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Les machines à communiquer, les données et images qu’elles
véhiculent,
représentent des potentiels stratégiques.
- Ce sont des moyens d’accélération, donc
de coordination de l’action :
la transmission des ordres et renseignements par des technologies sophistiquées
dissipe le « brouillard de la guerre » où, suivant Clausewitz, le
général n’est vraiment sûr de rien, même pas de sa propre position.
Savoir et ordonner avant l’Autre est un avantage incontestable.
- Ce sont des moyens d’acquisition :
de l’information pertinente,
intelligence au sens large, mais aussi acquisition d’une supériorité
psychologique et plus seulement décisionnelle. On songe à ces soldats
irakiens, pendant la guerre du Golfe, se rendant à des simples drones, engins
volants d’observation qui n’ont ni pilote ni armement. Simplement, celui
qui se sait vu et filmé sur le champ de bataille se sait vulnérable. En jargon
du Pentagone, sa « signature » est « acquise »,
il peut être frappé à tout moment. Apparaître sur l’écran adverse,
c’est perdre.
- Les images peuvent avoir une fonction
paradoxale d’occultation ou de
distanciation au moins pour les soldats. Le viseur puis l’écran informatique
résolvent un vieux problème du dressage militaire : permettre au
guerrier de voir son ennemi comme cible, lui interdire d’y reconnaître un
semblable. Supprimer un point d
’écran ne pose pas exactement les mêmes problèmes éthologiques que de
charger à la baïonnette.
- Enfin, et c’est ici ce qui nous concerne,
les médias sont des machines de
propagation non seulement des nouvelles, vraies ou fausses, mais aussi des
images et des imaginaires. Massacres de masse, manipulation psychologique des
masses et mass media progressent parallèlement.
Deux questions se mêlent ici : celle de la vérité
et celle des affects. Les
médias sont des instruments à faire croire que… , mais aussi à faire
croire en, voire à faire croire contre. Ils dépeignent la réalité avec plus
ou moins d’exactitude – surtout celle de conflits – mais ils font
aussi l’éprouver différemment. Le problème s’est posé dès la
photographie, à la fois probante, poignante. Et bien sûr techniquement
reproductible.
Les médias rapportent des vérités de fait,
souvent sous forme d’images. Le
petit Mohammed, une des premières victimes de la seconde Intifada, mort devant
les télévisions du monde entier a reçu ou bien une balle israélienne ou
bien palestinienne. La photo par Capra d’un milicien fauché par un
projectile pendant la guerre civile espagnole est ou bien authentique ou bien
posée. Mais ces vérités de fait sont à pondérer en fonction de vérités
politiques relatives au bien, au juste et au souhaitable (que prouvent ces
documents, vrais ou truqués, sur la justesse de la cause palestinienne ou républicaine ?),
mais aussi en fonction des limites de la force concluante des images. Car –
pardon de rappeler ces banalités – toute image est construite, cadrée, dans
un certain contexte, toute séquence est montée et découpée , toute lecture
de l’image dirigée par une légende, un commentaire ou l’insertion dans un
ensemble… Son point d’impact résulte d’un point de vue. Toute réalité
représentée est une réalité sélectionnée, dont le sens nous est proposé.
Et qui occulte d’autres réalités… Il y a ainsi des guerres d’écran et
des guerres invisibles, des victimes omniprésentes et des victimes invisibles.
Quant au mode de sensibilité que créent
les médias, il tient en particulier
à la façon d’éprouver l’expérience de la mort d’autrui. Au-delà des
catégories de la haine et de la peur, interviennent nos sentiments
d’appartenance, nos relations avec des symboles collectifs. Comment nous
croyons n’est pas la résultante des bons ou mauvais messages
disponibles. Leur force rhétorique ne se heurte pas moins à des contraintes,
celles des moyens de propagation, qu’à des limites, celles de la réception.
S’ajoute un troisième facteur. Des
professionnels, s’appuyant souvent sur
des connaissances qu’ils disent scientifiques, s’efforcent de calculer la
balistique des messages comme celle des obus Même sous sa forme primitive, la
guerre requiert au moins deux opérations délibérées: faire accepter à des
gens l'éventualité de leur propre mort et leur faire désirer celle de gens
qu'ils n'ont jamais rencontrés. Elle exige désormais la conquête d’un
public. L’occupation des esprits compte autant que celle des territoires.
La presse s’est récemment émue de la découverte
d’un bureau « de désinformation »
du Pentagone
[3].D’où débat moral : quand on lutte contre
l’axe du mal est-il licite de mentir à l’opinion amie ? Une brève
recherche aurait pourtant suffi à rappeler qu’il existait depuis longtemps
des brigades de « psyops
» (opérations psychologiques de désinformation, intoxication ou «sidération »),
des spins doctors
et des agences de communication qui vendent de la guerre comme du yaourt,
qu’il y eut de célèbres média mensonges durant la guerre de Bosnie comme
pendant celle du Golfe, que les exercices de l’OTAN incluent maintenant
l’art de ne présenter que de bons cadavres et de bonnes informations
à la presse [4].
Mais elles auraient surtout révélé l’ancienneté du couple formé par les
projectiles et les projections. Il a au moins deux siècles.
