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 AccueilGéopolitique / Réflexions stratégiques / Mise à jour 26/07/04





  Réflexions stratégiques,
  Strategic thinks 






L'Afrique, un enjeu stratégique majeur pour les britanniques

par Jean-Claude BESSEZ 07/2004 (bessez@yahoo.com)
Docteur en Civilisation britannique et américaine,
spécialisé dans les questions de défense et politique étrangère, chargé de cours à l'IECS de STRASBOURG, Officier de Réserve et détaché en tant qu'enseignant auprès du Ministère de la Défense

Dans son discours sur « le Retour de la Politique Etrangère » (1), Denis MacShane axe la politique étrangère britannique sur la prévention des conflits et la promotion du bien-être. Plus loin dans ses propos, il lui assigne la réalisation du but, ou plus exactement, la résolution de la problématique posée par l’économiste Keynes en 1931, à savoir la réconciliation de l’efficacité économique, de la justice sociale et de la liberté individuelle.

En effet, souligne M. MacShane, le défi que doit relever la politique étrangère au XXI e siècle consiste à s’attaquer à l’inégalité, qui est l’une des plus grandes causes de conflit au monde, et à réduire la pauvreté qui l’accompagne. Ce double objectif est celui poursuivi par Gordon Brown qui a proposé de créer un fond de développement de US$ 50 millions et un nouveau Plan Marshall d’aide au développement. Combattre le terrorisme ne suffit pas. Il faut analyser les causes, économiques et politiques, de « l’intégrisme politique » et y apporter remède conjointement avec la France, la communauté internationale, et les ONGs parties prenantes sur le continent africain. La Sierra Leone et le Zimbabwe sont deux pays emblématiques de ce géant en proie à des convulsions.

 

COMBATTRE LA PAUVRETE

 

Les nations riches ne peuvent plus se couper du reste du monde et croire pouvoir s’enfermer dans un cocon ou un bulle ou même une forteresse dont la protection est illusoire.

La nouvelle politique étrangère doit, en fait, répondre simultanément à une double question, démontrant par là même l’extrême interdépendance du monde dans lequel nous vivons :

Le choix de telle politique rend-il mon pays plus riche et plus sûr, en donnant une base matérielle à la justice sociale, et la même politique réduit-elle les causes de la terreur, de la pauvreté et de l’inégalité dans le monde ?(2)

Il est significatif que le discours de la Baroness Symons à la Chambre des Lords établisse un lien entre les affaires étrangères, le développement international et les questions de défense (3). Elle souligne la collaboration interministérielle qui s’est établie dans le cadre de la Defense Diplomacy entre le FCO, le Ministère du Développement International (DFID), le Ministère du Commerce et de l’Industrie (DTI), British Trade International et Trade Partners UK. Dans notre monde globalisé, insiste-t-elle, non seulement la prospérité suppose la sécurité, mais ce qui se passe à l’étranger affecte directement la Grande-Bretagne, et inversement. Cette interdépendance de la politique étrangère et de la politique intérieure est devenue une certitude profondément ancrée chez tous les membres du gouvernement Blair.

C’est parce qu’il existe un lien de causalité directe entre mauvais gouvernement et mauvaise gouvernance, c’est parce que les questions économiques, sociales et environnementales affectent immanquablement les relations entre les peuples et les Etats que l’action du FCO doit être prolongée par celle du DFID, du DTI et autres ministères concernés dans le monde entier, mais surtout en Afrique.

 

L’action du Département pour le Développement International (DFID)

Le Rapport Annuel du DFID, présenté en 2003 par la Baroness Amos (4) insiste sur la part prise par le Royaume-Uni en 2002-03 pour réduire la pauvreté mondiale conformément aux Buts de Développement du Millénaire (Millenium Development Goals ou MDGs) fixés par l’Assemblée Générale des Nations Unies fin 2000. le Rapport rappelle que la Grande-Bretagne s’est engagée à consacrer 90 % de son aide aux pays les plus pauvres (soit une hausse de 100 % par rapport à aujourd’hui), et à fournir à l’Afrique £ 1 milliard au titre de l’aide au développement (development assistance) pour 2005/2006. Il s’agit du plus haut niveau de l’aide jamais apportée par le Royaume-Uni en 20 ans : le budget du DFID frôlera £ 4,6 milliards/an vers 2005/2006.

Le DFID fournit de la nourriture à l’Ethiopie et à l’Afrique australe. En octobre 2002, il a installé une cellule de crise humanitaire pour l’Afrique australe à Johannesburg afin de travailler plus efficacement vers les bureaux régionaux des Nations Unies, de la Croix Rouge, des ONGs et des donateurs en Afrique du Sud. L’action humanitaire entreprise par le DFID en Irak depuis le début de l’Opération Liberté pour l’Irak se chiffrait fin 2002 à £ 200 millions dont £ 115 avaient déjà été débloqués. Sans compter les £ 110 millions consacrés par le DFID à la reconstruction de l’Afghanistan depuis le 9/11.

L’analyse faite par le DFID concernant l’Afrique est corroborée par des ONGs réputées agissant dans d’autres parties du monde. Ainsi, la relation de cause à effet entre la guerre et la pauvreté est clairement affirmée dans des Rapports comme celui de Christian Aid mettant en évidence la destruction de la société causée par l’occupation des territoires palestiniens par les forces israéliennes et l’incurie de l’Autorité Palestinienne (5). C’est pourquoi le Processus de Paix au Moyen Orient (MEPP), souligne Bill Rammell, sous-secrétaire d’Etat parlementaire du FCO, doit donner ses chances à la paix, à la justice sociale et à la prospérité :

Le Moyen Orient est en tête des priorités de la politique étrangère britannique. Les questions qui touchent le monde arabe présentent un intérêt et une importance directs pour le peuple britannique en raison de leur impact sur la sécurité internationale, l’économie mondiale et la stabilité régionale(6).

Par son action à travers le DFID, le FCO concrétise la dimension économique et sociale de sa politique étrangère éthique qui ne se borne pas à l’édiction de quelques grands principes abstraits jetés en pâture à l’opinion publique ou destinés aux agoras internationales.

Au dicton « ventre creux n’a pas d’oreilles » Jack Straw substitue celui-ci : « ventre affamé, esprit échauffé » (Hungry people are angry people). Il est effectivement impossible de créer des conditions propices à la paix et à la stabilité si ne sont pas satisfaits les besoins élémentaires (accès à l’eau, à la nourriture, au logement, à la santé et à l’enseignement) de la vaste majorité de l’humanité qui vit dans un dénuement aussi moralement choquant que politiquement dangereux.

Le Premier Ministre britannique prône une morale mondiale où l’égoïsme national a partie liée avec l’altruisme intéressé :

La vision de la globalisation mûe par une éthique mondiale, par des valeurs universelles, n’est pas utopique. Elle est d’un réalisme moderne. Jamais il n’y a eu une époque où l’intérêt égoïste et l’intérêt mutuel n’ont été aussi étroitement dépendants l’un de l’autre.

Une politique étrangère « morale » ne peut que promouvoir un commerce équitable.

 

Le commerce équitable au service de la paix et du développement

Au cœur des échanges Nord-Sud se situe la politique agricole des Etats-Unis et de l’Union Européenne. Aux premiers comme à la seconde la Baroness Amos reproche de faire des entorses aux engagements pris lors de la conférence de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) à Doha en 2001 et de compromettre la conférence de Cancun de 2003 (7). Les subventions à l’agriculture en particulier, les échanges Nord-Sud en général sont emblématiques de la difficulté de concilier morale et efficacité économique. Le protectionnisme est coûteux pour le contribuable européen ou américain et fait régresser les économies et sociétés des pays pauvres, notamment l’Afrique dont la part dans le commerce mondial a chuté de moitié (4,4 % en 1983 contre 2,3 % en 2000).

D’où le vigoureux plaidoyer de la Baroness Amos en faveur de la libéralisation du commerce multilatéral (8) tel qu’il est prôné par l’Adam Smith Institute et tel qu’il fut présenté par Gordon Brown lors du dîner annuel du patronat britannique (Confederation of British Industry ou CBI) à Londres le 21 mai 2003. Dans la plus pure tradition utilitariste, l’intérêt égoïste veut coïncider ici avec la morale.

