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LEGALITE
ET PORTEE DE LA POLITIQUE D’ASSASSINATS POLITIQUES
Les
actions entreprises par la CIA dans le domaine des actions clandestines s’inscrivent
dans le cadre d’un processus contraignant et détaillé qui comprend l’autorisation
présidentielle (executive order) de faire usage de la force pour tuer (lethal
force en américain, licensed to kill pour James Bond) (1). Le
Président George W. Bush a cautionné ces opérations en rédigeant une
« conclusion » (finding) classée secret défense en
septembre 2001 par laquelle il autorisait la CIA et le Ministère de la Défense
à faire usage de « tous les moyens nécessaires » pour capturer si
possible, et, éventuellement tuer si nécessaire, les dirigeants d’Al-Quaeda
où qu’ils se trouvent dans le monde. Selon les propos mêmes de Condoleezza
Rice, la Conseillère du Président en matière de Sécurité Nationale, l’autorisation
donnée par le Président Bush se situait « tout à fait dans le cadre et
les limites de l’équilibre de pratiques courantes et la lettre de l’autorité
que lui confère la Constitution ». De plus, cette autorisation est
censée implicitement autoriser de prendre pour cibles les citoyens américains
travaillant pour Al-Quaeda à l’étranger.
La
récente « conclusion » signée par le Président Bush fournit une
liste spécifique de hauts dirigeants d’ Al-Quaeda susceptibles d’être
visés, et fixe les règles d’engagement à cette fin comme, par exemple, la
nécessité de réduire les dommages collatéraux au maximum. D’après JANE’s
Defence Weekly (2), cette « conclusion » est sans commune mesure
avec les ordres donnés par l’Administration Clinton pour rechercher, capturer
et éliminer Osama Ben Laden.
Le
gouvernement américain donne du droit international coutumier une
interprétation qui lui permet de considérer les agents d’Al-Quaeda
comme des « combattants ennemis » livrant une guerre
non-conventionnelle à Washington. Cette interprétation autorise les Etats-Unis
d’Amérique à attaquer ces agents où qu’ils se trouvent et à n’importe
quel moment sans avoir à fournir de plus amples justifications juridiques.
D’aucuns,
tels l’historien britannique Sir Michael Howard, contestent le bien fondé de
cette approche au motif « qu’elle accorde à Al-Quaeda un statut
et une dignité qu’ils recherchent, mais ne méritent pas ».
C’est
ici que se retrouve la préoccupation américaine de soustraire ses agents à la
juridiction de la Cour Pénale Internationale (CPI), notamment en invoquant l’article
98 du Statut de Rome.
Comme l’écrit
Pierre Hassner dans un récent Chaillot Paper publié par l’Institut d’Etudes
et de Sécurité de l’Union Européenne dirigé par Nicole Gnesotto:
Actuellement,
les Etats-Unis s’octroient le droit de se prononcer souverainement sur ce
qui est bien et ce qui est mal, notamment eu égard à l’usage de la
force, et de s’affranchir sans état d’âme de toutes les règles qu’ils
proclament et appliquent aux tiers…les Etats-Unis jugent impensables de
voir un Américain comparaître devant une juridiction internationale (3).
Or, selon
le droit international usuel, les belligérants qui sont parties prenantes à un
conflit armé doivent observer les lois internationales pertinentes et ne
peuvent être poursuivis pour avoir attaqué des cibles militaires légitimes.
C’est
cette même protection juridique que les responsables américains refusent de
donner aux combattants Taleban et d’Al-Quaeda faits prisonniers
au cours de la campagne d’Afghanistan (Operation Enduring Freedom ou
OEF). Les « combattants illégaux » Taleban et d’Al-Quaeda
emprisonnés à Guantanamo sont considérés par l’Administration Bush
comme des terroristes qui n’ont pas respecté les lois coutumières régissant
les conflits armés.
Le
Président George W. Bush a autorisé l’actuel Directeur de la CIA, George
Tenet, à fomenter des complots et à exécuter des dirigeants politiques
figurant sur une liste de 80 pays. Les hauts responsables américains
considèrent qu’Osama Ben Laden et ses sympathisants ne respectent pas les
règles usuelles régissant les conflits armés, et que, par conséquent, ces
combattants ne peuvent se prévaloir d’une quelconque protection juridique
contre des tentatives d’assassinat – malgré l’interdiction de telles
pratiques (dénommées the politics of assassination sous Richard Nixon).
LA GUERRE
PREVENTIVE
La
« démocratie armée » érigée par les néoconservateurs en
doctrine d’agression par anticipation d’une attaque présumée se veut l’antidote
du syndrome munichois auquel la « Vieille Europe » frileuse est
censée se laisser trop souvent aller.
Lors de
son discours à la nation du 7 septembre 2003, le Président Bush présenta la
guerre préventive comme :
Le
moyen le plus sûr d’éviter les attaques contre notre peuple et de s’en
prendre à l’ennemi là où il vit et effectue sa planification. Nous
combattons cet ennemi en Irak et en Afghanistan aujourd’hui de façon à
ne pas le rencontrer à nouveau dans nos propres rues, dans nos propres
villes (4).
Le
principe même des actions préventives officialisées par les Américains (5)
consiste à frapper avant d’être frappé (get them before they get
you, résumait lapidairement George W. Bush dans sa conférence de presse du
19 mai 2003). La guerre préventive est donc conçue par certaines nations
avancées (Etats-Unis, Royaume-Uni) comme l’une des parades à la guerre
asymétrique que leur livre le terrorisme international avec l’appui ou la
connivence de certains « Etats voyous » (rogue states ou states
of concern) ou « faillis » (failed ou failing states)
détenteurs ou supposés détenteurs d’armes de destruction massive.
Les
opérations de guerre préventive sont effectuées par des forces
expéditionnaires interarmées équipées des matériels les plus sophistiqués.