Les
industries de l’enthousiasme
À l’ère industrielle, politiques et
militaires comprennent très vite
l’intérêt de contrôler quelle représentation de la guerre se fait une
population, de plus en plus instruite, avide d’informations fraîches, de dépêches.
Le public est rapidement informé ou désinformé des réalités du front. À
Paris, Londres ou Berlin, la foule des boulevards réagit de plus en plus vite
aux échos des tueries lointaines.
Désormais, dans tous les conflits, il faudra penser belligérance et audience.
Surtout, il faut maîtriser deux flux d’informations. Les mauvaises, ce sont
celles qui pourraient renseigner l’ennemi sur l’état ou la position des
forces amies, mais surtout celles qui porteraient atteinte au moral des civils.
Les bonnes, ce sont les nouvelles des succès, bien sûr, mais aussi des
preuves. Preuve de la vaillance de ses armées ou des atrocités ennemies.
Ici intervient très vite la photographie avec
la guerre de Crimée, entre
1853 et 1856.
Pour une part, c’est encore une guerre du passé. Sur de multiples gravures
et tableaux, elle est stylisée, sublimée, sur des toiles à la Horace Vernet
ou à la Tabar et Charpentier
[5].Dans le même temps, la presse populaire, comme l’Illustration
, dépêche des dessinateurs sur place et grave à tout va des représentations
d’une guerre noble. À Paris, en province, mais aussi aux Etats-Unis et en
Russie on raffole des Panoramas
[6],ces spectacles qui représentent les batailles célèbres à
grand renfort de toiles peintes et de machineries.
La guerre de Crimée est surtout la première guerre photographiée [7],
par le Français Langlois, le roumain Szathmary et les Anglais Robertson et
Fenton. Ce dernier est envoyé officiellement par la reine pour démontrer à
l’opinion que ses soldats ne sont pas décimés par la maladie et font bonne
figure [8].Pour des raisons évidentes,
temps de pose, lourdeur du matériel, la photographie est statique. Elle se
complaît aux paysages et aux vues larges. Elle décrit les temps de repos et
non de combat. Elle ne donne aucune idée ni de la dynamique de l’action, ni
de l’atrocité des batailles. Mais le pas est franchi : pour la première
fois, le spectateur voit une guerre non idéalisée par le pinceau. Une expérience
anthropologique séculaire - être en un lieu où les hommes périssent de mort
violente – se vit par représentation voire par procuration. La photographie
saisit le vif ; avec le reportage de guerre qui vient de s’inventer
[9],elle peut aussi saisir des morts. La trilogie guerrière, nos
soldats, l’ennemi, les victimes, va prendre figure humaine. Les stéréotypes
s’incarneront désormais de façon, croit-on, incontestable.
Lors de la guerre des cipayes en 1856, la
photo montre des victimes exécutées
sur les clichés de Robertson et Felice Beato [10]. De 1861 à 1865, la
guerre de Sécession américaine, guerre totale et moderne [11] qui fait sans doute
500.000 morts, étale ses horreurs. Et cela en grande partie grâce aux clichés,
largement reproduits et source d’un commerce non négligeable ; cette
fois, ils ne cachent plus les morts. Ceux de la grande boucherie de Gettysburg
en 1863, les mutilés et les prisonniers ou les amoncellements de crânes et de
membres que l’on retire de la terre un an après la bataille de Cold Harbor,
sont d’un réalisme implacable[12]. Mais ce réalisme-là
doit être questionné. La vérité de certaines images a été contestée,
elles auraient été posées. D’autres sont déjà censurées comme celles
des bagnes sudistes d’Anderson ville. Et surtout, le pouvoir politique est
conscient de l’intérêt de l’image photographique. Ainsi, Lincoln, le département
d’État à la guerre et les services secrets encouragent et subventionnent
l’immense travail de reportage de Mathew Brady.
La valeur de preuve de la photographie
sera bientôt mise en évidence mais
aussi ses limites. Pendant la guerre de 1870, un célèbre cliché, franc-tireur brûlé vif par les Prussiens
, d’une authenticité douteuse[13], soulève
l’indignation contre les barbares d’outre-Rhin ; certaines photos de
la Commune sont visiblement gouachées… Le trucage commence. Il fleurira au
vingtième siècle. On sait comment Trotski disparaîtra des épreuves où il
figurait à la tribune ou près de Lénine, victime d’un coup de pinceau
et de la nouvelle ligne du Parti.
Simulation,
stimulation, dissimulation
Sans refaire toute l’histoire de la propagande
[14], il faut rappeler
combien la guerre de 14-18 lui donne ses caractères modernes. Sa devise semble
être « Simulation, stimulation, dissimulation » : donner une
image militairement ou idéologiquement correcte du conflit, stimuler les
ardeurs patriotiques, martiales et morales et dissimuler par la censure tout ce
qui pourrait troubler la vision officielle des événements.
D’où des innovations :
- La propagande crée des bureaux de la foi.
Des services entiers sont affectés
au contrôle de l’information disponible, expurgeant tout ce qui est publié,
texte ou image. Ces mêmes services sont chargés de protéger une nouvelle
ressource stratégique le « moral des civils ». Les atteintes à ce
bien précieux tombent sous le coup du code pénal : gare aux défaitistes !
Et pour ce faire, les professionnels de la croyance font appel à ceux des
sciences sociales ou de la toute jeune publicité.
