avaient réussi à
rejoindre la guérilla irakienne. D’autant plus que récemment, l’US
Army avait affirmé que trois combattants palestiniens avaient été
abattus par ses soldats lors de combats à Bagdad. Quand on sait que les
camps palestiniens au Liban font l’objet d’une surveillance
renforcée, à la fois des SR libanais et syriens, et que les enceintes
des camps sont une frontière de plus (avec la frontière internationale
libanaise et syrienne) à franchir pour tout candidat au djihad, on ne
peut croire à une simple coïncidence. Car si les réseaux de passeurs
existent, c’est bien avec la bénédiction de Damas, et si des
combattants se retrouvent en Irak, c’est bien pour entraver autant que
possible les marges de manœuvres de l’armée Nord Américaine.
Sans
aucun doute, ce point là sera (ou a été) soulevé par les négociateurs
US lors des pourparlers qui ont lieu depuis début Août. Cloisonner la
frontière avec l’Irak est une priorité pour l’administration Bush.
En
ce qui concerne la cessation de l’appui donné par Damas à certaines
organisations qualifiées de terroristes par Washington (et en toile de
fond l’appui donné au palestiniens), cette exigence est, par rapport
aux vrais enjeux de la négociation avec les USA, un simple détail qui se
monnayera d’une façon ou d’une autre. Il s’agirait tout simplement
pour Damas de ne pas se mettre à dos toute une opinion publique arabe
hostile à Israël, et qui voit (encore) en la Syrie l’unique rempart
qui résiste encore à la présence « sioniste » en terre d’Islam.
L’influence
iranienne au Liban
Placé
depuis les attentats meurtriers contre les GI à Beyrouth en 1983(2) sur
la liste des organisations terroristes, le Hezbollah est, sans aucun
doute, le pivot central des demandes que feront les négociateurs US à
leurs homologues syriens. La formation intégriste chiite a été crée,
financée, armée et téléguidée par le régime des Mollahs, et assure
(presque) seule toutes les opérations armées contre l’état hébreu à
partir du sol libanais. Dans une nouvelle configuration des paramètres
Moyen-Orientaux, la formation intégriste se doit d’être démantelée,
et ce pour deux raisons principales. La première est le désir de
revanche de l’armée Nord Américaine pour les victimes de l’attentat
de Beyrouth en 1982. Richard Pearl affirmait récemment que les USA n’oublieront
jamais ce crime odieux, et que tôt ou tard les commanditaires de l’attentat
ainsi que le leadership de la formation intégriste allaient le payer de
leur vie. La deuxième raison, la principale, est celle qui a trait au
pouvoir de nuisance qui pourrait être exercé à travers le Hezbollah par
un régime iranien sous pression US, voire sous attaque israélienne (en
ce qui concerne une possible attaque de Tsahal sur les sites nucléaires
iraniens). La Syrie avait donné en Mai 2004 un signal à l’administration
Bush comme quoi elle était le seul acteur au Liban capable de contrôler
la formation chiite(3). Tout dépendra de l’habilité du régime syrien
à convaincre (ou à éliminer) le secrétaire général du Hezbollah à
se détacher de son mentor iranien. Cette voie, pour la Syrie est une des
plus périlleuses et ce pour les raisons suivantes :
- La Syrie se
départirait là d’une carte de pression face à Israël dans ses
négociations pour la « paix » au Moyen-Orient.
- Vu l’habitude
que le régime de Téhéran à de diviser en deux ou plusieurs
entités les groupes armées qu’il contrôle, Damas pourrait se
retrouver, même en « éliminant » le Hezbollah, devant
une myriade de groupuscules qui lui sont hostiles. La formation
intégriste libanaise n’échappe pas à ce schéma, un groupe
dissident, ayant à sa tête un ancien secrétaire général du parti(4),
existe effectivement au Liban, et possède une base populaire
conséquente. Ce groupuscule pourrait très facilement être exploité
par Téhéran sur le sol libanais.
- Le régime
syrien pourrait avoir à faire face à une possibilité de
déstabilisation de la part de l’Iran à travers la population Kurde
du Nord-Est du pays. On se souviendra des émeutes qui ont eu lieu à
Kamechli (Nord-Est ) en Mars 2004 et qui ont fait plus d’une dizaine
de morts parmi les émeutiers. Ces émeutes peuvent être rééditées
très facilement par le régime de Téhéran.