Le DTI et le DFID se font courroies de transmission du FCO sur le terrain au quotidien. Avec le Fonds Monétaire International (9), Clare Short alors en fonction au DFID s’était fixée comme objectif de « faire fonctionner la globalisation au profit des pauvres » :

C’est un impératif moral que de faire fonctionner plus efficacement la globalisation au profit des pauvres. Il y va aussi de notre intérêt à tous. Bon nombre de défis du monde contemporain : les guerres et les conflits ; les mouvements de réfugiés ; la violation des droits de l’Homme ; le crime international, le terrorisme et le trafic de drogues illicites ; l’extension de pandémies comme le SIDA/HIV ; et la dégradation de l’environnement, tous ces défis sont occasionnés ou exacerbés par la pauvreté et l’inégalité (10).

Le Secrétaire-Général de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (UNCTAD), Rubens Ricupero, se demande pourquoi les pays industrialisés ont pu profiter de décennies entières pour « ajuster » leurs économies aux importations de produits agricoles en provenance des pays en voie de développement alors que ces derniers sont sommés d’ouvrir sans délai leurs frontières aux banques et aux sociétés de télécommunications occidentales (11).

Reprenant le concept de l’Initiative de Financement Privé (Private Finance Initiative/Public Private Partnership ou PFI/PPP), le DFID avance l’idée d’un partenariat tripartite au sein duquel collaboreraient le secteur privé, la société civile et les gouvernements afin de réduire la pauvreté et d’assurer le développement durable. En assumant leur responsabilité sociale (corporate social responsibility ou CSR), définie et analysée par le FCO dans son Rapport 2003 sur les Droits de l’Homme (12), les entreprises contribuent à la moralisation de la vie publique et confèrent une crédibilité à la politique étrangère des pays donateurs riches.

 

LE NOUVEAU PARTENARIAT POUR LE DEVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE

 

La Politique Africaine du Royaume-Uni

Le site Internet du Foreign and Commonwealth Office consacré à l’Afrique donne l’orientation générale de la politique africaine du Royaume-Uni en ces termes : « promouvoir le changement positif à travers tout le continent » au XXI è siècle, en collaboration avec la communauté internationale et en partenariat avec les Africains eux-mêmes.

Le gouvernement britannique précise le triple objectif à atteindre : construire la paix, la prospérité et la démocratie.

La paix : la Grande-Bretagne appuie les efforts visant à prévenir ou arrêter les conflits et établir une paix durable.

La prospérité : la pauvreté est moralement condamnable et source de déstabilisation, juge le FCO. La Grande-Bretagne veut aider à construire une prospérité durable en promouvant le commerce, en réduisant la dette extérieure et en soutenant le développement.

La démocratie : responsabilité, transparence, bonne gouvernance, état de Droit et respect des droits de l’Homme sont fondamentaux. Ces valeurs aident au décollage économique et empêchent les guerres. La Grande-Bretagne soutient les gouvernements, organisations et personnes privées qui épousent ces principes.

Ainsi, cinquante ans après s’être précipitamment retirée de ses colonies sur le continent africain, la Grande- Bretagne y revient en force.

Lors de sa visite en Afrique du Sud en 1999, Tony Blair exprima la volonté de la Grande-Bretagne de contribuer au renouveau africain grâce à l’établissement de partenariats avec certains pays (Afrique du Sud, Nigeria…). Prenant la parole en septembre 2000 aux Nations Unies, à l’occasion du Sommet du Millénaire, Tony Blair évoqua « le bilan épouvantable d’échec en Afrique de la part du monde développé, bilan qui choque et fait honte à notre civilisation » (13).

La politique poursuivie par Londres en Afrique vise à contribuer à la réinsertion de ce continent dans l’économie mondiale, à encourager le nouveau partenariat pour son développement et à collaborer avec la France dans plusieurs domaines.

Le renouveau de l’Afrique a été annoncé aux Nations Unies lors du Programme du Millénaire en faveur de l’Afrique et a fait l’objet d’ « Un Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique » (New Partnership for Africa Development ou NEPAD).

Le NEPAD est une tentative historique d’assurer la prospérité en instaurant la sécurité en Afrique.

Ce nouveau partenariat ambitionne de sortir l’Afrique de son « ghetto stratégique » de l’après-Guerre Froide afin de l’intégrer au « concert des nations ». Achille Mbembe, dans Le Monde Diplomatique (14), décrit les importantes et fluctuantes recompositions géopolitiques du continent africain où, sous l’effet conjugué des migrations régionales et de l’éclatement des Etats en proie à des violences ethniques ou religieuses ou à des aventures militaires attisées par les convoitises pétrolifères, aurifères, diamantifères et forestières, les facteurs transnationaux et locaux s’imbriquent.

Lors de la définition des Objectifs du Millénaire peu de temps avant le Sommet du même nom, le Chancelier de l’Echiquier, Gordon Brown, avait proposé un véritable « Plan Marshall » reposant sur le doublement de l’aide apportée aux pays en voie de développement (15). Ce dont a besoin l’Afrique, ce n’est plus d’aide, mais d’échanges (trade, not aid), et surtout que le commerce ne soit pas seulement libre, mais équitable, loyal (no free trade without fair trade) (16).

Ce message a bien été entendu de Tony Blair qui concluait son voyage en Afrique du Sud en promettant non seulement d’inciter les pays développés à opérer de tels transferts, mais aussi à ouvrir davantage leurs marchés aux produits africains (17). La conviction profonde du Premier Ministre est que le défi le plus pressant posé à notre époque est la lutte contre la pauvreté laquelle est inconcevable hors d’un cadre institutionnel démocratique.

Aux yeux de Tony Blair, bonne gouvernance et démocratie vont naturellement de pair. Il ne saurait y avoir de prospérité généralisée sans stabilité politique ni respect des droits de l’Homme.

M. Blair invite la communauté internationale à répondre à l’appel de l’Afrique. Les préoccupations sécuritaires figurent en bonne place. Ainsi, en 2002, James Wolfensohn, Président de la Banque Mondiale, estimait qu’atteindre les Objectifs du Millénaire était non seulement une obligation morale, mais une condition essentielle pour assurer, à terme, la sécurité du monde riche (18). Lui emboîtant le pas, le Chef de l’OMC, Mike Moore déclarait la même année :

La pauvreté sous toutes ses formes est la première de toutes les menaces pour la paix, la sécurité, la démocratie, les droits de l’Homme et l’environnement (19).

En ciblant plus précisément l’Afrique occidentale, M. Wolfensohn invitait en 2004 le Nigeria à œuvrer à l’intégration économique de la région afin de déclencher un cycle vertueux de prévention des conflits (20).

 

L’Afrique compte

Cette rhétorique sécuritaire se retrouvera chez Jack Straw, Clare Short et Tony Blair, et sous-tend également largement le discours français. L’article publié par Jack Straw The Independent on Sunday, le 3 février 2001, souligne l’interaction de la pauvreté et des conflits en Afrique.

Si des pays tels que le Ghana et le Nigeria sont passés de la dictature à la démocratie, si le Mozambique a prouvé qu’il est possible de briser le cycle infernal des conflits, si l’Afrique du Sud a vaincu « le mal », le Zimbabwe sert fort à propos de contre-exemple. L’Afrique, poursuit Jack Straw, est le seul continent qui ait été incapable de tirer profit de la globalisation. Il lance un cri d’alarme :

Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas oublier l’Afrique. Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’un monde dans lequel quatre continents vont de l’avant pendant qu’un autre régresse. Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur l’inégalité flagrante entre les nations, pas plus que nous pouvons fermer les yeux sur l’inégalité entre les individus dans nos propres nations prospères (21).

C’est à cet endroit que le ministre des Affaires Etrangères martèle un thème qui est devenu récurrent dans la dialectique du gouvernement Blair, puisqu’il sera repris à satiété tant par Clare Short que par le Premier Ministre lui-même :

le désordre à l’étranger peut menacer la sécurité chez nous.

ou d’expliquer pourquoi la Grande-Bretagne s’intéresse tant à l’Afrique :

Mais, nous nous soucions de l’Afrique parce qu’il n’est plus possible de ne pas tenir compte des problèmes du monde sans courir le risque d’en subir les conséquences finalement.