- La propagande déborde le domaine
guerrier, c’est-à-dire la façon dont
les faits relatifs à la guerre sont rapportés, Elle touche au domaine des
valeurs en général, de la culture, de l’esthétique (comme l’a remarqué
Benjamin, elle esthétise guerre et politique
[15]). La polarisation
militaire ou militante entre eux et nous envahit tous les aspects de la vie :
il ne peut rien y avoir de neutre. Tout reflète un conflit non pas historique
et contingent, celui de deux États se disputant un territoire, mais une lutte
essentielle entre deux types humains. Les boches sont par fatalité traîtres
et cruels : c’est dans leur constitution biologique. Ils ne bombardent
pas les églises par hasard, mais parce que leur barbarie déguisée en Kultur
repose sur la haine de la Civilisation, …
[16]
- La propagande est à double face.
Grande simplificatrice, elle réduit le
monde à nous et eux. L’adversaire unique, à la fois cause de nos malheurs
et objet de nos projections, nous ressoude. Dans ce processus, le contenu de la
croyance importe peut-être moins que le lien (entre nous) et la frontière
(qui nous sépare d’eux). Le groupe adverse s’assimile au mal absolu dans
l’ordre de la morale, de la religion, du droit, voire au laid, au non humain.
Mais cet adversaire, il faut aussi lui adresser un message, ne serait-ce que
pour le décourager ou le diviser. Clausewitz disait que la guerre consistait
à anéantir les forces morales et physiques de l’adversaire par l’intermédiaire
des secondes. Les propagandistes visent ces forces morales. Mais ils le font
assez maladroitement. Les tracts lancés par-dessus les tranchées disent
toujours la même chose : « Rendez vous. Il n’y a plus aucun
espoir. Vos dirigeants vous trompent ». Les récentes reproductions de
billets de banque largués d’avion en Afghanistan, portant sur l’autre face
des caricatures de chefs talibans, représentent-ils un progrès ?
- La propagande absolue suppose le crime
absolu. Il ne suffit pas que
l’ennemi soit combattu ou que sa cause soit injuste, il faut qu’il soit
coupable de crimes qui l’excluent du genre humain et que la guerre à mener
se confonde avec une œuvre de justice. Le « Rapport de la commission
Bryce sur les atrocités allemandes en Belgique » [17] paru à la fin 1914
et traduit en trente langues inaugure le long cycle de la judiciarisation de la
guerre, des imputations d’atrocités et de la production de preuves, souvent
photographiques et filmées, de massacres.
À partir de là, l’image et la question de
sa vérité deviennent cruciales
dans tous les combats, militaires ou idéologiques. Certes, on n’a pas
attendu la première guerre mondiale pour accuser les armées ou les partis
adverses des pires horreurs : cela se pratiquait depuis l’invention de
l’imprimerie et les guerres de religion, presque contemporaines. Mais
l’imputation systématique d’atrocités, sa mise en scène et en images
puis sa diffusion industrielle datent de 1914. Au couple des pulsions de peur
et de haine, s’ajoute la relation ambiguë entre pitié ou indignation et
identification. Sur les affiches, dans les films – car le cinéma est très
vite mobilisé et mobilisant -, à travers des icônes du siècle, commence un
long cortège de mères douloureuses, d’enfants martyrisés, de torturés, de
charniers. Il hantera la mémoire visuelle collective. Le phénomène culminera
pendant la seconde guerre mondiale et la question de la Shoah, irreprésentable
et innommable pour les uns, mais avec, pour les autres, la conviction que si
l’on avait vu, si l’on avait su, si l’on avait fourni des preuves
visibles à l’opinion mondiale, les choses se seraient déroulées autrement.
Mais la guerre de l’image ne se résume jamais à
la question de la preuve,
qu’il s’agisse de celle de l’héroïsme des nôtres ou de la perversité
de l’ennemi. Cet ennemi, encore faut-il le voir et le nommer, voire le légender
comme un cliché. L’histoire visuelle de la guerre d’Algérie apparaît
souvent comme celle d’exactions révélées ou dissimulées dont nous évoquons
la mémoire quarante ans après, y compris le massacre des harkis, dont ne
subsiste guère d’image. Elle fut aussi celle d’un embarras à décrire
des « événements » qui n’étaient ni une guerre ni une révolte,
à désigner un adversaire, le fellagha qui semblait aussi invisible sur
le terrain, qu’inclassable : était-il ennemi, révolutionnaire,
rebelle, bandit ?Hors quelques clichés de pauvres types levant les bras,
l’ennemi n’apparaît guère. L’enjeu symbolique qu’implique le point de
vue sur l’image, surtout dans les guerres non conventionnelles, se révèle déjà.
Preuves
en images
Cet enjeu sera évident dans la guerre du
Vietnam, riche en images. Ce sont des
images qui restent dans toutes les mémoires et mobilisent les foules
protestataires de l’époque, petite fille courant sous le napalm, exécution
d’un civil d’une balle dans la tête, bonze se faisant brûler vif. Là
aussi l’adversaire est invisible mais l’image surabondante, grâce à des
correspondants de guerre équipés d’un matériel léger. Ils se déplacent
sans peine et filment ou photographient ce qu’ils veulent, quitte à en payer
le prix : plus de 150 d’entre eux y trouvent la mort. L’image est
incontrôlée et diffusée. Car pendant que la photographie et le film fixent
les grands souvenirs de la guerre pour la mémoire, la télévision fait
rentrer le conflit dans les foyers. Elle y rappelle non seulement que les boys
font des morts qui ressemblent à des civils, mais aussi que les G.I. qui, eux,
ressemblent tant aux téléspectateurs, rentrent au pays en Body Bags
, les sacs à viande.
