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COMBATTRE
LA PAUVRETE
Les
nations riches ne peuvent plus se couper du reste du monde et croire pouvoir s’enfermer
dans un cocon ou un bulle ou même une forteresse dont la protection est
illusoire.
La
nouvelle politique étrangère doit, en fait, répondre simultanément à une
double question, démontrant par là même l’extrême interdépendance du
monde dans lequel nous vivons :
Le
choix de telle politique rend-il mon pays plus riche et plus sûr, en
donnant une base matérielle à la justice sociale, et la même politique
réduit-elle les causes de la terreur, de la pauvreté et de l’inégalité
dans le monde ?(2)
Il est
significatif que le discours de la Baroness Symons à la Chambre des Lords
établisse un lien entre les affaires étrangères, le développement
international et les questions de défense (3). Elle souligne la collaboration
interministérielle qui s’est établie dans le cadre de la Defense
Diplomacy entre le FCO, le Ministère du Développement International
(DFID), le Ministère du Commerce et de l’Industrie (DTI), British Trade
International et Trade Partners UK. Dans notre monde globalisé, insiste-t-elle,
non seulement la prospérité suppose la sécurité, mais ce qui se passe à l’étranger
affecte directement la Grande-Bretagne, et inversement. Cette interdépendance
de la politique étrangère et de la politique intérieure est devenue une
certitude profondément ancrée chez tous les membres du gouvernement Blair.
C’est
parce qu’il existe un lien de causalité directe entre mauvais gouvernement et
mauvaise gouvernance, c’est parce que les questions économiques, sociales et
environnementales affectent immanquablement les relations entre les peuples et
les Etats que l’action du FCO doit être prolongée par celle du DFID, du DTI
et autres ministères concernés dans le monde entier, mais surtout en Afrique.
L’action
du Département pour le Développement International (DFID)
Le
Rapport Annuel du DFID, présenté en 2003 par la Baroness Amos (4) insiste sur
la part prise par le Royaume-Uni en 2002-03 pour réduire la pauvreté mondiale
conformément aux Buts de Développement du Millénaire (Millenium
Development Goals ou MDGs) fixés par l’Assemblée Générale des Nations
Unies fin 2000. le Rapport rappelle que la Grande-Bretagne s’est engagée à
consacrer 90 % de son aide aux pays les plus pauvres (soit une hausse de 100 %
par rapport à aujourd’hui), et à fournir à l’Afrique £ 1 milliard au
titre de l’aide au développement (development assistance) pour
2005/2006. Il s’agit du plus haut niveau de l’aide jamais apportée par le
Royaume-Uni en 20 ans : le budget du DFID frôlera £ 4,6 milliards/an vers
2005/2006.
Le DFID
fournit de la nourriture à l’Ethiopie et à l’Afrique australe. En octobre
2002, il a installé une cellule de crise humanitaire pour l’Afrique australe
à Johannesburg afin de travailler plus efficacement vers les bureaux régionaux
des Nations Unies, de la Croix Rouge, des ONGs et des donateurs en Afrique du
Sud. L’action humanitaire entreprise par le DFID en Irak depuis le début de l’Opération
Liberté pour l’Irak se chiffrait fin 2002 à £ 200 millions dont £ 115
avaient déjà été débloqués. Sans compter les £ 110 millions consacrés
par le DFID à la reconstruction de l’Afghanistan depuis le 9/11.
L’analyse
faite par le DFID concernant l’Afrique est corroborée par des ONGs réputées
agissant dans d’autres parties du monde. Ainsi, la relation de cause à effet
entre la guerre et la pauvreté est clairement affirmée dans des Rapports comme
celui de Christian Aid mettant en évidence la destruction de la
société causée par l’occupation des territoires palestiniens par les forces
israéliennes et l’incurie de l’Autorité Palestinienne (5). C’est
pourquoi le Processus de Paix au Moyen Orient (MEPP), souligne Bill Rammell,
sous-secrétaire d’Etat parlementaire du FCO, doit donner ses chances à la
paix, à la justice sociale et à la prospérité :
Le
Moyen Orient est en tête des priorités de la politique étrangère
britannique. Les questions qui touchent le monde arabe présentent un
intérêt et une importance directs pour le peuple britannique en raison de
leur impact sur la sécurité internationale, l’économie mondiale et la
stabilité régionale(6).
Par son
action à travers le DFID, le FCO concrétise la dimension économique et
sociale de sa politique étrangère éthique qui ne se borne pas à l’édiction
de quelques grands principes abstraits jetés en pâture à l’opinion publique
ou destinés aux agoras internationales.
Au dicton
« ventre creux n’a pas d’oreilles » Jack Straw substitue
celui-ci : « ventre affamé, esprit échauffé » (Hungry
people are angry people). Il est effectivement impossible de créer des
conditions propices à la paix et à la stabilité si ne sont pas satisfaits les
besoins élémentaires (accès à l’eau, à la nourriture, au logement, à la
santé et à l’enseignement) de la vaste majorité de l’humanité qui vit
dans un dénuement aussi moralement choquant que politiquement dangereux.
Le
Premier Ministre britannique prône une morale mondiale où l’égoïsme
national a partie liée avec l’altruisme intéressé :
La
vision de la globalisation mûe par une éthique mondiale, par des valeurs
universelles, n’est pas utopique. Elle est d’un réalisme moderne.
Jamais il n’y a eu une époque où l’intérêt égoïste et l’intérêt
mutuel n’ont été aussi étroitement dépendants l’un de l’autre.
Une
politique étrangère « morale » ne peut que promouvoir un commerce
équitable.
Le commerce équitable au
service de la paix et du développement
Au cœur des
échanges Nord-Sud se situe la politique agricole des Etats-Unis et de l’Union
Européenne. Aux premiers comme à la seconde la Baroness Amos reproche de faire
des entorses aux engagements pris lors de la conférence de l’Organisation
Mondiale du Commerce (OMC) à Doha en 2001 et de compromettre la conférence de
Cancun de 2003 (7). Les subventions à l’agriculture en particulier, les
échanges Nord-Sud en général sont emblématiques de la difficulté de
concilier morale et efficacité économique. Le protectionnisme est coûteux
pour le contribuable européen ou américain et fait régresser les économies
et sociétés des pays pauvres, notamment l’Afrique dont la part dans le
commerce mondial a chuté de moitié (4,4 % en 1983 contre 2,3 % en 2000).
D’où
le vigoureux plaidoyer de la Baroness Amos en faveur de la libéralisation du
commerce multilatéral (8) tel qu’il est prôné par l’Adam Smith
Institute et tel qu’il fut présenté par Gordon Brown lors du dîner
annuel du patronat britannique (Confederation of British Industry ou CBI)
à Londres le 21 mai 2003. Dans la plus pure tradition utilitariste, l’intérêt
égoïste veut coïncider ici avec la morale.
Le DTI et
le DFID se font courroies de transmission du FCO sur le terrain au quotidien.
Avec le Fonds Monétaire International (9), Clare Short alors en fonction au
DFID s’était fixée comme objectif de « faire fonctionner la
globalisation au profit des pauvres » :
C’est
un impératif moral que de faire fonctionner plus efficacement la
globalisation au profit des pauvres. Il y va aussi de notre intérêt à
tous. Bon nombre de défis du monde contemporain : les guerres et les
conflits ; les mouvements de réfugiés ; la violation des droits
de l’Homme ; le crime international, le terrorisme et le trafic de
drogues illicites ; l’extension de pandémies comme le
SIDA/HIV ; et la dégradation de l’environnement, tous ces défis
sont occasionnés ou exacerbés par la pauvreté et l’inégalité (10).
Le
Secrétaire-Général de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le
Développement (UNCTAD), Rubens Ricupero, se demande pourquoi les pays
industrialisés ont pu profiter de décennies entières pour
« ajuster » leurs économies aux importations de produits agricoles
en provenance des pays en voie de développement alors que ces derniers sont
sommés d’ouvrir sans délai leurs frontières aux banques et aux sociétés
de télécommunications occidentales (11).
Reprenant
le concept de l’Initiative de Financement Privé (Private Finance
Initiative/Public Private Partnership ou PFI/PPP), le DFID avance l’idée
d’un partenariat tripartite au sein duquel collaboreraient le secteur privé,
la société civile et les gouvernements afin de réduire la pauvreté et d’assurer
le développement durable. En assumant leur responsabilité sociale (corporate
social responsibility ou CSR), définie et analysée par le FCO dans son
Rapport 2003 sur les Droits de l’Homme (12), les entreprises contribuent à la
moralisation de la vie publique et confèrent une crédibilité à la politique
étrangère des pays donateurs riches.
LE NOUVEAU
PARTENARIAT POUR LE DEVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE
La Politique Africaine du
Royaume-Uni
Le site
Internet du Foreign and Commonwealth Office consacré à l’Afrique
donne l’orientation générale de la politique africaine du Royaume-Uni en ces
termes : « promouvoir le changement positif à travers tout le
continent » au XXI è siècle, en collaboration avec la communauté
internationale et en partenariat avec les Africains eux-mêmes.
Le gouvernement
britannique précise le triple objectif à atteindre : construire la paix,
la prospérité et la démocratie.
La
paix : la Grande-Bretagne appuie les efforts visant à prévenir ou
arrêter les conflits et établir une paix durable.
La
prospérité : la pauvreté est moralement condamnable et source de
déstabilisation, juge le FCO. La Grande-Bretagne veut aider à construire une
prospérité durable en promouvant le commerce, en réduisant la dette
extérieure et en soutenant le développement.
La
démocratie : responsabilité, transparence, bonne gouvernance, état de
Droit et respect des droits de l’Homme sont fondamentaux. Ces valeurs aident
au décollage économique et empêchent les guerres. La Grande-Bretagne soutient
les gouvernements, organisations et personnes privées qui épousent ces
principes.
Ainsi,
cinquante ans après s’être précipitamment retirée de ses colonies sur le
continent africain, la Grande- Bretagne y revient en force.
Lors de
sa visite en Afrique du Sud en 1999, Tony Blair exprima la volonté de la
Grande-Bretagne de contribuer au renouveau africain grâce à l’établissement
de partenariats avec certains pays (Afrique du Sud, Nigeria…). Prenant la
parole en septembre 2000 aux Nations Unies, à l’occasion du Sommet du
Millénaire, Tony Blair évoqua « le bilan épouvantable d’échec en
Afrique de la part du monde développé, bilan qui choque et fait honte à notre
civilisation » (13).
La
politique poursuivie par Londres en Afrique vise à contribuer à la
réinsertion de ce continent dans l’économie mondiale, à encourager le
nouveau partenariat pour son développement et à collaborer avec la France dans
plusieurs domaines.
Le
renouveau de l’Afrique a été annoncé aux Nations Unies lors du Programme du
Millénaire en faveur de l’Afrique et a fait l’objet d’ « Un
Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique » (New
Partnership for Africa Development ou NEPAD).
Le NEPAD
est une tentative historique d’assurer la prospérité en instaurant la
sécurité en Afrique.
Ce
nouveau partenariat ambitionne de sortir l’Afrique de son « ghetto
stratégique » de l’après-Guerre Froide afin de l’intégrer au
« concert des nations ». Achille Mbembe, dans Le Monde
Diplomatique (14), décrit les importantes et fluctuantes recompositions
géopolitiques du continent africain où, sous l’effet conjugué des
migrations régionales et de l’éclatement des Etats en proie à des violences
ethniques ou religieuses ou à des aventures militaires attisées par les
convoitises pétrolifères, aurifères, diamantifères et forestières, les
facteurs transnationaux et locaux s’imbriquent.
Lors de
la définition des Objectifs du Millénaire peu de temps avant le Sommet du
même nom, le Chancelier de l’Echiquier, Gordon Brown, avait proposé un
véritable « Plan Marshall » reposant sur le doublement de l’aide
apportée aux pays en voie de développement (15). Ce dont a besoin l’Afrique,
ce n’est plus d’aide, mais d’échanges (trade, not aid), et surtout
que le commerce ne soit pas seulement libre, mais équitable, loyal (no free
trade without fair trade) (16).
Ce
message a bien été entendu de Tony Blair qui concluait son voyage en Afrique
du Sud en promettant non seulement d’inciter les pays développés à opérer
de tels transferts, mais aussi à ouvrir davantage leurs marchés aux produits
africains (17). La conviction profonde du Premier Ministre est que le défi le
plus pressant posé à notre époque est la lutte contre la pauvreté laquelle
est inconcevable hors d’un cadre institutionnel démocratique.
Aux yeux
de Tony Blair, bonne gouvernance et démocratie vont naturellement de pair. Il
ne saurait y avoir de prospérité généralisée sans stabilité politique ni
respect des droits de l’Homme.
M. Blair
invite la communauté internationale à répondre à l’appel de l’Afrique.
Les préoccupations sécuritaires figurent en bonne place. Ainsi, en 2002, James
Wolfensohn, Président de la Banque Mondiale, estimait qu’atteindre les
Objectifs du Millénaire était non seulement une obligation morale, mais une
condition essentielle pour assurer, à terme, la sécurité du monde riche (18).
Lui emboîtant le pas, le Chef de l’OMC, Mike Moore déclarait la même
année :
La
pauvreté sous toutes ses formes est la première de toutes les menaces pour
la paix, la sécurité, la démocratie, les droits de l’Homme et l’environnement
(19).
En
ciblant plus précisément l’Afrique occidentale, M. Wolfensohn invitait en
2004 le Nigeria à œuvrer à l’intégration économique de la région afin de
déclencher un cycle vertueux de prévention des conflits (20).
L’Afrique
compte
Cette
rhétorique sécuritaire se retrouvera chez Jack Straw, Clare Short et Tony
Blair, et sous-tend également largement le discours français. L’article
publié par Jack Straw The Independent on Sunday, le 3 février 2001,
souligne l’interaction de la pauvreté et des conflits en Afrique.
Si des
pays tels que le Ghana et le Nigeria sont passés de la dictature à la
démocratie, si le Mozambique a prouvé qu’il est possible de briser le cycle
infernal des conflits, si l’Afrique du Sud a vaincu « le mal », le
Zimbabwe sert fort à propos de contre-exemple. L’Afrique, poursuit Jack
Straw, est le seul continent qui ait été incapable de tirer profit de la
globalisation. Il lance un cri d’alarme :
Nous ne
pouvons pas, nous ne devons pas oublier l’Afrique. Nous ne pouvons pas nous
satisfaire d’un monde dans lequel quatre continents vont de l’avant
pendant qu’un autre régresse. Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur l’inégalité
flagrante entre les nations, pas plus que nous pouvons fermer les yeux sur l’inégalité
entre les individus dans nos propres nations prospères (21).
C’est
à cet endroit que le ministre des Affaires Etrangères martèle un thème qui
est devenu récurrent dans la dialectique du gouvernement Blair, puisqu’il
sera repris à satiété tant par Clare Short que par le Premier Ministre
lui-même :
le
désordre à l’étranger peut menacer la sécurité chez nous.
ou d’expliquer
pourquoi la Grande-Bretagne s’intéresse tant à l’Afrique :
Mais,
nous nous soucions de l’Afrique parce qu’il n’est plus possible de ne
pas tenir compte des problèmes du monde sans courir le risque d’en subir
les conséquences finalement.