L’instabilité en Afrique n’est dans l’intérêt de personne. Partant de la constatation que « L’Afrique est le proche étranger de l’Europe » (Africa is Europe’s near abroad), Clare Short raisonne de la même manière que Jack Straw et Tony Blair :

Si elle connaît des difficultés, ces difficultés et ces conflits gagneront le monde entier (22).

Au nom de la Realpolitik, Clare Short ne voit aucune contradiction entre ce qui est moralement juste, ce qui est socialement juste et l’intérêt égoïste intelligemment compris de la Grande-Bretagne. Ce dernier commande à la Grande-Bretagne d’assurer un avenir meilleur et plein d’espoir à l’Afrique.

La sécurité est un préalable au développement économique. Citant la publication de la Banque Mondiale intitulée « Voix de Pauvres », Clare Short déclarait :

Ce qu’ils (les pauvres) demandent le plus, c’est la sécurité. Personne ne peut se mettre à faire pousser des choux, à élever des poulets, emmener les enfants à l’école ou être sûr de pouvoir bénéficier de soins si le désordre est total et le chaos règne. Les conflits oppriment les gens, détruisent les infrastructures et retardent le développement.

Le raisonnement avancé par l’ex-Secrétaire d’Etat au développement est le suivant : de la résolution des conflits dépend la réforme des institutions laquelle, à son tour, permet la croissance économique et donc la réduction de la pauvreté. La sécurité crée les conditions propices à la démocratie, à la lutte contre la corruption, attire les investissements et donne accès à la technologie moderne. Si l’on veut atteindre l’objectif fixé par l’ONU lors du Sommet de son Millénaire, à savoir la réduction de moitié de la pauvreté dans le monde d’ici 2015, l’ensemble de l’Afrique doit connaître une croissance de 7 %. En prenant en main son destin dans le cadre du NEPAD, l’Afrique se donne de bonnes chances de réussite.

Le Royaume-Uni propose d’aider l’Afrique à se réformer « en raison des besoins qu’a l’Afrique et des dangers auxquels elle expose le monde ». Mais, la Grande-Bretagne ne peut seule relever pareil défi, elle a besoin de s’associer à l’UE et au G8. Il est indispensable de coordonner les efforts internationaux.

Clare Short mit en lumière un engrenage. Paradoxalement, démontra-t-elle, les malheurs de l’Afrique sont causés par sa richesse : ainsi, les ressources diamantifères font l’objet de trafics criminels et de combats impitoyables dont la finalité est le trafic de drogues. Il en résulte une extension à grande échelle de maladies dévastatrices et des mouvements migratoires de grande ampleur, qu’il s’agisse de déplacements de personnes à l’intérieur des frontières de leur Etat ou d’exodes massifs de réfugiés. La solution pour les pays du Nord qui doivent accueillir, bon gré mal gré, l’afflux de migrants non désirés ou bien parer de toute urgence à des catastrophes humanitaires dans le Tiers Monde consiste à endiguer la déferlante migratoire à la source et à s’attaquer aux causes mêmes des problèmes. L’ingérence humanitaire est devenue inévitable dans le village planétaire, car les problèmes des uns affectent forcément les autres. On entrevoit ici les implications en droit international (23).

 

L’aide à l’Afrique : promouvoir l’éthique de la globalisation

Tony Blair s’est fixé comme objectif de son second mandat d’aider l’Afrique, cette « balafre sur le visage du monde » (a scar on the face of the world) à sortir de la pauvreté.

En février 2002, au cours d’une tournée dans plusieurs pays africains, le Premier Ministre britannique développa longuement la nouvelle approche de Londres envers ce continent.

Il s’adressa d’abord à l’Assemblée Nationale du Nigeria, le 7 février 2002 : agir est un devoir ; l’Afrique est un partenaire avec lequel, sur un pied d’égalité, il faut bâtir un monde plus juste, et, par conséquent, plus sûr :

N’oublions pas : l’Afrique est un marché de 750 millions de gens au seuil de l’Europe. Et les évènements du 11 septembre et leurs séquelles illustre fortement que la sécurité de chacun de nous dépend de la prospérité de nous tous. Dans le monde interdépendant d’aujourd’hui, il ne peut y avoir aucune sécurité à l’avenir pour quiconque à moins que nous ne gérions la globalisation plus justement (24).

Dans ce monde globalisé, l’interdépendance est le maître mot. En outre, en Afrique comme dans les pays industrialisés, il ne saurait y avoir de prospérité sans sécurité, et inversement.

De même que dans le passé la Grande-Bretagne se montra solidaire de l’Afrique du Sud dans sa lutte contre l’Apartheid, de même aujourd’hui il échoit à la première une « responsabilité particulière » (a special responsibility) envers la seconde, insiste Tony Blair. C’est dans cet esprit que le Premier Ministre évoque le terme de « partenariat ». Ce concept dépasse, d’ailleurs, l’aide pure et simple car il importe de reconsidérer la relation :

J’insiste sur le mot « partenariat ». Il n’est pas seulement question d’aide. Il ne s’agit pas seulement de ce que nous donnons. Vous avez besoin de notre soutien. Mais, nous avons besoin que vous réussissiez.

Face à la multiplicité des causes explicatrices de l’état dans lequel l’Afrique se trouve actuellement, seul un plan d’action cohérent mis en place conjointement par les pays africains et le monde développé sera garant de succès.

Ce plan de renaissance de l’Afrique fut présenté aux dirigeants du G8 à Gênes en 2001 par les Présidents Obasanjo, Mbeki et Wade et fut étudié lors du sommet du G8 au Canada en juillet 2002. Les pays du G8 ont nommé des Représentants Particuliers pour collaborer avec le comité directeur chargé de réaliser ce plan, maintenant connu sous le nom de NEPAD.

La sécurité collective est la préoccupation majeure. Elle nécessite un effort concerté. C’est pourquoi la France (Jacques Chirac à Paris, Michel Camdessus au Sénégal) et les Etats-Unis (Paul O’Neill, Secrétaire d’Etat au Trésor) se joignirent à la Grande-Bretagne et au Canada pour réaliser d’ici 20015 les Buts du Développement définis lors du Sommet du Millénaire (Millenium Development Goals) des Nations Unies.

Devant l’Assemblée Nationale du Nigeria, Tony Blair développa une réflexion centrée sur quatre domaines critiques : la paix, la bonne gouvernance, la croissance et les ressources humaines.

La paix est la condition préalable à tout développement en Afrique. Tony Blair estime que 20 % des Africains vivent dans des contrées en guerre (région des Grands Lacs, RDC, Corne de l’Afrique…).

Revient alors l’antienne sécuritaire : les conflits en Afrique constituent une menace pour la sécurité mondiale car ils occasionnent des déplacements massifs de populations et favorisent les réseaux terroristes et ceux du crime international. Le Premier Ministre conforte les dirigeants du NEPAD dans leur approche sécuritaire comme traitement préventif pour assurer le développement et la prospérité :

Par conséquent, le NEPAD a raison de donner la priorité à la prévention et à la résolution des conflits violents. Il s’agit là d’une condition préalable au développement et à la réduction de la pauvreté en Afrique.

Tony Blair se réjouit de voir les initiatives entreprises par le comité exécutif du NEPAD en vue de moraliser la vie publique et d’assurer la bonne gouvernance: lutte anti-corruption, transparence du financement des partis politiques, réforme de l’administration et de la Justice.

Le Premier Ministre proposa une nouvelle approche: les pays donateurs ne devraient plus lier l’aide qu’ils fournissent à l’obtention de contrats commerciaux en échange. Il compléta sa proposition en suggérant d’une part de lier l’aide aux réformes (des institutions politiques et des structures économiques), et d’autre part de relever le défi lancé par le délégué du Nigeria au Sommet de Doha, à savoir accroître les échanges commerciaux. En effet,

Ce n’est pas l’excès de commerce, mais son insuffisance qui explique la pauvreté dans les pays en voie de développement.

Tony Blair donna acte au Président Wade du Sénégal des critiques qu’il avait formulées : les pays développés devraient mettre leurs actes en accord avec leurs discours et donc baisser, voire supprimer les barrières douanières qu’ils ont érigées pour protéger certains de leurs secteurs comme l’agriculture.

