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son
action sans réserve. Ainsi, l’Iran fournit les équipements
militaires du Hezbollah, que ce soit les missiles Fajr-3 et -5
(portée respective de 40km, et de 75km), mais aussi les missiles
Zelzal-1 (séisme en persan) d’une portée de 150 kilomètres. De
plus, non seulement les Pasdarans iraniens assurent la formation
militaire du Hezbollah, mais qui plus est, selon nos informations, les
missiles actuellement tirés sur Haifa, sont
" servis " par les Pasdarans eux-mêmes…
De fait, le Hezbollah, c’est d’abord, et avant tout, l’Iran. L’organisation
islamiste constitue l'un des piliers de la stratégie sécuritaire
iranienne, et représente sa première ligne de défense contre
Israël. Ces derniers mois et, plus encore, ces toutes dernières
semaines, les grandes puissances occidentales, ont augmenté leurs
pressions sur l’Iran, aboutissant à l’ultimatum du 06 juin. Le 16
juin, un pacte militaire a été signé entre la Syrie et l’Iran. Le
2 juillet, le soldat shavit est enlevé. Le 11 juillet, le
représentant de l’UE 5+1 signifie à l’Iran que le dossier
nucléaire serait bientôt transféré au Conseil de Sécurité de l’ONU.
Le 12 juillet, le représentant iranien, Ali Larijani, Secrétaire du
Conseil supérieur de sécurité en Iran, se rend à Damas où il
rencontre le dirigeant syrien, Bashar Al-Assad mais aussi Hassan
Nasrallah, venu dans un convoi des services de renseignements syriens.
Le même jour, le Hezbollah commet son attaque en territoire
israélien et enlève deux soldats israéliens, en tuant huit autres.
Même si il paraît aujourd’hui probable que le Hezbollah n’avait
pas prévu une telle réaction israélienne à l’enlèvement de ces
deux soldats, il est tout autant indéniable de considérer que le
Hezbollah a intégré sa stratégie militaire au sein d’une plus
large stratégie régionale. Nous sommes sortis d’un conflit
bilatéral (de type Hezbollah contre Tsahal ; ou Hamas contre
Tsahal) pour entrer dans un conflit multilatéral avec des
implications diverses. L’une d’entre-elles étant la naissance d’une
sorte de front commun arabo-occidental visant à repousser l’Iran
dans ses marges. Là, réside, sans nul doute l’un des premiers
enseignements du conflit : le bouleversement géopolitique de la
zone. Nous en reparlerons plus loin.
Le second fait important concerne les difficultés politiques
intérieures israéliennes et leurs répercussions sur la stratégie
militaire. La disparition politique brutale de Sharon a laissé le
champ à une nouvelle " classe " de dirigeants
politiques israéliens. Or, si Ehud Olmert a réussi à s’imposer
pour accomplir les tâches non achevées de Sharon, s’il a réussi
à renforcer Kadima, perçue à l’origine comme une coquille
vide ; il est aujourd’hui au prise avec une crise d’autant
plus importante qu’elle touche le domaine consensuel israélien, le
domaine sécuritaire.
Dès son arrivée au pouvoir, Olmert se trouve confronté dans les
territoires palestiniens à la victoire du Hamas qui n’entend pas
reconnaître l’existence d’Israël. Le retrait de Cisjordanie,
bien qu’annoncé, doit être reporté. L’enlèvement du soldat
Shalit par des groupes palestiniens est, pour reprendre les termes de
certains analystes israéliens, " son baptême du
feu ". Baptême accentué très vite par l’action du
Hezbollah, au Liban sud…
Cette " faiblesse " est exacerbée par une double
crise du politico-militaire en Israël. D’une part, les dirigeants
semblent manquer d’expériences (Il ne faut pas oublier dans ce
constat, Perez, leader du parti Travailliste et Ministre de la
Défense) ; et d’autre part, les militaires sont absents des
postes gouvernementaux, ce qui est une nouveauté. Ainsi, n’ayant
plus de représentants dans les instances gouvernementales, l’armée
israélienne se retrouve, aussi, en première ligne politique. L’une
des conséquences d’un insuccès militaire, pourrait-être la mise
en cause de Tsahal elle-même… A cela s’ajoute le jeu trouble du
leader du Likoud, Nétanyahou qui rencontre secrètement mi-juin le
vice-président américain, Dick Cheney…
Plus encore, cette crise politico-militaire israélienne a des
répercussions en termes de stratégie militaire. Quels sont les buts
des israéliens ? Quelle dynamique ? Quelle situation
politique va naître de leurs actions militaires ? Ces
interrogations sont d’autant plus fondamentales, qu’il est
légitime de s’interroger sur les buts opérationnels et les moyens.