L’instabilité
en Afrique n’est dans l’intérêt de personne. Partant de la constatation
que « L’Afrique est le proche étranger de l’Europe » (Africa
is Europe’s near abroad), Clare Short raisonne de la même manière que
Jack Straw et Tony Blair :
Si
elle connaît des difficultés, ces difficultés et ces conflits gagneront
le monde entier (22).
Au nom de
la Realpolitik, Clare Short ne voit aucune contradiction entre ce qui est
moralement juste, ce qui est socialement juste et l’intérêt égoïste
intelligemment compris de la Grande-Bretagne. Ce dernier commande à la
Grande-Bretagne d’assurer un avenir meilleur et plein d’espoir à l’Afrique.
La
sécurité est un préalable au développement économique. Citant la
publication de la Banque Mondiale intitulée « Voix de Pauvres »,
Clare Short déclarait :
Ce qu’ils
(les pauvres) demandent le plus, c’est la sécurité. Personne ne peut se
mettre à faire pousser des choux, à élever des poulets, emmener les
enfants à l’école ou être sûr de pouvoir bénéficier de soins si le
désordre est total et le chaos règne. Les conflits oppriment les gens,
détruisent les infrastructures et retardent le développement.
Le
raisonnement avancé par l’ex-Secrétaire d’Etat au développement est le
suivant : de la résolution des conflits dépend la réforme des
institutions laquelle, à son tour, permet la croissance économique et donc la
réduction de la pauvreté. La sécurité crée les conditions propices à la
démocratie, à la lutte contre la corruption, attire les investissements et
donne accès à la technologie moderne. Si l’on veut atteindre l’objectif
fixé par l’ONU lors du Sommet de son Millénaire, à savoir la réduction de
moitié de la pauvreté dans le monde d’ici 2015, l’ensemble de l’Afrique
doit connaître une croissance de 7 %. En prenant en main son destin dans le
cadre du NEPAD, l’Afrique se donne de bonnes chances de réussite.
Le
Royaume-Uni propose d’aider l’Afrique à se réformer « en raison des
besoins qu’a l’Afrique et des dangers auxquels elle expose le monde ».
Mais, la Grande-Bretagne ne peut seule relever pareil défi, elle a besoin de s’associer
à l’UE et au G8. Il est indispensable de coordonner les efforts
internationaux.
Clare
Short mit en lumière un engrenage. Paradoxalement, démontra-t-elle, les
malheurs de l’Afrique sont causés par sa richesse : ainsi, les
ressources diamantifères font l’objet de trafics criminels et de combats
impitoyables dont la finalité est le trafic de drogues. Il en résulte une
extension à grande échelle de maladies dévastatrices et des mouvements
migratoires de grande ampleur, qu’il s’agisse de déplacements de personnes
à l’intérieur des frontières de leur Etat ou d’exodes massifs de
réfugiés. La solution pour les pays du Nord qui doivent accueillir, bon gré
mal gré, l’afflux de migrants non désirés ou bien parer de toute urgence à
des catastrophes humanitaires dans le Tiers Monde consiste à endiguer la
déferlante migratoire à la source et à s’attaquer aux causes mêmes des
problèmes. L’ingérence humanitaire est devenue inévitable dans le village
planétaire, car les problèmes des uns affectent forcément les autres. On
entrevoit ici les implications en droit international (23).
L’aide
à l’Afrique : promouvoir l’éthique de la globalisation
Tony
Blair s’est fixé comme objectif de son second mandat d’aider l’Afrique,
cette « balafre sur le visage du monde » (a scar on the face of
the world) à sortir de la pauvreté.
En
février 2002, au cours d’une tournée dans plusieurs pays africains, le
Premier Ministre britannique développa longuement la nouvelle approche de
Londres envers ce continent.
Il s’adressa
d’abord à l’Assemblée Nationale du Nigeria, le 7 février 2002 : agir
est un devoir ; l’Afrique est un partenaire avec lequel, sur un pied d’égalité,
il faut bâtir un monde plus juste, et, par conséquent, plus sûr :
N’oublions
pas : l’Afrique est un marché de 750 millions de gens au seuil de l’Europe.
Et les évènements du 11 septembre et leurs séquelles illustre fortement
que la sécurité de chacun de nous dépend de la prospérité de nous tous.
Dans le monde interdépendant d’aujourd’hui, il ne peut y avoir aucune
sécurité à l’avenir pour quiconque à moins que nous ne gérions la
globalisation plus justement (24).
Dans ce
monde globalisé, l’interdépendance est le maître mot. En outre, en Afrique
comme dans les pays industrialisés, il ne saurait y avoir de prospérité sans
sécurité, et inversement.
De même
que dans le passé la Grande-Bretagne se montra solidaire de l’Afrique du Sud
dans sa lutte contre l’Apartheid, de même aujourd’hui il échoit à la
première une « responsabilité particulière » (a special
responsibility) envers la seconde, insiste Tony Blair. C’est dans cet
esprit que le Premier Ministre évoque le terme de « partenariat ».
Ce concept dépasse, d’ailleurs, l’aide pure et simple car il importe de
reconsidérer la relation :
J’insiste
sur le mot « partenariat ». Il n’est pas seulement question d’aide.
Il ne s’agit pas seulement de ce que nous donnons. Vous avez besoin de
notre soutien. Mais, nous avons besoin que vous réussissiez.
Face à
la multiplicité des causes explicatrices de l’état dans lequel l’Afrique
se trouve actuellement, seul un plan d’action cohérent mis en place
conjointement par les pays africains et le monde développé sera garant de
succès.
Ce plan
de renaissance de l’Afrique fut présenté aux dirigeants du G8 à Gênes en
2001 par les Présidents Obasanjo, Mbeki et Wade et fut étudié lors du sommet
du G8 au Canada en juillet 2002. Les pays du G8 ont nommé des Représentants
Particuliers pour collaborer avec le comité directeur chargé de réaliser ce
plan, maintenant connu sous le nom de NEPAD.
La
sécurité collective est la préoccupation majeure. Elle nécessite un effort
concerté. C’est pourquoi la France (Jacques Chirac à Paris, Michel Camdessus
au Sénégal) et les Etats-Unis (Paul O’Neill, Secrétaire d’Etat au
Trésor) se joignirent à la Grande-Bretagne et au Canada pour réaliser d’ici
20015 les Buts du Développement définis lors du Sommet du Millénaire (Millenium
Development Goals) des Nations Unies.
Devant l’Assemblée
Nationale du Nigeria, Tony Blair développa une réflexion centrée sur quatre
domaines critiques : la paix, la bonne gouvernance, la croissance et les
ressources humaines.
La paix
est la condition préalable à tout développement en Afrique. Tony Blair estime
que 20 % des Africains vivent dans des contrées en guerre (région des Grands
Lacs, RDC, Corne de l’Afrique…).
Revient
alors l’antienne sécuritaire : les conflits en Afrique constituent une
menace pour la sécurité mondiale car ils occasionnent des déplacements
massifs de populations et favorisent les réseaux terroristes et ceux du crime
international. Le Premier Ministre conforte les dirigeants du NEPAD dans leur
approche sécuritaire comme traitement préventif pour assurer le développement
et la prospérité :
Par
conséquent, le NEPAD a raison de donner la priorité à la prévention et à la
résolution des conflits violents. Il s’agit là d’une condition préalable
au développement et à la réduction de la pauvreté en Afrique.
Tony
Blair se réjouit de voir les initiatives entreprises par le comité exécutif
du NEPAD en vue de moraliser la vie publique et d’assurer la bonne
gouvernance: lutte anti-corruption, transparence du financement des partis
politiques, réforme de l’administration et de la Justice.
Le
Premier Ministre proposa une nouvelle approche: les pays donateurs ne devraient
plus lier l’aide qu’ils fournissent à l’obtention de contrats commerciaux
en échange. Il compléta sa proposition en suggérant d’une part de lier l’aide
aux réformes (des institutions politiques et des structures économiques), et d’autre
part de relever le défi lancé par le délégué du Nigeria au Sommet de Doha,
à savoir accroître les échanges commerciaux. En effet,
Ce n’est
pas l’excès de commerce, mais son insuffisance qui explique la pauvreté
dans les pays en voie de développement.
Tony
Blair donna acte au Président Wade du Sénégal des critiques qu’il avait
formulées : les pays développés devraient mettre leurs actes en accord avec
leurs discours et donc baisser, voire supprimer les barrières douanières qu’ils
ont érigées pour protéger certains de leurs secteurs comme l’agriculture.
L’allègement
de la dette des Pays Pauvres Très Endettés (Heavily Indebted Poor Countries
ou HIPC) a réellement soulagé les plus pauvres. Le Royaume-Uni, qui est le
plus important bailleur de fonds du Nigeria, se déclare prêt à consentir un
effort particulier à son profit à la condition expresse qu’il fasse la
preuve de sa capacité à réformer son économie, c’est à –dire à la
libéraliser.
Le
développement économique serait incomplet sans un investissement dans les
hommes, leur santé, leur nourriture, leur formation.
La lutte
contre le fléau du SIDA / HIV est l’absolue priorité en Afrique qui n’est
certes pas la seule partie du globe dont la population est atteinte par cette
pandémie. En effet, le taux d’infection croît rapidement en Asie australe,
en Chine, en Russie et en Europe Centrale et Orientale. Toutefois, l’Afrique
se singularise tragiquement par le fait qu’elle concentre 70 % des cas de
SIDA/HIV de la planète. Son avenir semble gravement hypothéqué :
hécatombe dans la population, régression économique… Il n’est pas vain de
se demander où l’Afrique du XXI e siècle, aux prises avec cette pandémie
ravageuse, trouvera les bras et les cerveaux indispensables à sa
« renaissance ».
LE ROYAUME
UNI ET L’AFRIQUE UTILE
Il
convient de compléter la présentation générale de la politique mise en
œuvre par Londres en Afrique par la présentation rapide d’un certain nombre
de pays africains dont les ressources et/ou la situation présentent un
intérêt stratégique aux yeux des pays riches (25). Les potentialités
énergétiques et minérales qui permettent le financement des belligérants
sont à la base des conflits de la région et de la persistance des troubles.
L'Afrique
centrale et australe regroupe d’une part des États ayant des richesses
minérales et énergétiques importantes et variées (exploitées ou non), et de
l'autre des États qui n'en disposent absolument pas. La première catégorie
fait partie, selon l'expression américaine, de « l'Afrique utile ».
Deux pays sont particulièrement caractéristiques du phénomène : la région
Est de la RDC, le Kivu, qui par ses potentialités minières et énergétiques
fait figure d'Eldorado africain ; et l'Angola des côtes pétrolifères et de
l'intérieur diamantifère. Ces territoires en question sont des sources de
conflits très violents. Sur le plan des potentialités agricoles, une
troisième catégorie se distingue, formée de pays agricoles très fertiles
touchés par de fortes contestations sociales (Zimbabwe) ou démographiques
(Rwanda).
Le
Royaume-Uni s’est lancé dans une entreprise de grande envergure, concentrant
son action sur ces « géants » que sont l’Afrique du Sud et le
Nigeria tout en gardant au feu de multiples fers, consolidant ses liens avec ses
anciennes colonies, nouant de nouvelles et fructueuses relations avec d’autres
jusqu’ici étrangers à sa sphère d’influence et même remontant au-delà
de la seule région sub-Saharienne jusqu’aux colonnes d’Hercule.
En ce qui
concerne l’Afrique, une foule de renseignements inestimables est disponible
sur le site Internet du FCO. L’Africa Factbook fournit des fiches
signalétiques (Country Profiles) très documentées sur chaque Etat
africain. Les Rapports sur Droits de l’Homme passent en revue tous les
aspects humains ou humanitaires des problèmes auxquels la politique étrangère
britannique se trouve confrontée. L’on constatera que Londres a une vision
globale des questions et pratique, avec ses alliés européens et les Nations
Unies, une politique volontariste en cohérence avec sa philosophie politique
universaliste et ses objectifs propres.
La
politique suivie par la Grande-Bretagne en Afrique illustre avec pertinence le
concept de diplomatie économique appliqué à l’échelle d’un continent
tout entier.
En
Afrique, le pétrole n’est jamais loin…en Angola, au Nigeria, au Congo, au
Gabon, en Guinée Equatoriale… « l’or noir (est) en garde à
vue » (26). La finalité « éthique » de la politique
étrangère conduite par Londres s’est récemment manifestée lorsque Tony
Blair demanda aux compagnies pétrolières de déclarer spontanément les sommes
qu’elles versaient pour les concessions de pétrole et les droits acquittés
pour exploiter les richesses africaines. Si l’initiative britannique a reçu l’appui
de six pays (dont la France, l’Inde et l’Afrique du Sud) et de deux
compagnies pétrolières européennes (British Petroleum et Royal Dutch/Shell),
la bonne volonté des « majors » américaines menées par Exxon
Mobil et Chevron Texaco est loin d’être acquise et n’est pas susceptible d’être
encouragée par les représentants du lobby pétrolier à la Maison Blanche
(27). Pour les Etats-Unis, les importations de pétrole africain sont devenues
un problème de « sécurité nationale » (au sens de la National
Security Stratregy), leur permettant de réduire leur dépendance par
rapport au Moyen Orient (28).
Le
Nigeria, un géant de l'Afrique : trop d’hommes et beaucoup d’or noir
Avec
l’Afrique du Sud, le Nigeria est l’un des deux géants de l'Afrique, dont
l’influence
s’étend sur la région. Il se distingue de ses voisins par la possession de
deux atouts importants, paradoxalement difficiles à gérer par l'État
Nigérian : le poids démographique et la présence de gisements de pétrole.
L’intensification
de la reprise des relations entre Londres et Abuja s’explique non seulement
par l’importance du Nigeria en tant que pays producteur de pétrole, mais
aussi parce qu’il est le deuxième marché pour les exportations britanniques
en Afrique.
Soucieux
de sécuriser son approvisionnement en pétrole et de préserver la stabilité
et l’unité du Nigéria, Washington est en train de déployer ses Forces
Spéciales dans les Etats de la région sub-sahélienne (Tchad, Mali,
Mauritanie, Niger) afin d’endiguer les infiltrations de militants islamiques
depuis le sud de l’Algérie, et à terme, de sécuriser toute la partie de l’Afrique
allant de Djibouti au Burkina Faso, rapportent diverses sources convergentes
(29).
L’Angola
Peter Hain, Ministre
du FCO, effectua une visite en Angola du 4 au 6 juillet 2000, au cours de
laquelle il fit part au Président Dos Santos de la préoccupation du
gouvernement britannique concernant le respect des droits de l’Homme en Angola
et également du problème de la corruption, liée essentiellement aux revenus
tirés du pétrole. Il signa au nom du gouvernement de Londres un Accord de
Promotion et de Protection des Investissements ainsi qu’un Protocole d’Accord
sur les Services Aériens.
