1 - L’aide publique au
développement
Avant son
départ pour l’Afrique, George Bush a annoncé son programme de 15 milliards
de dollars pour la lutte contre le sida, ainsi que son plan pour combattre le
terrorisme en Afrique de l'Est d’un montant de 100 millions de dollars. Plus
généralement, l’aide américaine à l’Afrique s’opère dans le cadre du
programme d'aide pour ‘le millénaire’ (MCA) et de la Loi sur la croissance
et les opportunités en Afrique (OGOA). Certes, « les États-unis ont
augmenté leur aide publique au développement (APD) de 11,6% en termes réels
en 2002, la portant à 12,9milliards de dollars, soit 0,12% de leur revenu
national brut (RNB). Cette progression résulte principalement des ressources
complémentaires et des crédits d'urgence débloqués en réponse aux attaques
terroristes du 11 septembre 2001 ainsi que de nouvelles initiatives, surtout
dans les domaines de la santé et de l'aide humanitaire » (OCDE).
Néanmoins, l’effort d’aide des Etats-Unis reste inférieur à celui de l’Union
européenne qui, au cours de la même période, a consacré 0,34 % de son RNB à
l’APD. De plus même si les Etats-Unis ont augmenté la part de leur APD
destinée à l’Afrique subsaharienne, 20,5% en 2000-2001, contre 12% en
1990-1991, cette part reste bien inférieure à celle que consacre l’Union
européenne au continent (41,9%). Enfin, l’aide américaine à l’Afrique
emprunte principalement le canal bilatéral, ce qui permet, d’une part, de
bien la différencier et de l’identifier auprès des récipiendaires et, d’autre
part, de la lier fortement à des conditionnalités draconiennes liées au
partage des vues américaines concernant la politique, l’économie, la
démocratie… Au total, les africains devront fournir d’importantes
contreparties à une aide américaine somme toute limitée.
2 - Le commerce
Dans les
échanges extérieurs des Etats-Unis, l’Afrique occupe une place marginale. En
2001, le continent représentait 1,7% des exportations (12,4 milliards de
dollars) et 2,3% des importations (26,8 milliards de $) américaines. Il est à
noter que l’Afrique absorbait 2% des exportations et assurait 3,3% des
importations des Etats-Unis en 1990. Le premier pays d’exportation est l’Afrique
du Sud qui occupe le 27ème rang parmi les marchés des produits
américains avec 3 milliards de dollars. Le Nigeria avec 9,2 milliards de
dollars se place en 21ème position parmi les fournisseurs des Etats-Unis.
Sachant que dans le classement de l’OMC, les 15 Etats de l’Union Européenne
sont regroupés dans une seule rubrique. A titre de comparaison, en 2001, les
exportations de l’UE vers l’Afrique s’élevaient à 59,3 milliards de
dollars et les importations de l’Union en provenance du continent
représentaient 72,2 milliards. Conscients de leur retard dans le domaine
commercial, les Etat-Unis ont mis en œuvre l’African Growth & Opportunity
Act (AGOA) qu’ils présentent comme le pendant de la Convention de Cotonou. L’AGOA
prévoit la suppression des droits d’entrée aux Etats-Unis pour un certain
nombre de produits africains dont les textiles et les vêtements. Les produits
couverts par l’AGOA ont représenté 9 milliards de dollars en 2002.
Néanmoins, cette initiative présente un certain nombre de limites : d’une
part, les exportations sont soumises à des quotas et, d’autre part, le
bénéfice de l’AGOA implique le respect de conditionnalités draconiennes
tant politiques, qu’économiques ou ‘sociales’. A l’heure actuelle 38
pays africains bénéficient de l’AGOA, la liste des bénéficiaires étant
révisée chaque année en fonction des ‘performances’ des différents pays.
En définitive, l’AGOA apparaît comme une piètre réplique de la Convention
de Cotonou.
3 - Les investissements
directs
Ils sont
en régression depuis plusieurs années. En 2001, les investissements directs
des États-Unis en Afrique subsaharienne ont atteint 798 millions de dollars en
2001, soit moins de 0,1 % de l'ensemble des investissements directs des
États-Unis à l'étranger. En 1998, le flux d’investissement américain
atteignait 3,8 milliards de dollars. En 2001, le stock d’investissements
directs américains sur le continent apparaît très faible, évalué à 16
milliards de dollars. De plus, ces investissements se caractérisent par une
double concentration. D’une part une concentration géographique : en
2001, le stock d’investissements directs représentait 3 milliards de dollars
en Afrique du Sud, soit 18,6 % de toutes les immobilisations américaines
en Afrique, 1,5 milliards de dollars (9,4 %) en Angola et 1,3 milliards de
dollars (8,1 %) au Nigeria. D’autre part, une concentration
sectorielle : les investissements se dirigent principalement vers le
secteur pétrolier au Nigeria et en Angola et vers les secteurs minier et
manufacturier en Afrique du Sud. Etant données leur faiblesse et leur
concentration dans le secteur primaire, il est à craindre que les
investissements américains ne produisent pas les effets d’entraînement sur
le développement escomptés par les africains. Enfin, l’instabilité
politique, économique et sociale chronique qui caractérise le
continent,accroît les risques et dissuade les investisseurs, qu’ils soient
américains ou européens. Dans le cadre de la mondialisation libérale, on voit
mal comment George Bush pourrait ‘contraindre’ les entreprises privées
américaines à investir en Afrique.
4 - L’intervention dans
les conflits africains
Qualifiés
de ‘gendarmes du monde’, les Etats-Unis ne semblent pourtant pas vraiment
disposés à devenir les gendarmes de l’Afrique. D’une part, en raison du
précédent somalien toujours présent dans la mémoire collective de la
population américaine. D’autre part, il semble que les évaluations
prospectives mettant en balance la ‘rentabilité’ et le ‘risque’
attachés à des interventions pour le maintien de la paix en Afrique ne soient
pas favorables à une implication active. La récente timide intervention au
Liberia semble répondre à d’autres préoccupations : historique, voyage
de George Bush en Afrique…
En
définitive, il apparaît que les attentes des africains risquent fort d’être
déçues. En sera-t-il de même pour celles des Etats-Unis ? La visite de
George Bush en Afrique semble motivée par la poursuite de la stratégie qu’il
tente de déployer à l’échelle mondiale. Il s’agit :
- De ‘sécuriser’
les approvisionnements énergétique et de produits miniers par une
diversification des fournisseurs ;
- De lutter contre les
foyers potentiels ou avérés de terrorisme ;
- D’utiliser l’Afrique
du Sud comme relais de l’impérialisme américain dans le cône
austral ;
- D’identifier et de
sécuriser les gisements de profit pour les multinationales américaines
tout en essayant de faire supporter les coûts de cette sécurisation par l’Europe
dans le cadre d’une ‘division du travail’ constatée sous d’autres
cieux .
Malgré
leur puissance militaire, les Etats-Unis sont frappés par une crise économique
structurelle et on peut se demander s’ils auront les moyens de mener à bien
les politiques permettant d’atteindre leurs objectifs en Afrique.
Bernard
Conte
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