Elles s’en prennent à des individus, à des groupes ou nébuleuses hostiles
aux (intérêts des) Etats-Unis. Paul Wolfowitz fut désavoué par Colin Powell
pour avoir préconisé publiquement de « liquider certains
Etats » : partisan des actions unilatérales musclées (6), le bras
droit de Donald Rumsfeld ne cache pas qu’il préfère un kilotonne de
prévention à une mégatonne de guérison (7).
DU
CHANGEMENT DE REGIME A LA RECOMPOSITION DU MONDE
Les
relations internationales et les opérations de guerre ont donc pris un
véritable tournant et une tout autre dimension.
Pour
James Woolsey, la quatrième guerre mondiale a débuté après le 11 septembre
2001 (9/11) (8). A l’instar de la Première et de la Seconde Guerre Mondiale,
et de la Guerre Froide, il s’agit d’une guerre de libération, explique l’ancien
Directeur de la CIA. La mission de l’Amérique consiste à libérer les
peuples (du Moyen- Orient, en l’occurrence) de la tyrannie. Le terrorisme
(islamique) est le produit de régimes non démocratiques et corrompus. Du
creuset sanglant de la Seconde Guerre d’Irak émergera un nouveau
Moyen-Orient : l’Irak est l’épicentre d’une reconfiguration (remodelling,
dit Colin Powell) par la force qui exercera une influence libératrice sur toute
la région. Pour la quatrième fois en cent ans, rappelle M.Woolsey, l’Amérique
s’est réveillée. L’Amérique est en marche : elle apporte le flambeau
de la liberté aux peuples contre leurs dictateurs, autocrates et terroristes.
Certes, concède M.Woolsey, la tâche sera ardue et de longue haleine, mais l’Amérique
se tient aux côtés des peuples. La solidarité exprimée par le Président
Bush n’a d’égale que sa détermination :
La
guerre contre les terroristes d’envergure mondiale est une entreprise
mondiale dont la durée ne peut être déterminée à l’avance. L’Amérique
aidera les pays qui ont besoin de notre aide pour combattre le terrorisme.
Et l’Amérique demandera des comptes aux pays qui se sont compromis avec
le terrorisme, y compris ceux qui abritent les terroristes parce que les
alliés du terrorisme sont les ennemis de la civilisation (9).
Richard
Perle, ancien adjoint du Secrétaire à la Défense US, prend acte de la
« faillite lamentable » (dismal failure) de l’ONU et
considère que les « Nations Unies ne sont pas l’institution la plus à
même d’assurer l’ordre mondial et de nous sauver de l’anarchie ».
William R.Keylor, Professeur d’Histoire et de Relations Internationales à l’Université
de Boston, rappelle que pour des gens tels que Richard Perle et Newt Gingrich,
il est impensable de soumettre la politique étrangère américaine aux freins,
contrôles ou même à l’influence d’autres Etats ou organisations
internationales (telle que l’ONU) (10).
Dans son
récent ouvrage co-signé avec David Frum, R. Perle préconise des remèdes
radicaux en vue de « mettre un terme au Mal » (11). Les défis que
pose le monde actuel appellent de nouvelles réponses, tranche M. Perle : l’espoir
d’un nouvel ordre mondial suppose l’usage occasionnel mais nécessaire de la
force armée à l’encontre des terroristes et de leurs suppôts. La violence
armée est le forceps qui permet d’accoucher d’un monde débarrassé des
ennemis de la civilisation, et mieux vaut agir précocement que trop tard. Il
justifie les opérations expéditionnaires préventives en des termes
similaires à ceux de Paul Wolfowitz :
Nous
ne vaincrons pas ni même endiguerons le terrorisme fanatique à moins que
nous ne portions la guerre dans les territoires à partir desquels il est
lancé. Cela exigera parfois que nous fassions usage de la force à l’encontre
d’Etats qui abritent des terroristes, comme nous l’avons fait pour
détruire le régime Taleban en Afghanistan (12).
De là
découle tout naturellement la justification du « changement de
régime » (regime change) manu militari devant conduire à la
démocratie et à la prospérité, seules garantes de la stabilité et de la
paix. La recomposition de toute la région s’effectuera par cet effet domino,
et s’étendra aux autres pays de « l’Axe du Mal », et bien
au-delà, précise William Kristol (fondateur et rédacteur de The Weekly
Standard et actuel Président du think-tank Project for the New American
Century). « Cette audacieuse vision du Moyen Orient » (13)
exprime les ambitions avouées de néoconservateurs tels que Michael Ledeen,
membre de Benador Associates, et dont les vues s’expriment dans la
presse néoconservatrice comme le National Post.
Cette
« transformation durable » du Moyen-Orient, quelque cinquante ans
après celle de l’Allemagne, « ne sera pas facile et prendra du
temps », avertit Condoleeza Rice :
Elle
exigera un vaste engagement des Etats-Unis, de l’Europe et de tous les
pays libres en coopération avec ceux qui, dans la région, partagent notre
conviction au sujet du pouvoir de la liberté humaine (14).
Cette
mission que les Etats-Unis se donnent, cette entreprise collective à laquelle
ils convient d’autres peuples du Moyen-Orient permettra d’accroître la
sécurité des Etats-Unis et des autres pays.
Pour
George W. Bush, comme pour Tony Blair ou Jack Straw, l’intervention outremer
permet d’endiguer le chaos avant qu’il ne s’étende et n’occasionne des
problèmes de politique intérieure.
Si
initialement les Britanniques ne prônaient pas le changement de régime dans
leur très important document intitulé « Un Nouveau Chapitre pour la Strategic
Defence Review » (publié en juillet 2002), ils l’ont de facto
pratiqué, aux côtés de leurs alliés américains tant dans les Balkans qu’en
Afghanistan et en Irak. La politique de défense britannique est un instrument
au service de la politique étrangère du Royaume (foreign-led defence policy)
dont la finalité est la recherche de la stabilité et de la paix propices aux
investissements et au business. Ces considérations ont progressivement
conduit les dirigeants britanniques à ouvertement prôner le changement de
régime par la force à Bagdad, après avoir invoqué d’autres raisons
(destruction des armes de destruction massive, lutte contre le terrorisme,
contrôle du pétrole irakien…).
