Il ne s’agit pas d’une
guerre avec la volonté de détruire les autres, il s’agit simplement d’un
conflit économique dans lequel les États interviennent pour favoriser leurs
propres économies, par l’exercice de leur pouvoir d’influence ou par la
mise en place de politiques commerciales ou industrielles adaptées. Ainsi, les
grandes puissances cherchent des alliances dans les grandes organisations
internationales, moins pour fragiliser les autres pays que pour améliorer leur
propre situation, quels que soient par ailleurs les résultats sur les autres
économies.
Une
conception plus stricte de la guerre économique vise à limiter l’emploi de
ce terme à la description d’actions de violence à l’encontre d’un autre
pays. Dans ce cadre, les victimes supposées sont clairement identifiées. Il s’agit
d’entreprendre une action économique qui affaiblira l’autre partie, même
au détriment de ses propres avantages économiques. Ainsi, si une situation d’embargo
provoque des dommages économiques importants au pays qui en est la cible, cette
opération est également coûteuse pour le pays qui l’applique. On se situe
alors délibérément dans un jeu à somme négative qui s’apparente dès lors
à une vraie guerre. Il ne s’agit plus de modifier les conditions de la
concurrence, de transformer les conditions économiques à son profit, mais
vraiment de porter des « coups » violents au pays concerné.
Il semble
ainsi nécessaire de différencier la « guerre » des simples
« conflits » économiques, qui résultent de la compétition
économique entre deux nations. Parler de « guerre » économique à
propos de l’affrontement entre deux entreprises concurrentes constitue aussi
un « abus » de langage, qui laissera alors supposer que toute
compétition s’apparente à la guerre. Dans ces conditions, nous proposons d’appeler
« conflits économiques » toutes les stratégies qui conduisent un
pays ou une firme à s’assurer d’avantages économiques particuliers, même
au détriment d’autres États et firmes, et de réserver le concept de
« guerre économique » aux opérations qui n’ont pas un simple
objectif économique et qui ont pour vocation d’agresser ou d’affaiblir un
pays ennemi.
Nous
étudierons successivement les deux acceptions du concept de guerre économique.
Concurrence,
compétition et conflits économiques. Une « mondialisation »
douloureuse
Le
concept de guerre économique a beaucoup été utilisé ces dernières années
pour caractériser la concurrence économique internationale, exacerbée par la
« mondialisation » ou « globalisation » économique. S’il
reste aujourd’hui relativement flou, il a été néanmoins revendiqué par
plusieurs auteurs qui ont eu l’ambition de dépasser le clivage traditionnel
entre l’analyse marxiste et l’analyse libérale des relations
internationales, et de fournir une théorie alternative des relations
internationales. Ils ont en commun la volonté de rappeler les principaux
fondements du mercantilisme et de souligner l’interaction entre les objectifs
économiques et politiques de l’État sur la scène internationale. Cependant,
plusieurs arguments permettent de contester l’emploi abusif de l’expression
de « guerre économique » dans les études portant sur l’économie
politique internationale.
La mondialisation n’est
pas la guerre : sa vocation déclarée est le progrès économique
L’utilisation
du concept de guerre économique s’est développée au cours de ces dernières
années en parallèle avec celui de mondialisation économique. Les deux termes
souffrent d’ailleurs d’une même absence de consensus au niveau de leur
définition. En première analyse, ils peuvent même apparaître
contradictoires. Les caractéristiques de la mondialisation1, telles
que le développement des flux transfrontaliers et l’interdépendance
croissante des économies nationales, peuvent être interprétées comme
fondamentalement pacificatrices, si la perspective libérale est retenue. À l’origine
de l’économie politique, les économistes classiques ont en effet insisté
sur les avantages politiques à retirer du développement du commerce
international, comme la prise de conscience progressive par les gouvernements de
l’inutilité de leurs mesures agressives de politique commerciale. L’idée
centrale, fondamentalement opposée à celle de la guerre économique, et
notamment développée par A. Smith et J.B. Say, puis par Keynes dans
l’entre-deux guerres, est que, étant préférable pour un pays de commercer
avec des nations prospères, les mesures tendant à affaiblir le potentiel
économique de nations voisines sont fondamentalement contraires à l’intérêt
économique national. Ainsi, J.B. Say affirmait au début du
XIXe siècle : « Une nation, par rapport à une nation voisine,
est dans le même cas qu’une province par rapport à une autre province, qu’une
ville par rapport aux campagnes : elle est intéressée à la voir
prospérer, et assurée de profiter de son opulence […] On ne gagne rien avec
des peuples qui n’ont rien à vous donner. Il est précieux pour l’humanité
qu’une nation, entre les autres, se conduise, en chaque circonstance d’après
des principes libéraux2. »
Plusieurs
caractéristiques de la « mondialisation » économique actuelle
semblent correspondre à la perspective libérale, notamment : l’interdépendance
des conjonctures accrue par la mondialisation ; la libéralisation
croissante des échanges internationaux sous l’égide du GATT puis de l’OMC
(effective, en dépit de l’importance du protectionnisme non tarifaire et
autres barrières aux échanges subsistant aujourd’hui) ; la formation d’ensembles
commerciaux régionaux qui accélèrent le processus de libéralisation des
échanges à l’intérieur de leurs frontières ; ou encore la mise en
place de réglementations commerciales internationales tendant à limiter les
possibilités de recours à des mesures commerciales « déloyales ».
