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La
situation énergétique Américaine
De la
situation de nation détenant des ressources pétrolières et gazières
suffisantes, les Etats Unis ont vu, au cours des dernières dix années leur
situation se dégrader dramatiquement. Dans son rapport annuel faisant état de
la situation énergétique mondiale pour l’année 2000-2001, la compagnie
pétrolière Britannique, Amoco British Petroleum, dresse un état des lieux
alarmant : «… les Etats Unis détiendraient moins de trois milliards
de tonnes de pétrole en réserves nationales, ce qui pourrait leur permettre de
tenir exactement huit ans et demi, en gardant le même rythme d’extraction
(soit 370 millions de tonnes par an). Les Etats Unis importent actuellement
près de 500 millions de tonnes de brut par an. La situation du Gaz est de loin
plus alarmante ; les états Unis extraient près de 550 millions de mètres
cubes de gaz annuellement, alors que les réserves nationales sont de l’ordre
de 3,6 milliards de mètres cube. A ce rythme là les réserves en gaz seront
épuisées en moins de 7 ans. »
En
faisant un simple calcul mathématique, dans 6 ou 7 ans, et en ne tenant compte
que de leur croissance économique, les Etats Unis seront obligés d’importer,
afin de maintenir leur balance énergétique, prés de 1,4 milliards de tonnes
de brut par an, alors que la production mondiale annuelle est de 1,2 milliards.
Ce qui ne laissera rien aux autres grands importateurs mondiaux. Quand on pense
que les Etats Unis dépendent à plus de 50 pour cent de l’énergie fossile
pour leurs besoins énergétiques, on comprend mieux la hâte du gouvernement
américain à mettre la main sur n’importe quel gisement d’hydrocarbures, et
ce, à n’importe quel prix.
Dans un
article du 12 octobre 2000, le Herald Tribune, reprenant un article du New York
Times, affirmait que : «… les Etats Unis étaient sur le point de
perdre une campagne de lobbying intense qu’ils menaient depuis deux ans, afin
de convaincre les compagnies pétrolières de construire ‘‘rapidement’’
un pipeline (dont le coût est estimé à plusieurs milliards de dollars)
allant du Caucase à la méditerranée… ». Cette campagne de
lobbying était devenue la pièce maîtresse de leur politique étrangère.
Dès
lors, les Etats-Unis sont obligés, de facto, d’élargir très rapidement leur
sphère d’influence en cette partie du monde afin d’acheminer la matière
énergétique et de sécuriser les gisements.
La
Géopolitique de l’acheminement
Le tracé
du Pipeline reliant la Caspienne à la méditerranée est un vrai casse-tête
géopolitique. Plusieurs scénarios sont prévus par les différents acteurs de
ce grand Jeu (voir Document), mais aucun ne remporte l’adhésion de tout les
autres. Les grands consortiums pétroliers refusent toujours d’adhérer au
tracé iranien ; il faut dire que l’administration Américaine à
explicitement opposé son veto (l’Iran restant l’ancien ennemi des
Etats-Unis). Le tracé russe rencontre deux sortes d’opposition : Les
ex-républiques soviétiques sont peu ou pas enthousiasmées à renouer ce genre
de relation avec l’Ex-URSS, motifs historiques obligent. De plus les
Etats-Unis sont fortement opposés à un tracé qui passe par un pays dans
lequel ils ne pourront garantir eux-mêmes la sécurité de leur
approvisionnement. Enfin, le tracé préconisé par l’administration
américaine est celui qui passerait par l’Azerbaïdjan pour se terminer en
Turquie dans le port de Ceyhan. Ce tracé est celui qui assure aux Etats Unis un
acheminement sûr à travers un pays allié.
Toutefois
les Grands majors sont peu enclins à accepter ce tracé car, premièrement, la
production actuelle de brut en provenance de la Mer Caspienne ne justifie pas
les dépenses de construction d’un Pipeline de 2,5 milliards de dollars (la
majeure partie des installations reste doit encore être construite), et
deuxièmement, il existerait un tracé moins onéreux et plus court
(actuellement en construction) qui passerait par… les Balkans. Le Pipeline
traverserait l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Bulgarie, la Macédoine et l’Albanie
pour atteindre la méditerranéenne à travers l’Adriatique. Et c’est
apparemment cette solution qui semble avoir été finalement retenue par les
Américains.

Document
«Le Monde »- Oil Routes.
L’OTAN
comme garant sécuritaire
En ayant
une vue globale sur cette région du monde et sur les actions menées depuis
prés de trois ans par les Etats Unis, les pièces du Puzzle semblent s’emboîter
plus distinctement.
Le
premier Acte requière la nécessité de sécuriser la région des Balkans, ce
qui impliquerait un protectorat américain sur ladite région. Sans toutefois
commenter l’opportunité et la légitimité de l’intervention de l’OTAN au
Kosovo, ce premier acte a été mené à terme.