Même si, côté américain, les commentaires
de l’image furent globalement
moins “pacifistes” qu’on ne tend à le croire [18], la télévision
apparaissait comme facteur de démobilisation. De démoralisation, disent les
militaires persuadés d’avoir perdu à cause des médias. Ils en retiennent
la leçon : contrôler les images des dommages qu’on produit, mais aussi
celle des pertes qu’on subit, localiser les caméras amies comme les
mitrailleuses ennemies. Règle qu’appliqueront toutes les armées, y compris
Tsahal en refusant récemment l’accès de Djénine à la presse.
Lors des conflits de la Grenade et de Panama,
aux Malouines, règne le principe
du “pas vu, pas tué” : une bonne guerre est une guerre sans morts
visibles, supportable par les sensibilités télévisuelles. Les objets de
notre compassion sont sélectionnés : tous les cadavres n’ont pas la même
survie cathodique post mortem. La télévision excelle à montrer des victimes
particulières et interchangeables dans leur souffrance, séparées de tout
cadre de référence, de toute histoire, mais capables d’émouvoir. Mais
elle les sélectionne. L’idéologie victimaire et à
l’humanitaire-spectacle, encouragent
l’art de montrer ou de cacher les bons morts. Et toutes ne nous touchent pas
également. L’historien Walter Laqueur faisait remarquer que le terrorisme
tue plusieurs milliers de personnes par an en Inde et au Pakistan et que, sauf
risque de guerre nucléaire entre les deux puissances atomiques, cela émeut
moins les médias occidentaux que des jets de pierre à Bethléem
[19].
La guerre du Golfe – on l’a écrit cent fois -
fut tout à la fois une
guerre vidéo, sans image, guerre en direct, guerre-spectacle, mais ce fut
aussi une guerre sans victimes visibles. Elle révélait la logique de la télévision
par satellite qui allait désormais nous faire vivre au rythme des catastrophes
en live, en direct. À rebours d’une expérience séculaire, qui consistait à se
vanter par des tableaux héroïques ou sur des monuments de pierre, d’avoir
fait beaucoup de morts, il s’agissait aussi de démontrer l’innocuité
d’une puissance, par ailleurs complaisamment étalée. Ces machins sont
terrifiants, mais nous ne tuons pas vraiment de gens et bien sûr, personne ne
meurt chez nous.
Depuis, la leçon a été retenue et étendue. Laguerre du Kosovo, avide de
visages de victimes, dissimula le corps de l'ennemi. Il fut nié par la
distance, vu et frappé à hauteur de satellite, comme nié par la parole, y
compris par le refus de se référer la catégorie de l'ennemi. Jamie Shea,
porte-parole de l’OTAN expliquait image numérique à l'appui, que les
frappes détruisaient des choses, du potentiel militaire et que les coups ne
s'adressaient pas à un peuple, mais à un tyran ou à un principe.
D’où quelques nouvelle règles du jeu :
- Les médias ne transcrivent plus l’événement,
ils le font. Ou du moins,
ils le suscitent : en Somalie comment l’U.S. anticolonialiste programme
des guerres humanitaires sur rendez-vous avec les grands médias, mais y
renonce dès que les caméras saisissent une scène non prévue par le scénario :
des boys morts, comme au Vietnam, des indigènes bêtement mitraillés.
- La principale fonction des médias est de
dire qu’ils sont là et qu’il
n’y a rien à dire, sinon que la planète entière vibre de la même émotion
et partage la même attente. L’absence d’information ne fait pas obstacle
à la communication. Au contraire.
- Désormais, la télévision contribue plutôt à
une désorientation du
spectateur. La guerre devient ou trop mondiale ou trop locale. L’ennemi se dénationalise,
s’identifie à une entité abstraite, Fanatisme, Haine, Totalitarisme, Purification
ethnique, ou à une particularité folklorique : les Serbes n’aiment pas
les Bosniaques, ni les Hutus, les Tutsis, c’est comme cachez ces gens-là.
La cause des conflits s’individualise : Saddam Hussein et Milosevic sont de
nouveaux Hitler, Ben Laden un fanatique nihiliste. L’intelligibilité
historique est en proportion inverse de l’hystérie de visibilité dans le perpétuel présent cathodique. Et comme de surcroît,
la télévision tend à dépolitiser
et à montrer la “force des choses”, toutes les violences deviennent égales,
dans la catégorie des catastrophes ou de l’éternelle folie des hommes,
explicables par les passions archaïques..
La catégorie de l’ennemi devient pareillement problématique.
anticolonialiste
est forcément victime ou criminel, humainement touchant, moralement
condamnable, toujours réduit à sa dimension affective. Sa souffrance ou sa
perversité lui interdisent d’appartenir à une communauté historique..
- La partie vaut le tout, l’individu la
Cause, l’exemple l’explication.