Au début des années 1990, beaucoup d’analyses autour de l’idée d’une
« fin de l’histoire » ont d’ailleurs largement repris l’optimisme
libéral en matière de pacification des relations internationales par l’économie,
lequel s’était beaucoup exprimé à la fin du XIXe siècle, dans un
contexte d’ouverture sans précédent des économies nationales.
L’expression
de « guerre économique » a été employée au cours de la dernière
décennie pour renvoyer aux bouleversements économiques souvent douloureux
induits par la mondialisation, qui justifieraient l’intervention de l’État
pour limiter leurs conséquences négatives. Ainsi, R. Reich3
affirme au début des années 1990 que la désintégration inéluctable des
économies nationales risque d’accroître l’insécurité et la
paupérisation, la modification de la nature des emplois augmentant notamment
les inégalités. Il préconise la mise en place d’une politique industrielle
adaptée par les États-Unis, pays qu’il considère comme destiné à être le
seul arbitre d’une économie désormais globalisée.
Le
concept de « guerre économique » est cependant loin de faire l’unanimité
parmi les économistes. Dès 1942, il avait été directement critiqué par
J.A. Schumpeter, dans son ouvrage Capitalisme, socialisme et démocratie4.
Celui-ci rejette l’idée selon laquelle la fin du capitalisme sera causée par
la « concurrence destructrice » qui résulterait des luttes entre
entités économiques géantes, même si l’assimilation des relations entre
entreprises géantes à une guerre est suggérée. Le pouvoir économique des
monopoles n’est pas présenté comme une explication valable du blocage du
capitalisme car : 1) il est rare que les monopoles se maintiennent à long
terme et 2) ceux-ci sont bénéfiques au capitalisme, contrairement à la
connotation négative qui leur est souvent rattachée. En effet, l’entreprise
géante est devenue le moteur le plus puissant du progrès et de l’expansion
à long terme de la production totale. Le modèle de la concurrence parfaite est
d’une efficience inférieure et Schumpeter conteste le fait que le
développement des monopoles mène les firmes à s’affronter dans une
« guerre au couteau » néfaste au bien-être général. Il transpose
aux relations entre nations les mêmes conclusions que celles qui prévalent
pour les relations entre firmes. Aucun pays ne dispose jamais suffisamment
longtemps d’un monopole pour pouvoir exercer une influence décisive sur l’évolution
des rapports de force internationaux. Un État ne peut pas influer
significativement sur les relations internationales en exerçant le pouvoir qu’il
détiendrait d’une position de monopole sur un produit. L’efficacité de
« l’arme économique » est donc réfutée. Ainsi la « guerre
économique », en tant que traduction d’une exacerbation de la
concurrence économique entre grandes puissances, n’est pas retenue comme
facteur déterminant de la fin du capitalisme.
Plus
récemment, P. Krugman a dénoncé le discours aux conséquences
économiques négatives rattaché au concept de guerre économique, et notamment
les analyses nourrissant une certaine « obsession de la
compétitivité »5. Le risque est selon lui de conduire au nom
de la guerre économique des politiques néfastes à l’intérêt économique
national, dans la poursuite de l’objectif illusoire de la compétitivité. Les
appels au patriotisme national ne servent pas à rendre une économie plus
compétitive, « un pays n’étant pas une entreprise »6 ;
en effet, le pouvoir d’influence de l’État sur les structures économiques
reste faible. Krugman a par ailleurs mis en cause l’efficacité de la
« politique commerciale stratégique », notamment du fait du risque
de guerre commerciale qui lui y est rattaché7.
L’utilisation
du concept de guerre économique semblerait ainsi supposer un parti pris. De
fait, elle renvoie à un courant particulier de l’analyse économique
contemporaine.
Le néomercantilisme
ou l’ambiguïté des concepts de guerre et de conflits économiques
Le
concept de guerre économique qui a tant été utilisé ces dernières années
pour caractériser les relations économiques internationales a des origines
théoriques assez floues. C’est l’économiste marxiste russe
N. Boukharine qui a développé ce thème le plus explicitement, dans son
ouvrage de 1915, L’économie mondiale et l’impérialisme8. Il y
décrit un capitalisme parvenu à un nouveau stade de son développement, celui
du « capitalisme d’État », caractérisé par une intégration
croissante des économies capitalistes sur les marchés internationaux, avec le
développement du capital financier. La lutte contre la baisse du taux de profit
se fait non plus sur une échelle nationale, mais sur une échelle
internationale, ce dont témoigne l’internationalisation des activités des
firmes. Les États s’impliquant dans la défense des intérêts nationaux sur
la scène extérieure, les conflits internationaux se multiplient, d’abord
sous la forme de « guerres économiques », qui ne sont elles-mêmes
que des « préludes » aux conflits militaires. Cette théorie de la
guerre économique, qui remettait en cause le déterminisme économique pur,
dans la mesure où elle accordait un rôle déterminant à l’action de l’État
dans l'évolution des structures économiques internationales, n’a eu que peu
de prolongements dans le courant marxiste.