L’allègement de la dette des Pays Pauvres Très Endettés (Heavily Indebted Poor Countries ou HIPC) a réellement soulagé les plus pauvres. Le Royaume-Uni, qui est le plus important bailleur de fonds du Nigeria, se déclare prêt à consentir un effort particulier à son profit à la condition expresse qu’il fasse la preuve de sa capacité à réformer son économie, c’est à –dire à la libéraliser.

Le développement économique serait incomplet sans un investissement dans les hommes, leur santé, leur nourriture, leur formation.

La lutte contre le fléau du SIDA / HIV est l’absolue priorité en Afrique qui n’est certes pas la seule partie du globe dont la population est atteinte par cette pandémie. En effet, le taux d’infection croît rapidement en Asie australe, en Chine, en Russie et en Europe Centrale et Orientale. Toutefois, l’Afrique se singularise tragiquement par le fait qu’elle concentre 70 % des cas de SIDA/HIV de la planète. Son avenir semble gravement hypothéqué : hécatombe dans la population, régression économique… Il n’est pas vain de se demander où l’Afrique du XXI e siècle, aux prises avec cette pandémie ravageuse, trouvera les bras et les cerveaux indispensables à sa « renaissance ».

 

 

LE ROYAUME UNI ET L’AFRIQUE UTILE

 

Il convient de compléter la présentation générale de la politique mise en œuvre par Londres en Afrique par la présentation rapide d’un certain nombre de pays africains dont les ressources et/ou la situation présentent un intérêt stratégique  aux yeux des pays riches (25). Les potentialités énergétiques et minérales qui permettent le financement des belligérants sont à la base des conflits de la région et de la persistance des troubles.

L'Afrique centrale et australe regroupe d’une part des États ayant des richesses minérales et énergétiques importantes et variées (exploitées ou non), et de l'autre des États qui n'en disposent absolument pas. La première catégorie fait partie, selon l'expression américaine, de « l'Afrique utile ». Deux pays sont particulièrement caractéristiques du phénomène : la région Est de la RDC, le Kivu, qui par ses potentialités minières et énergétiques fait figure d'Eldorado africain ; et l'Angola des côtes pétrolifères et de l'intérieur diamantifère. Ces territoires en question sont des sources de conflits très violents. Sur le plan des potentialités agricoles, une troisième catégorie se distingue, formée de pays agricoles très fertiles touchés par de fortes contestations sociales (Zimbabwe) ou démographiques (Rwanda).

Le Royaume-Uni s’est lancé dans une entreprise de grande envergure, concentrant son action sur ces « géants » que sont l’Afrique du Sud et le Nigeria tout en gardant au feu de multiples fers, consolidant ses liens avec ses anciennes colonies, nouant de nouvelles et fructueuses relations avec d’autres jusqu’ici étrangers à sa sphère d’influence et même remontant au-delà de la seule région sub-Saharienne jusqu’aux colonnes d’Hercule.

En ce qui concerne l’Afrique, une foule de renseignements inestimables est disponible sur le site Internet du FCO. L’Africa Factbook fournit des fiches signalétiques (Country Profiles) très documentées sur chaque Etat africain. Les Rapports sur Droits de l’Homme passent en revue tous les aspects humains ou humanitaires des problèmes auxquels la politique étrangère britannique se trouve confrontée. L’on constatera que Londres a une vision globale des questions et pratique, avec ses alliés européens et les Nations Unies, une politique volontariste en cohérence avec sa philosophie politique universaliste et ses objectifs propres.

La politique suivie par la Grande-Bretagne en Afrique illustre avec pertinence le concept de diplomatie économique appliqué à l’échelle d’un continent tout entier.

En Afrique, le pétrole n’est jamais loin…en Angola, au Nigeria, au Congo, au Gabon, en Guinée Equatoriale… « l’or noir (est) en garde à vue » (26). La finalité « éthique » de la politique étrangère conduite par Londres s’est récemment manifestée lorsque Tony Blair demanda aux compagnies pétrolières de déclarer spontanément les sommes qu’elles versaient pour les concessions de pétrole et les droits acquittés pour exploiter les richesses africaines. Si l’initiative britannique a reçu l’appui de six pays (dont la France, l’Inde et l’Afrique du Sud) et de deux compagnies pétrolières européennes (British Petroleum et Royal Dutch/Shell), la bonne volonté des « majors » américaines menées par Exxon Mobil et Chevron Texaco est loin d’être acquise et n’est pas susceptible d’être encouragée par les représentants du lobby pétrolier à la Maison Blanche (27). Pour les Etats-Unis, les importations de pétrole africain sont devenues un problème de « sécurité nationale » (au sens de la National Security Stratregy), leur permettant de réduire leur dépendance par rapport au Moyen Orient (28).

 

Le Nigeria, un géant de l'Afrique : trop d’hommes et beaucoup d’or noir

Avec l’Afrique du Sud, le Nigeria est l’un des deux géants de l'Afrique, dont

l’influence s’étend sur la région. Il se distingue de ses voisins par la possession de deux atouts importants, paradoxalement difficiles à gérer par l'État Nigérian : le poids démographique et la présence de gisements de pétrole.

L’intensification de la reprise des relations entre Londres et Abuja s’explique non seulement par l’importance du Nigeria en tant que pays producteur de pétrole, mais aussi parce qu’il est le deuxième marché pour les exportations britanniques en Afrique.

Soucieux de sécuriser son approvisionnement en pétrole et de préserver la stabilité et l’unité du Nigéria, Washington est en train de déployer ses Forces Spéciales dans les Etats de la région sub-sahélienne (Tchad, Mali, Mauritanie, Niger) afin d’endiguer les infiltrations de militants islamiques depuis le sud de l’Algérie, et à terme, de sécuriser toute la partie de l’Afrique allant de Djibouti au Burkina Faso, rapportent diverses sources convergentes (29).

 

L’Angola

Peter Hain, Ministre du FCO, effectua une visite en Angola du 4 au 6 juillet 2000, au cours de laquelle il fit part au Président Dos Santos de la préoccupation du gouvernement britannique concernant le respect des droits de l’Homme en Angola et également du problème de la corruption, liée essentiellement aux revenus tirés du pétrole. Il signa au nom du gouvernement de Londres un Accord de Promotion et de Protection des Investissements ainsi qu’un Protocole d’Accord sur les Services Aériens.

Il se fit donneur de leçons car l’Angola, à son sens, gaspille ses immenses ressources dans la guerre. Il tint à dénoncer ce gâchis :

L’Angola est un pays riche appauvri par la corruption et la malhonnêteté. Sa richesse doit profiter à tout son peuple, et non seulement à une minorité. L’argent que procurent le pétrole et les diamants doit servir à construire de nouveaux hôpitaux, de nouvelles écoles, des universités et des instituts techniques. Il doit servir à construire de nouvelles routes, de nouveaux ponts et chemins de fer. Il doit servir à tirer les simples citoyens Angolais de la pauvreté, de la peur et de la dépendance. Et servir à garantir leur propre développement et celui de leur pays pleinement.

Mais, pour Peter Hain, il ne suffit pas de mettre un terme à la guerre. Il faut en finir avec les pots de vin et les faveurs. Les Angolais ont besoin d’un gouvernement « propre et compétent », et de vivre dans une économie de marché ouverte fonctionnant dans le cadre de la loi et au profit de tous. Il se réjouit que l’Angola ait accepté un programme contrôlé par le FMI : c’est un « premier pas vital » dans la bonne direction dans ce « monde où nous dépendons tous les uns des autres » .

Le Royaume-Uni a largement répondu aux appels à l’aide humanitaire (surtout alimentaire) lancés par des Organisations Internationales Non Gouvernementales et les Nations Unies.

Le poids international de l’Angola se mesure à l’intérêt que lui porte le grand allié américain, dont l’ambassadeur auprès des Nations Unies, Andrew Young, déclara le 17 Mai 2004 que « le pétrole angolais était d’une importance stratégique » pour Washington (30).

