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Or au vu
des moyens militaires engagés et des dépenses occasionnées par la campagne
anti-terreur lancée au lendemain des attentats du 11 septembre, les résultats
obtenus paraîtront ridicules. Surtout si on les compare au nombre de victimes
des attentats et à leur impact psychologique sur la population Américaine (et
internationale).
A terme,
le gouvernement US devra changer de stratégie, et s’attaquer à des cibles
facilement identifiables par sa population, et ayant une portée hautement
symbolique. Sinon, le support populaire sans faille en faveur d’une guerre
sans merci contre le terrorisme s’effilochera rapidement empêchant le
Gouvernement US d’avoir les coudées franches. Surtout que les objectifs
fixés lors du déclenchement de la riposte par le président Bush ne permettent
pas une baisse de régime de la machine guerrière US : « Ceci
est une guerre de longue haleine, contre un ennemi dont le terrain d’action
est toute la planète. Ce sera une longue guerre, des soldats vont mourir, mais
nous la mèneront jusqu’au bout et nous vaincrons ».
Il est à
parier que lorsque Ben Laden tombera dans leurs filets, les Américains
pointeront leurs canons dans une autre direction afin de ramener à l’opinion
publique un trophée qui la galvanisera à nouveau.
Le
concept de guerre résiduelle
La
prochaine bataille n’introduira pas une nouvelle guerre, mais servira à
terminer d’autres commencées antérieurement.
Une
Guerre Résiduelle est une guerre (ou un contentieux militaire) déjà entamée,
ayant peut-être été gagnée de par le passé, mais dont la dernière bataille
permettant de la clore n’a pas encore été livrée. Ceci est vrai pour la
guerre du Golfe ou de la Somalie (même si cette dernière fut placée sous le
signe de l’Humanitaire).
Livrer
une guerre résiduelle affranchirait les Etats Unis de la tâche de
légitimation aux yeux de l’opinion mondiale. C’est une guerre juste, déjà
avalisée (ou pouvant facilement l’être) par les instances internationales
puisqu’elle s’inscrit dans la continuité, et ayant pour but l’application
du Droit International.
D’autant
plus que le consensus adopté par la communauté Internationale sur la lutte
contre le terrorisme et les Etats soupçonnés de l’abriter et/ou de l’encourager,
donne un caractère presque sacré à toute action visant des groupes
terroristes, où qu’ils se trouvent, et toute guerre livrée contre des états
parias.
La
question qui peut, en toute légitimité, être posée reste la suivante :
le scénario de Guerres Résiduelles aurait-il pu être planifié d’avance ?
La
stratégie de l’Instant : La légitimation de l’utilisation de la force
(future) par l’effet Boule de Neige
Dire que
les actions « Guerrières* » potentielles ont été planifiées d’avance
serait une grossière erreur. Aucune planification ne résiste à la pression de
l’action. Et à travers l’histoire militaire, aucune stratégie, longuement
étudiée à l’avance, n’a été appliquée à la lettre.
Cette
campagne contre le terrorisme a subi des rectifications, et je m’explique.
Les
scènes d’horreur vues et revues à la télé ont contaminé une grande frange
de l’opinion publique mondiale (à quelques exceptions prés). La sympathie
ressentie pour le peuple américain est sans équivoque d’une partie à l’autre
du globe. Ce grand élan de solidarité n’a toutefois pas laissé les
gouvernements de ces pays indifférents. Rapidement les doigts d’accusation se
sont pointés contre des groupes locaux d’opposition (armés). L’Espagne
contre l’ETA, la Russie contre les indépendantistes Tchétchènes, les
Philippines contre le groupe Abou-Sayyaf, l’Inde qui accuse le Pakistan de
soutenir les groupes islamistes au Cachemire… chaque accusation (purement
égoïste et opportuniste) légitime la croisade US contre le terrorisme
mondial, chaque accusation permet une identification avec les pays concernés.
Et l’opinion publique approuve ces actes de condamnation donnant aux US encore
plus de possibilités dans leurs actions futures. Et plus les
« victimes » seront nombreuses plus les guerres seront
acceptables. Israël accuse le Hamas d’avoir des connections avec le Hezbollah
Libanais, voici que Dick Cheney (Vice Président des Etats-Unis) ainsi que
Condoleeza Rice (Conseillère auprès de G. W. Bush pour la Sécurité
Nationale) montent au créneau pour affirmer que ces groupes sont à
abattre ; et le monde ne réagit pas, voire même le monde…applaudit.
Grâce à
cette conjoncture favorable les Etats Unis ont l’embarras du choix. Ce qui
paraissait politiquement et militairement impossible dans le passé devient tout
simplement… souhaité. Le droit international devient secondaire (il est utile
de rappeler que la campagne d’Afghanistan n’est pas menée sous le couvert
de l’ONU, mais de l’OTAN) et devient totalement dépendant d’une
conjoncture « médiatique » favorable à cette croisade.