L’évolution
des relations économiques internationales n’a pas confirmé les prévisions
des théoriciens de l’impérialisme qui, pour la plupart, annonçaient la
disparition du capitalisme suite à l’exacerbation des tensions économiques
et politiques entre grandes puissances impérialistes. Le développement de
négociations et réglementations commerciales internationales, le fait même qu’il
existe aujourd’hui de nombreux marchés dominés par quelques grandes firmes
dont le contrôle est difficilement contestable, sont autant de
caractéristiques tendant à faire penser que l’idée de guerre économique ne
suffit pas pour décrire l’économie mondiale au XXIe siècle.
On peut d’ailleurs
s’interroger sur la pertinence de l’emploi du concept de « guerre
économique » pour caractériser les situations de forts antagonismes
commerciaux entre économies concurrentes ; de fait, dans l’histoire de
la pensée économique, il n’a que rarement été utilisé. Le terme de
« guerre » implique l’acceptation de pertes, de
« morts », une volonté de destruction de l’adversaire, autant d’éléments
qui ne peuvent entrer dans une description de la concurrence économique, aussi
violente soit-elle. Certes, les analyses mercantilistes développées du XVIe au
XVIIIe siècle montrent que l’économie est au service de la puissance et
préconisent des mesures commerciales agressives pour obtenir un excédent
commercial ; elles ont même parfois prôné l’autarcie économique ou
des mesures visant à appauvrir les économies rivales. Cependant, la plus
grande part des écrits mercantilistes révèlent que leurs auteurs visaient le
double objectif de la richesse et de la puissance et insistaient sur les
bienfaits du commerce extérieur9. Le concept de « guerre
économique » n’est donc pas adapté pour expliquer ce courant dans sa
subtilité.
Le terme
de « néo-mercantilisme » a parfois été utilisé pour qualifier
certaines analyses contemporaines mettant en avant les rivalités économiques
internationales et l’utilisation par les États des pays industrialisés d’une
nouvelle forme d’interventionnisme économique. Les fondements théoriques de
ces analyses restent flous, même s’ils peuvent être rattachés au courant
« néo-réaliste 10», ainsi qu’à l’analyse
mercantiliste, listienne et institutionnaliste. L’analyse néo-mercantiliste
est empirique et descriptive ; elle revendique d’ailleurs son
« réalisme », qui contraste avec l’irréalisme des hypothèses de
la théorie orthodoxe. Le terme d’« économie politique
internationale » est d’ailleurs souvent employé, pour mieux se
démarquer du domaine de l’« économie internationale », investi
par la théorie orthodoxe. Cependant, même si plusieurs auteurs inscrits dans
cette perspective ont voulu développer un nouveau champ théorique, en marge
des analyses libérale et marxiste des relations internationales, le débat est
resté très dispersé, notamment du fait de la grande diversité des
instruments d’études employés. Un trait distinctif réside dans la mise en
évidence de l’imbrication des objectifs politiques et économiques des États
sur la scène internationale ; en outre, ces analyses rejettent
généralement l’idée d’une évolution progressive vers une économie sans
frontières, et identifient de nouveaux champs d’affrontement interétatiques,
non plus limités à un niveau national mais régional. Ainsi, Robert Gilpin11
présente sa théorie « structurelle » comme une alternative aux
trois idéologies « classiques » des relations internationales,
libérale, marxiste et nationaliste. Se référant à la théorie mercantiliste,
il souhaite une interprétation « réaliste » des rapports
internationaux, insistant sur l’évolution des structures du système
international et le jeu contradictoire des différentes ambitions nationales
dans les négociations internationales en matière monétaire, commerciale ou d’investissement,
dans un contexte économique international marqué par le chômage et les
inégalités de développement. La résurgence du protectionnisme et des guerres
commerciales entre grands blocs régionaux serait alors à craindre. D’autres
économistes12 ont défendu au début des années 1990 le scénario
de la rivalité régionale entre les pôles de la Triade. Les firmes
multinationales participent à ce processus de régionalisation économique, car
elles restent attachées à leur pays d’origine. Dans ce système de
quasi-blocs pratiquant entre eux un commerce « administré », la
compétition n'est plus militaire mais économique. L’État est alors
sollicité pour pallier la faible compétitivité de l’économie nationale.
On peut
néanmoins s’interroger sur la pertinence du concept de guerre économique
pour caractériser ce type de situation13. Les mesures
« néo-mercantilistes » ressortent-t-elles d’une volonté de nuire
à des nations concurrentes ou de protéger les industries nationales et de
développer les parts de marché internationales ? L’application du
concept de « guerre » semble ainsi davantage répondre à une
représentation imagée qu’à une analyse rigoureuse de la réalité de l’économie
internationale contemporaine.