Le
deuxième acte requière, quant à lui, la nécessité d’imposer un
protectorat sur les républiques du Caucase ; condition actuellement en
cours d’exécution « accélérée ». Les Etats Unis placent peu à
peu leurs pions dans les républiques caucasiennes. Des bases militaires sont
déjà établies au Tadjikistan et en Ouzbékistan, tandis que le Kazakhstan,
décrit par les experts comme «la nouvelle Arabie Saoudite », à déjà
rejoint la sphère d’influence US. Le Kazakhstan en effet détiendrait, selon
les estimations américaines, plus de 30 milliards de barils de pétrole en
réserves prouvées. Les conseillers des plus grandes firmes US de conseil en
énergie (Gump, Strauss, Hauer and Feld et James Giffen l’opérateur de la
Mercator Bank) sont déjà fortement implantés dans la machine gouvernementale
du président Nazarbayev et contrôlent les orientations énergétiques du pays.
Il est certain que les grands acteurs Américains de la politique énergétique
profiteront pleinement de la croisade entamée par l’administration
américaine contre le terrorisme mondial suite aux attaques du 11 septembre,
pour s’assurer la domination du pétrole dans cette partie du monde. En clair,
aussi répressif et obscurantiste qu’il puisse être, le régime Taliban ne
justifie pas à lui seul cette action militaire. Les derniers développement
nous ont clairement montré que l’appareil militaire US table plutôt sur des
actions commandos pour abattre Ben Laden et ses sbires, et que le commandement
US ne souhaitait pas s’implanter en Afghanistan. Et à moins de mener une
guerre avec tout les régimes, arabes ou autres, soutenant directement ou
indirectement le terrorisme, la guerre en Afghanistan ne peut être considérée
que comme étant un prétexte. Les Etats Unis sont, sous couvert des actions en
Afghanistan, entrain de déployer en Eurasie les instruments militaires d’un
protectorat de l’énergie, appelé à agir sous couvert de l’OTAN*. Un
diplomate américain affirmait à juste titre « que l’OTAN était
devenue la force organisationnelle en cette partie du monde ».
En
mettant bout à bout ces informations, on distingue parfaitement un couloir
allant de la Caspienne jusqu’aux Balkans entièrement sous contrôle des
Etats-Unis. Il est plus que certain que le pipeline suivra ce tracé.
Réconfortant
cette théorie, est l’action menée par la Russie dans les républiques de
Géorgie et d’Abkhazie afin de déstabiliser ces deux pays dans le but de
compromettre le tracé américain. Pas plus tard que le 19 octobre 2001, et sous
couvert de riposte aux actions des terroristes tchétchènes en Abkhazie, des
avions russes ont survolé et bombardé des positions rebelles sur ce
territoire. Il est évident que la Russie cherche à faire perdurer un foyer de
tension dans cette région afin de pouvoir imposer son tracé ou, au moins, se
positionner en tant qu’acteur indispensable dans la sécurisation du pipeline.
Les
inconnues Russes et Europeennes
Les
grandes inconnues de ce puzzle de l’énergie resteront les réactions à long
terme de la Russie et de l’Europe. En effet la région du Caucase est
doublement importante pour la Russie. Au niveau sécuritaire tout d’abord, la
présence militaire Américaine dans cette région est ressentie comme une
ingérence directe; et sur le plan énergétique, les réserves en hydrocarbures
du Caucase sont vitales du fait de leur proximité géographique (donc un
pétrole moins cher que celui de la Sibérie) et un revenu se chiffrant en
milliards de dollars pour son acheminement à travers son territoire.
Mis à
part la Grande Bretagne, alliée traditionnelle des Etats Unis, l’Europe ne
pourra jamais accepter une dépendance énergétique des Etats Unis. Afin de
rester indépendante politiquement et économiquement, l’Europe a besoin d’être
ravitaillée de manière normale et sûre, sans avoir à passer en second. L’impatience
de la France à vouloir s’impliquer directement dans ce conflit est, à cet
égard, assez éloquente.
« Ce
qui est sur à ce stage, c’est que ces pipelines ne transporteront pas
uniquement du pétrole, mais de par leur existence, ils définiront les nouveaux
corridors du pouvoir et du commerce, et celui qui les contrôlera dominera la
région pour les décades à venir » affirmait un haut fonctionnaire
américain. Ce qui laisse présager que les batailles les plus dures et les plus
pernicieuses sont encore à venir.
*En
vertu de l’article 5 de la charte du Traité de l’Atlantique Nord,
légitimant une intervention de l’Organisation en cas d’attaque menée par
un pays tiers contre un de ses membres.
Nadim
Mallat-Lopez
Bibliographie
Kissinger,
H. A. "A World We Have Not Known", Newsweek, January 27, 1997.
"The
Changing Geopolitics of Energy", Anthony H. Cordesman and Sarin Hacatoryan,
Strategic Energy Initiative - Center
for Strategic and International Studies, August 11, 1998.
The
Economics of Pipeline Routes: "The Conundrum of Oil Exports from the
Caspian Basin" , Ronald Soligo and Amy Jaffe, April 1998.
"Meeting
on Azeri Gas", Rashid Djevanshir (President du Shah Deniz Consortium) et
Joseph Welge (Vice President, Gas and Power Marketing, BP Amoco Group), 2 Mars
2000.
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