Un témoignage de victime, une mort filmée, une bavure condamnent un camp.
D’où la tentation du trucage et de la forgerie : fournir à la presse
ses cadavres de Timisoara, ses couveuses débranchées, ses villages bombardés,
ses Madones douloureuses, ses visages émaciés derrière des barbelés. De
l’image un peu esthétisée et un peu posée pour complaire aux goûts de la
presse jusqu’à la pure et simple mise en scène, en passant par les images
mal légendées, mal montées ou hors contexte s’ouvre le champ miné
qui sépare l’erreur de bonne foi de la totale manipulation.
-
Dans la vie civile une bonne part des événements qui nous sont rapportés,
sans être nécessairement faux, sont imaginés, préparés, mis en scène, précisément
pour être vus. Dès les années 60, Daniel Boorstin pressentait ce qu’il
nommait les pseudo-événements
[20] produits pour
être reproduits. Il n’imaginait sans doute pas que ce principe toucherait
l’événement brusque par excellence : le fait de violence, guerre ou
attentat. Désormais, la cause des peuples n’est plus défendue par les poètes
et les exaltés : il y a des agences de communication pour cela. Hill and
Knowlton remplacent Byron et Hugo quand il s’agit de défendre les intérêts
des Koweitiens ou des Bosniaques, et ces intérêts consistent à fournir aux médias
leur lot d’atrocités. Les communicateurs du Pentagone, merchandisaient
fort bien une guerre humanitairement correcte : les victimes étaient
d’un seul côté. Multiplier ses partisans quand on multiplie les morts
suppose de dissimuler les seconds aux premiers.
De leur côté, les terroristes sont aussi
devenus des maîtres du marketing :
leur planning attentats suit leur planning médias. Ainsi le Hamas est
particulièrement réputé pour sa couverture image des attentats, et il a été
vite imité par les autres branches de l’islamisme. Avant, les martyrs
laissent leur testament filmé sur cassette. Pendant, les combattants
s’efforcent de filmer les opérations. Après, on fait circuler dans les
mosquées et madrassas des cassettes montrant le châtiment des ennemis de
Dieu.
- Dernière leçon de ces guerres de l’image :
certains de ses trucages
se révèlent après coup, encourageant le scepticisme de l’opinion. Qui ne
se souvient des fausses victimes de Timisoara ou des cormorans bretons englués
dans le mazout d’un prétendu Golfe persique ? D’où un nouveau
domaine de la guerre de l’information : la contestation des informations
et images adverses, la remise en cause de leur authenticité, puis la
contestation de la contestation [21]. D’où surtout, une course de vitesse, car il ne sert guère
de révéler un trucage trois mois après. D’où, enfin, un effet en abyme de
vraies et de fausses images.
Violence,
vision et passion
Il y aura toujours, des “médias de la haine”.
La peinture, le livre,
l’affiche, le journal ont toujours rivalisé en pouvoir de mobilisation Le
cinéma n’a pas moins excellé à montrer les stéréotypes les plus négatifs.
Difficile de surpasser en emphase belliqueuse certains de ses plus grands chefs
d’œuvre comme Naissance d’une Nation
ou Alexandre Nevski . On se souvient de « Radio mille collines » et de ses appels au
meurtre. Au Liban, en Yougoslavie et partout où l’on se massacre, les tubes
cathodiques projettent de quoi nourrir les passions les plus agressives. Les
médias valent-ils ce que vaut leur contenu, vrai ou mensonger, poussant à la
haine ou la connaissance de l’autre ?
À cette vision, un discours sur le
pouvoir pacifiant des médias. Dans sa
version simple, il affirme que nous ne nous détestons que faute de nous savoir
si semblables : plus de communication (sans censure, sans frontière, ..
.) entraînera moins de violence. On connaît le programme que Jack London
assignait, au cinéma : “Le temps et la distance ont été annihilés par le
film magique pour rapprocher les peuples du monde. Regardez, frappé
d’horreur, les scènes de guerre et vous deviendrez un avocat de la paix ..
”[22]. Version moderne : des gens qui aiment Michael Jackson et écoutent CNN ne
peuvent pas vraiment se faire la guerre. Version cyber : grâce au Web, nous échangerons
des
données, pas des missiles. On sait ce qu’il en est advenu.
Dans une version plus sophistiquée, la télévision,
medium froid, serait
intrinsèquement apaisante. la soutient qu’elle est rétive aux questions brûlantes
et aux personnages qui chauffent : “Hitler aurait rapidement disparu si la télévision
était apparue à une vaste échelle pendant son règne. Et eût-elle existé
auparavant qu’il n’y aurait pas eu d’Hitler du tout.” [23] La télévision,
capable d’émouvoir et d’impliquer, mais non d’exciter ou de mobiliser
[24],
serait, en somme, rétive à la rhétorique emphatique, au “sublime” qui
est selon Kant le registre du discours guerrier.
Cette théorie du gentil medium revient dans
l’air du temps[25].