Les
liens entre le secteur militaire et l’économie nationale n’impliquent pas
une « guerre économique »
Depuis le
début du XXe siècle, la question du lien entre secteurs civil et
militaire dans les économies capitalistes, et de son impact sur leurs
performances respectives, a été beaucoup discutée. Les résultats de ces
analyses ont différé au cours du temps. Alors que dans les années 1980, la
majorité des études économiques dénonçait l’insuffisance des retombées
des technologies militaires sur le secteur civil, la tendance s’est inversée
au cours de la décennie 1990, face au succès renouvelé de l’économie
américaine, tirée notamment par les technologies de l’information,
partiellement développées dans le secteur de la défense. Or, l’idée qu’il
existe un lien entre les performances du secteur civil et le secteur militaire a
contribué à renforcer la conception des relations économiques internationales
en termes de guerre économique, dans le cadre d’une concurrence de plus en
plus « technologique ». Le secteur militaire étant largement
subventionné par l’État (c’est même le principal canal de la politique
industrielle américaine), les politiques de soutien à la
recherche-développement militaire et autres ont été interprétées comme des
éléments de la « géoéconomie ». De même, l’implication de
certains éléments du secteur de la défense dans des activités civiles,
notamment par le biais de « l’intelligence économique »,
élément crucial de la concurrence contemporaine, a contribué à
renforcer les discours en termes de « guerre économique ». Mais là
encore, l’utilisation de ce concept peut paraître abusive, dans la mesure où
rien ne permet de distinguer une situation de guerre économique d’une
situation de concurrence internationale.
La
réflexion sur la question de l’articulation entre le secteur civil et le
secteur militaire, et notamment dans sa dimension technologique, a en outre
conduit un « courant » d’économistes à mettre en évidence le
fait qu’il n’existait pas un, mais plusieurs types de capitalisme, plus ou
moins bien adaptés à la guerre économique. Ces analyses développées dans
les années 1980 prolongeaient dans une certaine mesure les réflexions de
Veblen, appuyées sur l’analyse des faits historiques et la sociologie
politique. Elles ont plus ou moins défendu la thèse du déclin du modèle
capitaliste anglo-saxon (et donc de l’économie américaine), avançant l’idée
que celui-ci n’aurait pas su se renouveler. Ainsi, Galbraith relie son concept
de technostructure à l’importance du secteur militaire dans l’économie
américaine. Lester Thurow reprend la distinction entre deux types de
capitalisme, anglo-saxon et rhénan, dans la mise en place des rapports de
puissance. Enfin Raimo Väyrynen analyse le rôle du secteur militaire dans le
processus d’industrialisation et en tire des conclusions quant aux
performances respectives des économies étudiées. Il montre que les pays qui
ont eu les premiers une perception nette des enjeux de la « guerre
économique » disposent d’un avantage dans la concurrence économique
internationale contemporaine. Toutes ces théories développées au début des
années 1990 pariaient sur le « déclin américain », le modèle
social-corporatiste rhénan étant présenté comme plus efficace. Les
évolutions économiques récentes ont tendu à contredire ce diagnostic.
Précédemment,
plusieurs analyses avaient d’ailleurs insisté sur le caractère
fondamentalement pacifique du capitalisme « moderne », en dépit d’un
niveau élevé de dépenses militaires. Dans sa publication de 1915, Imperial
Germany and the Industrial Revolution, T. Veblen soulignait la tendance des
sociétés capitalistes « modernes », de type anglo-saxon, à
devenir de plus en plus pacifiques, du fait de la prédominance au sein de ces
sociétés des « intérêts commerciaux » sur les « intérêts
dynastiques ». En revanche, les sociétés dynastiques (dont il cite comme
exemple le Japon ou l’Allemagne) restent marquées par des habitudes mentales
spécifiques héritées de l’époque féodale : conflits militaires et
politiques mercantilistes sont des caractéristiques essentielles à la survie
de ces systèmes. Cependant, le modèle dynastique de société devrait
normalement être appelé à disparaître et à être remplacé par celui des
sociétés modernes, même si cette théorie n’est pas déterministe.
Schumpeter n’a pas lui non plus retenu la « guerre économique »
comme une caractéristique essentielle des sociétés capitalistes avancées. Il
a au contraire insisté sur le caractère fondamentalement « rationaliste
et anti-héroïque » des classes bourgeoises contrôlant les sociétés
capitalistes. Celles-ci sont fondamentalement pacifistes et plus le capitalisme
se développera, moins les guerres auront de chances d’advenir pour des
considérations purement économiques.
L’utilisation
largement répandue du concept de guerre économique au cours de ces dernières
années a servi à traduire l’exacerbation de la concurrence économique
internationale dans le cadre de la mondialisation, avec la multiplication de
stratégies offensives sur les marchés extérieurs menées par des États et
des entreprises, et pouvant impliquer l’utilisation de mesures
« déloyales » contraires au principes de la concurrence. Pour
autant, ce concept ne suffit pas à retracer l’ensemble des caractéristiques
de l’économie mondiale contemporaine. En outre, son emploi peut paraître
abusif, le terme de « guerre » relevant d’une logique de
destruction contraire à la logique commerciale.
La
guerre économique, une volonté de nuire
Si l’emploi
du terme de « guerre économique » pour décrire des situations de
compétition économique, aussi féroce soit-elle, est discutable, il est en
revanche justifié pour caractériser les mesures prises par les États en vue
de nuire à une économie adverse, dans un but économique, politique ou
militaire. Quelques analyses des politiques de puissance utilisant l’économie
ont été développées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces études
permettent d’interpréter l’ensemble des relations économiques
internationales sous l’angle stratégique, en tant que résultat du jeu
complexe des rapports de force internationaux. Cependant, « l’arme
économique » est restée relativement peu étudiée, en comparaison avec
la fréquence de son utilisation dans les relations internationales après 1945.