Il
est plus que probable que le régime syrien s’engagera à
« démanteler » la formation intégriste chiite. Reste que le
degré dans l’application de cette exigence US, et à quel point Damas
ira dans la marginalisation du Hezbollah, est pour le moment inconnu. Cela
pourra être soit un démantèlement pur et simple de la structure
combattante (il ne faut pas oublier que les armes destinées par l’Iran
au Hezbollah transitent par le territoire syrien) et sa conversion en pur
parti politique, soit tout simplement le « remplacement » de l’actuel
secrétaire général de la formation intégriste si ce dernier ne
coopère pas (avec ou sans son consentement, ce qui en pratique signifiera
son exécution pure et simple par les SR syriens ou par le Mossad qui
aurait préalablement reçu un feu vert de Damas et de Washington) par un
leader plus « syrien ». De toute manière, le régime syrien
aura à bien mûrir une décision qui pourrait avoir sur lui des
répercussions sur le long terme. Et ces répercussions commenceront
sûrement à partir du Liban.
Ce
qui sera monnayé par Damas
L’administration
Bush en acceptant d’entamer des pourparlers avec la Syrie a tout
simplement admis l’idée de lâcher du lest avec un pays accusé encore
tout récemment d’état voyou (Rogue state). Mais Damas reste pour
Washington un allié précieux dans l’exécution de son plan pour la
région, et ce qui sera demandé par le régime syrien afin d’assister l’administration
Bush concernera tout autant l’économie que le militaire ou le
sécuritaire.
Les
ressources Pétrolières et Hydrauliques
Avec
la chute de Bagdad, les USA ont tout simplement coupé le débit de
pétrole qui arrivait d’Irak en Syrie. Cette manœuvre US avait obligé
Damas à se ravitailler sur les marchés mondiaux en payant le prix fort
pour l’achat de son brut, alors que, avant l’invasion de l’Irak,
Saddam Hussein fournissait cette matière première à un tarif plus que
préférentiel. Il est plus que certain que le Pipeline arrivant en Syrie
sera ré-ouvert par « le gouvernement intérimaire irakien »
si les négociations aboutissent.
En
deuxième lieu, et vu le contentieux sur l’eau que Damas a avec son
voisin Turc, les USA seront mis à contribution afin de calmer les
tensions existantes en forçant Ankara à accorder un plus fort débit d’eau
à son voisin nécessiteux.
L’économie
et la sécurité
Ces
deux dossiers seront sans doute ceux qui seront le plus âprement
négociés par les deux parties.
Etant
un pays en marge de l’économie mondiale et qui plus est frappé depuis
moins de trois mois par une loi votée par le congrès US instaurant une
série de sanction économique, la Syrie tentera lors de ces pourparlers d’obtenir
le maximum de bénéfices financiers possibles. Les négociateurs syriens
exigeront sans aucun doute que le Syria Accountability Act soit tout
simplement abrogé. Ce qui en pratique permettra à la Syrie de se porter
candidate aux aides financières accordées par les diverses institutions
monétaires et financières mondiales contrôlées par les US ; sans
oublier non plus les investissements qui seront fait par des investisseurs
privés, surtout Nord-américains. La Syrie avait en mars fait un premier
geste envers l’administration US en accordant un droit d’exploitation
sur un gisement pétrolier à une firme Nord-américaine, juste avant que
le Syria Accountability Act ne soit voté.
En
ce qui concerne la sécurité, cette dernière exigence concerne, bien
sûr, le voisin hébreu. Damas ne manquera pas de demander des garanties
contre toute attaque d’Israël aussi bien sur son propre territoire que
sur celui de son voisin (et satellite) libanais. Cette exigence sera d’autant
plus certaine que le Hezbollah ne sera plus une carte pouvant être
utilisée immédiatement par la Syrie en cas d’escalade militaire avec
Tsahal.
Sur
le terrain, les prémices d’une application concrète
Ces
négociations sont entrain de se traduire sur le terrain par de nombreuses
déclarations contradictoires des deux parties, surtout en ce qui concerne
la présidentielle libanaise. Cette situation (en apparence) conflictuelle
au pays des cèdres est d’autant plus importante que ce petit pays verra
le gros des résolutions, adoptées lors des pourparlers, appliquées sur
son sol. Et si les USA déclarent, par le biais de leur Ambassadeur
Vincent Battle (dont le mandat s’est tout juste terminé), que la
présidentielle libanaise doit rester l’affaire des libanais, sans
ingérence extérieure (sous entendre par là ingérence syrienne), Damas,
quant à elle, cherche à avoir sur le terrain le support de tout les
composantes du tissu social libanais (surtout chrétiennes) à travers l’homme
qu’elle placera à la tête de l’état. Malgré le fait que la
meilleure solution pour Damas serait de garder le Président actuel en
exercice par un jeu d’amendements de la constitution libanaise (vu que
placer une autre équipe en place nécessite toute une logistique inutile
en ce moment et que les alliés libanais de Damas en place
« contrôlant » la sécurité sont à majorité chrétiens
acquis au Président actuel), il n’empêche que la personne qui occupera
la magistrature suprême aura à appliquer de façon scrupuleuse les
consignes qui auraient été établies sur le tapis vert. Sans oublier que
récemment le Président syrien Bachar El Assad a entamé des
« concertations » en vu des présidentielles qui auront lieu
en septembre, et a invité tous les hommes politiques libanais à se
rendre à Damas ; le premier de « ces hommes politiques »
à être convoqué, a été le secrétaire général du Hezbollah, qui s’est
entretenu avec le président syrien… hors caméras.