En clair, même si l’armée israélienne sert, au travers de la
destruction du Hezbollah, un projet géopolitique ; les modus
operandi opérationnels actuels laissent perplexe s’il s’agit
de la destruction du Hezbollah. Et s’il ne s’agit pas de cela,
mais d’un dessein géopolitique, convenons que ce dernier ne peut se
faire sans la neutralisation, d’abord, du Hezbollah… L’opération
n’est alors pas en cause, mais la nature de la guerre, peut l’être.
Ce qui amène au troisième et dernier constat : le savoir-faire
militaire. Convenons, que Tsahal, a toujours dérouté nombres d’expertises,
mais a toujours aussi démontré un savoir-faire certain (voire
abouti) dans l’utilisation de la force militaire, que ce soit sur un
champ de bataille " classique " ou contre des
guérillas. Or, le modèle " schock & awe "
utilisé qui repose sur une intervention aérienne massive (plus de
100 avions israéliens employés simultanément d’après les sources
israéliennes), outre son impasse politique, semble démontrer une
armée israélienne prisonnière, non de sa doctrine, non de ses
idées, non de son intelligence opérationnelle, mais de ses
moyens !
Supériorité absolue, tout particulièrement aérienne. Usage
intensif des technologies, y compris dites de l’information et des
armes de précision. Nombreuses victoires militaires tactiques. Très
bon usage médiatique. Mais, au-delà ? Victoire stratégique
(militaire et politique) alors que l’on sait que les réalisations
militaires ne suffiront pas, à elles seules, à assurer la sécurité
d’Israël, notamment à sa frontière nord ? Que ce soit hier
avec, déjà l’opération Litani en mars 1978, puis Paix en Galilée
en 1982, ou aujourd’hui.
Les moyens semblent avoir défini la stratégie, voire avoir défini l’adversaire.
Aucune place ne semble accordée à la manœuvre militaire, ni même
à l’ouverture politico-diplomatique. Aucune adaptabilité. Tsahal
paraît transformée, ou plus exactement, transportée dans une autre
dimension politico-militaire, qui ne correspond, déjà plus, à son
univers géographique régional ou local, mais à un espace plus vaste
de confrontation… Rappelons alors, la plaisanterie qui courait parmi
les soldats israéliens lors de l’opération Paix en Galilée en
1982 : " si le gouvernement veut être sur que les
katyouchas ne toucheront plus jamais Israël, il lui faudra alors
capturer les usines mêmes qui les fabriquent ".
Il faut alors bien constater une très nette faiblesse, timidité
oserais-je dire, opérationnelle israélienne à ne pas vouloir
déclencher une plus vaste offensive terrestre, visant à prendre à
revers le Hezbollah et ses combattants, même si la qualité de ces
derniers est désormais évidente. Il s’agirait alors bien de
réduire la menace du Hezbollah pour quelques années, et donc
diminuer d’autant l’influence de l’Iran. Voilà aussi pourquoi,
sans doute, certains acteurs de la communauté internationale ont tout
intérêt à donner quelques semaines de plus au conflit.
Sans ce développement de l’offensive israélienne, sans cette mise
à mort militaire, mais aussi et surtout politique et symbolique de l’adversaire,
point de salut. Pour le Hezbollah, un cessez-le-feu, imposé à
Israël, pour Cana ou autres, sera une victoire. Sa seule chance de
victoire d’ailleurs. Les boucliers humains, pour choquant qu’ils
soient, démontrent d’abord et avant tout, l’épuisement local du
conflit.
Si concrètement, la puissance d’un Etat se mesure à sa capacité
géopolitique de transformer son environnement en fonction de ses
intérêts ; force est de constater que l’analyse de la
situation démontre l’existence d’un véritable affrontement de
puissance visant à modifier la donne, à créer, un nouveau Proche et
Moyen-Orient. Que la crise s’intensifie, se prolonge ou s’interrompe
provisoirement, ce fait nous semble acquis.