Il se fit
donneur de leçons car l’Angola, à son sens, gaspille ses immenses ressources
dans la guerre. Il tint à dénoncer ce gâchis :
L’Angola
est un pays riche appauvri par la corruption et la malhonnêteté. Sa
richesse doit profiter à tout son peuple, et non seulement à une
minorité. L’argent que procurent le pétrole et les diamants doit servir
à construire de nouveaux hôpitaux, de nouvelles écoles, des universités
et des instituts techniques. Il doit servir à construire de nouvelles
routes, de nouveaux ponts et chemins de fer. Il doit servir à tirer les
simples citoyens Angolais de la pauvreté, de la peur et de la dépendance.
Et servir à garantir leur propre développement et celui de leur pays
pleinement.
Mais,
pour Peter Hain, il ne suffit pas de mettre un terme à la guerre. Il faut en
finir avec les pots de vin et les faveurs. Les Angolais ont besoin d’un
gouvernement « propre et compétent », et de vivre dans une
économie de marché ouverte fonctionnant dans le cadre de la loi et au profit
de tous. Il se réjouit que l’Angola ait accepté un programme contrôlé par
le FMI : c’est un « premier pas vital » dans la bonne direction
dans ce « monde où nous dépendons tous les uns des autres » .
Le
Royaume-Uni a largement répondu aux appels à l’aide humanitaire (surtout
alimentaire) lancés par des Organisations Internationales Non Gouvernementales
et les Nations Unies.
Le poids
international de l’Angola se mesure à l’intérêt que lui porte le grand
allié américain, dont l’ambassadeur auprès des Nations Unies, Andrew Young,
déclara le 17 Mai 2004 que « le pétrole angolais était d’une
importance stratégique » pour Washington (30).
Le
Cameroun
Le
Cameroun francophone rejoignit le Commonwealth en 1995. Néanmoins, le
Royaume-Uni estime que le nouveau membre n’a pas respecté la Déclaration d’Harare
de 1991 (sur les droits de l’Homme et la bonne gouvernance), qui constituent
les valeurs fondamentales unissant les Etats membres du Commonwealth. C’est
pourquoi le Groupe d’Action Ministériel du Commonwealth a envoyé une équipe
du Secrétariat du Commonwealth pour enquêter.
D’autre
part, les Nations Unies, dans un rapport sur la torture publié fin février
2000, concluent que « les représentants de l’ordre ont recours à la
torture d’une manière générale et systématique ». Une année plus
tard, le Cameroun n’avait toujours pas remédié à la situation. Le Haut
Commissaire britannique en poste à Yaoundé a fait part à de hauts
responsables camerounais de la profonde consternation de Londres face aux
agissements du Commandement Opérationnel (CO, il s’agit de la Brigade
anti-gang), et aux restrictions entravant la liberté de manifester de l’opposition.
La
République Démocratique du Congo
Le
conflit en République Démocratique du Congo (RDC) menace la stabilité et la
prospérité de toute la région des Grands Lacs, concluait le FCO dans le Human
Rights Report 2000 (page 68).
Après l’assassinat
de Laurent Désiré Kabila, Peter Hain, s’exprimant sur les ondes de la BBC,
préconisa diverses mesures conservatoires afin de stabiliser la situation:
application de l’Accord de paix de Lusaka (1999), établissement de la paix,
envoi rapide de 5.500 Casques Bleus. Dans le même temps, les alliés du défunt
Président (Zimbabwe, Angola et Namibie) entendaient figer la situation sur le
terrain.
Le
Royaume-Uni a étroitement collaboré avec les membres du Conseil de Sécurité
des Nations Unies et ses partenaires de l’UE depuis le début du conflit pour
tenter de ramener la paix dans la région. Londres pressa toutes les parties
impliquées dans ce conflit à mettre intégralement en œuvre l’Accord de
cessez le feu de Lusaka.
Le Human
Rights Report 2001 précise qu’il faut imputer l’implication de l’Angola
en RDC au débordement des opérations de l’UNITA qui se déroulaient alors en
Namibie et en Zambie. Les conflits s’imbriquent donc les uns dans les autres
au mépris des frontières héritées de la colonisation et débouchent sur une
recomposition géographique elle-même génératrice d’instabilité
régionale.
En août
2001, Clare Short se rendit dans la région des Grands Lacs, et
particulièrement au Congo, pays où les plus grandes ONGs britanniques, Oxfam,
Christian Aid et Save the Children UK, sont à pied d’œuvre.
Selon le rapport accablant publié par ces ONGs (No end in sight), les
progrès politiques réalisés n’ont pas empêché la situation humanitaire de
se détériorer à l’Est du pays.
La visite
du Ministre en charge du DFID a soulevé des polémiques car elle est survenue
après un rapport des Nations Unies dénonçant l’enrichissement des
militaires et hommes d’affaires ougandais, rwandais et congolais lesquels
détournèrent l’aide humanitaire au profit de leurs armées ou milices d’occupation
et sont responsables de la mise en coupe réglée du Congo. Or, la
Grande-Bretagne est l’un des plus généreux donateurs dans le cadre de l’aide
bilatérale au Rwanda et au Congo.
La Corne de l’Afrique
Le conflit frontalier
qui éclata entre l’Ethiopie et l’Eritrée en mai 1998 avait déjà fait
plus de 100.000 victimes en 2000.
L’intense
activité diplomatique tant de la part de l’Union Africaine que de l’UE
était parvenue à ramener les deux parties à la table des négociations où
ils signèrent le 18 juin 2000 un Accord de Cessation des Hostilités.
Le
conflit a eu de sérieuses conséquences pour les civils des deux camps sur le
plan humain et sur celui du respect des droits de l’Homme. Le Royaume-Uni est
intervenu auprès du gouvernement d’Addis Abeba pour lui demander de mettre un
terme à la déportation « déplorable » (sic) de civils
éritréens. Du côté éritréen, Londres a demandé que le Comité
International de la Croix Rouge (CICR) puisse avoir accès aux prisonniers de
guerre, que la Convention de Genève soit respectée et que les prisonniers de
guerre et autres civils soient traités humainement comme le prévoit le droit
international humanitaire.
Le
Royaume-Uni contribue à la mise sur pied d’un état de Droit en Ethiopie. A
travers l’UE, le Royaume-Uni continue d’exiger la libération de tous les
prisonniers de guerre et condamna, dans une déclaration commune du 10 septembre
2001, les atrocités commises contre des civils par les deux camps,
postérieurement à la signature de l’Accord de Cessation des Hostilités.
Le
Royaume-Uni appuie la mission des Nations Unies en Ethiopie/Eritrée (UNMEE) qui
a déployé 4.200 Casques Bleus sur la frontière séparant les deux pays et
veille au respect des droits de l’Homme.
Le Ghana
C’est au Ghana que
la Grande-Bretagne a mis en place l’un des plus vastes programmes de
développement. Elle y dépense £ 55 millions dans le domaine de la santé, l’éducation,
l’eau, les infrastructures, les ressources naturelles (dont la forêt) et l’aide
à la réforme des entreprises clés du secteur public. Ce programme doit
atteindre les £ 65 millions par an d’ici trois ans dans le cadre d’un
programme de réduction de la pauvreté piloté par le Ghana lui-même.
On
retrouve là l’idée évoquée plus haut par M. Blair de laisser les pays en
voie de développement concevoir eux-mêmes les stratégies les plus
appropriées. Cette idée est devenue réalité ici. Dans Ghana Vision 2020
le gouvernement d’Accra se donne jusqu’à 2020 pour réduire la pauvreté et
créer un pays avec une classe moyenne dynamique. Le programme d’aide conçu
par le Royaume-Uni appuie cet objectif et concentre ses efforts sur l’éradication
de la pauvreté conformément au Livre Blanc du DFID intitulé Eliminating
World Poverty : A Challenge for the 21st Century.
Le Ghana
est le troisième marché pour les exportations britanniques dans l’Afrique
sub-Saharienne (après l’Afrique du Sud et le Nigeria). En 2000, la
Grande-Bretagne exporta vers le Ghana pour £ 170 millions et importa pour £
100 millions.
Avec
environ £ 500 millions, le Royaume-Uni est l’un des plus importants
investisseurs au Ghana.
Comme le
soulignait le Country Profile en date de juin 2001, la Grande-Bretagne n’entend
pas modifier la ligne de sa politique envers le Ghana : à savoir la
promotion d’une société ouverte, de la liberté des media, de l’indépendance
de la justice et d’un exécutif démocratiquement élu et responsable devant
le peuple.
Le Kenya
La Grande-Bretagne
maintient des liens importants avec le Kenya en ce qui concerne le commerce et
les investissements. Le Royaume-Uni est le premier investisseur étranger au
Kenya. Les chiffres du commerce atteignirent £ 356 millions en 2000. Le
Royaume-Uni est le second plus gros marché pour les exportations kenyanes.
Traditionnellement,
le Royaume-Uni et le Kenya entretiennent de bonnes relations. Si le premier
appuie les intérêts du second lors de réunions multilatérales, le second
soutient les positions du premier aux Nations Unies, et dans les réunions du
Commonwealth et autres forums internationaux.
Le Mozambique
Au cours d’un
déplacement au Mozambique, Clare Short lança un partenariat bilatéral
renforcé débouchant sur un Plan Stratégique en vue d’éradiquer la
pauvreté. Ce Plan fait de la Grande-Bretagne l’un des plus importants
donateurs d’aide bilatérale.
Lorsqu’au
début de l’année 2000 le Mozambique connut des inondations dévastatrices,
le gouvernement britannique fournit £ 36 millions en aide d’urgence en sus
des quelque £ 28 millions versés par le DFID au titre du programme d’aide
bilatérale au développement. Le Royaume-Uni approuva l’aide humanitaire et
pour la réhabilitation débloquée par la Commission européenne. En outre, l’opinion
publique britannique manifesta généreusement sa solidarité en donnant £ 22
millions au Comité pour combattre les urgences nées de désastres.
Le
Royaume-Uni a fortement soutenu la candidature du Mozambique au statut de Pays
Pauvre Très Endetté (PPTE, HIPC en anglais). Le gouvernement britannique a
immédiatement effacé la totalité des dettes bilatérales restant dûes par le
Mozambique et a encouragé d’autres pays à en faire autant.
La bonne tenue de
l'économie du Mozambique a entraîné une forte croissance des investissements
britanniques depuis 1994.
Saint
Malo a donné naissance à la coopération militaire franco-britannique en
Europe. De ce Sommet est aussi née la coopération diplomatique et politique
des deux anciennes puissances coloniales en Afrique. Les diplomates britanniques
sont mis au service de l’économie de leur pays dont ils promeuvent
vigoureusement les intérêts sans états d’âme. La coopération n’exclut
pas la rivalité…
A l’instar
de la France, la Grande-Bretagne s’intéresse très activement à des pays
qui, historiquement, ne faisait pas partie de sa sphère d’influence :
Angola et Mozambique sont des pays lusophones, alors que le Burundi, le Maroc,
le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Congo et le Rwanda appartiennent à la
Francophonie.
Le Rwanda
La
Grande-Bretagne a proposé son aide au Tribunal Pénal International pour le
Rwanda (International Criminal Tribunal for Rwanda ou ICTR sis à Arusha)
en fournissant des fonds et du personnel en sus de sa contribution aux Nations
Unies. Dans le Rapport sur les Droits de l’Homme 2003, Londres déclare s’interroger
sur l’efficacité et le coût de cette juridiction ad hoc.
Suite aux
différentes résolutions (918, 997 et 1011) adoptées par le Conseil de
Sécurité des Nations Unies imposant un embargo sur la vente ou la fourniture d’armes
au Rwanda et à ses voisins (RDC, Ouganda, Tanzanie et Burundi) susceptibles d’en
faire usage au Rwanda, le Royaume-Uni a revu le régime de ses licences d’exportations.
Le Soudan
Qu’il s’agisse du
Ghana en Afrique occidentale ou du Soudan en Afrique orientale, l’esclavage et
les enlèvements de femmes et d’enfants à des fins d’exploitation sexuelle
ou économique demeurent une constante sociologique. Le problème relève du
cadre plus vaste des migrations transnationales illicites et du commerce d’êtres
humains.
Le
gouvernement britannique lutte contre ces pratiques soit en son nom propre et
seul (au niveau des représentations diplomatiques) soit avec les institutions
internationales (UE, OSCE, ONU) soit de concert avec des ONGs (Save the
Children UK). Dans le cas présent, le FCO collabore avec le gouvernement
soudanais à travers la Commission pour l’Eradication de l’Enlèvement des
Femmes et des Enfants (CEAWC).
En ce qui
concerne la guerre civile au Soudan, le gouvernement de Londres est parvenu à
se faire entendre grâce, d’une part à son ambassade nouvellement ouverte à
Khartoum, et d’autre part à son entregent avec les ONGs présentes sur place
et les Eglises locales. Londres a formulé de vives représentations auprès du
gouvernement soudanais après que des raids aériens dans le Sud du pays aient
fait des victimes civiles et mis en danger la vie des personnels chargés des
opérations humanitaires en cours. En juin 2004, hanté par le génocide de 1991
au Rwanda, Tony Blair a menacé de prendre des sanctions contre le gouvernement
de Khartoum devant son refus de répartir équitablement l’aide internationale
dans la région du Darfour, de contrôler ses milices Janjaweed et de protéger
les populations.
Malgré
les promesses faites par Khartoum à Colin Powell, Joschka Fischer, Kofi Annan
et Jack Straw, les violations des Droits de l’Homme et le génocide se
poursuivent au Darfour, constatent Human Rights Watch et Amnesty
International.
Devant la
gravité de la crise humanitaire (1 million de déplacés, 30.000 morts et un
flux croissant de réfugiés au Tchad), Tony Blair, invoquant un « devoir
moral » d’agir, et appuyé tant par les conservateurs que par les
libéraux-démocrates, a demandé à son cabinet, au Foreign Office et au
Ministère de la Défense (MoD) de proposer un plan d’intervention militaire d’urgence.
Le
quotidien norvégien Aftenposten rapporte que le Chef d’Etat-Major des
Armées britannique, le Général Sir Michael Jackson, s’est déclaré prêt,
malgré la surchauffe occasionnée par les déploiements en cours, à dépêcher
au Darfour l’équivalent d’une brigade, soit 5.000 hommes, le cas échéant.
A ce
jour, l’aide humanitaire apportée par Londres au Darfour se monte à £ 19.5
millions.
Suite à
la résolution votée par les Nations Unies le 11 juin, l’Union Africaine (UA)
envisage d’envoyer 60 observateurs et quelques 300 hommes chargés de
protéger la population civile…sur un territoire de la taille de la France.