 

Le Cameroun

Le Cameroun francophone rejoignit le Commonwealth en 1995. Néanmoins, le Royaume-Uni estime que le nouveau membre n’a pas respecté la Déclaration d’Harare de 1991 (sur les droits de l’Homme et la bonne gouvernance), qui constituent les valeurs fondamentales unissant les Etats membres du Commonwealth. C’est pourquoi le Groupe d’Action Ministériel du Commonwealth a envoyé une équipe du Secrétariat du Commonwealth pour enquêter.

D’autre part, les Nations Unies, dans un rapport sur la torture publié fin février 2000, concluent que « les représentants de l’ordre ont recours à la torture d’une manière générale et systématique ». Une année plus tard, le Cameroun n’avait toujours pas remédié à la situation. Le Haut Commissaire britannique en poste à Yaoundé a fait part à de hauts responsables camerounais de la profonde consternation de Londres face aux agissements du Commandement Opérationnel (CO, il s’agit de la Brigade anti-gang), et aux restrictions entravant la liberté de manifester de l’opposition.

 

La République Démocratique du Congo

Le conflit en République Démocratique du Congo (RDC) menace la stabilité et la prospérité de toute la région des Grands Lacs, concluait le FCO dans le Human Rights Report 2000 (page 68).

Après l’assassinat de Laurent Désiré Kabila, Peter Hain, s’exprimant sur les ondes de la BBC, préconisa diverses mesures conservatoires afin de stabiliser la situation: application de l’Accord de paix de Lusaka (1999), établissement de la paix, envoi rapide de 5.500 Casques Bleus. Dans le même temps, les alliés du défunt Président (Zimbabwe, Angola et Namibie) entendaient figer la situation sur le terrain.

Le Royaume-Uni a étroitement collaboré avec les membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies et ses partenaires de l’UE depuis le début du conflit pour tenter de ramener la paix dans la région. Londres pressa toutes les parties impliquées dans ce conflit à mettre intégralement en œuvre l’Accord de cessez le feu de Lusaka.

Le Human Rights Report 2001 précise qu’il faut imputer l’implication de l’Angola en RDC au débordement des opérations de l’UNITA qui se déroulaient alors en Namibie et en Zambie. Les conflits s’imbriquent donc les uns dans les autres au mépris des frontières héritées de la colonisation et débouchent sur une recomposition géographique elle-même génératrice d’instabilité régionale.

En août 2001, Clare Short se rendit dans la région des Grands Lacs, et particulièrement au Congo, pays où les plus grandes ONGs britanniques, Oxfam, Christian Aid et Save the Children UK, sont à pied d’œuvre. Selon le rapport accablant publié par ces ONGs (No end in sight), les progrès politiques réalisés n’ont pas empêché la situation humanitaire de se détériorer à l’Est du pays.

La visite du Ministre en charge du DFID a soulevé des polémiques car elle est survenue après un rapport des Nations Unies dénonçant l’enrichissement des militaires et hommes d’affaires ougandais, rwandais et congolais lesquels détournèrent l’aide humanitaire au profit de leurs armées ou milices d’occupation et sont responsables de la mise en coupe réglée du Congo. Or, la Grande-Bretagne est l’un des plus généreux donateurs dans le cadre de l’aide bilatérale au Rwanda et au Congo.

 

La Corne de l’Afrique

Le conflit frontalier qui éclata entre l’Ethiopie et l’Eritrée en mai 1998 avait déjà fait plus de 100.000 victimes en 2000.

L’intense activité diplomatique tant de la part de l’Union Africaine que de l’UE était parvenue à ramener les deux parties à la table des négociations où ils signèrent le 18 juin 2000 un Accord de Cessation des Hostilités.

Le conflit a eu de sérieuses conséquences pour les civils des deux camps sur le plan humain et sur celui du respect des droits de l’Homme. Le Royaume-Uni est intervenu auprès du gouvernement d’Addis Abeba pour lui demander de mettre un terme à la déportation « déplorable » (sic) de civils éritréens. Du côté éritréen, Londres a demandé que le Comité International de la Croix Rouge (CICR) puisse avoir accès aux prisonniers de guerre, que la Convention de Genève soit respectée et que les prisonniers de guerre et autres civils soient traités humainement comme le prévoit le droit international humanitaire.

Le Royaume-Uni contribue à la mise sur pied d’un état de Droit en Ethiopie. A travers l’UE, le Royaume-Uni continue d’exiger la libération de tous les prisonniers de guerre et condamna, dans une déclaration commune du 10 septembre 2001, les atrocités commises contre des civils par les deux camps, postérieurement à la signature de l’Accord de Cessation des Hostilités.

Le Royaume-Uni appuie la mission des Nations Unies en Ethiopie/Eritrée (UNMEE) qui a déployé 4.200 Casques Bleus sur la frontière séparant les deux pays et veille au respect des droits de l’Homme.

 

Le Ghana

C’est au Ghana que la Grande-Bretagne a mis en place l’un des plus vastes programmes de développement. Elle y dépense £ 55 millions dans le domaine de la santé, l’éducation, l’eau, les infrastructures, les ressources naturelles (dont la forêt) et l’aide à la réforme des entreprises clés du secteur public. Ce programme doit atteindre les £ 65 millions par an d’ici trois ans dans le cadre d’un programme de réduction de la pauvreté piloté par le Ghana lui-même.

On retrouve là l’idée évoquée plus haut par M. Blair de laisser les pays en voie de développement concevoir eux-mêmes les stratégies les plus appropriées. Cette idée est devenue réalité ici. Dans Ghana Vision 2020 le gouvernement d’Accra se donne jusqu’à 2020 pour réduire la pauvreté et créer un pays avec une classe moyenne dynamique. Le programme d’aide conçu par le Royaume-Uni appuie cet objectif et concentre ses efforts sur l’éradication de la pauvreté conformément au Livre Blanc du DFID intitulé Eliminating World Poverty : A Challenge for the 21st Century.

Le Ghana est le troisième marché pour les exportations britanniques dans l’Afrique sub-Saharienne (après l’Afrique du Sud et le Nigeria). En 2000, la Grande-Bretagne exporta vers le Ghana pour £ 170 millions et importa pour £ 100 millions.

Avec environ £ 500 millions, le Royaume-Uni est l’un des plus importants investisseurs au Ghana.

Comme le soulignait le Country Profile en date de juin 2001, la Grande-Bretagne n’entend pas modifier la ligne de sa politique envers le Ghana : à savoir la promotion d’une société ouverte, de la liberté des media, de l’indépendance de la justice et d’un exécutif démocratiquement élu et responsable devant le peuple.

 

Le Kenya

La Grande-Bretagne maintient des liens importants avec le Kenya en ce qui concerne le commerce et les investissements. Le Royaume-Uni est le premier investisseur étranger au Kenya. Les chiffres du commerce atteignirent £ 356 millions en 2000. Le Royaume-Uni est le second plus gros marché pour les exportations kenyanes.

Traditionnellement, le Royaume-Uni et le Kenya entretiennent de bonnes relations. Si le premier appuie les intérêts du second lors de réunions multilatérales, le second soutient les positions du premier aux Nations Unies, et dans les réunions du Commonwealth et autres forums internationaux.

 

Le Mozambique

Au cours d’un déplacement au Mozambique, Clare Short lança un partenariat bilatéral renforcé débouchant sur un Plan Stratégique en vue d’éradiquer la pauvreté. Ce Plan fait de la Grande-Bretagne l’un des plus importants donateurs d’aide bilatérale.

Lorsqu’au début de l’année 2000 le Mozambique connut des inondations dévastatrices, le gouvernement britannique fournit £ 36 millions en aide d’urgence en sus des quelque £ 28 millions versés par le DFID au titre du programme d’aide bilatérale au développement. Le Royaume-Uni approuva l’aide humanitaire et pour la réhabilitation débloquée par la Commission européenne. En outre, l’opinion publique britannique manifesta généreusement sa solidarité en donnant £ 22 millions au Comité pour combattre les urgences nées de désastres.

Le Royaume-Uni a fortement soutenu la candidature du Mozambique au statut de Pays Pauvre Très Endetté (PPTE, HIPC en anglais). Le gouvernement britannique a immédiatement effacé la totalité des dettes bilatérales restant dûes par le Mozambique et a encouragé d’autres pays à en faire autant.

