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 AccueilGéopolitique / Réflexions stratégiques / Mise à jour 10/07/03





  Réflexions stratégiques,
  Strategic thinks 








George Bush en Afrique :
une histoire de fric ?

Par Bernard CONTE
Centre d'Etude d'Afrique Noire
IEP de Bordeaux
conte@montesquieu.u-bordeaux.fr

http://conte.u-bordeaux4.fr

Nombreux sont les africains qui du Sénégal à la Côte d’Ivoire ou au Liberia appellent de leurs vœux une implication plus importante des Etats-Unis sur le continent. Les attentes des africains sont multiples :

  • Des financements principalement sous forme d’aide publique au développement éventuellement dans le cadre d’un plan Marshall pour l’Afrique tel que proposé par le président Wade du Sénégal ;
  • Contrebalancer l’influence européenne (notamment française dans son ancien « pré carré ») en instaurant une « concurrence » entre les Etats-Unis et l’Europe pour l’accès aux ressources et aux marchés en devenir de l’Afrique afin d’en tirer un maximum d’avantages commerciaux et financiers.
  • Des investissements de la part des entreprises américaines afin de relancer l’économie du continent ;
  • Des interventions en vue de la prévention ou du règlement des conflits violents qui se multiplient ;

1 - L’aide publique au développement

Avant son départ pour l’Afrique, George Bush a annoncé son programme de 15 milliards de dollars pour la lutte contre le sida, ainsi que son plan pour combattre le terrorisme en Afrique de l'Est d’un montant de 100 millions de dollars. Plus généralement, l’aide américaine à l’Afrique s’opère dans le cadre du programme d'aide pour ‘le millénaire’ (MCA) et de la Loi sur la croissance et les opportunités en Afrique (OGOA). Certes, « les États-unis ont augmenté leur aide publique au développement (APD) de 11,6% en termes réels en 2002, la portant à 12,9milliards de dollars, soit 0,12% de leur revenu national brut (RNB). Cette progression résulte principalement des ressources complémentaires et des crédits d'urgence débloqués en réponse aux attaques terroristes du 11 septembre 2001 ainsi que de nouvelles initiatives, surtout dans les domaines de la santé et de l'aide humanitaire » (OCDE). Néanmoins, l’effort d’aide des Etats-Unis reste inférieur à celui de l’Union européenne qui, au cours de la même période, a consacré 0,34 % de son RNB à l’APD. De plus même si les Etats-Unis ont augmenté la part de leur APD destinée à l’Afrique subsaharienne, 20,5% en 2000-2001, contre 12% en 1990-1991, cette part reste bien inférieure à celle que consacre l’Union européenne au continent (41,9%). Enfin, l’aide américaine à l’Afrique emprunte principalement le canal bilatéral, ce qui permet, d’une part, de bien la différencier et de l’identifier auprès des récipiendaires et, d’autre part, de la lier fortement à des conditionnalités draconiennes liées au partage des vues américaines concernant la politique, l’économie, la démocratie… Au total, les africains devront fournir d’importantes contreparties à une aide américaine somme toute limitée.

2 - Le commerce

Dans les échanges extérieurs des Etats-Unis, l’Afrique occupe une place marginale. En 2001, le continent représentait 1,7% des exportations (12,4 milliards de dollars) et 2,3% des importations (26,8 milliards de $) américaines. Il est à noter que l’Afrique absorbait 2% des exportations et assurait 3,3% des importations des Etats-Unis en 1990. Le premier pays d’exportation est l’Afrique du Sud qui occupe le 27ème rang parmi les marchés des produits américains avec 3 milliards de dollars. Le Nigeria avec 9,2 milliards de dollars se place en 21ème position parmi les fournisseurs des Etats-Unis. Sachant que dans le classement de l’OMC, les 15 Etats de l’Union Européenne sont regroupés dans une seule rubrique. A titre de comparaison, en 2001, les exportations de l’UE vers l’Afrique s’élevaient à 59,3 milliards de dollars et les importations de l’Union en provenance du continent représentaient 72,2 milliards. Conscients de leur retard dans le domaine commercial, les Etat-Unis ont mis en œuvre l’African Growth & Opportunity Act (AGOA) qu’ils présentent comme le pendant de la Convention de Cotonou. L’AGOA prévoit la suppression des droits d’entrée aux Etats-Unis pour un certain nombre de produits africains dont les textiles et les vêtements. Les produits couverts par l’AGOA ont représenté 9 milliards de dollars en 2002. Néanmoins, cette initiative présente un certain nombre de limites : d’une part, les exportations sont soumises à des quotas et, d’autre part, le bénéfice de l’AGOA implique le respect de conditionnalités draconiennes tant politiques, qu’économiques ou ‘sociales’. A l’heure actuelle 38 pays africains bénéficient de l’AGOA, la liste des bénéficiaires étant révisée chaque année en fonction des ‘performances’ des différents pays. En définitive, l’AGOA apparaît comme une piètre réplique de la Convention de Cotonou.