Le Maroc
L’intérêt
porté par Londres à l’Afrique ne se limite pas à l’Afrique
Sub-Saharienne. Une entreprise de séduction en direction de l’Afrique du Nord
(traditionnellement francophone, si ce n’est francophile) et particulièrement
du côté africain des Colonnes d’Hercule, est en cours d’élaboration. Avec
l’intervention conjointe du FCO, du DFID, du Department for Trade &
Industry (DTI) et du secteur privé représenté et piloté par Trade
Partners UK (TPUK), la diplomatie économique britannique a jeté son
dévolu sur le Royaume chérifien, jadis partenaire privilégié de la France.
A la
mi-février 2002, fut lancée à Casablanca une campagne à l’initiative des
organisations d’employeurs britanniques (Confederation of British Industry
ou CBI) à destination des milieux d’affaires marocains. Ce lancement
coïncida avec l’arrivée d’une mission commerciale de 25 sociétés
britanniques, marquant le renouveau de l’intérêt porté par la
Grande-Bretagne au « pré carré » français.
En
février 2002, Lady Simmons prononça à Londres un discours à l’invitation
du CBI à l’occasion d’une conférence organisée conjointement avec TPUK,
et à laquelle des représentants du Maroc avaient été conviés. TPUK a repris
pied au Maroc après le déclin de l’influence française et espagnole. A l’heure
actuelle, le Maroc est l’un des 14 marchés ciblés par TPUK.
Le
commerce bilatéral a atteint des niveaux record avec plus de £ 800 millions
par an. C’est à la demande du Maroc lui-même que la Grande-Bretagne a
décidé de lui accorder le statut de « marché cible ».
La
campagne de marché cible (target market) lancée par TPUK est un
exercice de relations publiques destiné à faire connaître à l’industrie
britannique le grand potentiel inutilisé que le marché marocain offre aux
investisseurs et importateurs britanniques.
Lady Simmons insista
particulièrement sur la croissance du secteur privé, la
déréglementation, la
création d’emplois et les investissements, notamment dans les
« secteurs prioritaires » (textiles, agriculture, tourisme et
loisirs, services financiers, minerais et métaux, et environnement) dont le
potentiel est énorme et prometteur.
TPUK
cautionne l’accord signé par le CBI avec son homologue marocain, le CGEM, en
vue de resserrer les relations d’affaires. De cet accord est né le Conseil
des Affaires Anglo-Marocaines (Moroccan-British Business Council) dont
les réunions semestrielles se tiendront tantôt au Maroc tantôt en
Grande-Bretagne et serviront à identifier les opportunités à saisir par les
entreprises des deux pays.
Peter
Hain avait déjà fait sien ce souci d'éduquer les investisseurs potentiels, de
leur apprendre à dépasser les gros titres d'une presse véhiculant un
Afro-pessimisme de circonstance. L'Afrique a un avenir, martelait-il dans son
allocution dans le cadre des conférences Michael Scott :
L'Afrique
ne doit pas passer à côté de la révolution des connaissances comme elle
a manqué la révolution industrielle (31).
Si le
discours tenu par Lady Simmons à Londres atteste de la vigueur de la poussée
de la diplomatie économique britannique, le FCO exprimait dans son Rapport sur
les droits de l'Homme 2000 sa satisfaction de voir le nouveau Roi, Mohammed VI,
accélérer la réforme du système judiciaire et des juridictions pénales en
vue de donner une plus grande liberté d'opinion et d'expression. Depuis 1999,
le FCO participe au financement d'un certain nombre de projets touchant aux
droits de l'Homme : protection des femmes contre la violence, enseignement de
l'anglais pour pouvoir former des journalistes, matériel pédagogique servant
à promouvoir l'enseignement des droits de l'Homme…
Aider l’Afrique
à trouver des solutions africaines
Dans
son discours, Un avenir pour l'Afrique, Peter Hain réaffirme avec force
les engagements pris par la Grande-Bretagne envers l'Afrique. Il rappelle les
trois objectifs que Tony Blair avait assigné à la politique étrangère
britannique sur ce continent : l'établissement de la démocratie, la mise en
œuvre de réformes économiques devant assurer la prospérité, et la
réalisation de la paix. Il place ses espoirs dans la nouvelle génération de
dirigeants et d'entrepreneurs qui est en train d'émerger. Il n'accepte pas le
refrain selon lequel aux problèmes africains il faut trouver des solutions
africaines, car cette rengaine, dit-il, a trop souvent servi d'alibi au reste du
monde pour s'abstenir d'agir.
Renchérissant
sur Clare Short, M. Hain explique pourquoi l'Afrique compte: l'impératif
humanitaire est indissociable des bénéfices économiques potentiels mutuels.
Robin Cook, lui aussi, veut aider l'Afrique Sub-Saharienne à sortir de cet
état de conflit endémique (32). M. Cook veut briser le cercle vicieux dans
lequel ce continent est pris:
La
pauvreté engendre les conflits, qui, à leur tour, garantissent la
continuité de la pauvreté.
L'ancien
Ministre des Affaires Etrangères ne voit de solution que dans l'action
concertée entre divers Ministères britanniques (FCO, DFID, DIT, MoD…) et
conjointe avec la communauté internationale :
Aucun
pays ne peut régler seul ces problèmes.
Les pays
développés doivent reconnaître et assumer leur part de responsabilité en ce
qui concerne l'avenir de l'Afrique, la prévention et la résolution des
conflits :
Mais
il est bien trop aisé de rendre l'Afrique responsable des problèmes
qu'elle connaît…Nous autres, dans les pays développés devons aussi
reconnaître la responsabilité qui nous incombe quant aux problèmes de
l'Afrique, et le rôle que nous pouvons jouer pour fournir une solution.
Il s'agit
ni plus ni moins que de ramener la paix, et donc de créer les conditions
favorables à la prospérité qui permettra à l'Afrique de profiter des
bienfaits d'un monde globalisé et interdépendant.
Cette
thématique de « l’aide économique humanitaire étrangère au service
de l’intérêt national » (33) est érigée par Washington au rang d’instrument
de sa politique étrangère. Le site de USAID est richement documenté et mis à
jour, notamment sur la crise humanitaire au Darfour.
La
poursuite de ces objectifs est confortée par les résultats de recherches
économétriques, telles que celles entreprises par Collier et Hoeffler (34),
selon lesquelles la probabilité de conflit diminue avec la richesse et le taux
de croissance. Il s’ensuit que les initiatives en faveur de la croissance
renforcent les dispositifs de prévention des crises. Les pays riches ont donc
intérêt à promouvoir le développement et la croissance des pays pauvres, en
accordant une priorité aux plus pauvres d’entre les pauvres.
Si du
temps de la Guerre Froide les conflits étaient davantage idéologiques et
visaient à la prise en main des rênes du pouvoir, les luttes d’aujourd’hui
ont pour objet d’accaparer les sites riches en minéraux, bois et autres
richesses précieuses ou de prendre le contrôle des points de passage obligé
pour les exporter vers les marchés occidentaux, observe Paul Collier, directeur
du Groupe de Recherche sur le Développement à la Banque Mondiale. Cette
économie de la violence, soutient David Keen de la London School of
Economics, profite à certains groupes prédateurs : fonctionnaires,
seigneurs de la guerre, combattants, trafiquants d’armes ou de pierres
précieuses, affairistes…(35) Le Pr Philippe Hugon s’est attaché à
décrire la spécificité africaine des conflits armés, lesquels trouvent
leurs racines dans des défaillances économiques (36) :
Le développement des
zones de conflits en Afrique résulte à la fois de résurgence des
référents identitaires ethniques, religieux ou nationalistes, de la faillite
des Etats de droit et des souverainetés en déshérence, des immixtions des
puissances régionales et internationales et d’une mondialisation des
organisations criminelles internationales. Les guérillas vivent de soutiens
extérieurs, de prédations sur les productions ou sur les aides extérieures,
ou de captations des ressources naturelles.
La tâche
sera certainement de longue haleine, et le résultat aléatoire et fragile. En
effet, ce message d'espoir, ce volontarisme visionnaire se heurtera encore
pendant une décennie au moins aux dures réalités décrites dans l'analyse
prospective faite par les spécialistes de la Military
Review:
Les
deux ou trois prochaines années ne laissent pas augurer de grands
changements en ce qui concerne la sécurité en Afrique, mais vers 2010 la
carte politique en relief de l'Afrique montrera probablement des
différences notoires. Il se peut que des îles de stabilité soient
construites autour d'Etats relativement forts et prospères tels que
l'Afrique du Sud, le Kenya et, peut-être, le Nigeria. Dans les pays
déchirés par les insurrections et au bord de l'effondrement, il se peut
que des forces internationales protègent la capitale et créent de facto
des Etats-Cités. Ailleurs, les puissances locales feront la preuve de leurs
intérêts hégémoniques, et les frontières géographiques reflèteront le
nouvel ordre politique du continent (37).
LA
COOPERATION DE LA FRANCE ET DU ROYAUME-UNI EN AFRIQUE
En mars
1999, Robin Cook et Hubert Védrine, en effectuant leur première visite
conjointe sur le continent africain, concrétisaient l’accord établi lors du
Sommet de Saint-Malo (décembre 1998) au cours duquel les deux gouvernements
déclarèrent vouloir « construire une approche commune franco-britannique
dans l’intérêt de l’Afrique et dans l’intérêt de la politique
étrangère européenne commune » dans le cadre des accords de Lusaka et
des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies.
De la
rivalité a la coopération
La
Déclaration conjointe de Saint-Malo précise que les deux pays intensifieront
la coopération diplomatique et technique entre leurs ambassades jusqu’à la
délégation de représentation dans certains pays d’où l’un ou l’autre
est absent, qu’ils contribueront ensemble à stimuler l’intégration
régionale « notamment entre les réseaux des pays anglophones et
francophones ». Actuellement, la France dispose de 39 ambassades en
Afrique, l’Allemagne de 36, et le Royaume-Uni de 26 seulement.
Lors de
sa conférence de presse conjointe avec Tony Blair à l’issue du Sommet
franco-britannique à Londres le 29 novembre 2001, le Président Jacques Chirac
avait reconnu que la France et le Royaume-Uni avaient parfois quelques
divergences de vues, concernant essentiellement la région des Grands Lacs. Il
se réjouissait par conséquent que
M.Straw
et M.Védrine aient décidé de faire ensemble un voyage dans cette région
…(afin) de mieux coordonner nos actions au service de la paix qui est
naturellement notre seule ambition.
La
nouvelle politique africaine de la France présente bien des passerelles avec
celle du gouvernement Blair (38). Pour Paris comme pour Londres, « l’Afrique
demeure un enjeu stratégique majeur sur le plan géopolitique ». La
France et le Royaume-Uni ont aujourd’hui de nombreux points de
convergence : sur la nécessité d’augmenter l’aide publique à l’Afrique,
sur la réduction de la dette ou sur l’aide multilatérale fournie en
particulier par le FMI et la Banque Mondiale. On retrouve aussi la même prise
en compte des questions liées à l’immigration, la même prise en
considération de :
la
proximité géographique du continent africain, et la gravité des
problèmes liés au développement de toutes les formes de criminalité et
de trafic ainsi que l’apparition de grandes pandémies.
A ces
thèmes développés par Clare Short et Tony Blair plus haut s’ajoutent ceux
de la libéralisation des économies africaines, de la nécessaire impulsion à
donner à l’initiative privée et de la transparence dans la gestion des fonds
publics. Ici se retrouvent les grands principes de « bonne
gouvernance » autour desquels s’est fait le « Consensus de
Monterrey ». Le FCO et le DFID auraient très bien pu souscrire à la
déclaration suivante émanant du Quai d’Orsay :
Les
objectifs constants de l’aide française sont la réduction de la
pauvreté, la réduction des disparités sociales et un effort particulier
au profit de l’éducation, de la santé, de la nutrition et de l’amélioration
de la situation de la femme.
Français
et Britanniques déclarent vouloir coopérer afin de faire sortir l’Afrique de
sa marginalisation actuelle et à l’aider à mettre ses immenses richesses
minières et pétrolières au service de la paix, plutôt que de s’en servir
comme nerf de la guerre comme aujourd’hui (39).
Traditionnellement
engagés sur le continent africain et jadis rivaux, la France et le Royaume-Uni,
peut-on lire sur le site du Ministère Français des Affaires Etrangères, ont
la volonté d’unir aujourd’hui leurs efforts. Une véritable révolution s’est
opérée depuis Saint-Malo : même si la France garde un œil vigilant et une
influence durable sur son « arrière-cour » africaine, c’en est
fini des sphères d’influence coloniale et des chasses gardées. De même que
les Britanniques « chassent » sur des terres
« traditionnellement francophones », de même
les
liens privilégiés de la France avec l’Afrique s’accompagnent
désormais d’une ouverture aux pays anglophones, lusophones, hispanophones
et arabophones…Il n’y a plus en Afrique ni zones exclusives, ni zones
interdites.
L’heure
n’est plus à la concurrence, mais à la coopération, soulignait déjà en
1999 Robin Cook (40). L’initiative conjointe franco-britannique n’est pas du
colonialisme déguisé, mais une offre de partenariat destiné à apporter la
stabilité au continent, insistait-il.
Toutefois,
cette apparente communauté de vues ne doit pas masquer pour autant l’existence
de bien réelles rivalités d’intérêts commerciaux et culturels. Ainsi, les
exportations britanniques à destination de la Côte d’Ivoire
(traditionnellement francophone) ont presque doublé en 1999 tandis que la
France faisait, avec l’enseignement du Français notamment, une percée
culturelle au Kenya (traditionnellement anglophone) (41).
Même si
les deux pays ont été, de longue date, rivaux en Afrique Centrale, la France
appuyant le Congo et la Grande-Bretagne le Rwanda, les deux ex-puissances
coloniales ont convenu de coopérer pour tenter de résoudre les conflits dans
cette partie de l’Afrique, et y promouvoir le développement (42).
La BBC
voit dans le renforcement de la présence américaine sous le deuxième mandat
Clinton (43), l’abandon par la France du Franc CFA et le génocide Rwandais en
1998 (44) les évènements majeurs qui ont miné l’influence française en
Afrique. Elle explique par là que Paris ait décidé de faire cause commune
avec Londres en Afrique (45). Mais, l’addition d’une puissance moyenne (la
France) à une autre puissance moyenne (le Royaume-Uni) ne suffit pas à créer
une superpuissance, encore moins une « hyperpuissance » (pour
reprendre l’expression d’Hubert Védrine à l’égard des Etats-Unis).
La BBC
fait la même analyse que Michel Charasse dans Jeune Afrique / L’Intelligent
relativement au désengagement de la France en Afrique, malgré les
dénégations vertueuses du Quai d’Orsay. Le recul de la France en Afrique est
jalonné de rapides étapes successives : retrait des troupes postées dans
des garnisons isolées et lointaines, restrictions budgétaires, subordination
du Ministère de la Coopération au Ministère des Affaires Etrangères.
A l’inverse,
la Grande-Bretagne considère que sa politique étrangère
« éthique » lui confère une mission humanitaire (à une autre
époque on l’eût appelée « civilisatrice ») justifiant son
intervention armée en Sierra Leone. Mais, comme on le verra, souvent derrière
l’idéal se cachent les canons et des intérêts commerciaux.