On célèbre dans la télévision un des grands facteurs de dédramatisation,
de désengagement, de valeurs moins martiales Ce medium soft, qui marche à la
séduction nous parle le langage de l’intimité. Elle nous éloignerait de
tout pathos belliqueux. Contribuant à la paix civile, fut-ce en répandant
individualisme et scepticisme, mettant sous l’œil de chacun “en temps réel”
toute atrocité à l’autre bout du monde, la télévision serait au service
de la paix. L’argument est, en somme que l’on meurt pour des livres, que
l’on s’engage “comme au cinéma”, mais qu’il est rare que l’on éteigne
son poste pour courir au combat.
Possible. Mais qui rendra justice au poids
des cultures dans la façon d’éprouver
la crainte et l’exaltation ? Par un consensus presque spontané, les médias
américains ont refusé de montrer le moindre cadavre du 11 Septembre. Dans le
même temps, leurs adversaires font circuler en guise de matériel publicitaire
des cassettes où l’on voit décapiter un otage au Pakistan, le journaliste
Pearl, massacrer des soldats algériens ou exécuter des partisans de l’Alliance
du Nord, en Afghanistan. Le même écran qui a rendu la vision des victimes
insupportable aux uns la rend exemplaire et exaltante pour les autres. Dans le
monde de l’image la maîtrise des flux n’est pas celle de la réception.
Sinon, tout le monde serait proaméricain. Le diplomate américain Richard
Holbrooke se demandait : « Comment se fait-il qu’un type dans une
caverne puisse gagner la bataille de la communication contre la première société
de l’information au monde ? »
[26] Bonne question !
Deux univers s’opposent image contre image.
Al Jazira contre CNN. Cutters contre missiles. K7 contre B52. Low tech
contre High tech. Discours théologique contre discours étatique. Métaphores
coraniques contre
conférences de presse. Treillis contre costumes. Ouma contre mondialisme.
Dramaturgie contre communication. Celui qui regarde le ciel contre celui qui
regarde le prompteur. L’homme des grottes et du désert contre l’homme des
villes et des tours. Ben Laden contre Bush.
Cela parce que le terrorisme moderne, guerre
sans armée et crime d’écran,
reflète une nouvelle relation du faible au fort. Il a sa polémologie :
l’attentat représente un rapport coût / résultat incomparable : des
armes rustiques et quelques kamikazes pour un effet maximal de perturbation,
d’incertitude et de dispersion des forces ennemies. Mais l’attentat a aussi
sa médiologie. Le groupe terroriste,
société secrète spectaculaire, compte sur les vecteurs de
l’adversaire pour amplifier son message. Il lui faut contrairement à lui
multiplier les images de cadavres. Quantitativement, puisque plus d’horreur
signifie, pour le camp adverse, plus d’humiliation symbolique et un coût
moral insupportable. Qualitativement, notamment par le choix de la victime.
Elle est significative soit par ses responsabilités ou sa visibilité, un chef
d’État, par exemple ou un fonctionnaire « complice de la répression »,
soit par son anonymat. Dans ce second cas, le choix d’une victime lambda
confirme qu’aux yeux du terroriste nul n’est innocent et que tous sont
impliqués. Des théologiens islamistes fondamentalistes ont récemment
expliqué
que tuer une femme, fut-ce une simple passante en territoire ennemi, n’était
pas vraiment tuer une innocente : les femmes paient des impôts qui
contribuent à l’effort de guerre des oppresseurs. Et puis, si elles ne
protestent pas contre l’injustice, ne sont elles pas un peu complices de la
violence des puissants, à laquelle ne fait que répondre la contre-violence
du terroriste ? À ce compte là, pourquoi ne pas massacrer les bébés :ils
seraient bien capables de devenir soldats ou policiers, une fois adultes ?
Terreur d’écrit, terreur d’écran
L’idée que le terrorisme est une « violence
aveugle », donc
irrationnelle, donc nihiliste est fausse. Les poseurs de bombe ne résolvent
pas des problèmes de libido ni ne manifestent une attirance métaphysique
bizarre, un peu gnostique
[27], pour l’apocalypse. Ils appliquent une méthode rationnelle
d’utilisation optimale de moyens en vue d’une fin. Cela ne signifie pas que
les terroristes, individuellement jouissent d’un équilibre psychique
remarquable, ou qu’il faille considérer comme normale leur attirance pour la
mort, celle des autres ou la leur (car contrairement à une idée reçue, les
attentats-suicides sont très répandus tout au long de l’histoire du
terrorisme). Cela signifie que, dans la bizarre comptabilité du terrorisme, du
point de vue de sa rationalité instrumentale, chaque mort doit « rendre ».
Ceci est vrai et en terme d’affaiblissement de l’adversaire, et en terme de
plus-value publicitaire, d’amplification du message, si l’on préfère.
Montrer les morts, les siens et ceux que l’on fait, est, dans cette optique,
rationnel et souhaitable.
Ceci vaut pour toutes les formes de
terrorisme, mais pas de la même façon.
Globalement, on connaissait jusqu’à présent trois formes de terrorisme,
classées en fonction de leurs objectifs politiques.
- Un
terrorisme« vertical » (de type révolutionnaire) qui se propose
de renverser l’ordre établi (l’autocratie comme disaient les terroristes
russes de la fin du XIX° siècle). Dans le cadre d’une stratégie d’ébranlement
du système, l’acte terroriste doit servir de préalable, voire d’accélérateur,
à la mobilisation du peuple contre ses tyrans et à la Révolution. Le but est
de détruire l’État ou les institutions.