En
essayant d’analyser cette situation, une seule conclusion s’impose : le
droit International est subordonné aux exigences US, et ne réapparaît qu’à
posteriori pour avaliser des situations de fait. Les Etats-Unis ne lui donnant
vie que pour se donner une image de garants du Droit International, vis à vis
de l’opinion mondiale. Je rajouterais qu’en fait, cette résurrection du
Droit International, profite plus aux gouvernements de second plan, pour qu’ils
puissent se justifier auprès de leur opinion publique, et cacher leur
impuissance face à une actualité qui les dépasse.
Dans ce
cas, les options militaires US changent avec la montée en puissance du support
(mondial ?) en faveur de leur campagne anti-terreur. Les possibilités d’interventions
futures deviennent infinies et l’audace US leur est exponentielle. Pas plus
tard que le 9 Janvier, l’Iran recevait une mise en garde du président Bush, l’accusant
de vouloir torpiller les efforts de la coalition en Afghanistan : «S’ils
(les Iraniens) tentent par quelque moyen que cela soit de déstabiliser le
gouvernement, la coalition (antiterroriste) s’occupera d’eux par des moyens
d’abord diplomatiques»; et dans le courant de la même journée, Condoleeza
Rice accusait une nouvelle fois le Hezbollah d’avoir toujours des activités
terroristes : «Le Hezbollah a mené dans le passé des actions terroristes
contre les États-Unis et continue à avoir des activités terroristes, à
côté de ses autres activités politiques et sociales». Le passé devient une
constante dans le discours officiel pour une légitimation d’actions futures.
Quasiment
toutes les confrontations à venir seront placées sous le signe de la lutte
contre le terrorisme, toutes les guerres seront justifiables par les attentats
du 11 septembre 2001.
Les
théâtres potentiels de Guerres Résiduelles : l’exemple de l’Irak et
de la Somalie
Trouver
des pays candidats à ce genre de guerre n’est pas chose difficile.
L’Irak
est un candidat disposant d’un profil idéal. La guerre du Golfe, ayant certes
permis de libérer le Koweït de l’emprise de son voisin, n’a toute fois pas
abouti à la chute du régime de Saddam Hussein. Dix ans après la guerre du
Golfe, l’homme fort de Bagdad est toujours en place, son régime tout autant
discrédité par la communauté internationale et surtout, toujours suspecté d’être
une base du terrorisme mondial. Pour les Américains, le sentiment d’un
travail à achever est omniprésent et, abattre Saddam est une cause juste s’inscrivant
dans le cadre de la campagne mondiale contre le terrorisme. Stratégiquement, vu
que les gisements de la Caspienne en or noir, ainsi que son acheminement, sont
quasiment sécurisés, une déstabilisation temporaire du Golfe persique est
acceptable et les prix du brut facilement maîtrisables. Le renforcement du
dispositif militaire US dans la région peut être facilement interprété comme
un premier pas vers une confrontation.
La
Somalie est un autre candidat potentiel. L’échec de l’intervention
américaine dans ce pays (opération Restore Hope) à été ressentie comme une
humiliation par la population et l’establishment militaire US. L’image de
cadavres de GI’s affreusement mutilés et traînés par terre dans les rues de
Mogadiscio par des miliciens a eu un impact psychologique traumatisant sur la
population américaine. Le sentiment d’obligation morale de revanche, et l’existence
de liens certains avec Al-Qaeda, joueront certainement dans le cas d’une
intervention militaire US.
La liste
peut encore s’allonger ! Guerre contre le Hezbollah pour les attentats
contre les Marines à Beyrouth en 1983, le Yémen pour l’attentat contre L’USS
Cole, voire (même si pour l’instant cela est à exclure) contre l’Iran pour
l’attaque contre l’Ambassade US à Téhéran (1979), ainsi que la Libye ou
la Syrie pour leur « support » au terrorisme mondial. Le point
commun entre ces potentiels théâtres d’opérations, est qu’ils peuvent
être intégrés à la théorie de Guerre Résiduelle.
Pareil
concept est une porte ouverte justifiant et facilitant toute action militaire à
venir de la part des Etats-Unis, et le fait que la barre ait été placée aussi
haut par les décideurs américains, obligent les militaires à obtenir
rapidement des victoires à haute portée symbolique. Il en va de la survie de
la campagne antiterroriste, mais surtout du soutien populaire, voire mondial,
dont jouissent les Etats-Unis.
Et si les
opérations militaires doivent être gagnées, la lutte contre l’essoufflement
de l’opinion publique, surtout américaine, doit être, elle aussi, rapidement
remportée.
* La
notion d’Opérations Guerrière est prise ici dans son sens large, à
savoir : toute action Militaire, économique ou politique entamée par les
Etats-Unis et/ou par leurs alliés (traditionnels et/ou ponctuels) et recevant
tout le support (militaire, économique ou politique ) nécessaire des
Etats-Unis.
Nadim
Mallat-Lopez
Avocat, Spécialiste
en Affaires Militaires
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