L’économie
comme instrument de pouvoir, de sécurité et de guerre
F. List14
a été le premier économiste à insister sur l’importance de la dimension
économique de la sécurité nationale. Critiquant le fait que pour les
libéraux, la logique de défense du potentiel productif d’un pays est
exceptionnelle et seulement adaptée au cas de la guerre, il affirme que toute
nation doit, même en temps de paix, considérer que certains événements
peuvent constituer une menace pour la sécurité nationale. Trois grands types d’événements
reviennent dans son raisonnement, comme facteurs d’interruption du
déroulement normal des échanges avec l’extérieur : « les
restrictions étrangères, les crises commerciales, les guerres ». La
protection permanente des industries nationales est donc nécessaire pour
atteindre un certain niveau d’autosuffisance nationale et pour limiter les
perturbations liées à une éventuelle interruption des échanges commerciaux.
La prohibition, que les libéraux considèrent comme justifiée en temps de
guerre, l’est tout autant en temps de paix, car elle sert à la fois le
développement économique et l’indépendance nationale. L’ensemble de la
production nationale, et non uniquement celle de caractère stratégique,
participe donc à la défense nationale, et ce d’autant plus efficacement que
les forces productives sont pleinement employées, ce qui ne peut être que le
résultat d’une volonté politique et d’une union collective forte. List en
appelle également à la conduite par le pays d’une politique commerciale et
de puissance, pour dégager un excédent commercial. Il passe ainsi sans
transition du domaine économique au domaine militaire, des problèmes de
défense à ceux de sécurité économique.
La
logique néo-mercantiliste développée ces dernières années a également
conduit à élargir l’analyse de la sécurité nationale à la sphère
économique. Le lien entre le potentiel industriel d’un pays et sa capacité
à peser sur les normes du système international et à élargir sa sphère d’influence,
notamment par des politiques d’assistance commerciale et technique, a été
mis en évidence15. De l’autre côté, cette perspective conduit à
s’interroger sur les problèmes de dépendance et de vulnérabilité des
économies nationales. C’est A.O. Hirschman qui a publié en 1945 une
analyse pionnière dans ce domaine, intitulée Foreign trade and national power16.
Dans la présentation de son ouvrage, il se démarque des analyses libérales et
impérialistes des relations internationales et il se réfère fréquemment à
la théorie mercantiliste. Sa théorie est centrée sur un terrain encore
inexploré par les économistes contemporains : celui des relations entre
le commerce extérieur et la puissance d’une nation. Hirschman est aujourd’hui
généralement présenté comme un political economist, c’est-à-dire comme un
« économiste politique ». Dans son ouvrage, il développe une
analyse de la vulnérabilité des économies nationales à l’utilisation de l’arme
économique par un ou plusieurs pays (quotas, contrôle des échanges,
investissements de capitaux et autres instruments de guerre économique). Cette
démarche devrait permettre de dépasser les clivages entre les analyses
économiques traditionnelles. La question n’est pas de s’interroger sur la
validité des théories de l’impérialisme, selon lesquelles l’origine des
conflits se trouverait dans les contradictions internes du capitalisme.
Hirschman se contente de revendiquer son appartenance à un courant général
qui accepte l’idée selon laquelle les nations mènent une politique de
puissance (power-minded policy), « quelles que puissent être [leurs]
origines économiques, politiques ou psychologiques ». D’abord, il
montre que les questions relatives aux « stratégies économiques »
des États n’ont pas toujours été bien posées, regrettant notamment que
Machiavel n’ait pas compris l’existence des liens étroits qui unissent l’économie
et la politique. L’enjeu est alors de démontrer les possibilités d’utilisation
du commerce extérieur (aide extérieure, flux de capitaux ou négociations
commerciales) comme instrument de pression politique. Véritable auteur du
coefficient que l’on appelle aujourd’hui « coefficient de
Gini », Hirschman a mis au point une mesure de la concentration du
commerce qui lui permettait de mesurer la dépendance d’un pays vis-à-vis de
l’extérieur, et par là, sa vulnérabilité. Il mettait ainsi en évidence l’indice
de préférence des grands pays pour les pays les plus petits et les plus
faibles en matière d’importation. Cette analyse montre que le laissez-faire
est une exception ; les contrôles, les protections et les échanges
inégaux étant la règle. Dans ces conditions, les États jouent de leur
influence pour modifier les flux commerciaux à leur profit. On retrouve ainsi l’analyse
de Friedrich List dans son opposition à une concurrence internationale
généralisée dans une situation caractérisée par des États aux niveaux de
développement inégaux.
