A propos
  Legal
  Add site
  Contact
  Secret (help)

 Votre
 utilisation
 de ce site
 constitue votre
 acceptation
 de ses
 Conditions
 d'utilisation


 Copyright ©
 1997-2011
 Tous droits
 réservés,
 All rights
 reserved

 Certifié IDDN

     iddnpt_ani.gif (1077 octets)


 
Sites liés
  jpmiginiac.com




















 Le réseau
 des sites
 amis

 Une Galerie
 Del Nogier
 2si-medical
 CCI
 Bibliofractale


Essential open sources, essential informations
Geopolitical, Economic, Security & Technology Affairs

                        Conditions d'utilisation

 AccueilGéopolitique / Réflexions stratégiques / Mise à jour 26/02/03





  Réflexions stratégiques,
  Strategic thinks 


Irak : Les coulisses d’une guerre Programmée

Par N.Lopez
Avocat, Spécialiste en Affaires Militaires
sentinelion_nml@hotmail.com

 

Jamais depuis la fin de la guerre froide le monde occidental n’a paru autant divisé sur une affaire diplomatique et militaire. Jamais encore des conceptions tant différentes des principes régissant les relations internationales ne se sont entrechoquées avec une telle intensité entre membres d’une même alliance. Car non seulement les enjeux sont d’ordre géo-économiques, mais c’est tout un ordre mondial issu de la fin de la 1ère guerre mondiale qui cherche à muter.

La bataille des interets : un seul maitre mot, faire monter les encheres

La première offensive contre « la logique de guerre » viendra de la France et de la Belgique. La décision d’accorder une aide pour la défense de la Turquie en cas de guerre avec l’Irak, se trouvait bloquée à l’OTAN le 10 février. Quatre jours plus tard, un deuxième coup de poing diplomatique place les Etats-Unis et leur alliés dans une situation inconfortable. La France, devant le parterre de diplomates réunis au conseil de sécurité, devenait le Hérault d’une fronde anti-guerre en proclamant son refus de suivre Washington avant d’explorer toutes les autres options possibles. La Russie et la Chine, deux autres mastodontes de l’ONU, suivent le ministre des Affaires Etrangères dans sa lancée, en se proclamant solidaires de la position de Paris.

La victoire diplomatique venait de changer de camp, les Etats-Unis et leurs alliés se trouvent désormais mis en minorité. On aurait pu s’arrêter à une analyse binaire et poétique de la situation, le camp de la paix remportait sa première manche contre les exaltés de la guerre. Or, en relations internationales rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, mais toujours gris. Jamais une alliance ne se forme sans intérêts plus ou moins égoïstes des parties concernées. Et la crise actuelle n’échappe pas à cette règle.

Le cas de la France

Trois raisons justifient l’attitude la France contre une guerre en Irak.

Premièrement, il est inconcevable pour la France, et indirectement pour l’Europe, de permettre une main mise totale des Etats-Unis sur les ressources pétrolières de la région, et surtout sur leur acheminement. Car en observant la provenance de l’énergie en direction de la France, on remarque que cette dernière dépend à plus de 28,3 % de la région du golfe. Malgré sa politique de diversification des sources, la France reste vulnérable au moindre soubresaut en provenance du Moyen-Orient. Le souvenir du premier choc pétrolier qui avait fait tripler la facture énergétique de l’Europe reste vivace dans l’esprit des dirigeants français ; car même si ce genre de crise n’a plus d’incidence notable sur le plan de la production d’électricité (grâce à la politique nucléaire française) ses conséquences sur les entreprises sont quant à elles énormes. La compétitivité devenant inexistante, c’est toute l’économie française qui deviendrait sinistrée. La deuxième raison justifiant l’opposition française à cette guerre est qu’une main mise des Etats-Unis sur le pétrole de la région serait un formidable moyen de pression politique sur Bruxelles. La menace qui pèserait sur la construction européenne ne serait ni plus ni moins que son démantèlement à moyen terme. Par un simple jeu de pressions indirectes sur l’Europe ou sur certains de ses membres, les Etats-Unis se rendraient maîtres du seul bloc en formation en mesure de contrebalancer leur puissance en le privant de toute volonté politique indépendante.

La troisième raison est d’ordre commercial. Car depuis plus de trente ans, la France a su conserver des relations commerciales fructueuses avec l’Irak. De même, malgré sa participation à la 1ère guerre du golfe, la France a su rester présente sur le terrain irakien, contrairement aux Etats-Unis qui se sont auto-pénalisés en imposant leur embargo économique. Plus de 80 entreprises françaises de taille respectable sont en activité en Irak, et le secteur pétrolier à travers le groupe TotalElfFina se taille la part du lion en exploitant les gisements pétroliers de la deuxième plus grande réserve mondiale. Or, dans un Irak occupé par les Etats-Unis, la politique clairement affichée par l’équipe Bush serait d’évincer les compagnies pétrolières européennes du jeu et de privilégier les entreprises américaines, tout en donnant un lot de consolation aux britanniques et aux russes.