La bonne tenue de l'économie du Mozambique a entraîné une forte croissance des investissements britanniques depuis 1994.

Saint Malo a donné naissance à la coopération militaire franco-britannique en Europe. De ce Sommet est aussi née la coopération diplomatique et politique des deux anciennes puissances coloniales en Afrique. Les diplomates britanniques sont mis au service de l’économie de leur pays dont ils promeuvent vigoureusement les intérêts sans états d’âme. La coopération n’exclut pas la rivalité…

A l’instar de la France, la Grande-Bretagne s’intéresse très activement à des pays qui, historiquement, ne faisait pas partie de sa sphère d’influence : Angola et Mozambique sont des pays lusophones, alors que le Burundi, le Maroc, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Congo et le Rwanda appartiennent à la Francophonie.

 

Le Rwanda

La Grande-Bretagne a proposé son aide au Tribunal Pénal International pour le Rwanda (International Criminal Tribunal for Rwanda ou ICTR sis à Arusha) en fournissant des fonds et du personnel en sus de sa contribution aux Nations Unies. Dans le Rapport sur les Droits de l’Homme 2003, Londres déclare s’interroger sur l’efficacité et le coût de cette juridiction ad hoc.

Suite aux différentes résolutions (918, 997 et 1011) adoptées par le Conseil de Sécurité des Nations Unies imposant un embargo sur la vente ou la fourniture d’armes au Rwanda et à ses voisins (RDC, Ouganda, Tanzanie et Burundi) susceptibles d’en faire usage au Rwanda, le Royaume-Uni a revu le régime de ses licences d’exportations.

 

Le Soudan

Qu’il s’agisse du Ghana en Afrique occidentale ou du Soudan en Afrique orientale, l’esclavage et les enlèvements de femmes et d’enfants à des fins d’exploitation sexuelle ou économique demeurent une constante sociologique. Le problème relève du cadre plus vaste des migrations transnationales illicites et du commerce d’êtres humains.

Le gouvernement britannique lutte contre ces pratiques soit en son nom propre et seul (au niveau des représentations diplomatiques) soit avec les institutions internationales (UE, OSCE, ONU) soit de concert avec des ONGs (Save the Children UK). Dans le cas présent, le FCO collabore avec le gouvernement soudanais à travers la Commission pour l’Eradication de l’Enlèvement des Femmes et des Enfants (CEAWC).

En ce qui concerne la guerre civile au Soudan, le gouvernement de Londres est parvenu à se faire entendre grâce, d’une part à son ambassade nouvellement ouverte à Khartoum, et d’autre part à son entregent avec les ONGs présentes sur place et les Eglises locales. Londres a formulé de vives représentations auprès du gouvernement soudanais après que des raids aériens dans le Sud du pays aient fait des victimes civiles et mis en danger la vie des personnels chargés des opérations humanitaires en cours. En juin 2004, hanté par le génocide de 1991 au Rwanda, Tony Blair a menacé de prendre des sanctions contre le gouvernement de Khartoum devant son refus de répartir équitablement l’aide internationale dans la région du Darfour, de contrôler ses milices Janjaweed et de protéger les populations.

Malgré les promesses faites par Khartoum à Colin Powell, Joschka Fischer, Kofi Annan et Jack Straw, les violations des Droits de l’Homme et le génocide se poursuivent au Darfour, constatent Human Rights Watch et Amnesty International.

Devant la gravité de la crise humanitaire (1 million de déplacés, 30.000 morts et un flux croissant de réfugiés au Tchad), Tony Blair, invoquant un « devoir moral » d’agir, et appuyé tant par les conservateurs que par les libéraux-démocrates, a demandé à son cabinet, au Foreign Office et au Ministère de la Défense (MoD) de proposer un plan d’intervention militaire d’urgence.

Le quotidien norvégien Aftenposten rapporte que le Chef d’Etat-Major des Armées britannique, le Général Sir Michael Jackson, s’est déclaré prêt, malgré la surchauffe occasionnée par les déploiements en cours, à dépêcher au Darfour l’équivalent d’une brigade, soit 5.000 hommes, le cas échéant.

A ce jour, l’aide humanitaire apportée par Londres au Darfour se monte à £ 19.5 millions.

Suite à la résolution votée par les Nations Unies le 11 juin, l’Union Africaine (UA) envisage d’envoyer 60 observateurs et quelques 300 hommes chargés de protéger la population civile…sur un territoire de la taille de la France.

 

Le Maroc

L’intérêt porté par Londres à l’Afrique ne se limite pas à l’Afrique Sub-Saharienne. Une entreprise de séduction en direction de l’Afrique du Nord (traditionnellement francophone, si ce n’est francophile) et particulièrement du côté africain des Colonnes d’Hercule, est en cours d’élaboration. Avec l’intervention conjointe du FCO, du DFID, du Department for Trade & Industry (DTI) et du secteur privé représenté et piloté par Trade Partners UK (TPUK), la diplomatie économique britannique a jeté son dévolu sur le Royaume chérifien, jadis partenaire privilégié de la France.

A la mi-février 2002, fut lancée à Casablanca une campagne à l’initiative des organisations d’employeurs britanniques (Confederation of British Industry ou CBI) à destination des milieux d’affaires marocains. Ce lancement coïncida avec l’arrivée d’une mission commerciale de 25 sociétés britanniques, marquant le renouveau de l’intérêt porté par la Grande-Bretagne au « pré carré » français.

En février 2002, Lady Simmons prononça à Londres un discours à l’invitation du CBI à l’occasion d’une conférence organisée conjointement avec TPUK, et à laquelle des représentants du Maroc avaient été conviés. TPUK a repris pied au Maroc après le déclin de l’influence française et espagnole. A l’heure actuelle, le Maroc est l’un des 14 marchés ciblés par TPUK.

Le commerce bilatéral a atteint des niveaux record avec plus de £ 800 millions par an. C’est à la demande du Maroc lui-même que la Grande-Bretagne a décidé de lui accorder le statut de « marché cible ».

La campagne de marché cible (target market) lancée par TPUK est un exercice de relations publiques destiné à faire connaître à l’industrie britannique le grand potentiel inutilisé que le marché marocain offre aux investisseurs et importateurs britanniques.

Lady Simmons insista particulièrement sur la croissance du secteur privé, la

déréglementation, la création d’emplois et les investissements, notamment dans les « secteurs prioritaires » (textiles, agriculture, tourisme et loisirs, services financiers, minerais et métaux, et environnement) dont le potentiel est énorme et prometteur.

TPUK cautionne l’accord signé par le CBI avec son homologue marocain, le CGEM, en vue de resserrer les relations d’affaires. De cet accord est né le Conseil des Affaires Anglo-Marocaines (Moroccan-British Business Council) dont les réunions semestrielles se tiendront tantôt au Maroc tantôt en Grande-Bretagne et serviront à identifier les opportunités à saisir par les entreprises des deux pays.

Peter Hain avait déjà fait sien ce souci d'éduquer les investisseurs potentiels, de leur apprendre à dépasser les gros titres d'une presse véhiculant un Afro-pessimisme de circonstance. L'Afrique a un avenir, martelait-il dans son allocution dans le cadre des conférences Michael Scott :

L'Afrique ne doit pas passer à côté de la révolution des connaissances comme elle a manqué la révolution industrielle (31).

Si le discours tenu par Lady Simmons à Londres atteste de la vigueur de la poussée de la diplomatie économique britannique, le FCO exprimait dans son Rapport sur les droits de l'Homme 2000 sa satisfaction de voir le nouveau Roi, Mohammed VI, accélérer la réforme du système judiciaire et des juridictions pénales en vue de donner une plus grande liberté d'opinion et d'expression. Depuis 1999, le FCO participe au financement d'un certain nombre de projets touchant aux droits de l'Homme : protection des femmes contre la violence, enseignement de l'anglais pour pouvoir former des journalistes, matériel pédagogique servant à promouvoir l'enseignement des droits de l'Homme…

 

Aider l’Afrique à trouver des solutions africaines

Dans son discours, Un avenir pour l'Afrique, Peter Hain réaffirme avec force les engagements pris par la Grande-Bretagne envers l'Afrique. Il rappelle les trois objectifs que Tony Blair avait assigné à la politique étrangère britannique sur ce continent : l'établissement de la démocratie, la mise en œuvre de réformes économiques devant assurer la prospérité, et la réalisation de la paix. Il place ses espoirs dans la nouvelle génération de dirigeants et d'entrepreneurs qui est en train d'émerger. Il n'accepte pas le refrain selon lequel aux problèmes africains il faut trouver des solutions africaines, car cette rengaine, dit-il, a trop souvent servi d'alibi au reste du monde pour s'abstenir d'agir.