-
Un terrorisme « territorial », anticolonialiste par exemple, qui
entend chasser un occupant, ou un groupe allogène. Ici, il s’agit d’une
stratégie de découragement, qui peut être complémentaire de la guérilla et
de la négociation politique : décourager la puissance étrangère
jusqu’à la faire partir. L’objectif est la libération
- Un
terrorisme instrumental de pure contrainte. Il s’agit, dans le cadre d’une
stratégie de menace et négociation, d’obtenir un avantage précis, comme la
libération d’un prisonnier, ou un renoncement (qu’une puissance étrangère
cesse de soutenir telle faction ou de s’interposer dans tel conflit, p.e.).
Une telle action qui peut parfaitement être commanditée par un État est en
principe limitée à ses objectifs précis.
En France, les campagnes terroristes de 1986 – celle de l’attentat
de la rue de Rennes - et 1995 – celle du métro Saint-Michel -, l’illustrent parfaitement. Il s’agit d’une relation de
coercition, limitée dans le temps et dans ses objectifs, entre le terroriste
« prédateur » et le détenteur d’une autorité ou d’une
ressource qui peut être
l’argent ou l’accès aux médias…
Bien entendu, ces trois modèles peuvent
se mêler : on a souvent vu des
groupes exercer un chantage du troisième type, dans le cadre d’une lutte de
libération nationale, mais dont la finalité proclamée serait
l’effondrement du capitalisme international.
Dans tous les cas, qu’il s’agisse a) de détruire
l’autorité et de
propager l’exemple de son propre sacrifice auprès des opprimés, ou b) de
radicaliser les rapports entre deux groupes« ethniques », ou enfin
c) de rendre la situation insupportable à un gouvernement ou à une
institution en choquant l’opinion publique, intervient l’horreur de la
mort. Elle est recherchée pour son effet direct :terroriser au sens étymologique,
provoquer une peur exceptionnelle qui fait trembler, donc paralyse. Mais elle
est aussi recherchée pour son effet indirect : « souligner »
ou crédibiliser le message idéologique, dramatiser les relations entre deux
groupes, attirer l’attention de l’opinion internationale, servir
d’exemple, …
En ce domaine, peut-être faudra-t-il
distinguer des traditions culturelles
terroristes : gens de l’écrit
et gens de l’écran. À quelques jours près, en Mars et Avril 2002, on a pu
en voir deux exemples. Les Brigades rouges italiennes, ou ceux qui prétendent
reprendre leur nom et leur filiation, ont accompagné l’exécution de l’économiste
Biaggi par un communiqué incroyablement verbeux de 26 pages sur copie carbone
[28]. Quelque jours plus tard, le 15 Avril 2002 Al Jazeera reçoit
une cassette avec une déclaration-testament d’un des terroristes du 11
Septembre, Al Hazwami, montée sur fond de tours en flamme de Manhattan, comme
pour un générique de film et annonçant qu’Al Quaïda allait porter la mort
sur le territoire américain, le tout suivi d’images de Ben Laden se félicitant
joyeusement de cette victoire.
Visiblement,
un nouveau terrorisme, tout à la fois mystique dans ses objectifs et
pragmatique, par sa compréhension des systèmes de communication de
l’adversaire, a bien saisi les nouveaux pouvoirs de l’écran. Le 11
Septembre, c’était après tout d’abord des images. Comme icônes
(l’expression est de ben Laden), elles représentaient l’Amérique, la
Mondialisation, l’Argent, la Culture mondiale, l’Orgueil, la Tour de Babel,
le monde séculaire. Mais ces images étaient aussi mises en scène en vue
d’un effet de panique et d’affirmation d’un nouveau statut du terrorisme.
Rappel qu’il vise toujours à un retentissement psychique « hors de
proportion avec ses résultats purement physiques »
[29].
Il se
pourrait aussi que ce nouveau terrorisme échappe aux trois catégories établies
plus
haut et qui sont fortement marquées par une vision classique de la politique
centrée sur l’État qu’il faut renverser, chasser ou contraindre. Il se
pourrait enfin que son ambition ne soit pas vraiment de l’emporter
politiquement,
au sens de faire céder la volonté d’un adversaire, (sauf à croire sérieusement
établir le règne de Dieu sur Terre). Son but serait de se confondre avec une
affirmation symbolique. Une revanche en image contre le monde de l’image ?
François-Bernard
Huyghe
Notes :
[1]
Sur ce point,voir L’arme et le medium
in Cahier de Médiologie, n°6, Pourquoi desmédiologues ?,
Gallimard 1998, disponible sur http://www.mediologie.com [2]
Cette dernièrelacune commence à être comblée par l’article de
Catherine Bertho-Lavenir La bombe, le prote et le manifeste
dans La scène terroriste
(Cahiers de médiologie, n°13, 2002)
[3]
Voir l’article duMonde du 27 Février 2002 : « Le bureau de désinformation
du Pentagone est supprimé » p 3. via http://www.lemonde.fr
.Par ailleurs, après la « découverte » de cet office par le New York Times, de
nombreux journalistes se sont
intéressés aux rapports du Pentagone et de l’agence Enron, à qui il
verse 100.000 dollars par mois (comme au moment de la guerre du Golfe) et
qui est considérée comme un des principales réserves de « spindoctors »
en cas de guerre. Voir par exemple l’article « The Pentagon’s
Information Warrrior »
sur le site du Center for Media &Democracy :
http://www.prwatch.org/prwissues/2001Q4/rendon. html [5]
Ces peintres ont particulièrement illustré la guerre de Crimée.
