Les nouvelles
menaces ont conduit à infléchir la doctrine existante dont la validité n’est
pas fondamentalement remise en cause. Les concepts de guerre de coalition et de
forces expéditionnaires ont été validés par les opérations déjà
effectuées ou en cours, et constituent les nouveaux paradigmes durables de la
Doctrine de Défense Britannique.
Les
événements du 9/11 ont conduit les experts militaires britanniques à
réexaminer le rôle des forces armées. Sans déroger aux principes posés par
la Strategic Defence Review, les nouvelles missions imparties aux Forces
Armées britanniques sont les opérations de maintien de la paix (OMPs), les
opérations de guerre et la lutte mondiale contre le terrorisme (Global War
Against Terror ou GWAT).
La crise du
Kosovo, l’Opération Liberté Immuable (Afghanistan), l’Exercice SAIF SAREEA
II et l’Opération Liberté pour l’Irak fournissent de précieux
enseignements (Lessons Learnt) pris en compte par le Livre Blanc sur la
Défense de décembre 2003, lui-même complété par la Loi de Programmation
Militaire de juillet 2004.
RETOURS D’EXPERIENCE
LES ENSEIGNEMENTS
DE LA « CRISE AU KOSOVO »
Rédigé le 05
septembre 2001, le rapport « Kosovo : les enseignements apportés par
la crise » (1) fait le point sur les 78 jours de frappes aériennes sur la
Serbie et le Kosovo ainsi que sur les opérations terrestres et maritimes aux
alentours.
Une préoccupation
demeure: la surchauffe et le sort des familles des militaires, question toujours
sans réponse satisfaisante à l’heure où le gouvernement tente de combler le
fossé technologique grandissant entre les deux rives de l’Atlantique.
Le rapport
constate, avec satisfaction, qu’en général les conclusions de la SDR furent
validées mais doivent être élargies pour tenir compte des nouvelles
réalités militaires et politiques.
Le rôle des
Forces de Réserve est confirmé et la mobilisation obligatoire envisagée.
Effectivement, des réservistes de la Volunteer Reserve furent mobilisés
dans les Balkans, en Sierra Leone et ultérieurement lors de la campagne d’Afghanistan :
il s’agissait de spécialistes en renseignement ou appartenant au corps
médical.
Les Forces Armées
britanniques doivent s’attendre à ce que leurs adversaires recourent à des
opérations de guerre asymétrique à l’avenir. L’attentat contre l’USS
Cole à Aden le 13 octobre 2000, les attentats à New York et Washington le 9/11
attestent de la réalité de cette nouvelle menace.
Préfigurant le
Livre Blanc de la Défense 2002, le rapport insiste sur l’utilité et la
polyvalence du porte-avions en tant que plate-forme idéale pour projeter des
forces aériennes, amphibies ou expéditionnaires, de la mer vers la terre (Forward
from the Sea) au-delà de l’horizon (over the horizon, OTH).
La campagne d’Afghanistan
(Operation Enduring Freedom) a tenu compte de bon nombre de critiques et
suggestions formulées dans ce rapport.
L’EXERCICE SAIF
SAREEA II
L’Exercice
de grande envergure SAIF SAREEA II mené à Oman à l’automne 2001fut le plus
important déploiement de troupes britanniques depuis la Guerre du Golfe.
La finalité de l’Exercice,
dont la préparation se déroula sur trois ans, consistait à démontrer la
capacité du Royaume-Uni à mener des opérations de guerre expéditionnaire et
à tester la Force de Réaction Rapide Interarmées (Joint Rapid Reaction
Forces). Le compte-rendu de l’évaluation faite par la Cour des Comptes
britannique (National Audit Office) fit état de fort inquiétantes
déficiences (2).
Le Royaume-Uni se
targue d’être le seul pays autre que les Etats-Unis à être capable de
projeter de telles forces loin de ses bases.
Le Colonel Mike
Dewar, Directeur adjoint de l’International Institute for Strategic Studies
(IISS), explique que le manque de volonté politique des Européens,
concrétisé par la faiblesse de leurs dépenses militaires, contraint les
Etats-Unis et la Grande-Bretagne à assurer eux-mêmes, et seuls
essentiellement, et à leur manière, la lutte contre le terrorisme
international. Les théâtres d’opérations futures sont clairement
désignés :
Le
terrorisme doit être extirpé partout où il dresse sa tête hideuse, que
ce soit en Palestine, au Cachemire, en Iran, en Somalie, en Syrie, au Yémen
ou en Europe.
L’Europe mise à
part, les pays concernés par la lutte contre le terrorisme international
(nouvelle mission apparue après les événements du 9/11) correspondent à la
définition élargie de « l’Axe du Mal » (Axis of Evil)
énoncée par George W. Bush. Notons, toutefois, que les zones géographiques
mentionnées ci-dessus (Afrique, au Moyen-Orient et Golfe Persique) étaient
déjà englobées dans les « Priorités de la Politique de
Défense » britannique en 2001.
L’Exercice SAIF
SAREEA II a mis en œuvre les composantes d’un wargame, qui a servi de
répétition générale grandeur nature d’un scénario prêt à l’emploi en
Afghanistan et en Irak une fois les déficiences comblées.
« UN AN
APRES – LE POINT DE VUE BRITANNIQUE »
C’est à l’Université
de Louisville (Kentucky, USA) que Geoff Hoon présenta, à l’occasion de la
date anniversaire des attaques contre le World Trade Centre et le Pentagone, un
document intitulé « Un an après – Le point de vue britannique »
faisant le point sur la lutte contre le terrorisme mondial (3).
Le terrorisme
moderne, déclara-t-il, est capable d’atteindre des cibles stratégiques soit
en recourant à la guerre asymétrique (comme le 9/11) soit à des technologies
dévastatrices (armes de destruction massive aux mains des pays de « l’Axe
du Mal » agissant à visage découvert ou par terroristes interposés).
Cette menace mondiale exige une riposte mondiale mettant en œuvre une nouvelle
doctrine. Les moyens à la disposition de la communauté internationale sont non
seulement militaires, mais aussi diplomatiques, humanitaires, financiers et
économiques et font appel au renseignement et au maintien de l’ordre public.
L’action entreprise est aléatoire, comporte des risques et ne portera ses
fruits qu’à long terme, car « la guerre mondiale contre la terreur
prendra des années ».
La reconstruction
de l’Afghanistan est rendue possible grâce à l’action stabilisatrice de l’ISAF
(Force Internationale de Sécurité et d’Assistance) où les Britanniques
jouent un rôle majeur.
La campagne en
Afghanistan aura été très instructive. Les forces britanniques devront se
déployer et se redéployer sans cesse et rapidement.
Ce nouveau type de
guerre a nécessité la mise au point de nouvelles capacités militaires. A ce
titre, l’Afghanistan sert de banc d’essai aux opérations de l’avenir :
Nos
Forces Armées ont entrepris une vaste gamme de missions en Afghanistan,
allant des opérations de recherche et de frappe aux opérations de
désorganisation et d’interdiction en passant par les actions de formation
et de construction de capacités. Ceci est vraisemblablement appelé à
devenir de plus en plus la manière dont elles opéreront à l’avenir. Les
opérations seront plus complexes, comporteront plusieurs dimensions, se
dérouleront plus confusément dans la durée et seront moins prévisibles
que ne l’étaient les campagnes militaires dans le passé.
Le « Nouveau
Chapitre » (4) publié en juillet 2002 intègre cette spécificité de la
lutte anti-terroriste.
LE « NOUVEAU
CHAPITRE »
Après avoir
réaffirmé la solidarité de la Grande-Bretagne avec les Etats-Unis au nom de l’Histoire
et de la défense de valeurs communes, Geoff Hoon, le Secrétaire d’Etat à la
Défense, rappela que dans les jours qui suivirent les attentats du 9/11 :
Le
Royaume-Uni a entrepris une initiative politique majeure pour s’assurer qu’il
était prêt à affronter ces nouvelles menaces, et qu’il était capable
de tenir sa place dans la guerre mondiale incessante contre la terreur.
Il s’agit bien
évidemment de la révision de la politique et des plans de défense définis
dans la Strategic Defence Review de 1998 de façon à s’assurer de leur
validité pour combattre les nouvelles menaces. Cette révision n’est pas une
remise en cause, mais plutôt une inflexion complémentaire de la SDR : c’est
pourquoi elle porte le nom de « Nouveau Chapitre de la SDR ». L’expérience
des Balkans, de Sierra Leone, du Timor Oriental et la campagne d’Afghanistan
ont conforté la justesse de la SDR qui mettait l’accent sur les capacités et
les structures permettant d’effectuer des opérations dites
« expéditionnaires ».
Le « Nouveau
Chapitre » trouve sa justification dans le changement de dimension des
menaces asymétriques prises en compte par la SDR : du niveau tactique
elles sont passées au niveau stratégique.
Les efforts
entrepris par le Royaume-Uni s’inscrivent dans la lutte mondiale contre le
terrorisme, défini comme « une force de changement dans les relations
internationales ».
Ces efforts
impliquent une coordination entre de nombreux ministères et une coopération
entre de nombreux pays et institutions internationales. Ils revêtent de
multiples facettes : politique, diplomatique, humanitaire, économique,
financier, renseignement, ordre public, et, bien sûr, militaire.