Le transfert de la problématique nucléaire iranienne vers une
problématique de confrontation régionale Israël versus
Hezbollah, permet à l’Iran de s’accorder quelque répit
supplémentaire pour développer son programme et surtout, annoncer
des progrès significatifs. Selon certaines sources, le Président
Iranien, Mahmoud Ahmadinejad, pourrait prochainement faire une
déclaration en ce sens. Il s’agit donc bien, en local, de
tentatives d’obtentions d’effets de dissuasion, envers Israël et
autres, avant même l’obtention d’un cycle nucléaire complet et
autonome. Au-delà, de la transformation de l’environnement
régional à son profit, et de son affirmation en tant que puissance
régionale. Les dernières déclarations du Président Syrien, le
soutien militaro-politique de l’Iran à ce dernier, mais aussi les
déclarations du Venezuela, font dans ce sens.
Mais, cette crise aboutit aussi à une non moins surprenante alliance
de revers, entre différents pays arabes (Arabie Saoudite, Egypte,
Jordanie et certains Etats du Golfe) et les puissances occidentales,
Etats-Unis et Grande-Bretagne en tête, afin de
" contrer " la montée en puissance de l’Iran,
puis de repousser l’Iran dans ses marges.
De plus, si nous constatons aujourd’hui, comme chaque fois, que rien
ne peut se faire au Proche et Moyen-Orient sans la diplomatie
américaine, nous pouvons cependant dire aussi, que la diplomatie
française, possède là, une réelle opportunité, une
" fenêtre de tir " afin de réinvestir la
" case " Liban. La destruction avancée du Liban
est contre-productive, tant pour Israël que pour les Etats-Unis. L’effondrement
des structures étatiques libanaises replongera le pays dans des
conflits communautaires au profit de la Syrie et de l’Iran. Plus
encore, l’erreur d’appréciation américano-israélienne de
traiter le Hezbollah exclusivement sous l’angle militaire conduirait
à sa simple duplication. La diplomatie française peut donc
contribuer efficacement à une résolution de la problématique, mais
ce, en cessant d’ignorer, qu’il est parfois nécessaire de faire
la guerre…
Le Hezbollah va, très logiquement continuer à conduire une guerre de
guérilla en utilisant toutes les armes dont elle dispose, y compris
des missiles capables d’atteindre des cibles plus
" brillantes " en territoire israélien, de
manière à provoquer une intensification politico-idéologique du
conflit. Elle sera, vraisemblablement tentée d’utiliser, de
manière directe ou indirecte, l’arme " terroriste (le
Hezbollah est une organisation terroriste, même si elle n’est
toujours pas reconnue comme telle par l’Union Européenne) contre
des intérêts strictement israéliens, y compris à l’étranger. Si
une force d’interposition internationale se met en place et vise à
son désarmement, il est à craindre qu’elle pratiquera le
terrorisme ; voire renouera avec la prise d’otages
occidentaux ; contre toutes les troupes déployées, quelle que
soit leur origine. De même, très logiquement, des attentats suicides
devraient alors se dérouler sur le territoire libanais, y compris par
le biais de volontaires islamistes.
Depuis le début de cette année 2006, nous assistons bel et bien, au
travers de multiples événements, à un bouleversement géopolitique
par le déplacement du centre de gravité du Proche et Moyen-Orient
vers un triangle islamiste méridional dont les sommets géométriques
seraient constitués par l’Irak, l’Egypte et l’Arabie Saoudite.
Triangle dans lequel se meuvent diverses puissances aux intérêts
divergents, voire opposés : Israël, Iran, Etats-Unis, Russie.
Cependant, au sein de cette modification géopolitique régionale,
hier comme aujourd’hui et demain, une constante demeure : pour
tous les pays arabes, y compris modérés, l’existence d’Israël n’est
qu’un temps, plus ou moins court, de l’histoire. La disparition de
ce dernier pays est inéluctable, naturelle… Personne ne remet en
cause l’existence même de la Jordanie, de la Syrie, du Liban de l’Arabie
Saoudite ou encore de l’Iran. Mais, pour tous, l’existence d’Israël
peut être remise en cause. Nous touchons là à un point crucial du
conflit en cours. De là, les possibilités de développements
régionaux indirects sont nombreuses…
Dès lors, l’émergence d’un nouvel ordre au Proche et
Moyen-Orient s’inscrit, à notre avis, durablement, dans une
dynamique de confrontation, directe et indirecte.
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