Loin d’abandonner
aux Britanniques le rôle moteur dans le NEPAD, la France entend s’y associer
et y prendre une part active (46). Ainsi, une réunion de travail sur le NEPAD
se tint à Paris le 06 février 2002 à l’invitation du Président français,
réunion à laquelle se joignirent les représentants du Premier Ministre
canadien, du Premier Ministre britannique ainsi que le Ministre délégué à la
Coopération et à la Francophonie, M. Charles Josselin.
Les
relations franco-britanniques ne sont pas exemptes de soubresauts vite contenus
par les plus hauts responsables. Comme ce fut le cas mi-février 2002 lorsque
Tony Blair refusa d’emboîter le pas à la fougueuse Clare Short qui cherchait
querelle à la France accusée avec l’UE de « conspirer pour enfermer l’Afrique
dans la pauvreté, tout en prônant la liberté du commerce ».
Londres
et Paris en quête d’influence et de marchés
Le
gouvernement de Tony Blair a réorganisé le dispositif britannique de
coopération et nommé deux ministres très engagés dans ce domaine. Clare
Short, alors Secrétaire d’Etat au Développement International (DFID) créé
en 1997 et Tony Lloyd, Secrétaire d’Etat à l’Afrique ont pris des
engagements nouveaux par rapport au précédent gouvernement conservateur :
sur le volume de l’aide au développement, sur la démocratie et les droits de
l’Homme et sur le contrôle des ventes d’armes.
Comme il
a été vu précédemment, la France et le Royaume-Uni ont aujourd’hui de
nombreux points de convergence : sur la nécessité d’augmenter l’aide
publique à l’Afrique, sur la réduction de la dette ou sur l’aide
multilatérale fournie en particulier par le FMI et la Banque Mondiale.
En ce qui
concerne la dette publique, la Grande-Bretagne a effectué un revirement depuis
l’arrivée du New Labour au pouvoir. En effet, selon le comité d’aide
au développement de l’OCDE, les dépenses de la Grande-Bretagne pour l’aide
aux pays du Tiers Monde ont constamment diminué et sont même tombées à 0,26%
du PNB en 1997. Depuis 1998, les dépenses globales sont reparties à la
hausse : ainsi, l’aide bilatérale à l’Afrique est passée de £ 346
millions en 1997-1998 à £ 499 millions en 1999-2000. Clare Short, à la tête
du DFID s’était engagée à atteindre 0,3% du PNB d’ici 2003, afin de
réaliser les objectifs énoncés dans le Livre Blanc sur le Développement (Making
Globalization work for the poor) publié fin 2000. Pour mémoire, l’UE et
la Banque Mondiale fournissent des aides multilatérales d’un montant
sensiblement équivalent.
Comme le
remarque The Economist (47), la majeure partie de l’aide britannique va
prioritairement aux pays anglophones membres du Commonwealth : en 2000, l’Ouganda,
la Tanzanie et le Ghana reçurent £ 200 millions entre eux. Ce qui explique que
certains endroits d’Afrique, et parmi eux les plus pauvres (l’Angola, le
Niger, de vastes régions d’Afrique occidentale) sont plus ou moins laissées
pour compte, faute de liens historiques avec l’ancienne puissance
colonisatrice. Le Mozambique (ancienne colonie portugaise et actuellement membre
du Commonwealth) et le Rwanda sont des contre-exemples typiques.
La
présence britannique en Afrique était restée centrée ces dernières années
sur quelques pays anglophones, et avait accordé une place prioritaire à la
défense des intérêts commerciaux ainsi qu’à l’action de grandes
entreprises (dans les domaines du pétrole, de l’agroalimentaire, du transport
aérien…).
La
destination de l’aide britannique fait l’objet de critiques de la part d’organisations
telle qu’Action Aid qui reproche à Londres de privilégier les alliés
politiques ou de subordonner son aide à l’achat de biens et services
britanniques ou à l’emploi de citoyens britanniques. A l’instar de Tony
Blair, Clare Short voudrait ne plus rendre l’aide conditionnelle et invite d’autres
pays à suivre l’exemple britannique et, ainsi, donner plus d’efficacité à
l’aide. « Commercer, plutôt que subventionner » (Trade, not
aid) est l’essence même de son projet « Faire profiter les pauvres
de la mondialisation » (Making Globalization Work for the Poor).
Il
importe, toutefois, de préciser que, si les Britanniques conviennent de ne plus
rendre l’aide dépendante de considérations commerciales ou financières
intéressées, ils continuent à la subordonner à des critères
politiques : l’établissement d’une « bonne gouvernance »
et l’accession au pouvoir de régimes démocratiques sont la condition sine
qua non d’obtention de l’aide des pays riches et de pouvoir effectuer des
échanges commerciaux « libres et loyaux » (free and fair trade)
avec eux. (De manière significative, la langue de bois diplomatique évite l’usage
du mot « dictature » ou celui de « capitalisme »).
Dans la
même ligne, le gouvernement britannique préconise l’effacement de la dette
pour 22 pays pauvres très endettés ou PPTE (Heavily Indebted Poor Countries
ou HIPC), majoritairement africains. Cette initiative est imputable à Jubilee
2000, une ONG travaillant en liaison avec des groupes religieux caritatifs,
et dont le gouvernement veut mobiliser l’énergie pour améliorer la santé et
l’enseignement des enfants du continent africain.
Depuis
leur retour au pouvoir, les travaillistes ont manifesté un regain d’intérêt
politico-militaire pour les affaires africaines.
Certes,
insista M. Blair dans les discours qu’il prononça au Nigeria et au Ghana, le
commerce, l’aide, la dette, les hommes sont au cœur des préoccupations
britanniques. Certes, entre avril 1999 et février 2000 la Grande-Bretagne
fournit £ 500 millions d’aide à l’Afrique sub-saharienne par le truchement
du DFID (48).
Mais,
critique Campaign Against Arms Trade (CAAT), une organisation faisant
campagne contre le commerce des armes, les exportations d’armes britanniques
à l’Afrique sont inquiétantes : CAAT estime qu’en 1999 les pays
africains ont acheté pour £ 52 millions d’armes à Londres, et escompte un
quadruplement de ce chiffre en 2000, en raison principalement d’un contrat d’un
montant de £ 28 millions avec la Tanzanie pour l’achat de moyens de défense
anti-aériens. Comment, argue CAAT, peut-on prêcher la paix si on arme les
bras ? Si vis pacem para bellum ? (49)
Le
renforcement de la présence militaire
Suite
au retour de l’Afrique du Sud au sein du Commonwealth, Londres a dû consentir
à faire des efforts pour retrouver une influence dans ce pays. Par ailleurs, la
Grande-Bretagne s’est rapprochée de l’Ouganda et du Nigeria.
Ce regain
d’intérêt s’est manifesté dans des opérations de maintien de la paix
(OMP) : d’abord par l’aide accordée par Londres aux programmes de
formation pour le développement de capacités africaines dans ce domaine
(Zimbabwe, Ghana) ; ensuite par le soutien apporté à la CEDEAO (50) en
Afrique de l’Ouest, et à la SADC (South African Development Council)
en Afrique australe. La Grande-Bretagne a financé l’intervention de l’ECOMOG
en Sierra Leone (£ 20 millions), et s’est volontairement engagée par
ailleurs à hauteur de £ 10 millions. Enfin, avec Paris et Washington, Londres
s’est engagée à soutenir à long terme le développement des capacités
militaires africaines d’OMP dans le cadre de l’ONU, de l’ex-OUA (OA, à
présent) ou d’organisations sub-régionales.
En tout
cas, l’engagement en Sierra Leone marque un virage dans la politique de
coopération militaire britannique en Afrique. Jusque là, cette coopération se
limitait à quelques missions de courte durée et à l’accueil de quelques
stagiaires (Ghana, Ouganda, Zimbabwe, Mozambique, Sénégal ou Mauritanie). La
coopération militaire est évaluée à £ 40 millions, dont 10% seulement pour
l’Afrique.
Enfin, le
Royaume-Uni participe à des exercices régionaux d’entraînements au maintien
de la paix (huit pays ont participé avec 2 500 hommes à un tel exercice au
Zimbabwe en avril 1997). Depuis deux ou trois ans, en raison de la campagne pour
reprendre de force les terres aux colons blancs et de l’intimidation
pratiquée à l’égard des opposants au régime Mugabe, les relations entre
Londres et Harare se sont tellement détériorées que la BBC n’a plus été
autorisée à couvrir l’actualité au Zimbabwe.
Le
rapprochement avec la France est indéniable en ce qui concerne les OMP :
par exemple, Londres avait soutenu l’action de Paris en Centrafrique et la
mise en place de la MINURCA (Mission des Nations Unies en République
Centre Africaine); par ailleurs, les deux gouvernements ont coordonné leurs
appuis respectifs à la CEDEAO dans les opérations de l’ECOMOG en Sierra
Leone et en Guinée-Bissau.
Mésentente
cordiale
Il reste,
néanmoins, des divergences à surmonter de part et d’autre pour mettre en
œuvre une politique conjointe en Afrique. La région des Grands Lacs (avec l’Ouganda
et le Zimbabwe), les exportations militaires (sur le marché sud-africain, par
exemple), le rôle de l’ONU pour la prévention et le règlement des conflits
sont autant de domaines qui permettront de « mesurer jusqu’où le
Royaume-Uni est prêt à prendre ses distances vis-à-vis des Etats-Unis pour s’allier
à la France » (51).
Tony
Blair s’est fixé comme objectif de son second mandat d’aider l’Afrique,
cette « balafre sur le visage du monde » (a scar on the face of
the world) à sortir de la pauvreté (52).
A
fortiori depuis le 11 septembre 2001, la lutte contre le terrorisme
international passe par l’éradication de la pauvreté, et donc l’élimination
des désespoirs que cette dernière engendre.
L’entente
est loin d’être cordiale, tant s’en faut, entre Londres et Paris en ce qui
concerne le Zimbabwe. « Mugabe est-il fréquentable? », s’interrogeait
Daniel Compagnon dans Le Monde à l’occasion de la visite du Président
du Zimbabwe en Europe (53). Il dénonçait alors :
les
complaisances du Président Mbeki à l’égard de Mugabe (qui) ont
alimenté le sentiment d’impunité d’un homme rusé et sans scrupule,
qui n’a jamais respecté que la force.
Il
mettait en garde la France contre « les liaisons dangereuses » qu’elle
entretient; et lui rappelait ses « devoirs historiques pesants »,
invitant Paris à adopter enfin une diplomatie préventive :
Est-il
raisonnable d’attendre le bain de sang pour déplorer en termes choisis
que les Zimbabwéens ne puissent régler leurs différends de façon
pacifique? La fameuse diplomatie préventive dont on se gargarise ne
consiste-t-elle à peser sur la situation avant qu’un pays ne sombre dans
une spirale de violence? .
L’inertie
et le cynisme désabusé ont prévalu pendant les six mois de la Présidence
française de l’UE, stigmatisait Daniel Compagnon. Le fait que Robert Mugabe
ait été reçu avec tous les honneurs en Belgique (par le Premier Ministre et
le Ministre des Affaires Etrangères) et par la Commission européenne à
Bruxelles est perçu par les Britanniques comme un véritable coup de poignard
dans le dos (54).
De
surcroît, les entretiens qui eurent lieu à Paris entre le Président Chirac
(55) et le Président Mugabe mirent sérieusement à mal « l’esprit de
Saint-Malo » :
En
Grande-Bretagne, Francis Maude, le Ministre des Affaires Etrangères du
Cabinet fantôme, dit que la rencontre montrait que la France poursuivait
ses propres intérêts en Afrique bien qu’elle ait convenu de co-opérer
avec la Grande-Bretagne sur les questions africaines il y a seulement un
mois lors d’un sommet Franco-Britannique (56).
Même si
le Foreign and Commonwealth Office chercha à minimiser l’impact de
cette rencontre sur les relations Londres-Paris, et même si Frederic
Desagneaux, le porte-parole de l’Elysée, précisa que la France comprenait la
nature particulièrement délicate de la relation qui existe entre la
Grande-Bretagne et le Zimbabwe, M. Desagneaux insista pour démarquer la France
de la Grande-Bretagne. Coopération ne rime pas avec alignement :
Mais
nous avons nos propres relations avec le Zimbabwe. La France ne va pas
refuser de recevoir M. Mugabe si ce dernier en fait la demande…
Nous
sommes conscients des réactions que cette visite a suscitées en
Grande-Bretagne, mais la coordination sur laquelle nous nous mîmes d’accord
à Cahors ne signifie pas automatiquement que nos deux pays doivent s’accorder
en tous points.
Le
quotidien officiel zimbabwéen The Herald vit dans cette visite un
désaveu apporté par la France à la politique étrangère britannique (57).
L’opposition
au Zimbabwe tempêta contre cette victoire médiatique de Mugabe alors que la
répression s’aggravait de jour en jour dans le pays.
Un
porte-parole du FCO tenta de minimiser l’incident diplomatique en le ramenant
à une divergence d’appréciation : alors que Londres voit dans M. Mugabe la
cause d’un problème interne au Zimbabwe, Paris fait de lui un interlocuteur
valable dans le conflit régional au Congo-Kinshasa.
Daniel
Compagnon aurait plutôt tendance à y voir un fallacieux alibi dont le Quai d’Orsay
se prévaut afin de mieux poursuivre d’autres objectifs :
Contrairement
aux idées reçues, le cynisme désabusé ne fait pas une bonne politique
étrangère. Pendant les six mois de présidence française de l’UE, l’inertie
l’a emporté. La tirade connue de la non-ingérence dans les affaires
intérieures - principe, on le sait, à géométrie très variable - nous
fut resservie, faute de mieux. Les diatribes enflammées de Mugabe et de ses
affidés contre les Britanniques, lesquelles ne sont pas toujours pour
déplaire à Paris, le miroir aux alouettes d’hypothétiques contrats
commerciaux et nos intérêts stratégiques en RDC sont autant de mauvaises
raisons qui ont pu nourrir cette passivité (58).
L’International
Herald Tribune déplora la pusillanimité et l’inconséquence des
Européens (continentaux, s’entend) qui, en recevant Mugabe, ne lui ont pas
envoyé les bons signaux (the right message) :
Les
Européens aiment disserter sur l’importance qu’il y a à construire des
institutions dans les pays en voie de développement. Cependant, certains
parlent aussi à un homme qui a la ferme intention de les démanteler. ..Il
n’est pas certain que des condamnations émises à l’étranger
contraindraient M. Mugabe à changer sa manière de faire. Mais il n’y a
non plus aucune excuse pour faire semblant de cautionner ses actes (59).
Visiblement,
les Anglo-Saxons n’ont pas la même appréciation de la situation et ne
poursuivent pas les mêmes objectifs que leurs alliés européens
(continentaux). Nonobstant le fait qu’il semblerait y avoir au sein de l’UE
sinon une certaine dissonance, du moins une pluralité d’approches de la
question.