La première
étude du MoD concernant la Defense Diplomacy (5) fut suivie en février
2001 par une autre portant sur la coopération multinationale en matière de
défense (Multi-National Defence Co-operation ou MDC) (6), autre concept
clé dans la Doctrine de Défense Britannique.
De la coopération
multinationale à la guerre de coalition
Aux yeux des
Britanniques, la MDC offre des solutions pour réduire la surchauffe et permet
de réaliser des économies d’échelle dans un contexte international dominé
par l’instabilité et les tensions, notamment à la périphérie de l’Europe
occidentale, au Moyen-Orient et en Afrique.
Une
interopérabilité accrue, des économies d’échelle, une complémentarité
permettant d’éviter la duplication, une meilleure transparence et donc une
plus grande confiance, une meilleure répartition du fardeau (burden sharing)
sont au nombre des avantages de la MDC. La coopération multilatérale doit
permettre à la Grande-Bretagne de consolider son rôle de leader, avoir accès
à des capacités dont elle ne dispose pas et bénéficier d’un poids
politique démultiplié grâce à l’action collective.
Concept pivot de
la Doctrine de Défense Britannique, la coopération multinationale en matière
de défense, et son corollaire, la guerre ou les opérations de coalition,
permettent, in fine, à la Grande-Bretagne de jouer un rôle clé dans la
sécurité de la zone euro-atlantique et au plan mondial.
La coopération
multinationale est, logiquement, la pierre angulaire de la campagne contre le
terrorisme international dans le « Nouveau Chapitre ». Le
Royaume-Uni privilégie trois organisations avec lesquelles il entend poursuivre
sa coopération : l’ONU, l’UE, et l’OTAN sans exclure pour autant le
G8, le Commonwealth ni l’OSCE.
Les Nations Unies
sont particulièrement mises en avant, non seulement pour lutter contre le
terrorisme à l’étranger, mais aussi pour le rôle que l’organisation joue
dans le domaine de la prévention et de la résolution des conflits, démarche
qui vise à enrayer la dégénérescence des Etats faillis (failed states)
afin qu’ils ne servent pas de havres aux terroristes.
La réalisation de
l’Objectif Final d’Helsinki et l’accomplissement des missions dites de
« Petersberg » sont essentiellement une affaire de coopération
multinationale. Le Royaume-Uni voit dans la Politique Extérieure et de
Sécurité Commune de l’UE le moyen de stabiliser des situations dans des
Etats fragiles (failing states). Il attend de l’Objectif Final de l’UE
qu’il apporte des améliorations dans le transport stratégique (aérien,
maritime, ravitaillement en vol) ainsi que dans des domaines auxquels le
« Nouveau Chapitre » porte une attention toute particulière :
les Véhicules Aériens sans Pilote (Unmanned Aerial Vehicles ou UAVs) et
les armes de précision guidée (Precision Guided Weapons ou PGWs). Paul
Keetch, au nom des Libéraux-Démocrates, pense que seule l’Europe dispose des
moyens financiers suffisants pour acquérir ces capacités trop onéreuses pour
la Grande-Bretagne.
L’OTAN, qui n’a
pas dévié de son rôle initial, à savoir assurer la sécurité collective des
membres de l’Alliance en préservant la stabilité en Europe et dans la zone
Nord-Atlantique, doit changer pour s’adapter aux nouvelles menaces, acquérir
de nouvelles capacités et accueillir de nouveaux partenaires, au nombre
desquels, et non des moindres, l’on compte la Russie (7).
Le Royaume-Uni
compte beaucoup sur le développement et la mise à profit des partenariats
stratégiques entre l’OTAN et l’UE, ou entre l’OTAN et la Russie, ainsi
que sur le Partenariat pour la Paix (PPP) ou le Dialogue de l’OTAN avec les
Pays du Bassin Méditerranéen (Algérie, Egypte, Israël, Jordanie, Maroc,
Mauritanie, et Tunisie).
Mais, si les
menaces changent, l’OTAN doit changer avec elles. Deux priorités s’imposent
actuellement : la lutte contre le terrorisme et la réduction de la menace
posée par les armes de destruction massive. Le risque présenté par la
conjugaison de ces deux menaces justifie à lui seul l’extension du travail d’équipe
de l’Alliance aux pays du Partenariat pour la Paix et l’inclusion dans ce
dernier des pays du Caucase et d’Asie Centrale.
Le « Nouveau
Chapitre » comporte, outre une introduction, sept Sections dont la seconde
(« le Terrorisme à l’étranger »), la troisième (« les
Personnels ») et, et la cinquième (« la Défense et la Sécurité
du territoire national ») méritent un développement particulier.
SECTION 2 :
LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME A L’ETRANGER
Dès 2001, l’étude
prospective intitulée « le Contexte Stratégique Futur de la
Défense» envisageait que :
Dans
les conflits à venir nous souhaiterons livrer bataille de loin aussi
longtemps que possible afin d’épargner les troupes.
Or, désormais,
les opérations expéditionnaires ne sont plus conçues uniquement comme des
expéditions punitives.
Guerre
expéditionnaire et guerre préventive
La section 2 du
« Nouveau Chapitre » intitulée « la lutte contre le
terrorisme à l’étranger » apporte une précision à cette
position : des frappes préventives sont envisagées. Plutôt que d’attendre
d’être frappée sur le sol national, la Grande-Bretagne entend porter le fer
loin hors de ses frontières :
L’expérience
démontre qu’il vaut mieux, là où c’est possible, s’attaquer à un
ennemi à une plus grande distance avant qu’il n’ait l’occasion de
préparer un assaut contre le Royaume-Uni.
Si elle est
attaquée, la Grande-Bretagne ripostera de manière « proportionnée,
conformément à ses obligations internationales ».
Toutefois,
« la menace d’un danger imminent » pourra servir de déclencheur
au nom du droit à l’auto-défense. Cet avertissement vise à avoir un effet
dissuasif sur tout potentiel agresseur prêt à passer à l’acte. Au
demeurant, toute intention hostile appellera également une réaction armée.
Les menaces contre
lesquelles la Grande-Bretagne envisage de réagir ne se limitent pas aux seules
armes de destruction massive utilisées contre elle-même, ses intérêts ou ses
Alliés.
En outre, la
palette des secteurs où la Grande-Bretagne s’estimera légitimée à réagir
militairement s’est étendue bien au-delà du secteur militaire puisqu’elle
englobe l’économie, l’environnement, les institutions et la société.
Toute attaque ou intention d’attaquer l’un de ces secteurs déclenchera l’engrenage
à cinq crans mentionné ci-après.
La gamme des
moyens de rétorsion dont la Grande-Bretagne entend se doter se décline en cinq
volets successifs : prévenir (prevent), dissuader (deter),
contraindre (coerce), désorganiser (disrupt) et détruire (destroy).
Chaque étape se veut plus contraignante que la précédente pour déboucher,
dès la troisième, sur un usage grandissant de la force : l’on passe
progressivement d’actions qui relèvent de la Defence Diplomacy et/ou
des opérations de maintien de la paix (OMPs) à la démonstration de force (show
of force) puis, finalement, à l’usage ciblé et proportionné de la force
(use of force), une fois tous les moyens non-militaires épuisés.
Les armes
conventionnelles de précision font toujours partie de cette large gamme de
moyens militaires souples. Sans oublier, avertit solennellement Geoff Hoon que
les
armes nucléaires du Royaume-Uni n’ont pas perdu leur usage en tant que
moyen de dissuader les menaces stratégiques majeures, et elles continuent
de garantir la sécurité ultime du Royaume-Uni.
La Grande-Bretagne
s’attachera à minimiser les dommages collatéraux, et mettra en œuvre des
moyens spécialisés pour se saisir des gens qui se sont livrés à des actes
que la communauté internationale reconnaîtra comme criminels.
L’autre
nouveauté de cette doctrine de guerre préventive est qu’il sera fait usage
de la force armée non seulement contre les terroristes eux-mêmes ou leurs
organisations (acteurs non-étatiques), mais également contre les Etats qui les
soutiennent ou les abritent. L’on retrouve ici la doctrine du Président Bush
telle qu’il l’énonça le 9/11 et dans sa National Security Strategy (septembre
2002) (8).
La guerre
préventive a pour but de devancer l’ennemi, de l’empêcher de passer à l’acte.
Elle suppose donc un excellent réseau d’informateurs et de renseignement,
tant humain (HUMINT) que d’écoutes (ELINT) ou d’observation aérienne,
satellitaire (SIGINT).
Un nouveau type de
guerre
Le « Nouveau
Chapitre » insiste sur la spécificité de la lutte anti-terroriste: la
lutte anti-terroriste s’inscrit dans le long terme car les terroristes
esquiveront les batailles rangées ; c’est pourquoi les opérations
contre eux dureront des mois, si ce n’est des années. Les occasions de porter
des coups à un ennemi aussi fluide qu’évanescent seront ponctuelles et peu
fréquentes.
La campagne en
Afghanistan aura été très instructive. Les forces britanniques devront se
déployer et se redéployer sans cesse et rapidement. Le type d’unités
engagées sera composite, mais devra toujours bénéficier d’une plus grande
mobilité et d’une plus forte puissance de feu : les hélicoptères sont
devenus indispensables, toutefois leur vulnérabilité à des tirs d’armes
anti-aérienne portables demeure préoccupante.