Toutefois,
à la différence des Américains, les Britanniques envisagent de recourir à la
« diplomatie préventive » préalablement à toute
« intervention précoce » intempestive (15). Autre approche
notoirement différente : Londres déclare vouloir agir de concert avec les
institutions internationales (ONU,UE, OTAN, OSCE, G8 ou Commonwealth), au nom d’objectifs,
d’intérêts et de valeurs communs:
Nous
continuerons à soutenir les valeurs qui sous-tendent notre propre
sécurité et notre propre prospérité, et celle de nos alliés – les
droits de l’Homme, la démocratie, les libertés fondamentales auxquelles
chaque individu peut prétendre – et nous ferons usage de notre influence
dans le monde pour contribuer à combattre la tyrannie, l’oppression, la
pauvreté, les conflits et les souffrances humaines (15).
L’ampleur
de la tâche plaide en faveur du multilatéralisme et de la coopération
internationale, expliquent Messieurs Straw et MacShane. Car c’est bien la
caution des pairs qui confère la légitimité internationale.
Mais,
comme l’a amplement démontré la crise irakienne, la théorie est bien loin
de la pratique…et fort proche de la position d’un Robert Kagan stigmatisant
la faiblesse et la pusillanimité de (la « Vieille ») Europe (16) ou
de celle du très influent et réputé William Kristol (17). L’Amérique
Impériale ne saurait laisser une quelconque institution lui lier les mains ou
lui dicter sa conduite lorsque ses intérêts vitaux sont en jeu. L’East
– West Institute est catégorique :
La
puissance mondiale de l’Amérique ne doit pas être défiée ou
enchaînée. Aucune autre nation ne peut être autorisée à défier sa
primauté (18).
Toute
menace, réelle ou supposée, doit être « traitée »
préventivement. Tout adversaire présent ou concurrent potentiel, qu’il s’agisse
d’un Etat ou d’un acteur non-étatique ou d’un groupe ou même tout
simplement d’un individu est justiciable des foudres américaines sous quelque
forme que ce soit. L’Amérique ne peut souffrir d’être défiée, encore
moins de se sentir menacée.
Dans ce
monde devenu unipolaire depuis la fin de la Guerre Froide, il convient de se
rendre à l’évidence, écrit Gary Schmitt, directeur du Project for the
New American Century (PNAC) :
Le
pouvoir exercé par l’Amérique est indispensable pour maintenir le peu de
paix et d’ordre qui existe dans le monde d’aujourd’hui (19).
ETATS
MISSIONNAIRES
Forts de
l’impuissance de l’ONU marginalisée (irrelevant, tout comme la
Société des Nations, lançait George W. Bush dans le discours qu’il
prononça dans son enceinte le 12 septembre 2002), les Etats-Unis se
considèrent dépositaires de « la chance historique de préserver la
paix » (20). Ce messianisme nourrit leur unilatéralisme.
The
Economist est sûr de son fait : les Américains sont un peuple généreux
qui aime trop la liberté inscrite dans leur Constitution pour enchaîner d’autres
peuples ; la liberté irrigue leur sang ; elle leur est
consubstantielle tout comme leur hostilité à l’impérialisme, du type de
celui de George III : « l’Empire n’est pas la manière d’être
américaine » (21). Au Forum Economique Mondial de Davos (Janvier 2004),
Dick Cheney nia que les Etats-Unis se comportent comme un empire puisqu’ils se
retirent chez eux après avoir renversé dictateurs et tyrans : la
« Destinée Manifeste » des Etats-Unis, dans lesquels Robert Kagan
voit un « Empire bienveillant » (22), est d’apporter la
démocratie.
Paul
Johnson, Professeur visitant à la très prestigieuse et conservatrice Hoover
Institution justifie en ces termes « l’impérialisme
défensif » du « Nouvel Empire de la Liberté » :
La
recherche de la sécurité par l’Amérique contre le terrorisme et les
Etats Voyous va de pair avec la libération de leurs peuples
opprimés (23).
L’hyperpuissance
américaine se voit comme la Rome du XXI ème siècle investie par Dieu d’une
mission salvatrice planétaire, explique William Kristol dans un article
intitulé « la Morale en Politique Etrangère » :
La
liberté à laquelle nous sommes attachés, dit le Président Bush, n’est
pas le cadeau que l’Amérique fait au monde, c’est le cadeau que Dieu
offre à l’humanité (24).
Et
lorsque le Président Bush déclare que « la liberté et la sécurité des
Etats-Unis sont inextricablement liées à la nature des régimes en place
ailleurs dans le monde », il est totalement en phase avec Tony Blair, et
ses ministres des Affaires Etrangères et de la Défense, Jack Straw et Geoff
Hoon, pour lesquels politique intérieure et politique étrangère ne sauraient
être dissociées, bien au contraire.
L’actuel
ministre des Affaires Etrangères britannique, et ancien ministre de l’intérieur,
est très bien placé pour parler de la relation croisée, de l’interpénétration
des questions intérieures et des affaires étrangères, des répercussions des
unes sur les autres : en intervenant à l’extérieur la Grande-Bretagne,
« Force au service du Bien » (a Force for Good),
contribue positivement à la prospérité et à la sécurité des Britanniques.
S’exprimant
lors d’un débat concernant les Affaires Etrangères à la Chambre des
Communes, Jack Straw entreprit de démontrer le bien-fondé de cette
position :
Sur
des questions aussi vitales que l’environnement, la drogue et le crime
organisé, les frontières qui séparent la politique étrangère de la
politique intérieure sont devenues de plus en plus floues. Si nous devons
nous soucier de nos intérêts en Grande-Bretagne, il nous faut agir et nous
engager à l’étranger … Les évènements qui surviennent à l’étranger
affectent toujours davantage nos vies quotidiennes (25).
Il cite
en exemple l’Europe comme étant le lieu où ce chevauchement est le mieux
illustré, notamment en matière d’asile, de criminalité, de justice et de
sécurité.