L’ambition
de Hirschman d’étudier les politiques de puissance a été relayée par
quelques auteurs. Ainsi, dans son ouvrage International Economics17
(1958), Thomas C. Schelling a souligné la nécessité d’étudier les
différents aspects de la politique économique internationale, et notamment la
liaison entre les objectifs politiques poursuivis par une nation et les
instruments de sa politique économique extérieure (protectionnisme, sanctions
économiques, contrôle des produits stratégiques, etc.), ces pratiques étant
selon lui appelées à se développer. Son ambition était d’intégrer l’analyse
de ces mesures dans une théorie économique unifiée. Plus récemment, David
Baldwin18 s’est intéressé aux techniques économiques variées
pouvant être employées comme instrument de politique extérieure, dans son
ouvrage Economic Statecraft. Le terme de statecraft signifie « l’art de
la politique », « l’art de conduire les affaires de l’État »
ou même la « diplomatie économique ». Cette étude se centre donc
sur les instruments utilisés par les politiques dans leurs tentatives d’exercice
du pouvoir, c’est-à-dire de faire faire aux autres pays ce qu’ils n’auraient
pas fait sans cet exercice de la force. Se référant à l’ambition des
premiers économistes, Baldwin considère qu’il s’agit « d’aider le
Prince », dans un contexte d’interdépendance économique croissante,
lequel ne conduit pas logiquement à l’abandon de la défense de l’intérêt
national, bien au contraire : il s’agit plutôt de développer une
nouvelle perspective de l’intérêt national « qui prenne en compte le
chevauchement entre les intérêts nationaux ». La théorie de la
globalisation et la théorie marxiste adoptent toutes les deux une conception
erronée du rôle de l’État. La première ne lui accorde pas assez d’importance,
tandis que la seconde le réduit à n’être que le reflet des intérêts des
classes dominantes, sans objectif collectif d’amélioration de la situation
nationale. On touche ici à la véritable signification de la guerre
économique ; la puissance ou la vulnérabilité économique influe
directement sur le niveau de sécurité nationale.
Les
armes économiques et leur efficacité
L’utilisation
de l’arme économique n’est pas un jeu à somme nulle, puisqu’elle
implique des pertes non seulement pour le pays cible mais également pour le
pays initiateur. Dans le cas de sanctions multilatérales, c’est l’ensemble
de l’économie mondiale qui est placé en situation sous-optimale. Plusieurs
stratégies ont pu être employées, qui n’ont pas pour objectif le bien-être
de l’économie nationale, ni son développement, mais plutôt l’affaiblissement
ou l’asservissement d’une autre économie. L’efficacité d’une sanction
économique est estimable par une comparaison des pertes des deux parties ;
il s’agit donc bien d’une logique de guerre.
Les stratégies
Relativement
peu d’analyses économiques ont été consacrées à l’analyse des sanctions
économiques internationales. Pour ce qui concerne leur typologie,
D. Baldwin19 fait la distinction entre les sanctions
économiques négatives (comme l’embargo, le boycott, les restrictions d’importation,
les gels de capitaux, la suspension de l’aide…) et les sanctions
économiques positives (comme la fourniture d’aide, des garanties d’investissement,
une discrimination tarifaire favorable…). Jacques Fontanel et Liliane Bensahel20
ont étudié les différentes utilisations par les États de « l’arme
économique » et ce, quel que soit le système économique en place ;
pas moins de huit stratégies différentes de la guerre économique sont ainsi
répertoriées21.
Deux
types de théories économiques semblent particulièrement adaptés à l’étude
de l’arme économique : la théorie des Choix Publics (Public Choice) et
la théorie des jeux, même si elles n’offrent guère d’informations
quantitatives sur l’efficacité de ces mesures. La théorie du Public Choice
semble pouvoir contourner la difficulté posée par une conception de l’État
en tant qu’acteur unique des relations internationales, en mettant en
évidence le rôle des différents groupes d’intérêts22 ;
les sanctions économiques peuvent avoir un impact politique sur le pays cible,
même si elles ne sont généralement pas efficaces pour induire des dommages
économiques décisifs dans ce pays, puisqu’elles permettent d’envoyer un
signal au groupe d’opposition au régime en place à l’intérieur du
pays-cible. La théorie des jeux constitue aussi un instrument fondamental d’analyse
des sanctions économiques, étant entendu que toutes les situations d’information
incomplète sont représentatives de cas concrets d’application des variables
économiques à des fins politico-stratégiques. Cependant, cette méthode
présente des limites importantes, comme le montre Lisa Martin23
(hypothèses de simultanéité des décisions, d’unité et de rationalité des
acteurs…).
Ces
études des stratégies de guerre économique restent d’ailleurs peu
nombreuses. En outre, rares sont celles qui ont mis en évidence, autrement que
par une démarche qualitative, les effets quantitatifs des armes économiques.
La plupart des analyses des sanctions économiques qui ont été développées
sont non formalisées et reposent principalement sur des discussions autour d’études
de cas. Cette méthodologie a notamment été utilisée par Klaus Knorr24,
lequel a voulu montrer l’intérêt de l’utilisation des sanctions
économiques internationales. Il utilise pour cela une analyse en termes de
coût-efficacité, même s’il reconnaît que les estimations sont difficiles
à entreprendre. L’utilisation des relations économiques extérieures comme
moyen de pression politique est une application de « valeurs
économiques » comme « ressources de puissance », notamment la
fourniture de biens et de services, l’ouverture de marchés, l’extension des
prêts, des dons financiers, des transferts de technologie, du gel des avoirs
bancaires. L’utilisation de ces biens économiques ne sert pas seulement à la
coercition, mais aussi au pouvoir structurel, au soutien de pays étrangers amis
ou alliés, à l’affaiblissement des pays étrangers, aux sanctions positives
et aux pseudo-sanctions. L'auteur défend fermement l’usage des
« ressources de la puissance économique » dans la politique
internationale. Il explique que si les États-Unis ont essuyé un nombre
important d’échecs dans ce domaine, c’est parce que, souvent, de telles
initiatives ont été insuffisamment préparées et leurs issues mal
estimées ; la fragmentation des expertises politiques et économiques
entre différentes bureaucraties serait ainsi en grande partie responsable du
relatif échec des mesures mises en place.