La campagne d’Afghanistan
illustre le genre d’opérations que les Américains et les Britanniques
pourront être amenés à effectuer à l’avenir. La lutte anti-terroriste en
terrain inhospitalier et en milieu hostile ne débouchera pas sur des batailles
rangées ni sur une victoire décisive et définitive. Elle se caractérisera
plutôt par l’aptitude à saisir les opportunités qui se présentent afin de
dissuader et désorganiser les activités terroristes.
Restaurer la
stabilité
Le « Nouveau
Chapitre » insiste sur le recours aux Opérations de Maintien de la Paix
pour faire échec à l’instabilité et aider à restaurer la stabilité dans
des Etats fragiles ou au bord de la faillite. Le succès de telles OMPs repose,
là encore, sur une action concertée entre plusieurs partenaires, c’est-à-dire
sur le concept de coalition, désormais lié aux opérations dites
« expéditionnaires ». Les OMPs visent à apporter opportunément
aide et assistance à un Etat instable, mais non point à s’y substituer.
Là où la
prévention aura échoué, là où il aura fallu passer aux deux dernières
phases de la panoplie des moyens (coercition ou destruction), la Grande-Bretagne
contribuera à la reconstruction après le conflit en vue de recréer les
conditions de la stabilité et donc d’empêcher l’Etat secouru de céder à
la tentation de soutenir ou d’abriter des terroristes à l’avenir.
Tel est l’objet
des stratégies que le gouvernement britannique élabore à l’égard de points
chauds actuels ou potentiels comme le Moyen-Orient, l’Asie du Sud et l’Afghanistan
qui servent de terreau au terrorisme international.
Guerre de
coalition
Tout en confortant
la pertinence de la SDR - à savoir la place croissante des opérations
expéditionnaires – le « Nouveau Chapitre » prévoit d’étendre
la campagne contre le terrorisme international au-delà des « régions
essentielles » déjà mentionnées dans la SDR, mais s’abstient de
donner davantage de précisions.
Détail
important : si la Grande-Bretagne envisage d’agir militairement dans le
cadre de coalitions, elle se réserve le droit de ne pas s’y joindre dans d’autres
cas qu’elle ne mentionne pas. Donald Rumsfeld dirait que « la mission
détermine la coalition ».
Les Britanniques
entendent sauvegarder leurs capacités nationales et conserver le contrôle
souverain de la chaîne décisionnelle. Ils tiennent tout particulièrement à
répartir les tâches et à préserver la cohésion avec et entre leurs Alliés
et Partenaires. Ils ont énoncés un certain nombre de « Principes
directeurs » en vue de sauvegarder les intérêts de leur sécurité
nationale et de préserver la compatibilité du Royaume-Uni avec les Etats-Unis
et l’OTAN.
La Defence
Diplomacy est mise à contribution. Ses activités sont essentielles car la
formation qu’elle dispense aux Forces Armées des autres pays assure leur
efficacité et leur interopérabilité avec les Forces Armées d’autres pays.
Grâce aux
relations à long terme qu’elle établit, la Defence Diplomacy s’assure
du soutien de « certains pays » dont la Grande-Bretagne cherche à
se faire des partenaires pour lutter contre le terrorisme.
D’autre part, la
grande variété de situations dans lesquelles elle est susceptible de se
trouver impliquée nécessite de revoir la planification et les capacités
logistiques des forces expéditionnaires. La Grande-Bretagne mise sur la
diplomatie et sur la Defence Diplomacy pour tirer partie, sur le plan
militaire, des relations internationales fructueuses qu’elle aura su établir
avec des pays aux infrastructures logistiques desquelles elle souhaite avoir
accès, surtout par voie de mer.
Les capacités
nécessaires à la conduite d’opérations expéditionnaires
Au cœur du
« Nouveau Chapitre » se trouve la confirmation de la pertinence des
conclusions de la SDR. Le « Nouveau Chapitre » veut compléter ces
dernières en mettant l’accent sur deux types de nouvelles capacités afin d’affronter
avec succès les nouvelles menaces : les capacités de conduite de guerre
en réseau (dite aussi infocentrée) (network-centric warfare) et l’utilisation
de Véhicules Aériens sans Pilote.
Le concept de
guerre en réseau apparut lors de la Guerre du Golfe en 1991 et s’est imposé
depuis, notamment au cours de la seconde Guerre du Golfe. Il repose sur le
couplage entre des armes de précision et des technologies de l’Information
qui permet de produire des effets militaires dévastateurs à une vitesse et d’une
précision inégalées. Ce système se compose de trois éléments : des
capteurs (pour collecter le renseignement), un réseau (pour fusionner les
renseignements, les diffuser et les exploiter) et des moyens de frappe. La
Grande-Bretagne envisage d’accélérer ses investissements dans les trois
composantes de ce système.
Pour le
« Nouveau Chapitre », seules les nouvelles technologies de l’Information
permettent de traiter en temps réel les très grandes quantités de données
permettant de mieux identifier, localiser, quantifier, surveiller et frapper les
organisations terroristes. Ces nouvelles technologies raccourciront
considérablement le délai nécessaire à la prise de décision politique d’abord,
militaire ensuite.
Sans s’étendre
davantage sur le sujet des Forces Spéciales, Geoff Hoon confirme que les
capacités mises à leur disposition seront accrues. Il ne révèle pas
davantage les améliorations techniques apportées aux UAVs utilisés pour
traquer les terroristes susceptibles d’acquérir et d’utiliser des armes de
destruction massive, donnée nouvelle dont le « Nouveau Chapitre »
tient compte à présent. L’utilisation par les Britanniques du système
PHOENIX (UAV) dans les Balkans s’est révélée fort concluante. Ce qui
explique que le MoD place beaucoup d’espoirs dans le système WATCHKEEPER
(UAV), projet interarmées.
A la
différence des Etats-Unis, la Grande-Bretagne n’a pas les moyens de mener de
front deux guerres de grande ampleur (Two Major War strategy) (9). Son
engagement devrait, en tout état de cause, se limiter à une durée maximale de
six mois soit pour mener une seule opération majeure de guerre (type celle du
Golfe en 90-91), soit pour effectuer un déploiement de moindre ampleur outremer
(comme en Bosnie au milieu des années 1990) tout en maintenant la possibilité
d’effectuer un autre déploiement de la taille d’une brigade de combat
accompagnée des éléments marine et air appropriés.
La dispersion des
théâtres d’opérations entraînera donc l’émiettement des forces
critiques, multipliera et tendra les flux logistiques.
Rétrospectivement,
il apparaît que cet effort initialement chiffré à £ 3.2 milliards sur trois
ans par la Loi de Programmation 2002 sera soit revu à la baisse pour des
raisons budgétaires soit largement dépassé dans la mesure où les réalités
des opérations imposent des contraintes difficilement maîtrisables : l’Opération
Liberté Immuable n’a pas produit les effets escomptés, et l’Opération
Liberté pour l’Irak s’enlise et déraille. Le « nerf de la
guerre » dictera sa loi.
SECTION 3 : LES PERSONNELS
La Section
3 du « Nouveau Chapitre », intitulée « les Personnels »
rappelle que le succès opérationnel dépend de la disponibilité d’un
personnel convenablement entraîné et motivé. Après le chapitre de la SDR
consacré à « une Politique du Personnel », le « Nouveau
Chapitre » réaffirme que : « le facteur humain est au centre
de nos plans » et concède « faire face à de considérables
défis » dans les domaines du recrutement et de la
fidélisation:
Des
structures à effectif complet et aux ressources humaines durables se
révèlent impossibles à réaliser.
Surchauffe et
sous-effectifs
Le « Nouveau
Chapitre » constate que la carrière militaire présente peu d’attrait
pour la jeunesse qui lui préfère soit la vie active où elle change
constamment d’employeur, soit le cursus universitaire. L’économie fait donc
une rude concurrence au militaire.
Si elles veulent
« recruter les meilleurs » parmi la jeunesse, les Armées doivent
formuler des « propositions attractives », répondre à leurs
« aspirations modernes » et leur proposer des plans de carrière et
de formations susceptibles de les encourager à rester « aussi longtemps
que les Armées auront besoin d’eux ».
Paul Keetch,
porte-parole des Libéraux-Démocrates pour les questions de Défense, prend
acte de l’aveu d’échec de la politique de recrutement fixée par la SDR
lorsque le « Nouveau Chapitre » reconnaît que les hommes et les
femmes des Armées travaillent aux extrêmes, voire au-delà des limites fixées
par la SDR, et ce depuis très longtemps.
Permettre aux
personnels militaires de concilier vie privée et familiale et nécessités de
service apparaît comme la condition sine qua non pour attirer de nouvelles
recrues (de valeur) et donner au personnel en place des raisons de ne pas partir
dans le civil.
Bernard Jenkin,
chargé des questions de Défense dans le cabinet fantôme (conservateur),
reproche au gouvernement travailliste d’aggraver la « surchauffe »
en assignant toujours plus de missions que les Forces Armées ne sont capables d’assumer.
L’insuffisance des budgets militaires et la « surchauffe »
conduisent à une « hémorragie de personnel expérimenté ».
Geoff Hoon s’engage
à prendre en compte cette nouvelle donne, et à ménager plus particulièrement
les personnels dont les spécialités sont les plus sollicitées.