SECURITE
ET PROSPERITE
Une autre
équation est apparue, celle entre sécurité et prospérité. L’une ne va pas
sans l’autre, l’une est conditionnée par l’autre, et toutes deux
dépendent de la propagation des valeurs des démocraties de marché au reste du
monde. Cette thématique fut, au demeurant, au cœur du Forum Economique Mondial
de Davos en 2004. Ces valeurs éclairées, souligne Jack Straw, ne sont
nullement imposées par l’Occident ; elles sont librement et
volontairement adoptées par les autres pays qui sont convaincus de leur
justesse :
La
démocratie, les droits de l’Homme et l’état de droit sont en train de
remplacer la tyrannie, l’oppression et le règne de la peur.
Ceci
n’et pas dû au fait que les vainqueurs de la Guerre Froide ont imposé
leurs valeurs aux autres. Ceci s’explique parce que, pays après pays, et
le plus visiblement sur mon propre continent, l’Europe, mais aussi en
Asie, en Afrique et en Amérique latine, les gens ont choisi ces valeurs
comme étant celles qu’ils souhaitent adopter pour se gouverner eux-mêmes
(26).
Les
valeurs occidentales se veulent universelles. De leur adoption, de leur respect
dépend la sécurité et la prospérité de la Grande-Bretagne en particulier,
du « village planétaire » (the global village) en général.
Elles seules sont capables d’assurer la paix sans laquelle il ne saurait y
avoir de prospérité.
Démocratie,
prospérité, paix. C’est le triptyque qui permet d’éviter de sombrer dans
le chaos qui peut très vite devenir contagieux.
Ce
concept du « chaos » est devenu une préoccupation majeure chez les
occidentaux, pour ne pas dire une hantise.
COMBATTRE
LE CHAOS
Le chaos
menace là où les valeurs universelles sont foulées aux pieds. Ces valeurs s’imposent
partout dans le monde et à tous car :
De
même que la liberté des échanges, le tourisme de masse, le déplacement
sans entraves des capitaux et les communications mondiales instantanées ont
inexorablement rapproché le monde, de même un monde globalisé ne peut pas
se passer de valeurs universelles (26).
Dans
notre village planétaire, les actions des uns affectent forcément la vie des
autres. Par conséquent, la distinction entre questions intérieures et affaires
étrangères s’amenuise, voire disparaît ; c’est pourquoi, renchérit
Jack Straw :
le
mépris flagrant du droit international ne peut jamais être considéré
comme une affaire purement interne (26).
La
violation des droits de l’Homme et du droit international ne peut plus, ne
pourra jamais plus laisser quiconque indifférent. Et ce n’est pas une simple
question de justice, explique Jack Straw. Ce que de telles violations mettent en
péril, c’est tout simplement la sécurité internationale. Et d’exhorter la
communauté internationale toute entière à se sentir concernée :
En
protégeant les droits de l’Homme nous nous protégeons nous-mêmes. Les
droits de l’Homme ne constituent pas un supplément facultatif. Ils sont
indispensables à notre sécurité et à notre prospérité (27).
Ce
raisonnement débouche tout naturellement sur une « doctrine de l’intervention » échafaudée
et mise en œuvre par les anglo-saxons « policiers de la
planète » (Globocop) dépositaires de la légalité et de la
moralité du « nouvel ordre mondial ».
Le but
premier, la priorité des priorités en politique étrangère, consiste à
assurer la sécurité du pays. Car, sans sécurité il n’y a point de
prospérité.
Le cadre
de l’action du gouvernement travailliste est devenu
« global », « international »,
« transnational ». L’ambition du gouvernement Blair est de faire
de la Grande-Bretagne un acteur majeur sur la scène internationale (New
Britain, Global Britain).
Entre
1997 et 2001, Robin Cook donna à la politique étrangère britannique une
vocation messianique et un fondement « éthique » (28). Le New
Labour croit que le Royaume-Uni peut et doit être « une force au
service du bien dans le monde ». C’est au nom de considérations
humanitaires (mettre fin à la purification ethnique) que Tony Blair s’engagea
au Kosovo aux côtés de ses alliés de l’OTAN, mais sans l’aval des Nations
Unies. L’Opération Palliser en Sierra Leone visait elle aussi officiellement
à restaurer l’état de droit et à mettre un terme aux exactions commises par
les rebelles du Front Révolutionnaire Uni (RUF) dont les chefs ont été
déférés devant un Tribunal Pénal International ad hoc.
Dans le
Livre Blanc sur la Défense publié par en Décembre 2003, le Ministry of
Defence (MoD) se donne pour mission d’ « assurer la sécurité
dans un monde en pleine mutation » (Delivering Security in a Changing
World) grâce, certes, à la « Diplomatie de Défense » (Defence
Diplomacy), mais aussi à des opérations de guerre expéditionnaire déjà
préconisées par la Strategic Defence Review de 1998.
LA
DEMOCRATIE PAR LA FORCE
Aux
Etats-Unis, la dimension religieuse du messianisme apparaît nettement dans les
déclarations et prises de position du Président Bush et de son Administration
fortement liés aux officines néoconservatrices et à des milieux
fondamentalistes tels que la Southern Baptist Convention (SBC) qui a
envoyé des missionnaires en Irak pour convertir les musulmans sous couvert d’aide
humanitaire (29).
En
« Bon Samaritain », le Vice-Président, Dick Cheney, promet aux
peuples Irakien et Afghan « libérés » que
Au
fur et à mesure que les Irakiens poursuivent la difficile tâche de
construire un pays prospère et démocratique, ils peuvent compter sur l’amitié
et le soutien du peuple des Etats-Unis » (30)…
Aider
les peuples du Grand Moyen Orient à combler le déficit de démocratie est,
en fin de compte, la clé pour gagner la guerre contre le terrorisme (31).