Les
études autour de la guerre économique restent peu nombreuses, en comparaison
de l’importance qu’a eue l’utilisation de l’arme économique dans l’histoire
des relations internationales. La difficulté posée par l’estimation des
conséquences économiques et politiques des mesures utilisées, de même que l’imbrication
étroite à ce niveau des considérations économiques, politiques et
militaires, l’expliquent sans doute.
Quelques exemples d’utilisation
de l’arme économique
Les
exemples d’utilisation de l’arme économique ont été nombreux depuis la
fin de la Seconde Guerre mondiale, et notamment par les deux superpuissances
durant la guerre froide. Si les États-Unis ont principalement utilisé l’arme
économique à l’encontre de pays extérieurs à leur sphère d’influence,
comme l’URSS, Cuba ou le Nicaragua, l’URSS a appliqué l’arme économique
à l’encontre des pays du bloc de l’Est qui ne suivaient pas le dogme
imposé par Moscou, comme la Yougoslavie à la fin de la Seconde Guerre
mondiale, l’Albanie ou la Chine de Mao. L’arme économique a également
été employée par les Nations unies, qui ont mis en place des sanctions
économiques à l’encontre de la Rhodésie ou de l’Afrique du Sud, de l’Irak
ou de la Serbie.
L’efficacité
des sanctions économiques est très discutée aujourd’hui. Ainsi, les mesures
de rétorsion décidées par l’URSS à l’encontre de la Chine, de la
Yougoslavie et de l’Albanie ont certes contribué à limiter le développement
du potentiel industriel de ces trois pays, mais elles n’ont pas réussi à
déstabiliser les régimes en place ; au contraire, elles les auraient
plutôt renforcés. Seule l’intervention militaire a été efficace pour
réduire les velléités de déviationnisme idéologique ou politique, ainsi qu’en
témoignent les écrasements des insurrections hongroises ou tchécoslovaques.
De la même manière, le gouvernement américain de Carter visait la création
de problèmes sociaux en Union soviétique, par la mise en place de l’embargo
céréalier ; cette stratégie a globalement échoué. Les exemples d’échec
sont nombreux. En outre, le coût de ces mesures pour le ou les pays
initiateur(s) est souvent élevé, aussi bien sur le plan économique que
politique. Ainsi, de nombreuses estimations ont révélé l’importance du
coût de l’utilisation de l’arme économique par les États-Unis, en termes
d’exportations (et donc d’emplois) perdues, mais également en termes de
compétitivité des entreprises américaines sur les marchés internationaux.
Par exemple, le COCOM (mis en place en 1949 et supprimé en 1994), qui
contrôlait l’exportation de produits stratégiques (contenant des
technologies de pointe, non exclusivement militaires) en direction de l’URSS,
aurait plus profité aux industries européennes qu’américaines.
L’exemple
des sanctions américaines à l’encontre de Cuba en 1960 est particulièrement
illustratif de la difficulté d’utilisation de l’arme économique, qui peut
aboutir à des effets « boomerang » rendant le coût de la sanction
économique plus élevé pour le pays initiateur que pour le pays cible. Les
États-Unis avaient ainsi imposé un embargo sur toutes les exportations
américaines en direction de Cuba (à l’exception de la pharmacie), doublé d’une
suppression du quota sucrier qui lui était réservé, faisant perdre au pays
son principal client (avec un prix garanti d’achat du sucre élevé) et
fournisseur d’aide technique et financière. Les mesures américaines visaient
à sanctionner la politique de Castro, qui en nationalisant les grandes
propriétés agricoles, avait porté atteinte aux intérêts de grandes
sociétés américaines, et notamment des compagnies sucrières. La nomination
de Che Guevara comme président de la banque nationale, puis la visite des
Soviétiques à Cuba en 1960, achevèrent de détériorer les relations
américano-cubaines. En réponse aux mesures américaines, les Soviétiques
proposèrent d’acheter du sucre aux Cubains, en échange de produits,
notamment de pétrole. L’opposition des compagnies de raffinerie présentes
sur le territoire cubain conduisit à leur nationalisation, ainsi qu’à celle
d’autres intérêts américains à Cuba. Les sanctions américaines s’amplifièrent
alors mais jamais les États-Unis ne parvinrent à faire voter des sanctions
collectives contre Cuba ni à interrompre le commerce des autres pays de l’OCDE
avec ce pays. Les sanctions américaines furent progressivement levées à
partir de la fin des années 1960, pour être renforcées par la suite. Cette
utilisation de l’arme économique par la première puissance mondiale à l’encontre
d’un petit État voisin a abouti à un échec, en renforçant plutôt qu’en
affaiblissant le régime en place, en dépit de l’appauvrissement de la
population cubaine et en contribuant à développer une forte culture
antiaméricaine dans le pays. Cet exemple montre que les sanctions économiques
ne sont efficaces que si aucune source alternative de commerce ne se présente,
ce qui n’a jamais été le cas pour Cuba (qui a bénéficié du soutien
soviétique mais aussi des contestations de la politique américaine par ses
alliés). De même, les sanctions décidées par la communauté internationale
à partir de 1991 pour affaiblir le dirigeant irakien S. Hussein n’ont
pas été suffisamment efficaces pour créer les conditions de sa destitution.