3 - Les investissements directs

Ils sont en régression depuis plusieurs années. En 2001, les investissements directs des États-Unis en Afrique subsaharienne ont atteint 798 millions de dollars en 2001, soit moins de 0,1 % de l'ensemble des investissements directs des États-Unis à l'étranger. En 1998, le flux d’investissement américain atteignait 3,8 milliards de dollars. En 2001, le stock d’investissements directs américains sur le continent apparaît très faible, évalué à 16 milliards de dollars. De plus, ces investissements se caractérisent par une double concentration. D’une part une concentration géographique : en 2001, le stock d’investissements directs représentait 3 milliards de dollars en Afrique du Sud, soit 18,6 % de toutes les immobilisations américaines en Afrique, 1,5 milliards de dollars (9,4 %) en Angola et 1,3 milliards de dollars (8,1 %) au Nigeria. D’autre part, une concentration sectorielle : les investissements se dirigent principalement vers le secteur pétrolier au Nigeria et en Angola et vers les secteurs minier et manufacturier en Afrique du Sud. Etant données leur faiblesse et leur concentration dans le secteur primaire, il est à craindre que les investissements américains ne produisent pas les effets d’entraînement sur le développement escomptés par les africains. Enfin, l’instabilité politique, économique et sociale chronique qui caractérise le continent,accroît les risques et dissuade les investisseurs, qu’ils soient américains ou européens. Dans le cadre de la mondialisation libérale, on voit mal comment George Bush pourrait ‘contraindre’ les entreprises privées américaines à investir en Afrique.

4 - L’intervention dans les conflits africains

Qualifiés de ‘gendarmes du monde’, les Etats-Unis ne semblent pourtant pas vraiment disposés à devenir les gendarmes de l’Afrique. D’une part, en raison du précédent somalien toujours présent dans la mémoire collective de la population américaine. D’autre part, il semble que les évaluations prospectives mettant en balance la ‘rentabilité’ et le ‘risque’ attachés à des interventions pour le maintien de la paix en Afrique ne soient pas favorables à une implication active. La récente timide intervention au Liberia semble répondre à d’autres préoccupations : historique, voyage de George Bush en Afrique…

 

En définitive, il apparaît que les attentes des africains risquent fort d’être déçues. En sera-t-il de même pour celles des Etats-Unis ? La visite de George Bush en Afrique semble motivée par la poursuite de la stratégie qu’il tente de déployer à l’échelle mondiale. Il s’agit :

  • De ‘sécuriser’ les approvisionnements énergétique et de produits miniers par une diversification des fournisseurs ;
  • De lutter contre les foyers potentiels ou avérés de terrorisme ;
  • D’utiliser l’Afrique du Sud comme relais de l’impérialisme américain dans le cône austral ;
  • D’identifier et de sécuriser les gisements de profit pour les multinationales américaines tout en essayant de faire supporter les coûts de cette sécurisation par l’Europe dans le cadre d’une ‘division du travail’ constatée sous d’autres cieux .

Malgré leur puissance militaire, les Etats-Unis sont frappés par une crise économique structurelle et on peut se demander s’ils auront les moyens de mener à bien les politiques permettant d’atteindre leurs objectifs en Afrique.

 

Bernard Conte









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