La
vision US d’un grand Moyen-Orient
Il
semblerait que l’administration US actuelle soit entrain de créer une
situation de fait au Moyen-Orient qui ne puisse pas être remise en cause
dans le cas ou le Président Bush ne serait pas réélu pour un second
mandat. L’idée de Grand Moyen-Orient US (ou Pax Americana version 2004)
semble être sur les rails. Car en toile de fond, cette région du monde
est (mis à part les réserves pétrolières à contrôler
impérativement) pour les USA une zone devant être pacifiée et servir de
ligne arrière pour les ravitaillements de l’US Army en Asie centrale.
Et c’est justement sur ce terrain là que Téhéran pourrait choisir de
se rabattre dans sa confrontation avec les USA. Car malgré toutes ces manœuvres
afin de contenir le régime des Mollahs, une voie leur a été laissée
ouverte. Car s’il est une règle que tout militaire ou négociateur ne
se doit jamais d’oublier, c’est de faire de sorte à ce qu’il y ait
toujours une issue de sortie à la personne qu’on tente de
coincer ; les réactions de gens n’ayant plus rien à perdre est
toujours irrationnelle et dangereuse. Et dans ce plan qui semble se mettre
en place contre l’Iran, ce dernier pourra toujours se reporter sur un
autre dossier, à savoir le partage de l’or noir de la Caspienne,
négociation dans laquelle il garde toujours une certaine marge de manœuvre,
et qu’il pourra toujours lier à sa position au Moyen-Orient.
NM-L
2004
Notes
:
1
- Les chasseurs israéliens devraient assurer un trajet de prés de 900 à
1100 miles pour atteindre les objectifs nucléaires iraniens. Ce qui
voudrait dire qu’ils devraient soit survoler l’espace jordanien et
irakien, soit longer la péninsule Arabique dans une manoeuvre de
contournement. Les chasseurs F16 et F15 ont juste assez de carburant
(même avec des réservoirs additionnels) pour faire uniquement l’aller.
Ce genre de vol devant bien sûr être effectué à basse altitude, ce qui
entraînerait une surconsommation de carburant. En pratique cela
impliquerait le fait que les chasseurs israéliens devraient se faire
ravitailler deux fois en plein en vol, avec le risque d’avoir le Boeing
707 citerne abattu par la défense iranienne. A moins que les avions ne
décollent d’Irak, ce qui serait une déclaration de guerre à la fois
avec Israël et les USA. Quant aux sites nucléaires à détruire, ils
seraient beaucoup mieux défendus que ceux des irakiens en 1981. Les
moyens de défense antiaériens mis en place avec l’aide des Russes
risqueraient d’entraîner d’énormes pertes dans les rangs des
attaquants israéliens. Certains analystes militaires vont même jusqu’à
qualifier une opération de ce genre d’opération Kamikaze. Sans oublier
que les moyens iraniens de riposte sont un facteur à ne pas négliger
pour Israël, ni les risques de colère généralisée que ce genre d’opération
militaire entraînerait dans le monde Arabo-Musulman. Une autre option
envisagée par Tsahal serait de bombarder les six sites nucléaires
iraniens référencés par le biais de ses sous-marins. Israël a tout
récemment équipé ses submersibles d’une version améliorée de
missiles Harpoon à tête nucléaire. Certains analystes militaires
évoquent même le scénarios de combattants Kurdes entraînés par le
Mossad et qui seraient chargés de mener - ou aider les agents israéliens
à mener -l’attaque contre les installations nucléaires.
2 -
Un Kamikaze conduisant une camionnette bourrée d’explosifs s’est fait
exploser dans le QG des forces Nord-américaines dans la banlieue de
Beyrouth. Cet attentat avait fait 241 morts dans les rangs de l’US Army.
Le même jour un attentat similaire avait eu lieu contre les forces
françaises. Le QG français, baptisé Drakkar, était détruit de la
même manière : Bilan 56 morts.
3 -
Le 27 Mai 2004, en plein fief du Hezbollah dans la banlieue sud de
Beyrouth, des éléments incontrôlés avaient réussi à créer des
troubles qui ont mené à une confrontation avec l’armée libanaise et
faisait 6 morts dans les rangs des émeutiers. Cette provocation a eu lieu
alors même que le secrétaire général du Hezbollah avait donné des
consignes à ce que les manifestations ne visent point les éléments de l’armée.
Ces incidents ont provoqué la colère du leadership du parti intégriste
qui a accusé les services de renseignement de l’état d’avoir initié
ces affrontements.
4 - Cheikh Soubhi
el Toufaily
|