Pourtant, après la guerre du Golfe, ses chances de rester au pouvoir
apparaissaient très faibles.
Comme
toute guerre, la guerre économique a un coût, d’autant plus élevé que les
relations économiques interrompues par le conflit étaient précédemment
développées et que le degré de concentration des échanges des deux pays
était élevé. Mais au-delà d’une simple comparaison des pertes des parties
impliquées dans le conflit, le bilan de l’utilisation de l’arme économique
est difficile à établir, dans la mesure où il doit prendre en compte des
paramètres divers, au niveau politique et économique.
Conclusion
Il existe
aujourd’hui deux acceptions principales de la guerre économique. D’abord,
cette expression est utilisée pour distinguer une situation de concurrence
exacerbée, impliquant des pratiques « déloyales », aussi bien au
niveau des États que des entreprises. Mais il peut paraître abusif de parler
à ce propos de « guerre économique », au regard de l’analyse
économique et de la réalité des faits économiques contemporains. L’autre
acception de ce concept de guerre économique semble la seule valable :
elle implique l’utilisation de stratégies visant à nuire ou à affaiblir une
économie adverse, dans un but politique ou militaire, même au risque de
conduire l’économie mondiale à une situation sous-optimale. Cependant, la
guerre économique au sens « strict » reste relativement peu
étudiée, en dépit de la fréquence d’utilisation de l’arme économique,
et notamment des sanctions. La question de la vulnérabilité et de la
dépendance des économies à des stratégies extérieures reste également peu
explorée par les économistes ; pourtant, plusieurs ouvrages majeurs (et
notamment celui de Hirschman en 1945) ont cherché à remettre au centre de l’analyse
économique les préoccupations de pouvoir et de puissance à l’œuvre dans
les relations internationales.
Notes :
1.
J. Fontanel, Civilisations, globalisation, guerre. Discours d’économistes,
collection Débats, PUG, Grenoble, 2003.
2. J.B. Say, Traité d’économie politique, Paris, Calmann-Lévy, 1972
(1803).
3. R. Reich, The Work of Nations, New York, Vintage Books, 1992.
4. Schumpeter J.A., Capitalisme, socialisme et démocratie, Paris, Editions
Payot, 1965 (1942), p. 138-145.
5. Krugman, P., Competitiveness : A dangerous obsession , Foreign
Affairs, 1994, vol. 73, n¡ 2, p. 28-44.
6. P. Krugman, A country is not a company , Harvard Business Review,
janvier-février 1996.
7. P. Krugman et M. Obstfeld, Economie internationale, Bruxelles, De
Boeck, 1995, p. 332.
8. N. Boukharine, L’économie mondiale et l’impérialisme, Paris, Editions
Anthropos, 1969 (1915).
9. E. Heckscher, Mercantilism, New York, Allen and Ulwin, London and
Macmillan, vol. II, 1955.
10. Pour une analyse du néo-réalisme, voir J.J. Roche, Théories des
relations internationales, Paris, Montchrestien, coll. Clefs, 1994.
11. R. Gilpin, The Political Economy of International Relations, Princeton,
Princeton University Press, 1987.
12. L. Thurow L., La maison Europe, superpuissance du xxie siècle, Paris,
Calmann-Lévy, 1992, p. 15.
13. J. Fontanel, F. Coulomb, L’avenir de l’empire américain ,
in Civilisation, globalisation, guerre. Discours d’économistes, collection Débats,
PUG, Grenoble, 2003.
14. F. List, Système national d’économie politique, Paris, Capelle Editeur,
1857 (1841).
15. M. Borrus and J. Zysman (1992), Industrial competitiveness and
American national security, in W. Sandholtz et al., The Highest
Stakes – The Economic Foundations of the Next Security System, New
York, Oxford, Oxford University Press, 1992, p. 7-52.
16. A.O. Hirschman, National Power and the Structure of Foreign Trade,
Berkeley, University of California Press, 1980 (1945).
17. T. Schelling, International Economics, Boston, Allyn and Bacon, 1958.
18. D. Baldwin, Economic Statecraft, Princeton, Princeton University Press,
1985.
19. D. Baldwin, op. cit.
20. J. Fontanel et L. Bensahel, La guerre économique, Grenoble, Arès,
vol. xii/4, dŽcembre 1992, p. 9-50 ; Les stratégies de la
guerre économique, in J. Fontanel, Globalisation économique et sécurité
internationale. Introduction à la géoéconomie, Côté cours, Grenoble, 2002.
21. A savoir : le contrôle des échanges commerciaux, l’appauvrissement
par l’effort de préparation à la guerre, la stratégie de la rupture, la
stratégie de l’encerclement, la stratégie de la violence économique, la
stratégie de la punition internationale, la stratégie de la domination et de
la puissance économique, la stratégie de l’indépendance stratégico-économique.
22. W.H. Kaempfer et A.D. Lowenberg, Using threshold models to explain
international relations, Public Choice, 73 (4), 1992, p. 419-443.
23. L.L. Martin, Coercitive Cooperation, Princeton, Princeton University
Press, 1992.
24. K. Knorr, Economic relations as an instrument of national power, in
G. McCormick, R.E. Bissell, Strategic Dimensions of Economic Behavior,
New York, Praeger, 1984, p. 183-207.
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