Des civils sur les
théâtres d’opérations
Le dernier
paragraphe de la Section 3 traite de l’importance grandissante des personnels
civils de la Défense, lesquels seront de plus en plus souvent appelés à être
déployés dans des zones d’opérations, tant au Royaume-Uni qu’ailleurs,
pour y effectuer toute une série de missions essentielles. Les employeurs
civils seront, eux aussi, mis à contribution dans des activités de soutien.
Le fait d’assigner
aux civils « l’exécution d’une gamme de tâches essentielles »
et le fait de les « déployer de plus en plus dans des zones d’opérations »
constatent non seulement une tendance lourde, mais constituent une nouveauté
dans les armées occidentales. Cela ne pourra manquer d’influer sur le
recrutement civil des Armées et avoir des conséquences politiques dans la
mesure où il s’agira d’opérations en dehors du Royaume-Uni. Il convient de
rapprocher cette nouvelle politique de celle suivie vis-à-vis des Sociétés
Militaires Privées qui firent l’objet d’un débat parlementaire en juillet
2002.
Cinq
années après la SDR, outre la faillite du recrutement, les difficultés de
fidélisation du personnel militaire sont patentes. Au point que le MoD envisage
à présent de mettre des civils (de la Défense ou autres, cela n’est pas
précisé) en première ligne. Dans la campagne d’Afghanistan la surchauffe a
conduit les Britanniques à passer le relais en tant que
« nation-cadre » (lead nation) aux Allemands (qui ont
repoussé l’échéance), puis aux Turcs. Dans ces conditions, il était permis
de s’interroger sur la contribution britannique en troupes et en moyens dans
des opérations en Irak.
SECTION 5 : LA DEFENSE ET LA
SECURITE DU TERRITOIRE NATIONAL
Le
« Nouveau Chapitre » reconnaît l’erreur d’appréciation de la
SDR en ce qui concerne la menace militaire directe à l’encontre du
Royaume-Uni, pouvant prendre aussi la forme d’attaque terroriste non
conventionnelle. Les événements du 9/11 aux Etats-Unis d’une part, la
croissance continue de menaces terroristes d’autre part débouchèrent
inévitablement sur un réajustement de certaines priorités.
« Le
Contexte Stratégique Futur » (10) posait déjà en 2001 le principe
suivant :
Dans
les conflits à venir, nous voudrons combattre d’aussi loin que possible
afin de préserver nos troupes.
Ce principe n’est
pas périmé dans la mesure où il est et sera fait usage d’armes tirées à
grande distance (comme des missiles de croisière, par exemple). Cependant en
2002, les priorités ont changé et la perspective s’est inversée :
Assurer
convenablement la défense et la sécurité du Royaume-Uni (et de ses
territoires d’outremer) est une responsabilité essentielle du gouvernement,
et un territoire national véritablement sûr est un préalable à la
réussite d’opérations outremer…et, dans n’importe quel cas, toute
notre analyse démontre que s’attaquer à un problème le plus loin que l’on
peut est préférable à attendre que les problèmes viennent à nous :
dans ce sens, les opérations outremer sont la meilleure forme de défense
territoriale.
Timothy Lynch du CATO
Institute n’y voit que des avantages étant donné qu’une telle
politique évite d’enfermer la population nationale dans un ghetto
sécuritaire et d’instaurer un Etat policier:
Nous
devrions porter le combat chez les terroristes, dans leurs camps d’entraînement
et tuer les dirigeants terroristes. Nous ne devrions pas transformer notre
société en un Etat garde-chiourme.
La section 5
concerne le rôle des Réserves et le projet de partenariat entre les Forces
Armées et les autorités civiles afin de gérer les crises civiles.
Les Réserves
Geoff Hoon, qui ne
cache pas son admiration pour la National Guard d’outre-Atlantique,
envisage d’accroître le rôle joué par les réserves (surtout la Territorial
Army ou TA) en vue d’assurer la sécurité intérieure à l’instar de l’Office
for Homeland Security dirigé par Tom Ridge aux Etats-Unis.
Le MoD n’a pas
attendu les événements du 9/11 pour peaufiner sa doctrine d’emploi des
Réserves.
Déjà en 1998, la
Strategic Defence Review avait consacré une importante annexe aux
« Forces de Réserve », complétée par un autre document intitulé,
« Une Armée Territoriale pour l’avenir » signé fin 1998 par
George Robertson, alors Ministre de la Défense.
Les opérations
dans le Golfe Persique, dans les Balkans et en Afghanistan ainsi que certains
exercices effectués dans des conditions extrêmes ont permis au MoD de tirer d’utiles
enseignements pour l’avenir proche.
Les nouveaux
textes datent du milieu de l’année 2002. Le rôle premier des Réserves
serait d’aider l’armée d’active, la police et les autorités civiles dans
les heures qui suivent tout incident majeur afin de défendre et sécuriser le
territoire.
La seconde Guerre
d’Irak a nécessité la plus grande mobilisation de réservistes (plus de
15.000 personnel) de la Territorial Army depuis la crise de Suez en 1956.
Dénommé « Opération TELIC », cet engagement se poursuit
actuellement en confiant aux forces des Réserves un rôle de stabilisation qui
n’a plus rien à voir avec les scénarios de la Guerre Froide. Cette
évolution était déjà perceptible dans un document en date de 1994 intitulé The
Territorial Army, a Direction for the Future, complété par la loi de 1996
facilitant la mobilisation des Réserves (RFA 96) pour effectuer des opérations
autres que la guerre (OOTW, Operations Other Than War) et leur engagement
dans des conflits ne menaçant pas directement la Grande-Bretagne.
Le rôle accru des
Réserves nécessitera de allocations budgétaires supplémentaires ou de
nouvelles coupes sombres ailleurs.
Le Livre Blanc sur
la Défense, publié fin 2003, envisage de déboucher sur une restructuration
des forces armées autour du FRES, le Système d’Effets Rapides Futur, et
aboutir à un « ré-équilibrage » des rôles respectifs de la
Réserve et de l’Active. La « Guerre Mondiale contre le
Terrorisme » et les OOTW devraient amener la TA à assumer des rôles
nouveaux et accrus : gestion des prisonniers de guerre, appui à l’aviation
et la « guerre économique », concept qui mériterait quelques
explications.
La Défense Civile
La crainte de l’utilisation
d’une « bombe sale » par des terroristes conduisit les
Britanniques à organiser des exercices de protection civile dans le métro
londonien.
Le MoD envisage la
création d’une Force de Réaction aux Urgences Civiles (Civil Contingency
Reaction Force) d’un volume total de 6.000 personnels auxquels seraient
confiées des tâches telles que : le secours aux victimes touchées en
masse ; des opérations de recherche et de déblaiement ; la remise en
état des réseaux de transport, de communications et l’approvisionnement en
eau et nourriture. Elles disposeraient, en outre, d’installations de
Commandement et de Contrôle leur permettant d’agir en cas d’attaque
nucléaire, biologique ou chimique (NBC).
Cette
Section se conclut sur une révision des procédures d’interception par la Royal
Air Force d’avions dits « voyous » ainsi que par le
réajustement des procédures de lutte par la Royal Navy contre les
menaces maritimes.
En guise de
conclusion, le « Nouveau Chapitre » estime que la SDR a jeté les
bases sur lesquelles bâtir le nouveau rôle imparti aux Forces Armées
britanniques, tant grâce à la coopération inter-ministérielle qu’à la
coopération inter ou multi-nationale moyennant, néanmoins, une allocation
supplémentaire au Budget de la Défense 2002 (Spending Review 2002).
CRISE DE
FINANCEMENT
Bruce George a
invité le gouvernement à relire les recommandations formulées par la
Commission de la Défense qu’il préside à la Chambre des Communes lorsqu’ elle
étudia la SDR en 1998.
Après avoir
pendant vingt ans constamment revu à la baisse les engagements des Armées,
Bruce George ne voit pas lesquels la Commission peut encore supprimer. Il ne se
voile pas la face : le « Nouveau Chapitre » va coûter cher.
Par ailleurs, il
estime que les Forces Armées britanniques ne pourront plus conserver le niveau
actuel de compétence qu’elles ont acquises et être projetées dans le monde
entier si le gouvernement et le Trésor continuent à emprisonner le MoD dans l’actuelle
« camisole de force » budgétaire.
Le fossé
se creuse de plus en plus entre les Etats-Unis et l’Europe, regrette le
Secrétaire-Général de l’Alliance Nord-Atlantique, Lord Robertson qui
partage les craintes de Bruce George. Les premiers ont consenti un effort
financier très conséquent suite aux événements du 9/11 alors qu’en Europe
l’accroissement des budgets militaires ne permettra pas de rattraper les
Américains.
Bruce George voit
se profiler nettement un scénario sans retour à l’horizon :
Inévitablement,
il existera une situation où certains pays demeureront prêts et équipés pour
les missions de déploiement rapide d’aujourd’hui, alors que d’autres
devront se contenter de posséder des forces aptes à remplir des missions de
maintien de la paix dans des scénarios de moindre niveau de menace.
A L’EPREUVE DU
FEU
DES FORCES ARMEES
POUR LA DEFENSE DE DEMAIN
S’adressant
au Royal United Services Institute le 26 juin 2003, Geoff Hoon dressa un
premier bilan de la mise en œuvre du « Nouveau Chapitre » à qui l’Opération
Liberté pour l’Irak servit de banc d’essai.