Nombreux
sont ceux qui doutent que la force puisse durablement imposer la démocratie,
même si les Américains soutiennent le contraire en citant les exemples de l’Allemagne
et du Japon d’après-guerre. Dans le magazine L’Expansion,
Pierre-François Mourier redoute « l’incurable naïveté
téléologique » des Américains : leur vision religieuse
dichotomique du monde ne peut mener qu’au choc des monothéismes et à la
guerre des civilisations. Si tant est que cette récente manifestation de
puissance des Etats-Unis en Irak ne puisse être interprétée autrement :
Derrière
le président Bush, il y a des gens qui nourrissent une vision du monde.
Nous sommes la première superpuissance planétaire, disent-ils, nous avons
donc une tâche : assainir ce monde où le mal est omniprésent. C’est
pourquoi, après l’Irak, point déjà la Syrie ; après elle, l’Iran ;
puis la Jordanie, et pourquoi pas l’Arabie Séoudite ; après, ce
sera le tour du continent asiatique, à commencer par la Corée du
Nord ; enfin, s’il y a encore des Africains vivants, malgré la
famine et le SIDA, eh bien, on s’intéressera au continent noir. Une fois
que le nettoyage aura été mené à bien, une fois que les germes du mal
auront été extirpés, une ère radieuse se lèvera sur un monde nouveau…(32).
Le
néoconservateur Michael Ledeen soutient les « faucons » du
Pentagone : à ses yeux, le « révolution démocratique » que
les Etats-Unis sont en train d’imposer par le glaive au Moyen-Orient ne sera
complète que lorsque les « terroristes en chef » (terror masters)
au pouvoir en Syrie et en Iran auront, eux aussi, été renversés (33).
A l’instar
des Américains, les Israéliens situent le centre de gravité du terrorisme
multinational au Moyen Orient ; c’est la raison pour laquelle les uns et
les autres préconisent une « recomposition » de la région
débouchant sur la création d’un « Grand Moyen Orient »
débarrassé de ses « opérateurs » terroristes et de ses chefs
spirituels ou prêcheurs hostiles à la « modernisation », c’est-à-dire
à la « démocratisation » et à la « laïcisation » de
l’Islam (34). D’où une campagne systématique d’assassinats ciblés (de
« désinfection », pour reprendre les termes exacts de l’amiral Ya’ari)
comme ceux du Sheik Yassin, le 22 mars 2004, ou de leader du Hamas Abdel Aziz
Rantissi le 17 Avril 2004, à Gaza.
Pour
gagner cette « guerre des idées », explique l’Amiral Ya’ari,
Commandant en Chef de la Marine Israélienne, le « monde libre »,
soucieux de limiter les « dommages collatéraux », mettra en œuvre
des moyens de frappes chirurgicales maritimes, aériens, spatiaux et
aéroportés à partir de plateformes maritimes ou terrestres exploitant le
renseignement en temps réel.
Cette Pax
Americana peut avoir un coût alarmant et dangereux :
Ce
concept de paix et de sécurité ne peut constituer la seule et unique
option de l’Amérique. Il est alarmant parce que la doctrine de première
frappe piétine le droit international, bafoue les préceptes et les
procédures de la sécurité collective tels que la Charte des Nations Unies
les a établis, et donne aux Etats-Unis le statut de vigile international
– faisant fonction à la fois de gendarme, juge et exécuteur. Il est
alarmant non seulement parce qu’il précipitera les Etats-Unis dans des
guerres inutiles, mais également parce qu’il fournit un précédent que
mettront à profit d’autres pays et des acteurs non-étatiques pour
entreprendre des opérations hors de leurs zones (35).
LE TALON
D’ACHILLE DU GOLIATH AMERICAIN
Certains
hauts responsables militaires américains s’inquiètent de l’effet boomerang
de cette nouvelle politique, rapporte JANE’s. En tant que Chef des Forces
Armées, le Président Bush ne pourrait-il pas, lui aussi, être considéré
comme une cible légitime par les ennemis de l’Amérique ?
Les
mêmes responsables s’interrogent sur la validité des preuves qui permettent
à la CIA et au DoD d’engager de telles actions visant à l’élimination
physique des opposants à la politique de Washington. Le battage médiatique
organisé par Londres et Washington autour du « dossier » sur les
armes de destruction massive prétendument possédées par Saddam Hussein
illustre pertinemment ce point. L’inquiétude des grands chefs militaires et
de certains hauts responsables s’explique d’autant plus que le Congrès n’exerce
pas un parfait contrôle sur le DoD, alors que depuis deux décennies la CIA est
tenue de rendre des comptes.
Les hauts
responsables militaires, souligne JANE’s, tirent le signal d’alarme :
à défaut de garde-fous internes et parlementaires, les dérives des militaires
disposant de moyens renforcés inégalés à ce jour et d’un équipement de
haute technologie ultra-performant (36) pourraient déboucher sur des désastres
politiques à l’étranger.
Il est
grand temps, plaida le ministre des Affaires Etrangères français, Dominique de
Villepin, devant l’International Institute for Strategic Studies de
Londres, de réaffirmer le primat du droit sur la force, de remettre la
force au service du droit, de rendre à l’ONU son autorité, gage de son
efficacité et de la légitimité des décisions prises unitairement au nom de
la communauté internationale. Après avoir rappelé la communauté de
« foi » qui unit Américains, Britanniques et Français adhérant à
des principes de droit universels, le ministre mit en garde contre les risques
de faire un usage systématique et sans discernement de la guerre préventive:
Nous
partageons la même foi que les Britanniques et les Américains dans la
démocratie. Avec la Grande Charte, la Déclaration de 1789 et la
Constitution américaine, nos pays sont aux sources de la révolution
démocratique. Nous sommes persuadés que la démocratie demande de la
détermination, de la conviction et un long apprentissage.
Nous
ne refusons pas l'usage de la force, mais nous voulons mettre en garde
contre les risques d'un emploi préventif, érigé en doctrine : quel
exemple donnerions-nous aux autres Etats de la planète ? Quelle
légitimité accorderions-nous à notre action ? Et quelle limite
mettons-nous à l'exercice de la puissance ? En souscrivant à cette
doctrine, il y aurait alors le risque d'introduire un principe
d'instabilité et d'incertitude permanents, de ne pas maîtriser les
situations et de nous lancer dans une fuite en avant. N'ouvrons pas cette
boîte de Pandore (37).