Ce qui nous amène au constat suivant : si la France se lance dans l’entreprise militaire américaine, elle ne fera que contribuer à sa propre éviction. Dans le cas contraire, elle ne fera rien pour l’en empêcher. L’issue est la même dans les deux cas, la France fera les frais de la politique régionale de Washington. La seule solution logique qui s’impose est celle qui consiste à bloquer les ardeurs bellicistes des Etats-Unis. Non pas uniquement pour empêcher la guerre, mais pour être en mesure de négocier un meilleur après Saddam. Il est intéressant de noter que la France n’a pas exclu sa participation à la guerre, mais la conditionne à un aval de l’ONU. Car c’est sur ce seul terrain que la France est en mesure de faire monter les enchères. Paris lâchera du lest dès que sur le tapis vert, les Etats-Unis se montreront plus « compréhensifs ». Et il est fort à parier, si ce coup de poker réussit, que la France se trouvera aux premières loges lors de l’invasion de l’Irak. L’absence d’utilisation de son veto à l’ONU se monnaiera donc… cher.

Marchandage en Asie : Le cas Russe et Chinois

Le cas de ses deux pays est quelque peu distinct. La Russie n’a pas besoin du pétrole de l’Irak. Cet immense pays est autosuffisant en matières énergétiques, et il en exporte. Toutefois la crise irakienne est pour le gouvernement russe intéressante à double titre. Elle contribuerait de prime abord à replacer la Russie sur l’échiquier politique international, tout en lui permettrant d’en tirer des avantages économiques non négligeables.

Car en s’alignant sur la position française, la Russie espère recevoir des Etats-Unis, présents à ses frontières, certaines garanties. D’une part, la politique américaine en Asie centrale se devra d’être moins agressive et s’accompagner d’un repli stratégique de leur sphère d’influence mise à mal suite à la guerre en afghanistan. On peut de même légitimement penser que les Etats-Unis fermeront les yeux sur le cas Tchétchène pour un bon bout de temps, en ne manquant pas de le qualifier de problème interne (la position de la France sur le sujet est assez éloquente).

Ensuite, la Russie verra sa part de marché dans le secteur pétrolier augmenter dans un Irak sous contrôle américain. Il est utile de se rappeler que lors des premières accusations de l’équipe Bush à l’encontre de Saddam Hussein, une multitude d’accords ont été signés à la va vite par la Russie et le gouvernement irakien. (Des contrats de plus de 40 milliards de dollars sur 20 ans). Cette manœuvre « préventive » de la Russie avait pour but de prévoir une monnaie d’échange lors de futures négociations avec les Etats-Unis. Il est intéressant de noter que l’administration américaine, en ce qui concerne la répartition future du gâteau irakien, n’a pas exclu de donner une part à la Russie. Un changement d’attitude de Moscou est donc à prévoir sur le court terme.

Le mutisme actuel de la Chine introduit une nouvelle donne. Généralement plus expansifs quand il s'agit de contester « l’impérialisme » américain, les dirigeants chinois semblent suivre une politique qui pourrait être qualifiée de « très tiède ». Or, il suffirait de lier le problème nord coréen à la crise iraquienne pour mieux comprendre. Car à ce sujet, l’attitude des Washington est pour le moins dire surprenante. Un pays récemment considéré comme faisant partie de l’axe du mal, reprenant son programme nucléaire tout en se retirant du traité de non-prolifération nucléaire en osant menacer ouvertement le territoire même des Etats-Unis, ne se fait pas taper sur les doigts par le principal intéressé. A la lueur de ce qui précède, il est légitime de penser que la Chine a déjà monnayé son manque d’ardeur à l’encontre de la guerre en Irak soit est en pourparlers. L’accord officieux sino-américain pourrait se résumer à ce qui suit : la Chine fait monter la pression en Asie du sud-est ; son satellite communiste applique la « théorie du fou » (si chère à Nixon), et se met à menacer ouvertement la communauté internationale qu’il utilisera son arsenal nucléaire contre tout pays qui oserait s’opposer militairement à sa politique. Du coup la Corée du sud s’inquiète, et demande aux Etats-Unis de calmer le jeu. D’un autre côté, le Japon, qui a autant de raison que l’Europe de craindre une mainmise américaine sur l’acheminement du pétrole en provenance du golfe, (dont il dépend à plus de 76%) est occupé à régler la crise qui s’installe à ses portes en oubliant la crise irakienne.