Une certitude
demeure : les menaces posées par les acteurs non-étatiques continueront
à nécessiter des réponses multilatérales.
Le Royaume-Uni se
voit comme une puissance régionale ayant de vastes intérêts dans le monde. La
sécurité et la prospérité du pays supposent impérativement que la
stabilité règne partout dans ce monde globalisé. La protection des intérêts
britanniques passe par la coopération et l’interopérabilité avec ses
Alliés tels que l’OTAN, l’UE ou les Etats-Unis sans lesquels (point
essentiel) la Grande-Bretagne ne saurait s’engager dans un conflit armé de
grande envergure.
Dans ce monde
hautement imprévisible, les Forces Armées britanniques devront être en mesure
de réagir avec rapidité, précision et souplesse aux événements inopinés et
aux défis posés.
Pour ce faire, le
gouvernement mettra en place les programmes et capacités nécessaires d’ici
2007. Ainsi en Irak, la guerre informationnelle a démontré l’efficacité du
concept de Capacité permettant la guerre en réseau (Network-Enabling
Capability ou NEC), véritable multiplicateur de forces dans des opérations
visant à produire certains effets. Les systèmes radio BOWMAN et CORMORANT, ou
l’UAV WATCHKEEPER et le système de Guerre Electronique (GE) SOOTHSAYER,
contribueront à donner en temps réel une image numérisée du champ de
bataille, assurant ainsi la supériorité de l’information, clé d’une
victoire décisive.
Les conclusions de
l’étude prospective intitulée « Tendances Stratégiques » (2003)
laissent entrevoir un environnement stratégique futur dans lequel les Forces
Armées britanniques, engagées au cas par cas à la discrétion souveraine du
gouvernement, devront être plus souples, toujours plus efficaces,
restructurées et capables de se déployer partout dans le monde rapidement en
vue de mener des opérations de petite ou moyenne envergure ainsi que de s’adapter,
sur plus long préavis, pour mener des opérations de grande envergure dans un
cadre multinational (type TELIC).
Les missions qui
leur seront confiées couvrent un large éventail allant des opérations de
maintien de la paix aux actions humanitaires, mesures de consolidation de la
confiance jusqu’aux opérations de contre-terrorisme et de lutte contre un
ensemble très varié d’adversaires potentiels.
La modernisation
des Forces en vue d’accroître leur efficacité opérationnelle est l’objet
du programme « Changer la Défense ».
La taille et le
format de la Royal Navy devront être optimisés afin de permettre
des opérations interarmées et la projection de Forces de la mer vers la terre
en s’affranchissant des installations portuaires d’un éventuel pays hôte.
Une utilisation optimale sera faite des nouveaux matériels : porte-avions,
destroyers de Type 45, sous-marin de type ASTUTE, nouveaux bâtiments amphibies…
Les opérations de
guerre expéditionnaire récemment conduites en Afghanistan et en Irak ont
démontré la nécessité d’effectuer une nouvelle configuration des unités
de l’Armée de Terre. Le rééquilibrage des Forces consistera à
introduire un format « médian » (Medium Forces) entre les
Forces légères et les Forces lourdes actuellement existantes. Cette
reconfiguration s’effectuera autour du programme FRES dont l’A400 M devra
être en mesure d’assurer le transport. Ces Medium Forces devront
produire un effet comparable à celui des Forces lourdes. Par ailleurs, l’accent
sera mis sur la logistique, le génie et le renseignement.
Avec l’Eurofighter
TYPHOON, la nouvelle génération de missiles PAVEWAY et le nouveau GPS, la Royal
Air Force verra ses capacités de guidage de bombes de précision encore
accrue. L’entrée en service du JOINT STRIKE FIGHTER (JSF) est repoussée au
début de la prochaine décennie. La commande de 25 Airbus A400 M et le maintien
de quelques C-17 devraient permettre d’assurer le transport stratégique en
temps opportun.
Les
Forces Armées doivent évoluer avec la société où elles recrutent, forment
et fidélisent leur personnel. La formation professionnelle des personnels
civils et militaires du MoD ne doit pas, insiste Geoff Hoon, prendre seulement
en compte leur reconversion à la vie civile, mais répondre aux exigences qu’imposent
« la grandeur et servitude » de la condition militaire.
Les opérations
interarmées effectuées de plus en plus dans un contexte multinational imposent
au Commandement, conclut le Secrétaire d’Etat, de propager une nouvelle
culture : celle de la souplesse. Souplesse des personnels, des politiques,
des structures et des matériels. S’adapter, penser l’impensable, défier
les orthodoxies pour trouver de nouvelles solutions et relever les défis de
demain.
LES PREMIERS ENSEIGNEMENTS DE L’OPERATION
TELIC
Un mois plus tard, en juillet
2003, le MoD publia ses « premières réflexions sur les Opérations en
Irak » (11). En voici la substance :
Le processus de
Besoins Opérationnels Urgents (UOR) voté par le Parlement le 25 novembre 2002
a permis de soumissionner pour obtenir des navires et aéronefs charters pour
suppléer au nombre insuffisant d’avions C-17 et de nouveaux ferries RoRo. A l’avenir,
les opérations de guerre expéditionnaire devront être planifiées en tenant
compte de la disponibilité en nombre et en temps des moyens logistiques
civils. Le suivi des stocks et le logement des personnels dans des endroits
inhospitaliers demeurent un problème.
La
planification et la conduite des opérations de la coalition ont été
facilitées par la relation étroite existante entre les Américains et les
Britanniques déjà habitués à travailler ensemble au sein de l’OTAN, dans
le Golfe, en Afghanistan et les zones d’interdiction de vol en Irak.
La Grande-Bretagne
devrait s’efforcer de rester en phase avec la domination technologique,
doctrinale et militaire des Etats-Unis, et se préparer à coopérer avec des
partenaires inhabituels au sein de « coalitions de volontaires ».
Le déploiement
réussi d’une force interarmées de quelque 46.000 personnels a confirmé la
validité de la stratégie expéditionnaire de la SDR et du « Nouveau
Chapitre » et de la doctrine d’emploi des forces dont la plupart des
succès ne furent possibles que grâce à l’environnement de combat marqué
par la domination américaine (aérienne, informationnelle, navale et
technologique).
Dans les
opérations terrestres, le
panachage de forces légères (WARRIOR) et lourdes (CHALLENGER 2) s’est
révélé efficace pour le combat en milieu urbain.
La nature
imprévisible des opérations futures, l’agilité des forces américaines et
leur faculté de panacher rapidement et en souplesse leurs moyens interarmées
imposent de revoir la manière dont il faudra effectuer les « opérations
rapides et décisives « (RDOs).
Les enseignements
tirés des récentes opérations en Afghanistan, en Sierra Leone et au Kosovo,
la coopération avec les Américains dans les zones d’interdiction de survol
en Irak depuis 1991 ainsi que l’Exercice SAIF SAREEA II à Oman se sont
révélés précieux pour planifier l’Opération Liberté pour l’Irak.
L’expérience de
tactiques asymétriques acquise en Irlande du Nord explique les succès
remportés initialement dans les combats en milieu urbain, et justifie la
reconfiguration, l’entraînement et la dotation en matériel adéquat des
troupes qui doivent passer sans trop de difficulté des opérations de combat à
des opérations de maintien de la paix, comme à Bassorah et dans les autres
villes du sud.
La guerre en
réseau mettant en œuvre des transmissions instantanées permit d’exploiter
au mieux l’agilité inhérente aux forces terrestres légères en leur
assignant sans délai des objectifs successifs.
Les drones
aériens et radars ont permis de localiser et détruire les pièces d’artillerie
et mortiers adverses en minimisant les « dommages collatéraux ». Le
rôle joué par les hélicoptères d’attaque (APACHE, COBRA) américains est
aussi plein d’enseignements.
Les opérations
maritimes ont démontré l’excellence
de la Royal Navy dans les opérations de guerre expéditionnaire
interarmées. Il faudra tirer des enseignements de l’application de la
nouvelle doctrine navale américaine (SEA POWER 21) fondée sur l’emploi de
vaisseaux de fort tonnage et le déploiement de puissants groupes amphibies
permettant de projeter avec souplesse des forces bénéficiant de l’appui feu
naval et du soutien de plate-formes au large. L’appui d’un pays hôte (HNS)
garantissant l’accès au théâtre n’est jamais garanti.
La Royal Navy
dut affecter de considérables moyens à la protection des navires en transit
contre des attaques terroristes potentielles.
Les opérations
aériennes conduites par
la Royal Air Force, dont les personnels sont habitués à s’entraîner
et à se battre aux côtés des Américains, attestent de l’effet dévastateur
de la coordination de moyens terre/air en guerre expéditionnaire. Des
améliorations sont nécessaires dans le domaine du transfert de données, de
reconnaissance tactique et de systèmes d’images haute définition afin de
raccourcir le délai tireur-tiré lors de découvertes de cibles d’opportunité.
Il faut mieux intégrer les aéronefs fournissant l’appui aérien rapproché
(CAS). Les avantages d’avions multi-rôle (TORNADO GR4 et HARRIER GR7) et de plate-formes à long rayon d’action fortement armées ne sont
plus à démontrer.
A l’avenir il
faudra réduire le temps de guidage et accroître la précision du tir
des armes intelligentes (missile STORM SHADOW).