Renchérissant sur Clare Short, M. Hain explique pourquoi l'Afrique compte: l'impératif humanitaire est indissociable des bénéfices économiques potentiels mutuels. Robin Cook, lui aussi, veut aider l'Afrique Sub-Saharienne à sortir de cet état de conflit endémique (32). M. Cook veut briser le cercle vicieux dans lequel ce continent est pris:

La pauvreté engendre les conflits, qui, à leur tour, garantissent la continuité de la pauvreté.

L'ancien Ministre des Affaires Etrangères ne voit de solution que dans l'action concertée entre divers Ministères britanniques (FCO, DFID, DIT, MoD…) et conjointe avec la communauté internationale :

Aucun pays ne peut régler seul ces problèmes.

Les pays développés doivent reconnaître et assumer leur part de responsabilité en ce qui concerne l'avenir de l'Afrique, la prévention et la résolution des conflits :

Mais il est bien trop aisé de rendre l'Afrique responsable des problèmes qu'elle connaît…Nous autres, dans les pays développés devons aussi reconnaître la responsabilité qui nous incombe quant aux problèmes de l'Afrique, et le rôle que nous pouvons jouer pour fournir une solution.

Il s'agit ni plus ni moins que de ramener la paix, et donc de créer les conditions favorables à la prospérité qui permettra à l'Afrique de profiter des bienfaits d'un monde globalisé et interdépendant.

Cette thématique de « l’aide économique humanitaire étrangère au service de l’intérêt national » (33) est érigée par Washington au rang d’instrument de sa politique étrangère. Le site de USAID est richement documenté et mis à jour, notamment sur la crise humanitaire au Darfour.

La poursuite de ces objectifs est confortée par les résultats de recherches économétriques, telles que celles entreprises par Collier et Hoeffler (34), selon lesquelles la probabilité de conflit diminue avec la richesse et le taux de croissance. Il s’ensuit que les initiatives en faveur de la croissance renforcent les dispositifs de prévention des crises. Les pays riches ont donc intérêt à promouvoir le développement et la croissance des pays pauvres, en accordant une priorité aux plus pauvres d’entre les pauvres.

Si du temps de la Guerre Froide les conflits étaient davantage idéologiques et visaient à la prise en main des rênes du pouvoir, les luttes d’aujourd’hui ont pour objet d’accaparer les sites riches en minéraux, bois et autres richesses précieuses ou de prendre le contrôle des points de passage obligé pour les exporter vers les marchés occidentaux, observe Paul Collier, directeur du Groupe de Recherche sur le Développement à la Banque Mondiale. Cette économie de la violence, soutient David Keen de la London School of Economics, profite à certains groupes prédateurs : fonctionnaires, seigneurs de la guerre, combattants, trafiquants d’armes ou de pierres précieuses, affairistes…(35) Le Pr Philippe Hugon s’est attaché à décrire la spécificité africaine des conflits armés, lesquels trouvent leurs racines dans des défaillances économiques (36) :

Le développement des zones de conflits en Afrique résulte à la fois de résurgence des référents identitaires ethniques, religieux ou nationalistes, de la faillite des Etats de droit et des souverainetés en déshérence, des immixtions des puissances régionales et internationales et d’une mondialisation des organisations criminelles internationales. Les guérillas vivent de soutiens extérieurs, de prédations sur les productions ou sur les aides extérieures, ou de captations des ressources naturelles.

La tâche sera certainement de longue haleine, et le résultat aléatoire et fragile. En effet, ce message d'espoir, ce volontarisme visionnaire se heurtera encore pendant une décennie au moins aux dures réalités décrites dans l'analyse prospective faite par les spécialistes de la Military Review:

Les deux ou trois prochaines années ne laissent pas augurer de grands changements en ce qui concerne la sécurité en Afrique, mais vers 2010 la carte politique en relief de l'Afrique montrera probablement des différences notoires. Il se peut que des îles de stabilité soient construites autour d'Etats relativement forts et prospères tels que l'Afrique du Sud, le Kenya et, peut-être, le Nigeria. Dans les pays déchirés par les insurrections et au bord de l'effondrement, il se peut que des forces internationales protègent la capitale et créent de facto des Etats-Cités. Ailleurs, les puissances locales feront la preuve de leurs intérêts hégémoniques, et les frontières géographiques reflèteront le nouvel ordre politique du continent (37).

 

 

LA COOPERATION DE LA FRANCE ET DU ROYAUME-UNI EN AFRIQUE

 

En mars 1999, Robin Cook et Hubert Védrine, en effectuant leur première visite conjointe sur le continent africain, concrétisaient l’accord établi lors du Sommet de Saint-Malo (décembre 1998) au cours duquel les deux gouvernements déclarèrent vouloir « construire une approche commune franco-britannique dans l’intérêt de l’Afrique et dans l’intérêt de la politique étrangère européenne commune » dans le cadre des accords de Lusaka et des résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

 

De la rivalité a la coopération

La Déclaration conjointe de Saint-Malo précise que les deux pays intensifieront la coopération diplomatique et technique entre leurs ambassades jusqu’à la délégation de représentation dans certains pays d’où l’un ou l’autre est absent, qu’ils contribueront ensemble à stimuler l’intégration régionale « notamment entre les réseaux des pays anglophones et francophones ». Actuellement, la France dispose de 39 ambassades en Afrique, l’Allemagne de 36, et le Royaume-Uni de 26 seulement.

Lors de sa conférence de presse conjointe avec Tony Blair à l’issue du Sommet franco-britannique à Londres le 29 novembre 2001, le Président Jacques Chirac avait reconnu que la France et le Royaume-Uni avaient parfois quelques divergences de vues, concernant essentiellement la région des Grands Lacs. Il se réjouissait par conséquent que

 M.Straw et M.Védrine aient décidé de faire ensemble un voyage dans cette région …(afin) de mieux coordonner nos actions au service de la paix qui est naturellement notre seule ambition.

La nouvelle politique africaine de la France présente bien des passerelles avec celle du gouvernement Blair (38). Pour Paris comme pour Londres, « l’Afrique demeure un enjeu stratégique majeur sur le plan géopolitique ». La France et le Royaume-Uni ont aujourd’hui de nombreux points de convergence : sur la nécessité d’augmenter l’aide publique à l’Afrique, sur la réduction de la dette ou sur l’aide multilatérale fournie en particulier par le FMI et la Banque Mondiale. On retrouve aussi la même prise en compte des questions liées à l’immigration, la même prise en considération de :

la proximité géographique du continent africain, et la gravité des problèmes liés au développement de toutes les formes de criminalité et de trafic ainsi que l’apparition de grandes pandémies.

A ces thèmes développés par Clare Short et Tony Blair plus haut s’ajoutent ceux de la libéralisation des économies africaines, de la nécessaire impulsion à donner à l’initiative privée et de la transparence dans la gestion des fonds publics. Ici se retrouvent les grands principes de « bonne gouvernance » autour desquels s’est fait le « Consensus de Monterrey ». Le FCO et le DFID auraient très bien pu souscrire à la déclaration suivante émanant du Quai d’Orsay :

Les objectifs constants de l’aide française sont la réduction de la pauvreté, la réduction des disparités sociales et un effort particulier au profit de l’éducation, de la santé, de la nutrition et de l’amélioration de la situation de la femme.

Français et Britanniques déclarent vouloir coopérer afin de faire sortir l’Afrique de sa marginalisation actuelle et à l’aider à mettre ses immenses richesses minières et pétrolières au service de la paix, plutôt que de s’en servir comme nerf de la guerre comme aujourd’hui (39).