La Chine vient d’avancer un pion en Asie du sud-est, avec la bénédiction (forcée) du gouvernement américain uniquement préoccupé d’une éventuelle paralysie au conseil de sécurité par un veto chinois. Un silence pour un silence…

Dans tout ce jeu de négociation, l’Allemagne semble être le seul pays à avoir perdu son statut de grande puissance européenne. Ecartelé entre une population franchement hostile à la guerre et une grave crise économique, Gerhard Shroeder ne pouvait que suivre la France. Car la gravissime faute diplomatique et stratégique que le gouvernement allemand a commise a été celle de fermer la porte à toute éventualité de participation de la Bundeswehr aux opérations militaires. Le fait le plus marquant encore, a été celui de refuser toute opération militaire américaine à partir de son territoire. Du coup, s’étant mise à dos Washington et sans réel moyen de pression diplomatique ou économique, l’Allemagne ne pouvait que s’accrocher à la diplomatie française qui, du coup, réussi un formidable exploit en devenant l’unique «moteur de la politique étrangère» européenne. La façon dont les pays candidats à l’Union signataires de la lettre de soutien aux Etats-Unis se sont fait tirer les oreilles par un Jacques Chirac donneur de leçon en est la preuve éclatante.

Jamais depuis le début de la construction européenne, on ne s’était tant rapprochés de la notion de Président de l’Europe.

La contre attaque de Washington

Il suffisait de noter l’expression d’incompréhension du secrétaire d’Etat aux affaires étrangères Colin Powell, lorsque au conseil de sécurité il s’était trouvé inconfortablement isolé, pour se rendre compte que c’était deux visions de la politique mondiale qui s’entrechoquaient.

Vers un nouvel ordre mondial ou un retour aux sources?

Le conflit entre les nations européennes et les États-Unis sur leur conception différente des principes régissant les relations internationales ne date pas d’aujourd’hui. La crise irakienne n’a fait que cristalliser un problème qui était concrètement apparu au lendemain de la 1ère guerre mondiale. Les États-Unis à cette époque, par le biais du président Wilson, annonçaient aux chancelleries européennes la fin de la diplomatie classique telle que pratiquée depuis Richelieu: La raison d’état, comme unique ligne directrice des relations internationales avait vécu. Dorénavant, les intérêts égoïstes des états devaient s’effacer face à l’intérêt collectif, inaugurant de ce fait un nouveau partenariat des Nations. De plus, le président Wilson leur signifiait clairement que le nouvel ordre mondial ne reposerait plus uniquement sur l’équilibre des forces mais sur une vision plus idéaliste des notions démocratiques, véhiculées principalement par les Etats-Unis.

Or, dans cette crise, c’est l’effritement même de cette conception, qui avait prévalu pendant toute la durée de la guerre froide, qui pose problème. Car la position européenne refusant la guerre est en soi une réminiscence de cette époque, déclarée révolue, qui refait surface. Face à une unique superpuissance, une multitude de nations plus faibles tentent de s’unir pour faire un contrepoids susceptible d’enrayer toute velléité hégémonique. Car si les Etats-Unis partent du postulat que des principes de portée universelle peuvent, et doivent, servir de base à une action collective préventive pour le bien commun de tous, l’Europe, elle, veut privilégier les deux notions de raison état et d’équilibre des forces. En d’autres termes, les intérêts et la puissance comme facteurs régulateurs des relations internationales.

C’est cette vision Wilsonnienne qui se veut de continuer d’exister malgré la fin de la guerre froide, qui crée la crise d’identité d’un nouvel ordre mondial qui se cherche. Car à la volonté d’action adoptée par les Etats-Unis fait face une attitude européenne préférant un statut-quo moins risqué à court terme.

Toutefois il n’est pas vrai d’affirmer que les Etats-Unis veulent à tout prix agir militairement sans la bénédiction de l’ONU. La preuve est que le vote de la première résolution (voire de la seconde qui est en cours d’élaboration) est grandement le fruit de l’administration américaine, et plus spécialement, de Colin Powell. Car Washington, malgré sa politique va-t-en-guerre, préfère ne pas s’affranchir d’une couverture Onusienne pour son action. Les conséquences d’une pareille guerre non cautionnée par le droit international, risquerait d’ouvrir une véritable boîte de pandore à l’échelle mondiale. Car il n’est pas certain que d’autres pays ne seraient pas tentés par l’exemple d’une guerre non avalisée par la légalité internationale afin s’engager dans des guerres préventives au nom de morales douteuses purement égoïstes.