L’emploi des
Réserves et leur intégration aux troupes d’active furent conformes à la
doctrine de la SDR. Toutefois, il convient de revoir les procédures de
convocation, l’utilisation des Réservistes dans certaines spécialités très
sollicitées, leur rémunération et l’impact de leur fréquente mobilisation
sur leurs carrières civiles.
Les entrepreneurs
civils travaillant pour la défense en opérations doivent pouvoir bénéficier
d’une meilleure couverture en matière d’assurances, d’une formation plus
adéquate avant déploiement et mieux connaître les risques auxquels ils sont
exposés.
La plupart des
réservistes du Service de Santé de la Volunteer Reserve sont venus du
Service de Santé National (NHS), créant ainsi une situation critique dans le
secteur civil. (Rappelons qu’une prime de £ 50.000 était offerte aux
médecins spécialistes acceptant de s’engager).
Les familles des
troupes déployées doivent continuer à recevoir des aides sociales et pouvoir
mieux bénéficier des assurances décès et accident.
Il faudra prendre
en compte le rythme accéléré du renseignement à une époque de
Capacités autorisant la guerre en réseau (NCW). Le besoin existe aussi de
renseignement d’origine humaine (ROHUM), de spécialistes en langues, en
imagerie et autres techniciens.
L’insertion
des journalistes fut jugée satisfaisante. Le MoD a participé à un
séminaire au Royal United Services Institute avec
des journalistes, des annonceurs et des universitaires pour l’améliorer lors
de prochaines opérations.
Les opérations de
guerre psychologique se sont révélées efficaces : pendant les
combats la population est demeurée calme et les soldats démoralisés se sont
rendus ou ont disparu.
Selon le cabinet
Ashbourne Beaver Associates, la bascule d’un système centré sur des
plate-formes à un système de forces combattant en réseau va inévitablement
contraindre le MoD à trouver un nouvel équilibre budgétaire déjà mis à mal
par la prolongation des opérations en Irak (sans surprise pour le MoD qui avait
annoncé dès février 2003 qu’elles dureraient trois ans) et l’acquisition
d’avions HAWK.
Fin Octobre 2003,
le Ministre pour l’Acquisition de Matériel de Défense, Lord Bach, anticipant
les conclusions du Livre Blanc (décembre 2003), fit de l’acquisition des
nouvelles technologies une priorité qui permettra d’accroître l’agilité
et la déployabilité des Armées et donc réduire le coût des interventions
dans des conflits mineurs, plus fréquents et géographiquement éloignés.
Ayant imposé au
MoD de réaliser des économies de l’ordre de £ 31 milliards à compter de
2003, le Trésor va le contraindre à opérer des choix draconiens frappant à
des degrés divers les trois armées.
Comme on le verra,
l’Opposition conservatrice et libérale ne manquera pas une aussi belle
occasion de fustiger le gouvernement Blair dont elle a pourtant approuvé l’engagement
aux côtés de Washington, mais dont le chef fut rattrapé par l’affaire Kelly
et son « dossier » sur les introuvables armes de destruction massive
de Saddam.
DU LIVRE BLANC DE
DECEMBRE 2003 A LA LPM DE JUILLET 2004 :
LES CAPACITES
FUTURES DES FORCES
LE LIVRE BLANC DE DECEMBRE 2003
Le Livre Blanc sur
la Défense de décembre 2003 (12), explique Geoff Hoon en le présentant, n’est
que le prolongement de la Strategic Defence Review de 1998 et le
développement des conclusions du « Nouveau Chapitre de la
SDR » de juillet 2002, prenant en compte l’environnement de sécurité
changeant et le monde incertain dans lequel nous vivons.
Comme l’explique
le MoD, la triple menace posée par le terrorisme international, les armes de
destruction massive et les Etats faillis nécessite une approche de la
sécurité internationale qui ne se limite point au seul aspect militaire, mais
intègre également des instruments diplomatiques et économiques tant au niveau
national qu’international.
La stratégie
militaire « expéditionnaire », et la « modernisation »
des forces, structures et équipements est donc validée. Si les contraintes
budgétaires imposent de se débarrasser des capacités inadaptées, la mise en
place de capacités permettant la guerre en réseau et l’obtention d’effets
militaires ciblés grâce aux opérations menées par des forces
« adaptables » et « déployables » couvrant tout le
spectre, le tout soutenu par une « logistique expéditionnaire »
efficace et financièrement abordable, permettront au Royaume Uni de conduire
des opérations « expéditionnaires » interarmées, soit seul soit
dans un cadre allié ou multinational.
Le Royaume Uni est
déterminé à demeurer « activement engagé » dans les
« zones d’instabilité potentielle » que sont l’Europe et sa
périphérie, la Méditerranée (Afrique du Nord et Proche Orient) et le Golfe
Persique, régions où Londres peut décider de conduire des opérations
limitées seul (national operations) ou bien en tant que nation-cadre au
sein d’une coalition.
Une nouveauté à
présent officialisée est le déploiement « hors zone », qui
implique une « projection plus loin qu’auparavant » (further
afield), c’est-à-dire au-delà du Moyen Orient, de l’Afrique
sub-saharienne et en Asie du sud.
Toutefois, dans le
cas où il s’agirait d’opérations de grande envergure mettant en œuvre
« un large spectre de forces » au niveau mondial et requérant le
recours à des moyens de défense aérienne et à des escortes navales, le
Royaume Uni ne s’engagera que si les Etats-Unis participent aux dites
opérations et que si les forces armées britanniques sont intégrées au
dispositif allié.
Le MoD concède qu’à
l’avenir le Royaume Uni ne sera plus en mesure d’apporter automatiquement sa
contribution militaire à la résolution de toutes les crises internationales,
étant donné le resserrement du spectre de ses forces (13).
Les transmissions,
le renseignement et la logistique sont les moyens qui devront être renforcés.
En collaborant, à
l’instar de ses alliés européens (14), à la réussite du Commandement
Allié pour la Transformation (ACT), et en s’efforçant de demeurer
« interopérable » avec les forces américaines, le Royaume Uni
entend (espère) pouvoir avoir voix au chapitre et influencer le processus de
prise de décision politique et militaire tant pendant le déroulement de la
crise que dans la phase « post-conflit ».
Ceci explique l’accent
particulier mis par le MoD sur la technologie, et notamment les capacités C4ISR
(15), sésame de la guerre en réseau (NCW). Au cœur du concept de capacités
permettant la guerre en réseau (déjà évoquées dans le « Nouveau
Chapitre ») se trouvent les moyens C4ISR permettant de percer le
« brouillard de la guerre », et ainsi de devancer et dominer les
adversaires potentiels ainsi que d’assurer l’interopérabilité avec les
alliés les plus techniquement avancés dans le cadre de coalitions de
volontaires.
Le Livre Blanc de
décembre 2003 considère que la menace stratégique conventionnelle du temps de
la Guerre Froide appartient désormais au passé, et qu’à présent priorité
doit être donnée à une plus grande gamme de « missions
expéditionnaires » nécessitant la projection des forces « à une
distance plus importante du Royaume Uni » aussi bien au niveau
stratégique qu’opératif et tactique.
De nouveaux
« professionnels » doivent être recrutés et formés pour tirer le
meilleur parti des nouvelles technologies incontournables dans les opérations
de demain. L’engagement de l’armée d’active ne peut plus se concevoir
sans la participation des Réserves devenues indispensables à la capacité
militaire du Royaume Uni dans tous les types d’opérations auxquelles
elles fournissent un réservoir apprécié de spécialistes (langues,
renseignement, transmissions, informatique, santé, ingéniérie…).
Présentée comme
l’aboutissement logique de l’évolution de la stratégie militaire
développée dans la SDR de 1998, précisée par les conclusions du
« Nouveau Chapitre » de 2002, et confirmée par les récentes
opérations, la Loi de Programmation Militaire du 21 juillet 2004 confirme,
prolonge et concrétise, non sans déplaire, les mesures présentées dans le
Livre Blanc de décembre 2003.
LA LPM DE JUILLET
2004
Sont reprises ici
les menaces déjà précédemment citées, à savoir : le terrorisme
international, la prolifération des armes de destruction massive et les défis
posés à la communauté internationale par les Etats faillis, ce triptyque
étant souvent indissociable.
L’exécution des
quelque dix-huit « Tâches Militaires » nécessitent de nouvelles
capacités au caractère interarmées qui entreront en service au fur et à
mesure que seront réalisés les effets recherchés en association avec des
forces « flexibles et adaptables ». Effectivement, comme le conçoit
Donald Rumsfeld et l’Office for Transformation ainsi que le
Commandement Allié pour la Transformation (ACT), la
« transformation » apparaît comme un processus d’adaptation et de
modernisation en perpétuelle évolution, et non comme un simple « état
final » à atteindre.
Définir les
priorités capacitaires
Après avoir
confirmé la validation des grandes lignes directrices du Livre Blanc de
décembre 2003, Geoff Hoon rappelle quelles doivent être les « capacités
futures » prioritaires pour « assurer la sécurité dans un monde
changeant » :
- Etre les premiers à entrer (first
in) sur un théâtre d’opérations de façon à pour pouvoir en
infléchir le cours ;
- Participer aux activités de
renseignement, surveillance et reconnaissance ;
- Effectuer des attaques
précises d’objectifs stratégiques ;
- Mener des opérations
offensives interarmées terrestres et aériennes ;
- Stabiliser la situation
postérieurement au conflit.