Comme
pour confirmer les craintes de M. de Villepin, Le Monde Economie faisait
état le 02 décembre 2003 de « l’apparition d’une nouvelle doctrine
militaire russe dévoilée en octobre » : celle-ci mettrait tout l’espace
post-soviétique à la merci de « frappes préventives »
susceptibles d’être déclenchées « au cas où les intérêts de la
Russie ou ses obligations envers ses Alliés l’exigent », expliquait
Sergueï Ivanov à la mi-octobre aux ministres de la défense de l’OTAN (38).
GUERRE DE
CHOIX ET GUERRE DE NECESSITE
Le
Professeur Jeffrey Record, stratège à l’Ecole de Guerre de l’Armée de
Terre américaine, explique que l’Administration américaine a donné à sa
guerre mondiale contre le terrorisme un caractère monolithique dans la mesure
où cette notion englobe une multiplicité d’ennemis, comprenant les Etats
Voyous, les Etats responsables de la prolifération des armes de destruction
massive, les organisations terroristes (à l’échelle mondiale, régionale et
nationale), et le terrorisme lui-même (39). En subordonnant la dimension
stratégique de sa politique étrangère à sa vision morale, les Etats-Unis ont
embrassé plus qu’ils ne peuvent étreindre, dispersant des ressources
militaires trop limitées pour atteindre des objectifs aussi ambitieux. Donald
Rumsfeld, lui-même, s’interrogeait dans une note confidentielle datée du 16
octobre 2003 sur les résultats peu probants de cette guerre asymétrique
ruineuse pour Washington ainsi que sur la nécessité d’élaborer un nouveau
plan pour enrayer l’essaimage de générations futures de terroristes avides d’en
découdre avec le « gendarme du monde ».
L’erreur
stratégique première commise par l’Administration Bush a été d’exagérer
la menace que représente Al-Quaeda en l’associant à celle
supposément posée par l’Irak, souligne le Professeur Record. Efficace contre
l’Irak, la dissuasion américaine est impuissante à lutter contre Al-Quaeda
prototype même de l’organisation non-étatique, transnationale n’ayant
aucun territoire à défendre, ni population à protéger, ni infrastructures à
sauvegarder ni armées constituées à défaire.
Dans
cette guerre d’opérations asymétriques, la recherche de la sécurité
absolue est dangereusement illusoire. Le Professeur Record juge irréaliste les
buts politiques, militaires et budgétaires assignées à la guerre mondiale
contre le terrorisme, délibérément déclenchée (a war of choice) par
les « faucons » de la NSA et du Pentagone. Washington s’est
trompé d’adversaires en s’en prenant à des Etats ou entités
non-étatiques qui ne posent pas de menace sérieuse à la sécurité des
Etats-Unis. L’Irak est devenu ce que les Américains l’accusaient d’être
avant de l’envahir : une enclume où les attaques des feddayn et jihadis
allongent chaque jour la liste des pertes dans la population civile et parmi
les forces de la Coalition.
L’intervention
américaine a échoué ; elle est en train de faire basculer l’Irak dans
la catégorie des « Etats faillis », dénonce Pat Buchanan (40).
Même Richard Perle, l’un des architectes idéologiques de cette guerre, voit
« une grave erreur » dans le dévoiement de la libération en
occupation (41).
Joseph
Cirincione du Carnegie Endowment for International Peace dépeint, quant
à lui, en des termes peu rassurants le monde de l’après-guerre du Golfe
II :
Le
‘coup audacieux’ si longtemps recherché par les faucons de l’Administration
(Bush) n’a pas maintenant seulement occis le régime de Saddam, mais
également les institutions internationales si patiemment édifiées par les
Démocrates et les Républicains au cours des soixante dernières années.
Il occasionnera la déstabilisation de la région, un accroissement du
terrorisme, une diminution de l’unité de l’Alliance (atlantique) et
rendra la dissémination des armes de mort plus vraisemblable sans augmenter
notablement notre sécurité. (42)
En
clair, les responsables politiques américains et britanniques ont ouvert la
boîte de Pandore. A présent, les évènements ont pris une tournure telle que
les militaires ne cachent plus qu’il est temps d’envisager une
« stratégie de sortie » d’une guerre qui échappe à leur
contrôle et à leur entendement (43).
Le
Professeur Record tient tout haut des propos qui, s’ils étaient prononcés
par la hiérarchie militaire, seraient jugés iconoclastes, car ils ne sont pas
« politiquement corrects » : la puissance américaine a ses limites.
Il convient d’appliquer les principes fondamentaux de la stratégie militaire,
à savoir la hiérarchisation des menaces et la concentration des moyens. A la
guerre préventive conçue comme moyen premier pour s’attaquer aux Etats
Voyous cherchant à se procurer des armes de destruction massive, il faut
substituer une dissuasion crédible, recentrer de
manière
urgente la guerre contre le terrorisme en abandonnant son aspect mondial et en
se concentrant sur Al-Quaeda et ses alliés, renforcer la défense du
territoire national, rechercher en Irak la stabilité plutôt que la démocratie
et, enfin, laisser les institutions internationales se charger de l’avenir de
l’Irak.
Tout cela
permettrait aux Etats-Unis de redéployer leurs troupes en fonction d’engagements
planétaires mieux calibrés et de faire la guerre seulement en cas de
nécessité (a war of necessity).