La crise
en Sierra Leone marque le retour de la Grande-Bretagne sur le continent
africain. Cet engagement britannique s’est aussi manifesté dans la crise au
Zimbabwe. Il est une différence notable toutefois : si Londres est
intervenu seul en Sierra Leone pour répondre à l’urgence de la situation et
à l’appel au secours du Président Kabbah, c’est par le canal du
Commonwealth fort de ses 53 membres qu’il a vainement tenté de peser pour le
rétablissement de la loi et de l’ordre, et le retour à la prospérité au
Zimbabwe.
LES
« DIAMANTS DE SANG » DE LA SIERRA LEONE
En
janvier 1999, le Front révolutionnaire uni (Revolutionary United Front
ou RUF), dirigé par Foday Sankoh, lançait avec ses alliés du Liberia et du
Burkina Faso une offensive sur la capitale. La force régionale de maintien de
la paix, l’Ecomog, dominée par le Nigeria, réussissait en février à
chasser les rebelles de Freetown. Commençait ensuite une négociation qui
allait aboutir, en juillet 1999 à Lomé, à un accord de paix et à un partage
du pouvoir. Ainsi espérait-on mettre au moins fin aux combats et aux massacres.
Compte tenu des réticences des partenaires au moment même de la signature, les
chances de réussite de ces accords étaient, dès le départ, apparues minces.
La Fédération Internationale des droits de l’Homme (FIDH) (60) vit dans cet
accord les germes de la discorde et de la reprise des combats.
L’ONU,
de son côté, s’engageait à déployer dans le pays une force de maintien de
la paix, destinée à remplacer l’Ecomog, dont le Nigeria ne pouvait
plus supporter le poids financier. Dès mars 1998, le gouvernement de Londres
avait affecté la somme de £ 65 millions (incluant £ 41 millions du
Département à l’aide au Développement International du Commonwealth) au
programme de cantonnement, désarmement, démobilisation et réintégration des
quelque 45.000 combattants. Actuellement, la Grande-Bretagne est le plus gros
contributeur à ce programme financé par l’intermédiaire du Fonds
Multi-Donateur de la Banque Mondiale (61). L’aide substantielle apportée par
le DFID est destinée à renforcer les médias, accroître la lutte contre la
corruption, soutenir le budget, aider les chefs locaux et reconstruire le
système judiciaire.
Ces
conditions étaient cautionnées par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le
Nigeria. Après des années de retrait du continent africain après les échecs
traumatisants en Somalie et au Rwanda, la nouvelle opération de l’ONU
apparaissait comme une étape importante d’un retour en Afrique. Pour
remplacer l’Ecomog dont le retrait était prévu pour mai 2000, l’ONU
autorisa en octobre 1999 l’envoi d’une force de casques bleus, la Mission
des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL ou UNAMSIL, en anglais). C’est
précisément le 2 mai que le RUF lança une offensive contre la MINUSIL
aboutissant à l’humiliante prise en otages de 500 d’entre eux. La situation
se détériora à nouveau, et l’ONU fit preuve de son impuissance à désarmer
les rebelles et à se déployer dans les zones sensibles qu’ils tenaient,
particulièrement les zones diamantifères. Faisant la même analyse que la
FIDH, Hugo Sada écrivait dans la Revue de la Défense Nationale:
Les
contingents de la MINUSIL, insuffisants en nombre, mal équipés, dotés d’un
mandat inadapté, ont finalement été les premières victimes d’une
conception du maintien de la paix en Afrique imposée par les grandes
puissances et basée sur le principe de l’engagement minimal, voire nul de
leur part, et de la mobilisation la plus restreinte de moyens logistiques et
financiers. La démonstration a été faite qu’un maintien de la paix
« au rabais » pour l’Afrique ne fonctionnait pas (62).
Cette
crise marque le retour de la Grande-Bretagne sur le continent africain. Après
des décennies de distance envers ce continent depuis les indépendances, une
politique non interventionniste radicalement différente de celle de la France
à l’égard de ses anciennes colonies, le gouvernement de Tony Blair manifeste
un intérêt nouveau quant aux questions africaines.
L’Opération
PALLISER
Déjà
très actif en Sierra Leone avant mai 2000, le gouvernement britannique s’était
très vite, début mai, largement engagé en y organisant sa plus importante
intervention militaire depuis la guerre des Malouines : 800 soldats avec du
matériel lourd furent positionnés à Freetown, une centaine de commandos SAS
furent déployés dans le pays, et une armada navigua au large des côtes.
Le
déploiement des troupes britanniques en Sierra Leone dans le cadre de l’Opération
PALLISER en mai 2000 épargna aux forces de la MINUSIL l’ignominie d’être
vaincus par le RUF, écrivit JANE’s DEFENCE WEEKLY (63).
Avant le
déploiement des Britanniques, la MINUSIL était en proie à une crise profonde
exacerbée par la querelle entre les commandants du contingent nigérian et le
chef de la Mission, le Général indien, Vijay Jetley qui les accusa, dans un
rapport au Secrétaire-Général des Nations Unies, de collusion avec les
rebelles en vue de se partager les richesses des mines diamantifères. Début
octobre 2000, l’Inde annonça qu’elle retirait ses 3.000 hommes de la
MINUSIL et n’assumerait plus le commandement de la Mission. (64). L’arrivée
des Britanniques à Freetown empêcha la ville de tomber entre les mains des
rebelles.
Tirant
les leçons de l’échec traumatisant des Américains en Somalie en 1992-93,
les Britanniques mirent rapidement sur pied une force de réaction rapide
inter-armées dont la projection sur site par la voie des airs figea si
rapidement la situation politique et militaire que le cours des combats en fut
inversé, pour reprendre la doctrine explicitée par le Général de Brigade
David Richards (65). Première du genre sur le continent, cette intervention
permit de rétablir la situation en faveur du gouvernement légal du Président
élu, que Londres avait toujours soutenu. Le 6 juin 2000, Londres annonça que
des instructeurs britanniques allaient assurer la formation et l’entraînement
de l’armée et de la police de leur ancienne colonie. L’engagement de la
Grande-Bretagne aux côtés de son ancienne colonie a pour but de
« promouvoir la stabilité et la sécurité » et bénéficie donc,
à ce titre, d’un consensus dans la classe politique britannique (66).
Les
revues spécialisées et les experts de la chose militaire considèrent que l’Opération
PALLISER fut non seulement une réussite, mais a surtout constitué la première
mise en pratique, grandeur nature, de la nouvelle doctrine où des opérations
inter-armées permettent de projeter de la mer vers la terre des forces
expéditionnaires (appartenant éventuellement à une coalition) dans un laps de
temps très court avec un maximum de pouvoir de feu tout en s’affranchissant
du soutien physique d’un pays d’accueil (Host Nation Support ou HNS).
Lors du
Colloque organisé à Paris sur le thème « De la Mer vers la
Terre », le Commodore Kilgour, soulignant le rôle de la Royal Navy,
présenta l’Opération PALLISER et tira un certain nombre d’enseignements,
dont celui-ci qui est foncièrement contraire à la conception française
(67) :
Nous
devons essayer d’éduquer nos donneurs d’ordre politique pour qu’ils
adoptent l’état d’esprit suivant : « dites-nous ce que vous
voulez, mais pas comment nous devons nous y prendre » ; donnez
nous des instructions claires plutôt que de vous immiscez depuis en haut
(68).
Cette
approche du militaire technicien qui entend garder les mains libres pour remplir
la mission qui lui a été confiée en choisissant les moyens qu’il juge les
plus appropriés « relève d’un comportement sociologiquement ancré
dans la culture et dans l’histoire » anglo-saxonne, souligne le Colonel
Desportes dans la Revue
de la Défense Nationale.
On notera
au passage le rôle de précurseur joué par les britanniques en matière de
Force de Réaction Rapide, concept qui intéresse au plus haut point l’Identité
Européenne de Sécurité et de Défense (IESD). La nécessité a dicté sa loi
aux Britanniques qui, pragmatiquement, ont su faire œuvre novatrice. Leur expérience
sera précieuse pour les européens.
Au
moins trois conflits en Afrique sont alimentés par les diamants (conflict
diamonds ou blood diamonds). Dans deux de ces pays, les mouvements
rebelles contrôlent les gisements et vendent les diamants, ces « pierres
de sang », pour acheter des armes : il s’agit de l’UNITA en
Angola et du RUF en Sierra Leone. La République du Congo (RDC) est la
troisième zone de conflit concernée (69). Pour mettre un terme à la guerre et
aux atrocités auxquelles elle donne lieu, les Nations Unies ont résolu de s’en
prendre au nerf de la guerre, c’est-à-dire aux diamants. L’idée est
séduisante, mais la mise en pratique heurte bien des intérêts : morale
et profit font rarement bon ménage (70).
En Sierra
Leone depuis le début du conflit en 1991, le contrôle des zones diamantifères
est apparu comme l’enjeu essentiel, expliquait Elizabeth Blunt dans Le
Monde Diplomatique (71).
Dans son
rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme dans le monde, le Foreign
and Commonwealth Office écrivait en 2000 :
Le
défi que doivent affronter le FCO et nos partenaires internationaux
consiste à œuvrer pour trouver une solution au problème des
« diamants de guerre » tout en faisant tout notre possible pour
préserver les droits sociaux et économiques des gens vivant dans les pays
producteurs de diamants (72).
M. Hain
est convaincu que l’industrie du diamant, bien structurée et légitime, est
source de prospérité pour l’Afrique. Il ne saurait donc être question que l’opprobre
rejaillisse sur la vaste majorité des Etats concernés à cause de quelques
brebis galleuses (estimées représenter 4% du commerce total). Pour Peter Hain,
le Royaume-Uni est déterminé à « briser le lien qui existe entre les
diamants et la guerre » (73), néanmoins, il doit préserver ses
intérêts :
La
Grande-Bretagne, qui a elle-même de considérables intérêts commerciaux
et économiques dans l’industrie du diamant, n’est pas disposée à…laisser
se poursuivre ce commerce parasitique et illicite sans s’y opposer, ni à
le laisser mettre en péril les moyens de subsistance des dizaines de
milliers de personnes, en Afrique et ailleurs, dont la survie dépend de la
santé de l’industrie du diamant (74).
Le
dessous des cartes
The
Economist
dénonce la « complicité » du gouvernement britannique, qui refuse
de divulguer les chiffres relatifs aux importations et exportations de diamants
bruts, leur origine et leur valeur. Le Monde explique pourquoi :
…le
gouvernement travailliste doit compter avec la présence à Londres de la
Diamond Trading Company, le nouveau bras commercial de la De Beers, le
numéro un mondial des gemmes. De surcroît, l’ancienne puissance
coloniale ne veut pas priver de revenus des nations membres du Commonwealth,
la grande famille anglophone d’outre-mer. A l’instar de l’Afrique du
Sud, de la Namibie ou du Botswana, dont les exportations de diamants sont
parfaitement légitimes (75).
Andrès
Pérez, explique dans Le Monde Diplomatique comment et surtout pourquoi l’accord
de paix fut « victime des convoitises » :
la
guerre civile a pour toile de fond la lutte sans merci que se livrent les
compagnies minières internationales pour le contrôle du diamant sierra
léonais (76).
Il voit
dans les récents événements de Sierra Leone la preuve que les organisations
mafieuses peuvent détourner en leur faveur toute une opération de maintien de
la paix dirigée par l’ONU et soutenue par les principales puissances
étrangères. Il soutient la thèse que les Nations Unies ont été piégées
par l'affrontement entre deux réseaux mafieux rivaux soutenus par des
hommes d'affaires qui cherchent à faire main basse sur les ressources
minières. Tout accord de paix était sapé à la racine par les opérations des
compagnies minières. Le Pr Hugon note que les combats entre, d’un côté, les
gouvernementaux secondés par les Nigérians de l’ECOMOG, les mercenaires
anglais (ceux du Col. Bob Mackenzie, d’Executive Outcomes et de Sandline
International) et la MINUSIL épaulée par les Britanniques (depuis 1999) et, de
l’autre, les rebelles du RUF, se sont en fait concentrés, en dehors de la
capitale, autour des mines d’or et de diamants du district diamantifère de
Kono et de Tongo.
Pour Andrès Pérez, l’intervention
militaire britannique n’a rien d’humanitaire :
Et
c'est parce que l'enjeu est bien réel et de taille - plus de 1 milliard de
dollars annuels de joyaux mis en vente dans les bijouteries, le deuxième
gisement de rutile au monde et des dépôts de bauxite pouvant influer sur
les cours - que l'ancienne puissance coloniale, la Grande-Bretagne, sort des
coulisses et déploie sa force militaire pour soutenir l'Etat de Sierra
Leone, sans avoir besoin d'utiliser le rideau de fumée des mercenaires de
Sandline International, comme elle avait fait jusqu'à présent (77).
Au nom de
sa « politique étrangère éthique », Londres s’est placé à l’échelle
internationale à la pointe de la lutte contre « les diamants de
sang » aux mains d’une « gemnocratie ». Lors du Sommet de
Durban (12-15 novembre 1999), les chefs d’Etat et de gouvernement du
Commonwealth ont réitéré :
leur
attachement aux valeurs fondamentales du Commonwealth que sont la
démocratie, les droits de l’Homme, la primauté du droit, l’indépendance
de la justice et la saine gestion des affaires publiques… (et) exprimé
leur soutien à l’Accord de paix pour la Sierra Leone de Lomé…(et)
demandé au CMAG (Commonwealth Ministerial Action Group)de poursuivre
son engagement dans la reconstruction de la Sierra Leone après le conflit,
ainsi que dans le développement du pays et dans l’établissement de la
paix…Ils appellent la communauté internationale à venir en aide à la
Sierra Leone dans sa tâche de reconstruction nationale, dans le cadre du
Plan d’action du Commonwealth pour la Sierra Leone (78).
Le cas de
l’ingérence humanitaire en Sierra Leone est emblématique. Le grand écart
auquel il donne lieu illustre parfaitement les limites que la Realpolitik impose
à la « dimension éthique » de la politique étrangère
britannique.
Le
Zimbabwe illustre, pour sa part, avec pertinence le lien maintes fois souligné
par l’équipe Blair entre prospérité et sécurité.
PAUVRETE
ET DICTATURE AU ZIMBABWE
Le
Zimbabwe est la dernière des colonies britanniques à être parvenue à l’indépendance
en avril 1980. Depuis l’arrivée au pouvoir de Robert Mugabe et de son parti,
le ZANU-PF, le contentieux entre Londres et Harare n’a cessé de s’alourdir.
Au cœur des contestations se trouve la très passionnelle question des 4.500
exploitations agricoles aux mains des propriétaires blancs regroupés en
syndicat dans la Commercial Farmers’ Union (CFU).