A chacune de ces
missions correspond l’affectation de capacités bien définies :
- Engager les Forces
Spéciales ;
- Constituer un réseau propre de
moyens C4ISR capables de s’intégrer au réseau américain ;
- Déployer des forces amphibies
et des groupes aéronavals autour de porte-avions ;
- Mettre sur pied une force
expéditionnaire aérienne capable à la fois d’effectuer des frappes
lointaines et d’appuyer les opérations terrestres ;
- Mettre sur pied une Division de
manœuvre terrestre capable de mener des opérations offensives.
Financer les
nouvelles capacités
Le Trésor a
alloué un budget de £ 3,7 milliards à la Défense pour la période 2007-2008,
représentant une augmentation de 1,4 % par an en termes réels moyens, souligne
Geoff Hoon. JANE’s DEFENCE WEEKLY note, néanmoins, que les chiffres
annoncés par Gordon Brown en juillet 2004 sont inférieurs à ceux prévus dans
la LPM de 2002 (Spending Review) (16).
Par ailleurs, le
MoD, à l’instar d’autres ministères, devra réaliser des économies de
2,5% sur son budget, c’est-à-dire £ 2,8 milliards sur la même période.
Le MoD devra donc
adapter sa politique à ses moyens (et non l’inverse), et faire un usage plus
parcimonieux et efficace du nerf de la guerre mis à sa disposition par le
Trésor après arbitrage du Premier Ministre (accusé par l’Opposition (17) de
«trahir» politiquement et militairement les Forces Armées de Sa Majesté, et
de mener une « politique de désarmement unilatéral »). Les grands
chefs des trois armées ne font mystère ni des contraintes budgétaires ni des
coûts croissants qui les obligent à « prendre de difficiles décisions
à propos des priorités ».
Bien que Geoff
Hoon s’en défende, ce « ré-équilibrage » obéit à une rigueur
budgétaire imposée par le Chancelier de l’Echiquier, Gordon Brown, lequel,
déclarait fin 2002 que les opérations en Irak (Operation TELIC) ne
sauraient excéder six mois sans avoir de graves répercussions sur les finances
du royaume.
En fait, les
opérations en Afghanistan et en Irak ont été financées par un budget
séparé et ont atteint le chiffre de £ 4 milliards depuis 2001. (A titre
indicatif, les Américains dépensent chaque mois $ 900 millions en Afghanistan
et $ 3.9 milliards en Irak).
Profitant des
« dividendes de la paix » en Irlande du Nord, tirant les leçons de
ses engagements extérieurs depuis son arrivée au pouvoir en 1997, le
gouvernement travailliste a, par étapes, entrepris le
« reformatage » des armées du Royaume tout en mettant l’accent
sur la technologie, au nom de l’efficacité et de l’économie des moyens, et
ce à l’approche d’échéances électorales exigeant une réorientation
budgétaire.
Les économies
réalisées en supprimant quelque 20.000 personnels (18), et en diminuant le
nombre de « plate-formes » existantes dans les trois armées seront
affectées à l’acquisition de capacités permettant la guerre en réseau, le
renforcement de l’aspect « expéditionnaire » des engagements, et
l’interopérabilité avec les Alliés américains et européens afin d’obtenir
les effets militaires recherchés.
Le nouveau format
des Forces Armées britanniques
La Royal Navy
verra le nombre de ses destroyers et frégates (DD/FF) chuter de 31 à 25 début
2006, celui des ses SSNs passer de 11 à 8 d’ici fin 2008 et le nombre de ses
bâtiments de lutte anti-sous-marine (MCMVs) tomber de 22 à 16 (19).
Les effectifs de
la Royale passeront de 37.500 à 36.000.
En revanche, ses
capacités NEC seront installées sur les frégates Type 23 ainsi que sur les 8
(et non plus 12, comme initialement annoncé) destroyers de Type 45.
Le rôle central
joué par la Marine dans des opérations de guerre expéditionnaire interarmées
est confirmé par le maintien des programmes en cours (CVF, LSD, ASTUTE, MARS…),
de nouveaux investissements ainsi que par la mise en service de forces
amphibies.
La Royal Air
Force devra dissoudre 1 escadrille d’avions de défense anti-aérienne
TORNADO F.3 et retirer du service dès 2007 (soit deux ans plus tôt que prévu)
la totalité de ses 3 escadrilles de JAGUAR GR.3A d’attaque au sol (lesquels
figurent, paradoxalement, parmi les aéronefs les plus aptes à la guerre
infocentrée dans la panoplie de la RAF) (20).
La RAF perdra
également la totalité de sa défense organique sol-air avec la dissolution des
4 unités de missiles RAPIER. L’actuel parc de patrouilleurs maritimes NIMROD
MR.2 passera de 21 à 16 appareils, dont 12 seulement seront convertis au
standard MRA.4.
C’est dans la
RAF que la réduction des effectifs sera la plus draconienne : ils
passeront de 48.500 à 41.000 d’ici 2008. La base de Cotishall sera fermée.
L’Air Chief
Marshal Sir Jock Stirrup et Geoff Hoon ont confirmé l’acquisition de l’EUROFIGHTER
TYPHOON (programme dont le coût est estimé à £ 18 milliards) et la poursuite
du programme JOINT COMBAT AIRCRAFT (JCA). Une fois restructurée, la RAF devrait
être en mesure de fournir 64 avions à réaction rapide offensifs et 16 avions
de combat de lutte anti-aérienne au sein d’une formation expéditionnaire
aérienne.
Le
« ré-équilibrage » des unités de l’Armée de terre est la
partie la plus controversée de la LPM (21).
Le nombre de
régiments d’infanterie sera ramené de 40 à 36 ; 7 régiments de char
de bataille CHALLENGER 2 (soit 98 chars) seront retirés du service ainsi que 6
batteries d’obusiers auto-propulsés AS90 de 155 mm (soit 48 pièces).
Il ne restera que
7 batteries STARTREAK (soit 84 unités de missiles au lieu de 156) tandis que
seules 4 batteries (soit 24 unités) de RAPIER seront conservées.
La défense
anti-aérienne à basse altitude des bases aériennes, tâche incombant jusqu’ici
à la RAF, sera désormais confiée à l’Armée de Terre.
Le personnel
libéré par ces suppressions d’unités (souvent prestigieuses) (22) sera
« ré-investi » dans de nouveaux régiments de reconnaissance
blindés et de Canons Légers de 105mm ainsi que dans de nouvelles batteries.
Il est également
envisagé de créer de nouvelles unités de transmissions et de génie ainsi que
de linguistes spécialisés en langues moyen-orientales.
Le recrutement
demeure, néanmoins, un réel problème dans la mesure où, sur un effectif
théorique ramené de 108.000 à 102.000 personnels, les effectifs réels ne
seront que de 90.000 car Il faudra recruter 12.000 nouveaux soldats par an (23).
Mais, d’après
le Général Sir Mike Jackson lui-même, ce « ré-équilibrage » de
la Structure de la Future Armée de Terre (Future Army Structure ou FAS)
prendra du temps : ses premiers effets ne se feront sentir que dans deux
ans, la majeure partie de ce processus ne sera réalisé que dans quatre ans, et
l’ensemble du processus ne sera pas achevé avant douze ans…
Avec la mise sur
pied de ses High Readiness Forces (HRF) composante Terre et, depuis 2004
de ses HRF composante Mer, la Grande-Bretagne d’une part affirme sa volonté
de se comporter en gendarme mondial et, d’autre part, confirme son rôle d’acteur
central du pilier européen de l’OTAN dans des opérations relevant ou non de
l’article 5.
VERS UN FORMAT
EUROPEEN COMMUN
Les Britanniques
ont bien perçu que lorsqu’ils combattent aux côtés de leurs Alliés, ils ne
combattent pas de la même manière. C’est pourquoi Geoff Hoon convie les
Alliés européens à se donner les moyens de pouvoir
« inter-opérer » avec les Britanniques :
Pour
ce faire, les Forces Armées des Alliés devront se relier entre elles sur
le champ de bataille en utilisant la technologie…assurant ainsi le bon
fonctionnement du nouveau Commandement Allié pour la Transformation de l’OTAN
(24).
En ce qui concerne
la « Transformation » (dans le cadre de l’OTAN et de l’UE), l’Allemagne,
à l’instar de la Grande-Bretagne, a une vision fort proche de celle des
Etats-Unis. Le plan de « Transformation » présenté le 15 Janvier
2004 par le Ministre de la Défense Peter Struck vise à ajuster les missions de
la Bundeswehr aux capacités et aux contingences financières. Il prend en
compte la nature changeante de la menace et des missions, l’accélération du
rythme des opérations et leur mondialisation ainsi que les capacités
nécessaires à leur conduite. Tout comme Geoff Hoon ou Jack Straw, il conçoit
parfaitement que « la sécurité de l’Allemagne doit être assurée dans
l’Hindu Kush », ce qui implique la projection de forces hors du
territoire national et « hors zone », un changement doctrinal majeur
pour Berlin.
Le Chef d’Etat-Major
des Armées (CEMA) allemand, le Général Wolfgang Schneiderhahn, reconnaît que
les contraintes budgétaires ont pesé sur les orientations de la Défense. L’un
des défis majeurs que la Bundeswehr se doit de relever dans « la guerre
en trois blocs » est d’être apte à mener des opérations de guerre en
réseau, et, par là même, de garantir son interopérabilité avec ses alliés
européens, particulièrement britannique et français, et l’OTAN et les
Etats-Unis afin de pouvoir effectuer des missions interarmées et interalliées
hors-zone (25).