La
vulnérabilité des Etats-Unis procède, selon le Military Intelligence
Professional Bulletin, non seulement de l’ostentation de leur richesse,
mais aussi de la nature séculière du gouvernement américain perçue comme une
menace par certaines idéologies, cultures ou religions. L’accumulation de
tous ces facteurs crée un environnement hostile aux Etats-Unis, à leurs amis
et alliés, juge le MIPB (44). La quête constante et systématique de la
« protection totale » (full dimension protection) amène les
Forces Armées américaines, et particulièrement le Commandement des Forces
Spéciales (USSOCOM), à opérer une montée en puissance à l’horizon 2009 de
leurs moyens de collecte en contre-espionnage, en renseignement d’origine
humaine et, bien sûr, à étoffer les équipes « action » (45).
TURBULENCES
En tout
état de cause estiment les experts du Center for Emerging National Security
Agency (CENSA), l’Amérique a pris conscience depuis les attentats du 9/11
que les menaces asymétriques auxquelles elle se trouvera inévitablement et à
nouveau confrontée à l’avenir seront de plus en plus perfectionnées et
mortelles. Désormais conscients de leur vulnérabilité, les Américains ont
acquis une profonde conviction :
Notre
géographie et notre richesse ne peuvent pas garantir notre sécurité (46).
A
Davos début 2004, Dick Cheney légitima l’usage préventif et la projection
sur des théâtres extérieurs de la force militaire qui seule peut empêcher
les défis qui s’annoncent aujourd’hui de dégénérer en crises
demain :
Les
menaces d’aujourd’hui doivent être affrontées là où elles se
manifestent, sinon elles déferleront sur nos pays.
L’unilatéralisme
américain, explique William R. Keylor, Professeur d’Histoire des Relations
Internationales à l’Université de Boston, est la conséquence de la faillite
du concept de sécurité collective prévu par l’article 51 de la Charte des
Nations Unies. Il est aussi l’expression de la volonté de Washington,
réaffirmée par George W. Bush dans son Discours sur l’Etat de l’Union du
20 juin 2004, de juguler, seul ou avec d’autres, avec ou sans l’ONU, toute
situation menaçant ses « intérêts vitaux », contrecarrant l’accomplissement
de sa « mission » et l’expansion de son « imperium
bienveillant » (47).
La
globalisation des menaces engendre la globalisation de la sécurité. D’une
part certaines bases américaines situées dans la « vieille »
Europe sont mises en sommeil, voire purement et simplement fermées, de l’autre
d’autres sont ouvertes dans des pays de la « nouvelle » Europe
doublement élargie (OTAN, UE), c’est-à-dire localisés à proximité de l’Arc
d’Instabilité partant du Moyen-Orient, passant par le Caucase pour aller
jusqu’aux confins de l’Asie Centrale. Ce programme intitulé BRAC (Base
Realignment and Closure) envisage de déplacer d’ici 2005 quelque 50.000
hommes se trouvant actuellement sur des bases datant de la Guerre Froide et de
les re-positionner sur des Bases Avancées à partir desquelles les Etats-Unis
pourraient rapidement projeter une puissance significative(48).
Parallèlement,
le redéploiement de troupes et matériel américains effectué en Australie (un
vieil allié) s’accompagne de la montée en puissance de la coopération avec
certains pays d’Afrique tant pour des raisons géostratégiques que pour des
raisons de sécurité économique (49)(50)(51)(52). Cette réorganisation s’inscrit
dans une logique de guerre expéditionnaire devant permettre à Washington de
projeter, avec souplesse et rapidité, des forces « agiles » et
hautement létales urbi et orbi à partir de n’importe quelle base active ou
dormante, terrestre ou navale afin de « traiter » les foyers de
crise (53).
Reste à
savoir si les opinions publiques des pays concernés verront dans cette mouture
moderne de la politique de la canonnière autre chose qu’une invasion
néocoloniale visant à s’emparer des terres et du pétrole arabes au Moyen
Orient (54). Torturer les prisonniers n’est pas, non plus, la meilleure
méthode pour « gagner les cœurs et les esprits » des Irakiens en
particulier, des Arabes en général.
L’habillage
idéologique de cette guerre dont l’enjeu économique n’échappe à personne
revient évidemment à ses initiateurs néo-conservateurs pour lesquels une
confrontation de grande ampleur entre les Etats-Unis et « l’Islam
politique » est inévitable. Fin mars 2004, avec des accents rappelant
« le choc des civilisations » de Samuel Huntington, Jeffrey
Bell rapportait dans le Weekly Standard que l’Administration songeait
à
Une
guerre mondiale entre les Etats-Unis et une aile politique de l’intégrisme
musulman…une guerre d’une portée et d’une ampleur telle que l’invasion
de l’Iraq, ou bien la capture de dirigeants importants d’al-Qaeda
devraient être considérées comme des évènements tactiques faisant
partie d’une série d’échecs et mats s’étendant très loin dans l’avenir
(55).
Notes :
(1) Il en
fut de même en Irlande du Nord pour les SAS autorisés par le Premier Ministre
de l’époque à éliminer physiquement les « paramilitaires » de l’IRA.