Un bilan
politique, économique et social calamiteux
La
manière dont le Président Mugabe a réagi à la montée de l’opposition à
son régime a porté atteinte non seulement aux institutions mais au tissu
social et économique : occupations forcées de fermes, menaces, violences,
intimidations et meurtres d’opposants et de syndicalistes, démission sous la
contrainte de magistrats, voies de fait à l’encontre de journalistes et
avocats, arrestations de personnages influents de l’opposition…
Du point
de vue économique, le pays est exsangue. Le secteur agricole a durablement
souffert des invasions des fermes blanches et de l’éviction des agriculteurs
blancs. Jadis grenier à grain de l’Afrique australe, le Zimbabwe a importé
150.000 tonnes de blé et maïs en 2001. Depuis le début 2004, diverses sources
estiment que près de la moitié de la population vit dans un état de famine
endémique : la BBC, Zimbabwe News, le Telegraph, l’ONU, la
Friedrich Erbert Stiftung, le FCO, tous considèrent que l’aide
alimentaire est devenue indispensable pour assurer la survie de 5, voire de 7
millions de Zimbabwéens…alors que Robert Mugabe se vante de pouvoir engranger
une « récolte record » en 2004 (79).
La
pauvreté est non seulement rurale, mais urbaine : la pénurie alimentaire
est manifeste dans les villes où l’on fait la queue des heures durant pour se
procurer des céréales (80). En 2001, le gouvernement fit appel aux
organisations caritatives qui avaient déjà donné pour $ 300 millions d’aide
étrangère distribuée à la discrétion du gouvernement dans les régions où
les électeurs lui sont acquis… ZWNews et la Friedrich-Erbert-Stiftung
dénoncent la manipulation politique de la distribution de l’aide alimentaire.
Dans les
hôpitaux, les malades ne sont pas soignés faute de moyens.
Le
Zimbabwe dépend à hauteur de 40 % des importations en carburant et en
électricité en provenance d’Afrique du Sud et du Mozambique.
Les
investissements sont en chute libre : ils sont passés de 400 millions d’euros
à zéro en trois ans, indique L’Express (81). Le tourisme a chuté de
80 % par rapport à 1999. La planche à billets tourne à plein régime :
le dollar zimbabwéen est surévalué malgré de récentes dévaluations, et l’inflation
avoisine 80%. Le pays compte 70 % de chômeurs. Non seulement le Zimbabwe est
lourdement endetté auprès des bailleurs de fonds internationaux (FMI, Banque
mondiale), mais il n’est même plus capable d’honorer le service de sa
dette. Les dépenses occasionnées par l’envoi de troupes en République
Démocratique du Congo (RDC) plombent les finances publiques (82).
Enrayer
la réaction en chaîne
La
crise au Zimbabwe ne laisse d’embarrasser et d’inquiéter ses voisins. Elle
est devenue contagieuse ; elle a des répercussions régionales.
D’une
part, Newsweek chiffre à 3.4 millions le nombre de citoyens zimbabwéens
qui ont déjà fui le pays pour se réfugier dans les Etats voisins (Botswana,
Afrique du Sud…) ou en Grande-Bretagne (83). Le règlement du problème posé
par les réfugiés et les personnes déplacées (Internally Displaced Persons
ou IDPs) requiert une collaboration internationale, plaide Roberta Cohen de la Brookings
Institution (84).
D’autre
part, en remettant en cause à la fois l’état de droit et la présence des
Blancs (qualifiés « d’ennemis de l’Etat »), Robert Mugabe a
créé un précédent qui menace de gangrener toute l’Afrique, à commencer
par l’Afrique du Sud dont le programme de redistribution des terres des colons
présente des similitudes avec celui de son voisin du Nord (85). En raison du
respect dû aux anciens et à leur rôle dans la guerre de libération du joug
colonial, en raison des réactions possibles de la base de l’ANC frustrée de
la lenteur des réformes politiques et économiques, le Président Mbeki s’est
fait le champion de la non-ingérence dans les affaires du Zimbabwe et de
« l’engagement constructif » avec un régime politiquement
discrédité et économiquement ruiné. Les liens étroits que l’opposition
blanche sud-africaine entretient avec l’opposition MDC ont rendu ce parti
suspect : les dirigeants de l’ANC considèrent le parti de Morgan
Tsvangirai comme « le parti des suppôts noirs financé par les
agriculteurs blancs pour rétablir le régime colonial » (86). Après un
silence initial envers les expropriations forcées ordonnées par Harare,
Pretoria finit par mettre en œuvre une politique de conciliation afin de ne pas
effrayer les investisseurs étrangers qui redoutent une réédition en Afrique
du Sud des évènements qui se déroulent au Zimbabwe. L’Afrique du Sud entend
endiguer la contagion pour ne pas mettre en danger le NEPAD, véhicule de la
« Renaissance Africaine » béni et financé par l’Occident (87).
La suspension du Zimbabwe des instances du Commonwealth, le 19 mars 2002, fut
perçue comme un premier pas dans ce sens (88).
The
Namibian lance un cri d’alarme et un avertissement :
Si on
laisse se créer un précédent au Zimbabwe, cela ne sera pas sans
implication au niveau régional. Au bout du compte, nous flotterons ou nous
coulerons tous ensemble (89).
Les
véritables enjeux
La
crise relative aux terres et les violences politiques contre les opposants se
prêtent volontiers à un grand battage médiatique, focalisant aisément l’attention
internationale et la détournant commodément des véritables enjeux poursuivis
par le « complexe politico-militaire » d’Harare.
Selon la
très bien renseignée Jane’s Intelligence Review, le Président Mugabe
a entrepris de tisser un vaste réseau de sociétés holdings qui feront du
Zimbabwe le passage obligé en Afrique centrale pour les exportations de
minerais et les importations de pétrole (90).
Jusqu’à
la mi-1999, M. Mugabe déploya quelque 11.000 soldats au Kasai oriental et au
Katanga, riches provinces minières de la République Démocratique du Congo.
Officiellement, le but de l’opération était de venir en aide au régime de
Laurent Désiré Kabila en difficulté avec des rebelles appuyés par l’Ouganda
et le Rwanda. Faute de pouvoir rémunérer en billets verts les soldats
zimbabwéens, le Président Kabila alloua de lucratives concessions minières,
forestières et agricoles à des sociétés zimbabwéennes privées dont les
actionnaires majoritaires étaient des Ministres du gouvernement et des
militaires haut placés. Ainsi, la branche économique de l’armée
zimbabwéenne Operation Sovereign Legitimacy (OSLEG) contrôlait en 2001
deux entreprises d’Etat en RDC : le consortium diamantifère ORYX Natural
Resource (îles Caïman) fusionné avec Petra Diamonds et la COSLEG,
une joint venture entre le groupe OSLEG et la COMEX, liée à L-D Kabila
(91). Le « complexe politico-militaire » commença, de la sorte, à
engranger de substantiels profits tirés de l’exploitation commerciale des
zones diamantifères.
Le second
champ d’activités commerciales impliquant le ZANU-PF concerne l’infrastructure
ferroviaire au Zimbabwe et dans les pays limitrophes. Un projet a été confié
à une société privée, la BBR (Beitbridge Bulawayo Railroad). Cette
société a obtenu un certain nombre de baux exclusifs en vue de relier les
très rentables mines de Zambie et de RDC aux ports de Beira et Maputo au
Mozambique, Durban et au-delà en Afrique du Sud. Cette nouvelle infrastructure
ferroviaire réduira les distances ; elle sera donc moins chère et
permettra d’assurer une meilleure rentabilité aux marchés d’Afrique
centrale qu’elle reliera à l’Afrique australe. Cuivre, nickel, cobalt,
minerai de fer, bois sont au nombre des produits minéraux et naturels qui
emprunteront cet itinéraire vers la mer, tandis que le pétrole sera acheminé
des ports de l’Océan Indien vers l’intérieur du continent. Au passage, le
Zimbabwe, le Malawi et le Mozambique prélèveront leur dîme. S’inspirant du
modèle mis au point par Mnangagura en RDC pour les diamants, le ZANU-PF étudie
la création d’un contrôle militaro-commercial fondé sur l’intégration
verticale de l’exploitation minière et de la logistique.
Ainsi, au
gré des vicissitudes de la recomposition de la région, les dirigeants du
Zimbabwe placent leurs pions. Ils se positionnent en passage obligé entre l’Afrique
centrale et l’Afrique australe. Pays enclavé, le Zimbabwe veut se donner les
moyens de devenir une plaque tournante par où transitent les flux entrants et
sortants des richesses. La transformation d’un handicap géographique en atout
stratégique vise à poser le Zimbabwe en acteur incontournable de la région.
Mais,
toute médaille a un revers. Assurément, ce projet ne fait pas que des heureux.
En effet,
la nouvelle ligne mise en chantier début 2002 va priver, à terme, le Botswana
de 60 % de son trafic ferroviaire sur la section reliant Bulawayo à Beitbridge.
Cet important manque à gagner ne peut que conduire au raidissement des
relations entre Gaborone et Harare.
En
Tanzanie, la voie ferrée de Tanzara construite dans le seul but de transporter
le cuivre de Zambie à Dar es Salaam ne va quasiment plus être utilisée. Qui
plus est, le Zimbabwe jouera le rôle de principal fournisseur de carburant à
la Zambie et à la RDC, acquérant par là même une influence politique et
économique déterminante sur ces Etats.
L’Afrique
du Sud, enfin, tirera certainement ombrage de la montée en puissance d’un
Etat qui de client passe à la stature de rival. La « diplomatie
discrète » de Pretoria menace de se retourner contre elle.
Il ne
faut pas non plus oublier que la viabilité du projet dépend des relations que
le Zimbabwe entretient avec l’Angola. Or, les deux pays se disputent
actuellement le contrôle des concessions minières.
En fin de
compte, tout dépendra de la réalisation effective du projet confié par le
ZANU-PF à la société BBR. Or, pour voir le jour, ce projet nécessite un
très important financement que seul le FMI est en mesure de lui accorder.
Stabilité et sécurité dans le pays et dans la région sont les conditions
dont le FMI a assorti son aide. La balle est maintenant dans le camp de Mugabe.
Qui dit FMI dit Etats-Unis, dit Grande-Bretagne, dit Union Européenne, dit G8,
dit OCDE…et, bien sûr, acceptation de la rigueur budgétaire, de la bonne
gouvernance, et du contrôle par les institutions financières internationales
du bon usage des fonds mis à disposition.
Or, ce n’est
un secret pour personne que l’ombrageux populiste Robert Mugabe entretient des
relations pour le moins difficiles avec le Commonwealth, tendues avec l’UE et,
pour tout dire, exécrables avec la Grande-Bretagne.
A la
recherche d’un consensus
Le souci
pressant du Commonwealth est d’éviter la contagion à toute la Communauté de
Développement d’Afrique Australe (Southern Africa Development Community
ou SADC), voire de compromettre la « Renaissance Africaine »
initiée par le NEPAD. C’est pourquoi, suite au rapport du Groupe d’Observation
du Commonwealth (COG), et comme le demandait Tony Blair (92), le Zimbabwe fut
suspendu du Commonwealth pendant une année et sur le champ, à compter du 19
mars 2002.
La
Grande-Bretagne se réjouit de la solidarité que l’UE lui apportait en
manifestant sa volonté de voir des élections libres et régulières se
dérouler en mars 2002 sous le contrôle d’observateurs européens
indépendants. Londres n’était plus seule à lancer un message au peuple et
au gouvernement du Zimbabwe.
Néanmoins,
à la différence de leurs collègues du Commonwealth, les observateurs de la
mission envoyée par l’Union Européenne connurent des démêlés qui
aboutirent à leur départ. L’UE pratiqua donc la politique de la chaise vide.
Progressivement,
en deux ou trois années, les relations entre Londres et Harare se sont
rapidement détériorées. Londres fut accusé de comploter pour renverser le
régime Mugabe. Harare exigea du Royaume-Uni qu’il indemnise les agriculteurs
blancs expropriés. Le Telegraph révélait en décembre 2001 que le
gouvernement d’Harare avait envoyé en Angleterre quelque 40 agents pour
espionner les opposants politiques et les agriculteurs blancs zimbabwéens qui y
avaient cherché refuge. La Grande-Bretagne attendit 2001 pour cesser toute
collaboration militaire avec le Zimbabwé. Harare accusa les diplomates
britanniques en poste d’avoir eux-mêmes incendié des fermes appartenant à
des Blancs de façon à légitimer une intervention militaire étrangère.
Le
triptyque réforme agraire, réformes économiques, rétablissement de l’état
de Droit constitue la pierre angulaire des prises de position de Robin Cook et
de son successeur, Jack Straw.
Le Foreign
Secretary insiste non seulement sur les efforts fournis par le gouvernement
britannique, mais sur l’action concertée de la coalition internationale qui l’appuie
: le Secrétaire-Général du Commonwealth, le CMAG, l’UE, et la SADC (93).
Dans son intervention à la Chambre des Communes, le Sous-Secrétaire d’Etat
aux Affaires Etrangères, Ben Bradshaw, tira argument de l’appui que la SADC
apportait au Royaume -Uni :
La
raison pour laquelle la SADC est si efficace, c’et qu’elle est formée
de pays d’Afrique australe voisins, et qu’elle prive ainsi le Président
Mugabe de la possibilité de présenter le problème comme un problème
colonial, pour ainsi dire (94).
Le
renfort apporté par la SADC est pour le moins fortement apprécié par Londres.
En agissant avec tous ces partenaires (le Secrétaire-Général du Commonwealth,
le CMAG, l’UE, et la SADC), Londres veut élaborer un consensus international
et agir efficacement. Et Jack Straw de marteler : la crise au Zimbabwé ne se
réduit pas à un conflit bilatéral entre Londres et Harare, ni à un conflit
entre le Zimbabwé noir et le Royaume-Uni ancienne puissance coloniale blanche;
la crise au Zimbabwé est, en réalité, un problème multinational et
international (95) :
Un
problème qui survient à l’intérieur du Commonwealth est un problème
international par nature (96).
Un
principe universel est en jeu
L’internationalisation
de la crise passe par l’établissement d’un consensus où les partenaires
européens et africains ainsi que les membres du Commonwealth sont invités à
former une coalition visant à imposer le respect de l’état de Droit, des
droits de l’Homme, de la démocratie et de la bonne gouvernance.
Dans
notre monde globalisé et interdépendant, ces valeurs réputées universelles,
indivisibles et intangibles servent d’alibi à l’ingérence dans les
affaires intérieures d’un Etat souverain. Tout comme au Kosovo et en
Afghanistan, le Royaume-Uni se fait pourfendeur du mal et champion du bien (a
Force for Good).
Dans les
jours qui suivirent la remise du rapport final du COG sur l’élection
présidentielle du 9-10 mars 2002, le Foreign Secretary fit une
déclaration devant la Chambre des Communes dans laquelle il reprit les
conclusions figurant tant dans le rapport préliminaire que dans le rapport
final (97) : assurément, le Zimbabwé a été victime d’un déni de
démocratie ; le droit de tout un peuple à choisir librement son
gouvernement a été bafoué. Jack Straw demanda donc à toutes les démocraties
de condamner, d’une seule voix, le viol de ce principe universel.