La France, quant
à elle, privilégie le cadre de l’UE tout en se préparant avec la mise sur
pied du Corps d’Armée HRF de Lille à participer à la structure de
Commandement de l’Alliance et de l’UE pour la gestion des crises (26).
La France a, en
2004, rejoint l’Allemagne et le Royaume-Uni dans la démarche de
« Concept Développement et Expérimentation » (CDE) en participant
à l’Exercice Multi-National 3 (MNE3) du Commandement des Forces Interarmées
Américaines (USJFCOM).
Cette convergence
de langage et de doctrine se retrouve aux Pays-Bas, où, comme au Royaume-Uni et
en Allemagne, les Forces Armées ont du trouver un nouvel équilibre entre les
missions qui leur sont assignées et les moyens dont elles disposent (la
situation économique du pays après 2001 ayant amené une importante
contraction budgétaire de l’ordre de € 380 millions).
De nouveaux plans
sont en cours d’élaboration pour modifier la structure des forces. Les
préoccupations de Henk Kemp sont identiques à celles de son homologue Geoff
Hoon : améliorer la flexibilité et l’efficacité opérationnelle ainsi
que la capacité à prendre part à des opérations interarmées et
interalliées (27).
A l’instar des
Britanniques, les Néerlandais se concentrent sur les capacités
opérationnelles essentielles nécessaires à la conduite d’opérations de
guerre expéditionnaires et de guerre infocentrée ainsi qu’à l’acquisition
de nouvelles armes et de systèmes semi-autonomes et sans équipage, le tout
dans une enveloppe budgétaire d’un peu plus de € 7 milliards.
Tout comme en
Grande-Bretagne, des compressions de personnel (60.000 au lieu de 70.000) seront
effectuées aux Pays-Bas d’ici 2007.
Le Royaume-Uni et
les Pays-Bas ont mis sur pied une Force Amphibie ainsi qu’une « Force de
Débarquement ». En Iraq, 1.300 soldats néerlandais ont été incorporés
à la Division sous commandement britannique.
A terme, pareille
« logique comptable » privilégiant certaines capacités amènera
certains membres de l’OTAN et de l’UE à se spécialiser dans certaines
missions en raison des capacités de « niches » dont ils disposent.
La réputation des Britanniques en matière d’opérations de maintien de la
paix et de gestion de crises n’est plus à faire, par exemple.
La
complémentarité devrait induire la solidarité. En effet, les Européens n’ont
plus les moyens de couvrir la totalité du spectre des opérations. La
perception des menaces, l’anticipation des défis et les contraintes
budgétaires les amènent, les uns après les autres, à « réduire la
voilure ».
S’ils veulent
éviter une duplication coûteuse et inutile, les grands pays formant le pilier
européen de l’Alliance devront se résoudre à renoncer à couvrir la
totalité du spectre des opérations. Il s’agit là d’une décision
politique lourde de conséquences lorsque la souveraineté est érigée en dogme
intangible.
Le Royaume-Uni,
pour sa part, a fait le choix de hiérarchiser ses scénarios d’engagement en
distinguant trois échelles. Ainsi, Londres pense pouvoir encore disposer de
suffisamment de moyens pour couvrir tout le spectre dans des opérations de
« petite » ou de « moyenne » envergure « en
zone » ; en revanche, ses moyens ne lui permettront plus à l’avenir
de participer à une opération de « grande » envergure « hors
zone » que de manière limitée et non autonome.
Or, Londres
affiche, par ailleurs, ouvertement sa défiance envers l’ONU, organisation
dont « le fonctionnement lui semble trop restrictif en matière d’intervention
militaire proactive ». Il s’ensuit que l’OTAN et l’UE seront les
organisations à travers lesquelles le Royaume-Uni entend agir à l’avenir.
Le gouvernement
Blair et le MoD considèrent donc que pour pouvoir continuer à jouer un rôle
au niveau mondial le Royaume-Uni doit miser sur la haute technologie et
renforcer ses capacités de guerre expéditionnaire.
Ceci explique que
le souci primordial des Britanniques soit d’assurer leur interopérabilité
technologique avec les Etats-Unis afin d’être en mesure de participer aux
stratégies américaines d’intervention à l’échelle mondiale réalisées
notamment grâce à la militarisation de l’espace et à leur « parapluie
informationnel » dont les opérations en Afghanistan ont démontré la
redoutable efficacité (28).
Quelques textes de
référence :
(1) MoD, Kosovo:
Lessons from the crisis, 05 September 2001
(2)
Le compte-rendu de l’évaluation faite par la Cour des Comptes britannique (National
Audit Office) est disponible sur Internet. Les références sont : HC
1097 Session 2001-2002 : 1 August 2002.URL : http://www.nao.gov.uk/01021097
Une
présentation laudative des engagements de l’Armée de Terre britannique sur
trois continents est faite par le Général Sir Michael Walker (Chef d’Etat-Major
de l’Armée de Terre) dans la Revue NATO’s NATIONS, vol.47,
n°1/2002, p.102-105.
(3) HOON
Geoff, One Year On – A UK Perspective, MoD
(4) MoD, A
New Chapter for the Strategic Defence Review, July 2002
(5) MoD, Defence
Diplomacy, 2000
(6) MoD, Multi-National
Defence Co-operation, February 2001
(7) NATO
Review, New capabilities, new members, new relationships, Summer 2002
(8) BUSH
G.W., National Security Strategy, White House, September 2002
(9) O’HANLON
Michael, Rethinking two-war strategies, Pentagon, Joint Forces Quarterly,
Spring 2000
(10) MoD
Paper, The Future Strategic Context for Defence, 2001. Cette étude fut
reprise et réactualisée par le JOINT DOCTRINE & CONCEPTS CENTRE dans Strategic
Trends.
(11) MoD
Paper, Operations in Iraq - Lessons for the Future, December 2003. La
lecture de ce document pourra être utilement complétée et éclairée par
celle du rapport rédigé par le National Audit Office intitulé Operation
TELIC – United Kingdom Military Operations in Iraq en date du 11 décembre
2003.
(12) MoD
White Paper, Delivering Security in a Changing World, December 2003, Cm
6041-I
(13) Tout
en affichant sa volonté de couvrir tout le spectre des opérations, le MoD
distingue nettement trois types d’opérations que les forces armées
britanniques ont été amenées à conduire simultanément récemment en
Irak : le combat de haute intensité, les opérations de stabilisation et
les opérations d’assistance humanitaire. L’on parle ici de three-blocks
war.
Cette
catégorisation des forces et des missions est calquée par la Bundeswehr que
Peter Struck envisage de réorganiser en « forces de réaction »,
« forces de stabilisation » et « forces de soutien ». Le
lecteur pourra se référer à l’étude approfondie de cette réorganisation
en lisant le Country Briefing intitulé Future Force dans JANE’s
DEFENCE WEEKLY, 18 August 2004, p.18-29
La France
suit avec intérêt les réformes entreprises par ses voisins.
(14)
HERAKLES, Doctrine n°1, décembre 2003
Defense
News, Net-Centric Land Warfare, Euro style, June 14, 2004
(15)
C4ISR: Command, Control, Communications, Computer, Intelligence, Surveillance
and Reconnaissance
(16)
JANE’s DEFENCE WEEKLY, UK budget gets £ 3.7 billion
boost,
21 July 2004
(17)
Electronic Telegraph, Undermanned, undervalued and overburdened, 22 July
2004
Electronic
Telegraph, Hoon failing to protect Britain, warn angry MPs, 02 July 2004
Conservative
Party, Blair betrays Britain’s armed forces, 21 July 2004
(18)
GUARDIAN WEEKLY, 20.000 jobs to go in big military shakeup, July 22, 2004
(19)
Electronic Telegraph, Strategy offers little comfort to First Sea Lord,
22 July 2004
(20)
Electronic Telegraph, Cuts reduce the RAF to The Few, 22 July 2004
(21) JANE’s
DEFENCE WEEKLY, UK details armed forces structures, 28 July 2004, p.14
(22)
GUARDIAN WEEKLY, ‘Famous name’ regiments to go in defence shake-up,
July 20, 2004
Electronic
Telegraph, Mergers will cost famous cap badges, 22 July 2004
(23) JANE’s
INTELLIGENCE REVIEW, UK pursues rebalancing of armed forces, September
2004, p.13
(24) NATO’s
NATIONS, The Transatlantic Alliance – Opportunities and changes,
vol.48, n°4/2003, p.51-53
(25) JANE’s
DEFENCE WEEKLY, Future Force, Country Briefing, Germany, 18 August 2004,
p.18-29
(26)
CDEFT, Doctrine n°1, décembre 2003, p.4-7. Paris porte
un intérêt particulier aux réformes entreprises tant par les Britanniques que
par les Allemands ou les Néerlandais, mais reste pour l’instant dans l’expectative.
(27) JANE’s
DEFENCE WEEKLY, Shifting Forces, Country Briefing, The Netherlands, 8
September 2004, p.25-30
(28)
VALANTIN Jean-Michel, La militarisation de l’espace, in DEFENSE &
STRATEGIE, N°0, Spécial EUROSATORY 2004, p.13-15
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