(2) JANE’s
DEFENCE WEEKLY, 19 March 2003, p.25
(3)
HASSNER Pierre, The United States : the empire of force or the force of
empire ?, Chaillot Paper N°54, Septembre 2002, p.46 http://www.iss-eu.org
(4)
Address of the President to the Nation, September 7, 2003
(5) O’HALON
Michael, RICE Susan, STEINBERG James B., The New National Security Strategy,
Brookings Institution, December 2002
(6)
FALLOWS James, The Unilateralist, The Atlantic, March 2002
(7) PLOTZ
David, Paul Wolfowitz – Bush’s testoterone man at Defense, October
12, 2001
(8)
WOOLSEY James, This is World War IV, Global Viewpoint, New Perspectives
Quarterly, vol.20 #1, Winter 2003
(9) BUSH
George W., National Security Strategy, September 2002, p.3-4
(10)
GEOPOLITIQUE n°82, p.88
(11)
PERLE Richard, FRUM David, An
End to Evil – How to win the war on terror
(12)
PERLE Richard, The Fall of the UN, in Project Syndicate, April 2003
http://www.project-syndicate.org
(13) The
Economist, A bold vision for the Middle East, November 7th,
2003
(14) RICE
Condoleeza, Transforming the Middle East, in Washington Post, August 7,
2003
(15)
Foreign and Commonwealth Office, Diplo-Military Politics : the Future
Strategic Context of Conflict Prevention and Conflict Resolution, Speech by
FCO Minister Denis MacShane at the Royal College of Defence Studies, 25 April
2002
(16)
KAGAN Robert, Power and Weakness, Carnegie Endowment for International
Peace
KAGAN
Robert, The US – Europe Divide, The Washington Post, May 26, 2002
(17) On
attribue à William Kristol la paternité de la substantifique moelle de la
« Doctrine Bush » post-9/11 ainsi qu’une influence certaine sur le
contenu de la National Security Strategy. Les observateurs politiques
avertis considèrent que William Kristol se distingue tant par son expérience
politique que par la sagacité de son observation du monde du pouvoir à
Washington. On pourra se référer à http://www.washspkrs.com
(18)
EAST-WEST Institute, Present at the creation of the world’s partnership,
10 March 2003
(19)
SCHMITT Gary, Power and Duty : US Action is crucial to Maintaining World
Order, Los Angeles Times, March 23, 2003
http://www.newamericancentury.org
(20) BUSH
George W., National Security Strategy, September 2002, p.4
(21) The
ECONOMIST, Manifest Destiny Warmed Up ?, August 16, 2003, p.18-20
(22)
KAGAN Robert, The benevolent Empire, in FOREIGN POLICY, 1998
(23)
JOHNSON Paul, America’s New Empire for Liberty, Hoover Digest, Fall
Issue, N°4, 2004
(24)
KRISTOL William, Morality in Foreign Policy, The Weekly Standard,
February 10, 2003, Vol. 008, Issue 21
(25) FCO,
Pursuing an active and engaged foreign policy, Speech by the Foreign
Secretary, Jack Straw, in the Foreign Affairs debate on the Queen’s Speech,
House of Commons, London, 22 June 2001
(26)FCO, Human
Rights Ensure International Security and Prosperity, Speech by the Foreign
Secretary, Jack Straw, to the United Nations Commission on Human Rights, Geneva,
18 April 2002
(27) FCO,
Human Rights Ensure International Security and Prosperity, Speech by the
Foreign Secretary, Jack Straw, to the United Nations Commission on Human Rights,
Geneva, 18 April 2002
(28) The
Guardian, Robin Cook’s speech on the government’s ethical foreign policy,
The speech by Robin Cook that started it all, May 14, 1997
(29) http://sbclife.net
(30)
CHENEY Dick, Remarks by the Vice-President to the Heritage Foundation,
May 1, 2003
(31)
CHENEY Dick, Remarks by the Vice-President at the World Economic Forum Summit
in Davos, Jan 4, 2004
(32) L’Expansion,
L’empire est mal parti, mai 2003, n°675, p.31
(33)
LEDEEN Michael, Syria and Iran must get their turn, National Post, May
25, 2003
(34) YA’ARI
Yedidia, Fighting Terrorism …from the Sea, Proceedings, August 2003,
p.64-66
(35)
Foreign Policy in Focus (FPIF), Our Fateful Choice : Global Leader or
Globocop ?, December 2002 URL: http://www.fpif.org
(36) JANE’s
DEFENCE WEEKLY, 18 February 2004, p.10
(37) DE
VILLEPIN Dominique, Le Droit, la Force et la Justice, Conférence
annuelle de l’International Institute for Strategic Studies de Londres, 27
mars 2003
(38) LE
MONDE ECONOMIE, Dossier, p.II, 2 Décembre 2003
(39)
RECORD Jeffrey, Bounding the Global War on Terrorism, US Army War
College, December 2003
(40) BBC
World TV News, May 14, 2004
(41) Dans
son livre An End to Evil : Strategies For Victory in the War on Terror
publié conjointement avec David Frum en janvier 2004, Richard Perle expose son
plan d’action pour « gagner la guerre contre le
terrorisme » : se désengager des Nations Unies, combattre la France
et l’Arabie Séoudite, attaquer sans délai l’Iran, la Syrie et la Corée du
Nord.
(42)
CIRINCIONE Joseph, The shape of the Post-War World, in Carnegie Analysis,
May 7, 2004
(43) BBC
News, Iraq: Time for an Exit Strategy?, May 12, 2004
(44)
MILITARY INTELLIGENCE PROFESSIONAL BULLETIN, April-June 2003, vol.29 N°2
(45) JANE’s
DEFENCE WEEKLY, 18 February 2004, p.10
(46) http://www.censa.net
: Sharpening the Sword in National Security and Military Transformation
– Project on Innovation and National Security, May 2002
(47)
KEYLOR William R., Dieu, la force et le Droit, Géopolitique n°82,
Avril-Juin 2003, p.88
(48)
International Institute for Strategic Studies, The US in Central Asia, in
Strategic Comments, Vol.10, Issue 3, April 2004
(49) JANE’s
DEFENCE WEEKLY, US is now set to turn the focus on African Security, 21
April 2004, p.6
(50)
FISHER-THOMPSON Jim, African Militaries Partnering with US to Combat Terror,
in Military Connections, March 9, 2004
(51) LE
MONDE, Les Etats-Unis renforcent leur dispositif anti-terroriste dans
plusieurs pays d’Afrique, 5 Mars 2004, p.4
(52) Dans
un article intitulé Angolan Oil is Strategically Important to US,
publié par usinfo.state.gov dans sa Washington File, le 17 Mai 2004, Jim
FISHER-THOMPSON rapporte les propos tenus par Andrew Young, ancien ambassadeur
américain aux Nations Unies, selon lequel les Etats-Unis doivent s’impliquer
davantage en Afrique afin de sécuriser leur approvisionnement en pétrole
menacé par le chaos au Moyen Orient.
(53)
PELTZ Eric, Toward an Expeditionary Army, RAND Corp, March 2004
(54)
MARSHALL Josuah Micah, Pratice to Deceive, in the Washington Monthly,
April 2003
(55)
ibid.
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