La bataille des veto

La situation de blocage diplomatique actuelle n’est pas du goût de l’équipe Bush, et elle le fait savoir. Washington prépare sa contre offensive, et commence à s’attaquer aux différents verrous diplomatiques mis en place par la partie adverse.

Premier front : l’OTAN. Le veto tripartite lancé par la Belgique, la France et l’Allemagne vient d’être contourné le 17 février lors de la réunion du Comité des plans de défense (CPD) de l'OTAN, dont la France ne fait plus partie depuis 1966. Sous la pression, la Belgique vient d’accepter le déblocage de l’aide militaire à la Turquie, et ce en faisant rentrer indirectement l’OTAN dans la guerre. Sur le deuxième front diplomatique, les Etats-Unis, préparent l’adoption d’une seconde résolution au conseil de sécurité, beaucoup plus musclée, permettant une intervention militaire automatique en Irak. Les tractations diplomatiques ont déjà commencé, et les Etats-Unis espèrent convaincre une majorité de petits pays de la soutenir, en espérant un reversement de majorité. Car actuellement Washington est dans une impasse à l’ONU en ne recueillant que tout juste un tiers des voix du Conseil en faveur de la guerre. Reste le problème des veto russe, français et chinois. En ce qui concerne la Chine, il semblerait que la crise nord coréenne ait porté ses fruits. La Chine semblerait accepter l’idée de ne pas utiliser son droit de veto en cas de vote d’une seconde résolution.

Pour ce qui est de la Russie, les opérations de charme semblent avoir commencé ; la signature d’un accord de 18,5 milliards de Dollars avec la compagnie pétrolière britannique British Petroleum est un signe que le coup de poker russe semble avoir fonctionné. Investissements étrangers contre le silence de la Russie au conseil de sécurité est apparemment la voie suivie par le tandem americano-britanique. Cet accord tombe beaucoup trop à point nommé pour qu’on n’y voie qu’un innocent « deal » financier.

La seule inconnue qui reste est la France. Car si ses alliés de circonstance se désistent, elle se placera en très mauvaise posture en restant en marge de la guerre. Les formidables retombées diplomatiques récoltées par la France en tant que chef de file de la résistance pourraient être perdues. De plus, elle se verrait à son tour dans la même position que les Etats-Unis lors de la réunion du conseil du 14 février. La pression américaine pour faire sauter le verrou français ne cesse pas et tout les moyens sont bons pour obliger Paris à lâcher du lest. Manœuvres d’intimidation verbale lors de discours d’officiels américains et campagnes de presse ciblées sont quelques-uns uns des moyens mis en œuvre par l’équipe Bush pour faire plier Paris. Mais il est fort à parier que des tractations plus secrètes sont en cours pour de trouver une solution plus négociée. De toute manière il est incontestable que tout les alliées des Etats-Unis essayent ou essayeront de monnayer au prix fort leur éventuelle participation à la guerre. Dernier épisode en date, la Turquie, fidèle alliée de Washington, réclame 40 milliards de dollars dans le but de faire face aux retombées néfastes de cette guerre sur son économie. Dans le même temps, 55 000 de ses soldats sont prêts à intervenir dans le Nord de l’Irak afin de mettre la main sur les gisements pétroliers avant que la rébellion kurde ne le fasse.

Washington semble être contrainte de se frayer un chemin vers l’Irak à grands renforts de billets verts.

Conclusion

La guerre en Irak est plus que probable, elle est certaine. Mais ce n’est pas la partie la plus importante de l’histoire, même au prix de centaines de milliers de morts. Car est inimaginablement plus dangereuse la façon dont sera menée cette guerre, car elle servira d’exemple à celles qui suivront. Et rien qu’en pensant que certains états possèdent l’arme nucléaire, on pourrait, au risque d’être accusés de cynisme, prier pour que les victimes irakiennes soient des «victimes légales».

 

N.Lopez 02/2003












L'actualité presse & web
Internationale International
Française French
par thème by topic
par pays by country
par secteur by sector

L'actualité en vidéo

Internationale International
Afrique  Amériques  Moyen-Orient

et nos dossiers d'information pays
and our country information topics


Les analyses de Strategic-Road.com, Strategic-Road.com analysis

Analysis 16/07/11 new 
Compte-rendu du salon Euronaval 2010
par Jean-Claude Bessez


Analysis 07/05/11
La mort d’Ossama Ben Laden, ou un magistral coup de billard à trois bandes
par Jean-Philippe Miginiac


Analysis 02/06/10
Dérives vers le chaos
par Jean-Philippe Miginiac