Malgré
la gravité de la crise et l’urgence de la situation en 2004, Jack Straw
écarte deux options draconiennes : les sanctions économiques (qui ne
feraient qu’aggraver la condition déjà désespérée de la population) et l’intervention
militaire (98), position aux antipodes de celle de Washington qui, selon JANE’s
Intelligence Review, n’avait pas écarté en 2001 une éventuelle
intervention (sans participation britannique) de type préventif au Zimbabwé
similaire à celle entreprise en Irak pour opérer un « changement de
régime » au cas où Pretoria ne parviendrait pas à convaincre Robert
Mugabe de quitter le pouvoir « de son plein gré ».
Il
importe, toutefois, de noter qu’à la différence du Pakistan et de Fidji,
deux pays frappés d’exclusion parce que le gouvernement légitime y avait
été renversé par la force, le Zimbabwe ne fait l’objet que d’une
suspension. Londres ne veut pas définitivement fermer la porte et persiste à
tendre la main au gouvernement de Harare dans l’intérêt bien compris du
peuple du Zimbabwé :
Aujourd’hui
il est d’autant plus urgent que le gouvernement du Zimbabwé s’engage,
comme les dirigeants du Commonwealth l’ont préconisé, à guérir les
divisions du pays et s’engager sur la voie des réformes authentiques et
de la réconciliation nationale (99).
La
Grande-Bretagne convie l’Afrique du Sud, le Nigéria, les autres pays
africains et le monde démocratique tout entier à s’associer à la réussite
de cette entreprise. Le Zimbabwé n’est pas encore prêt, tant s’en faut, de
mettre sur pied une Commission Vérité et Réconciliation comme le fit l’Afrique
du Sud après l’Apartheid, ou la Sierra Leone plus récemment. L’amnistie
pourra-t-elle suffire à ramener la paix ?
Combattre
le chaos
S’exprimant
devant le Foreign Policy Centre, Jack Straw invita ses auditeurs à
« Remettre de l’ordre dans le monde ». Par la diplomatie d’anticipation,
active, engagée (100) et mondiale qu’il met en oeuvre avec ses alliés, le
FCO se bat pour repousser les frontières du chaos et éviter l’émergence d’autres
Afghanistan (101).
Dans son
communiqué final clôturant la 9è réunion de l’Union Africaine (ex-OUA), le
nouvellement créé Conseil de Paix et Sécurité ne dénombre pas moins de onze
Etats en proie à des conflits persistants (102).
Les
démocraties de marché ne doivent pas faillir car, comme M. MacShane le
répéta à Caracas, le temps presse pour les pays du Nord lesquels
disposent d’un répit de deux générations (soit quarante ans), tout au plus,
pour se protéger en mettant en place des « systèmes efficaces de règles
de droit mondial » (effective systems of global rules of law),
avant que la roue ne tourne :
L’état
de droit protège le faible contre le fort. Pour le moment nous sommes forts
mais nous ne tarderons pas à ne plus l’être autant, et c’est
maintenant qu’il faut mettre en place un état de droit mondial (103).
Jean-Claude
BESSEZ 07/2004
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(22)
FCO, Africa is crucial to the world, Statement by the Secretary of
State for International Development (Clare Short), House of Commons,
London, Wednesday 6 February 2002
(23)Rappelons,
incidemment, que Londres s’est affranchi de l’autorisation du Conseil
de Sécurité des Nations Unies pour empêcher le RUF de s’emparer de
Freetown.
(24) FCO, Partnership
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given by the PM, Tony Blair, to the Nigerian National Assembly, Abuja,
Nigeria, Thursday 7 February 2002
(25) ATLAS DU MONDE
DIPLOMATIQUE ? Ressources inexploitées et dénuement humain, p.188-189
(26) L’EXPANSION,
Comment l’Amérique veut contrôler le monde, novembre 2002,
n°669
(27) INSTITUTE FOR
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from LA TIMES, July 1, 2004. http://www.oags.org/la070103.htm
(28) THE GUARDIAN, Scramble
for Africa, June 17, 2003
(29) JANE’s
Islamic Affairs Analyst, Militants target oil-rich Nigeria, 29 June
04.
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terror examined - US
builds surveillance base in Africa, June 18, 2004
(30) http://www.usinfo.state.gov:
Angolan Oil is Strategically Important to U.S., says Andrew Young, 17 May
2004
(31)FCO,
A Future for Africa, Speech by FCO Minister of State, Peter Hain,
the 'Michael Scott Lecture', at the Africa Educational trust, London,
Tuesday 23 January 2001
(32)
FCO, Preventing Conflict in Sub-Saharan Africa, Speech by the
Foreign Secretary, Robin Cook, to the Conference on conflict prevention in
Sub-Saharan Africa, London, Monday 26 March 2001
(33)
USAID, Foreign Aid in the National Interest, 2002
(34)
RENNER Michael, Natural Resources and Conflict: a deadly relationship,
USA TODAY, July 2003
(35)
Ibid.
(36) HUGON
Philippe, L’économie des conflits en Afrique, in Revue
Internationale et Stratégique, IRIS, n°43, automne 2001, p.150-169
(37)MILITARY
REVIEW, Africa's Security Issues Through 2010, July-August 2000,
p.3-11
(38) http://www.diplomatie.fr/actual/dossiers/polafricaine/index.html
(39)
Ibid.
(40)
BBC, World : Africa, New Era in African Partnership, March 11,
1999
(41)BBC,
World : Africa, Anglo-French diplomatic drive in Africa, March
10, 1999
(42)BBC,
Africa : Gesture ‘needed’ to end DR Congo war, 22 January 2002
(43)BBC,
World : Africa, France and the US : the scramble for Africa,
March 23, 1998
(44)BBC,
France - superpower or sugar daddy, December 15, 1998
(45)BBC
News, Europe, Analysis : Allies in Africa, 22 January 2002
(46)
Ainsi, une réunion de travail sur le NEPAD se tint à Paris le 08
février 2002 à l’invitation du Président français, réunion à
laquelle se joignirent les représentants du Premier Ministre canadien, du
Premier Ministre britannique ainsi que le Ministre délégué à la
Coopération et à la Francophonie, M. Charles Josselin Ministère des
Affaires Etrangères.
(47)
The Economist, Aid – Into Africa, February 22nd, 2001.
Le DfID a communiqué la liste suivante des dix plus gros bénéficiaires
de l’aide britannique bilatérale en 1999-2000 : l’Ouganda (£ 81
millions), la Tanzanie (£ 64 millions), le Ghana (£ 48 millions), le
Malawi (£ 47 millions), le Mozambique (£ 44 millions), l’Afrique du
Sud (£ 30 millions) ex-aequo avec la Sierra Leone, le Kenya (£ 27
millions), le Nigeria (£ 15 millions), le Rwanda (£ 14,5 millions).
(48)
BBC, Business, Blair mulls Africa’s economy, 5 February 2002
(49)
D’après les chiffres publiés par l’Observatoire des Ventes d’Armes
du très réputé SIPRI de Stockholm concernant les principaux vendeurs d’armes
entre 1996 et 2000/2001, la Grande-Bretagne est le quatrième exportateur
mondial après les Etats-Unis, la Russie et la France. Cependant, depuis l’élection
de Tony Blair, ces ventes ont chuté de 2 386,6 millions d’EUROS en 1997
à 1 015,3 millions d’EUROS en 2000.
URL :
http://www.obsarm.org/obsannex/obsvend96_00.html
(50)
CEDEAO : La Communauté économique des États de l'Afrique de
l'Ouest, créée en 1975, regroupe des États francophones (Bénin,
Burkina Faso, Côte-d'Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal,
Togo), anglophones (Gambie, Ghana, Libéria, Nigeria, Sierra Leone) et
lusophones (Cap-Vert, Guinée-Bissau) ; son objectif est «de promouvoir
la coopération et le développement dans tous les domaines de l'activité
économique» et de parvenir, à terme, à la création d'une union
douanière regroupant plus de 170 millions d'habitants. Ses réalisations
économiques sont maigres. Par contre, elle fait figure de « mini-OUA »
à l'échelle de l'Afrique occidentale. Son intervention armée au
Libéria a permis la conclusion d'un accord entre les belligérants.
(51)
Défense Nationale, n°5, mai 1999, p.182
(52)
BBC, UK Politics, Blair pleads for African mission, 6 February 2002
(53)
Le Monde, Mugabe est-il fréquentable?, 06 mars 2001
(54)
Electronic Telegraph, Dismay in Britain at red carpet for Mugabe,
issue n°2111, 6 March 2001
(55)
Le Monde, M.Chirac reçoit le Président du Zimbabwe à l’Elysée
pour parler de la paix au Congo-Kinshasa, 6 mars 2001
(56)
Electronic Telegraph, Mugabe-Chirac talks blow to Britain, Harare
claims, issue n°2112, 7 March 2002
(57)
The Herald, 6 March 2001
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Le Monde, Mugabe est-il fréquentable ?, 06 mars 2001
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(60)
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différence de l’Afrique du Sud, aucune Commission de Vérité et de
Réconciliation ne fut mise en place en Sierra Leone.
(61)
BBC News, UK, Britain’s ties with Sierra Leone, 11 May 2000
(62)
Défense Nationale, Sierra Leone : une guerre des plus atroces en
Afrique Subsaharienne, n°7, juillet 2000, pp.185-187
(63)
JANE’s DEFENCE WEEKLY, Peace: at what price ?, 27 September
2000, p.26-34
L’Opération
PALLISER fit également l’objet d’un compte-rendu détaillé
dans :
JANE’S
DEFENCE WEEKLY, Flexing joint muscle, 9 August 2000, p.24-28
JANE’S
INTERNATIONAL DEFENSE REVIEW, Taking control in Sierra Leone, 9/2000,
p.60-62
(64)
Guardian Weekly, India to recall its UN troops, September
28-October 4, 2000
(65)
The Economist, Inside the enemy’s decision circle, June 20, 2000,
p.55
(66)
BBC news, UK Politics, UK to arm Sierra Leone Forces, 23 May 2000
(67)
DESPORTES Vincent, L’autonomie stratégique des commandants de
théâtre américains, in DEFENSE NATIONALE, avril 2001, p.82-99
(68)
Colloque « De la Mer vers la Terre », organisé le 01
décembre 2000 par le Centre d’Etudes Supérieures de la Marine (CESM),
Ministère de la Défense français, DIM 2000, troisième Table Ronde
(69)
The Economist, The spreading battleground, April 7, 2001: un
"Arc de guerre" se dessine en Afrique occidentale, englobant la
Guinée, la Guinée-Bissau, le Libéria, la Sierra Leone et
« peut-être » la Côte d’Ivoire.
(70)
The Economist, Losing their sparkle, June 3, 2000, p.15
(71)
Le Monde, en date du 3 août 2000, p.4
(72)
FCO, Human Rights Report 2000, p.65
(73)
FCO, Focusing efforts on kimberley ‘Phase 2’, Speech by FCO
Minister of State, Peter Hain, World Diamond Council Meeting, London, 18
January 2001
(74)
Ibid
(75)
The Economist, The Diamond Business, June 3, 2000, p.79-80
(76)
Le Monde Diplomatique, Guerre et diamants en Sierra Leone, juin
2000, p.4. Quatre compagnies se taillent la part du lion : Global
Exploration Corporation, Rex Mining Corporation, DiamondWorks
(BranchEnergy et BranchMining) et Sierra Rutile-Nord Ressources. Au moins
deux de ces compagnies, Rex et DiamondWorks, ont fait valoir leurs
concessions en Sierra Leone pour augmenter leur capitalisation à la
bourse de Toronto en 1999, alors même que la paix n'était pas encore
signée, alors même qu'elles ne pouvaient pas mettre un pied sur ces sols
contrôlés par les rebelles. Chacune de ces firmes détient des réseaux
d'agents qui leur permettent de maintenir à peu près en état leurs
installations.
(77)
Ibid.
(78)
Documents d’actualité internationale, Sommet des chefs d’Etat et
de gouvernement du Commonwealth, La Documentation française, n°2, 15
janvier 2000, p.98-103, résolutions n°10-11-16-17
(79)
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(80)
International Herald Tribune, Police quell rioting over food prices in
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qu’en 1980, 25-26 juin 2000, p.3
(81)
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The Economist, South Africa’s anxious eyes on Zimbabwe, April 15,
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(86)
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(87)
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(88)
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(89)
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Blancs d’Afrique ? Le syndrôme zimbabwéen menace le continent,
n°495 du 27 avril au 3 mai 2001
(90)
JANE’s INTELLIGENCE REVIEW, Zimbabwe extends regional influence, April
2001, p.50-51
(91)
HUGON Ph., ibid, p.160
COLLIER
& HOEFFLER, On the incidence of Civil War in Africa, Journal of
Conflict Resolution. On pourra également se référer à l’étude faite
par l’Observatoire Economique de la Défense (MINDEF FR) en Janvier
2004, n°31 sur l’ Economie des Guerres Civiles in OBJECTIF
DEFENSE n°131
(92)
BBC, Africa, Summit strikes Zimbabwe deal, 4 March 2002
(93)
FCO, TOPS: Zimbabwe, 27 November 2001
(94)
FCO, Debate on Zimbabwe, 28 November 2001
(95)
FCO, Zimbabwe talks: Communiqué Agreed, 06 September 2001
(96)
FCO, Zimbabwe: an issue of universal principle, 14 March 2002
(97)
Commonwealth Secretariat, 02/23. Preliminary Report of the COG to the
Presidential Election in Zimbabwe 9-10 March 2002.
(98)
FCO, Straw opens Commons debate on Zimbabwe, 01 July 2004
(99)
FCO, Zimbabwe’s suspension from theCommonwealth, 21 March 2002.
La
politique suivie par le Département d’Etat américain est en parfaite
symbiose avec celle du Foreign Office. Colin Powell propose aux
habitants du Zimbabwe de s’aider eux-mêmes de telle sorte qu’avec l’appui
de leurs voisins et le soutien de la communauté internationale, les
Etats-Unis puissent « sauver le peuple du Zimbabwe… un but louable
et urgent pour nous tous » (NEW YORK TIMES, Freeing a Nation From
a Tyrant’s Grip, June 24, 2003). La condition préalable est que le
Président Mugabe quitte volontairement le pouvoir comme Charles Taylor
fin Août 2003.
(100)
FCO, Pursuing an active and engaged foreign policy, by Jack Straw,
House of Commons, 22 June 2001
(101)
FCO, Re-Ordering the world, Speech by the Foreign Secretary, Jack
Straw, at the Foreign Policy Centre, 25 March 2002
(102)
AFRICAN UNION, Communiqué on Conflict Situations in Africa, 9th
Meeting, 25 May 2004, Addis Ababa, Ethiopia
(103)
FCO, The Return of Foreign Policy, Speech by the Foreign Office
Minister, Dr Denis MacShane, Chatham House, London, 13 February 2002
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