[6]
Sur l’histoire dela représentation de la guerre, peinture, panorama,
photographie, film, etc., voir l’ouvrage d’Hélène Puiseux, Les
figures de la guerre Représentations et sensibilités 1839- 1996,
Gallimard 1996. Nous lui devons beaucoup de l’information de ce chapitre.
[7]
Voir aussi Crimée,1854-1856 premiers reportages de guerre,
catalogue de l’exposition du Musée des Armées,
[8]
Plus exactement la mission de Fenton est d’opposer un démenti aux
critiques du Times et de W. Russell. Sur les 360 clichés qu’il prend on
ne voit pas une goutte de sang.
[9]
Voir Alain Barret, Les premiers reporters photographes, 1848-1914,
Duponchelle 1977
[10]
Il photographie des pendaisons de mutins en 1858, puis, deux ans plus tard,
les morts d’une autre révolte : ceux du fort de Taku en Chine.
[11]
La photographie aussi, avec l’allégement du matériel et la réduction
du temps de pose, connaît des progrès qui permettent une vision plus réaliste
du conflit.
[12]
Tous ces clichés sont reproduits dans le livre d’Hélène Puiseux précité.
[13]
Le document atroce est présenté par l’imprimerie dijonnaise Guipert qui
en faisait commerce comme « d’après nature ». Certaines
autres photos de la guerre de1870 , tels des cadavres d’enfants, sont
visiblement posés et mis en scène. Voir Puiseux précité p. 154 et sq.
[14]
Voir Ellul J., Histoire de la propagande,
PUF, 1967
[15]
Walter Benjamin, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité
technique
, . Carré 1997
[16]
On trouvera de nombreuses illustrations dans le chapitre Le vrai contre le
faux
de Laurent Gervereau, Les images qui mentent, Histoire du visuel au XX° siècle
, Seuil, 2000.Voir aussi le site http://www.imagesmag.net
pour
une réflexion sur l’interprétation des photographies.
[17]
J.J. Becker etal., Guerre et Cultures (1914-1918), Armand
Colin, 1997
[18]
Voir La télévision et la guerre du Vietnam
in Hermès n°8-9
[19]
Walter Laqueur The new terrorism,
Phoenix Press, Londres, 1999, p.150
[20]
Daniel Boorstin, L’image,
UGE 1966
[21]
Dernier exemple en date : des milliers d’internautes ont pu comme
l’auteur recevoir successivement par courrier électronique a) la
« preuve » qu’une phrase de Jean-Marie Le Pen était recopiée
d’un discours d’Hitler au Congrès du N.S.D.AP. en 1932 b) la « preuve »
que c’était faux et que le congrès en question était imaginaire, c) la
« preuve » que tout cela était un complot. Le même jour, on répétait
que des drones avaient prouvé que les Palestiniens filmaient de faux
enterrements de martyrs (la « preuve » : on voyait un faux
cadavre se relever), information aussitôt contestée.
[22]
Jack London Le message du cinéma
in Profession écrivain 10/18
[23]
Mc Luhan Pour comprendre les médias,
Points 1977, p. 340
[24]
Le même Mc Luhan note pendant la guerre du Vietnam “ La guerre de la télévision
signifie la fin de la dichotomie entre civils et militaires. Le public
participe maintenant à chacune des phases de la guerre et ses combats les
plus importants sont livrés par le foyer américain lui-même.” MC Luhan
et Quentin Fiore Guerre et paix dans le village global
R. Laffont 1970
[25]
Notamment par Gilles Lipovetsky dans L’empire de l’éphémère
N.R.F. 1987
[26]
Cité par David Hoffman dans Beyond Public Diplomacy
in Foreign Affairs, Mai/Avril 2002 (http://www.foreignaffairs.org)
[27]
Nous n’inventons rien : la thèse de l’origine « gnostique »
du terrorisme a été soutenue, notamment par Jean Servier Le terrorisme
P.U.F. 1979
[28]
Les amateurs, s’il y en a, trouveront l’intégrale sur http://www.caserta24ore.it , page du 21Mars
[29]
L’expression est de Raymond Aron dans Clausewitz Penser la guerre
, N.R.F., 1976
François-Bernard
Huyghe
Docteur d'État en
Sciences Politiques et habilité à diriger des recherches en Sciences de
l'Information et de la Communication, François-Bernard Huyghe, médiologue,
enseigne au Celsa ainsi qu’à l’École de Guerre Économique. Ses principaux
ouvrages sont des essais critiques sur les idées contemporaines (La
Soft-idéologie , La langue de coton, Les Experts) mais aussi
des travaux coécrits avec son épouse Edith sur les grands réseaux historiques
de transmission. Derniers ouvrages :Histoire des secrets , Hazan
2000 et L’ennemi à l’ère numérique, Chaos, Information, Domination
aux P.U.F. 2001.
Il anime l’Observatoire
Européen d’Infostratégie, centre de recherche sur la guerre de l’information
et l’infodominance
Infostrategique@paris.com
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