Traditionnellement engagés sur le continent africain et jadis rivaux, la France et le Royaume-Uni, peut-on lire sur le site du Ministère Français des Affaires Etrangères, ont la volonté d’unir aujourd’hui leurs efforts. Une véritable révolution s’est opérée depuis Saint-Malo : même si la France garde un œil vigilant et une influence durable sur son « arrière-cour » africaine, c’en est fini des sphères d’influence coloniale et des chasses gardées. De même que les Britanniques « chassent » sur des terres « traditionnellement francophones », de même

les liens privilégiés de la France avec l’Afrique s’accompagnent désormais d’une ouverture aux pays anglophones, lusophones, hispanophones et arabophones…Il n’y a plus en Afrique ni zones exclusives, ni zones interdites.

L’heure n’est plus à la concurrence, mais à la coopération, soulignait déjà en 1999 Robin Cook (40). L’initiative conjointe franco-britannique n’est pas du colonialisme déguisé, mais une offre de partenariat destiné à apporter la stabilité au continent, insistait-il.

Toutefois, cette apparente communauté de vues ne doit pas masquer pour autant l’existence de bien réelles rivalités d’intérêts commerciaux et culturels. Ainsi, les exportations britanniques à destination de la Côte d’Ivoire (traditionnellement francophone) ont presque doublé en 1999 tandis que la France faisait, avec l’enseignement du Français notamment, une percée culturelle au Kenya (traditionnellement anglophone) (41).

Même si les deux pays ont été, de longue date, rivaux en Afrique Centrale, la France appuyant le Congo et la Grande-Bretagne le Rwanda, les deux ex-puissances coloniales ont convenu de coopérer pour tenter de résoudre les conflits dans cette partie de l’Afrique, et y promouvoir le développement (42).

La BBC voit dans le renforcement de la présence américaine sous le deuxième mandat Clinton (43), l’abandon par la France du Franc CFA et le génocide Rwandais en 1998 (44) les évènements majeurs qui ont miné l’influence française en Afrique. Elle explique par là que Paris ait décidé de faire cause commune avec Londres en Afrique (45). Mais, l’addition d’une puissance moyenne (la France) à une autre puissance moyenne (le Royaume-Uni) ne suffit pas à créer une superpuissance, encore moins une « hyperpuissance » (pour reprendre l’expression d’Hubert Védrine à l’égard des Etats-Unis).

La BBC fait la même analyse que Michel Charasse dans Jeune Afrique / L’Intelligent relativement au désengagement de la France en Afrique, malgré les dénégations vertueuses du Quai d’Orsay. Le recul de la France en Afrique est jalonné de rapides étapes successives : retrait des troupes postées dans des garnisons isolées et lointaines, restrictions budgétaires, subordination du Ministère de la Coopération au Ministère des Affaires Etrangères.

A l’inverse, la Grande-Bretagne considère que sa politique étrangère « éthique » lui confère une mission humanitaire (à une autre époque on l’eût appelée « civilisatrice ») justifiant son intervention armée en Sierra Leone. Mais, comme on le verra, souvent derrière l’idéal se cachent les canons et des intérêts commerciaux.

Loin d’abandonner aux Britanniques le rôle moteur dans le NEPAD, la France entend s’y associer et y prendre une part active (46). Ainsi, une réunion de travail sur le NEPAD se tint à Paris le 06 février 2002 à l’invitation du Président français, réunion à laquelle se joignirent les représentants du Premier Ministre canadien, du Premier Ministre britannique ainsi que le Ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie, M. Charles Josselin.

Les relations franco-britanniques ne sont pas exemptes de soubresauts vite contenus par les plus hauts responsables. Comme ce fut le cas mi-février 2002 lorsque Tony Blair refusa d’emboîter le pas à la fougueuse Clare Short qui cherchait querelle à la France accusée avec l’UE de « conspirer pour enfermer l’Afrique dans la pauvreté, tout en prônant la liberté du commerce ».

 

Londres et Paris en quête d’influence et de marchés

Le gouvernement de Tony Blair a réorganisé le dispositif britannique de coopération et nommé deux ministres très engagés dans ce domaine. Clare Short, alors Secrétaire d’Etat au Développement International (DFID) créé en 1997 et Tony Lloyd, Secrétaire d’Etat à l’Afrique ont pris des engagements nouveaux par rapport au précédent gouvernement conservateur : sur le volume de l’aide au développement, sur la démocratie et les droits de l’Homme et sur le contrôle des ventes d’armes.

Comme il a été vu précédemment, la France et le Royaume-Uni ont aujourd’hui de nombreux points de convergence : sur la nécessité d’augmenter l’aide publique à l’Afrique, sur la réduction de la dette ou sur l’aide multilatérale fournie en particulier par le FMI et la Banque Mondiale.

En ce qui concerne la dette publique, la Grande-Bretagne a effectué un revirement depuis l’arrivée du New Labour au pouvoir. En effet, selon le comité d’aide au développement de l’OCDE, les dépenses de la Grande-Bretagne pour l’aide aux pays du Tiers Monde ont constamment diminué et sont même tombées à 0,26% du PNB en 1997. Depuis 1998, les dépenses globales sont reparties à la hausse : ainsi, l’aide bilatérale à l’Afrique est passée de £ 346 millions en 1997-1998 à £ 499 millions en 1999-2000. Clare Short, à la tête du DFID s’était engagée à atteindre 0,3% du PNB d’ici 2003, afin de réaliser les objectifs énoncés dans le Livre Blanc sur le Développement (Making Globalization work for the poor) publié fin 2000. Pour mémoire, l’UE et la Banque Mondiale fournissent des aides multilatérales d’un montant sensiblement équivalent.

Comme le remarque The Economist (47), la majeure partie de l’aide britannique va prioritairement aux pays anglophones membres du Commonwealth : en 2000, l’Ouganda, la Tanzanie et le Ghana reçurent £ 200 millions entre eux. Ce qui explique que certains endroits d’Afrique, et parmi eux les plus pauvres (l’Angola, le Niger, de vastes régions d’Afrique occidentale) sont plus ou moins laissées pour compte, faute de liens historiques avec l’ancienne puissance colonisatrice. Le Mozambique (ancienne colonie portugaise et actuellement membre du Commonwealth) et le Rwanda sont des contre-exemples typiques.

La présence britannique en Afrique était restée centrée ces dernières années sur quelques pays anglophones, et avait accordé une place prioritaire à la défense des intérêts commerciaux ainsi qu’à l’action de grandes entreprises (dans les domaines du pétrole, de l’agroalimentaire, du transport aérien…).

La destination de l’aide britannique fait l’objet de critiques de la part d’organisations telle qu’Action Aid qui reproche à Londres de privilégier les alliés politiques ou de subordonner son aide à l’achat de biens et services britanniques ou à l’emploi de citoyens britanniques. A l’instar de Tony Blair, Clare Short voudrait ne plus rendre l’aide conditionnelle et invite d’autres pays à suivre l’exemple britannique et, ainsi, donner plus d’efficacité à l’aide. « Commercer, plutôt que subventionner » (Trade, not aid) est l’essence même de son projet « Faire profiter les pauvres de la mondialisation » (Making Globalization Work for the Poor).

Il importe, toutefois, de préciser que, si les Britanniques conviennent de ne plus rendre l’aide dépendante de considérations commerciales ou financières intéressées, ils continuent à la subordonner à des critères politiques : l’établissement d’une « bonne gouvernance » et l’accession au pouvoir de régimes démocratiques sont la condition sine qua non d’obtention de l’aide des pays riches et de pouvoir effectuer des échanges commerciaux « libres et loyaux » (free and fair trade) avec eux. (De manière significative, la langue de bois diplomatique évite l’usage du mot « dictature » ou celui de « capitalisme »).

Dans la même ligne, le gouvernement britannique préconise l’effacement de la dette pour 22 pays pauvres très endettés ou PPTE (Heavily Indebted Poor Countries ou HIPC), majoritairement africains. Cette initiative est imputable à Jubilee 2000, une ONG travaillant en liaison avec des groupes religieux caritatifs, et dont le gouvernement veut mobiliser l’énergie pour améliorer la santé et l’enseignement des enfants du continent africain.

Depuis leur retour au pouvoir, les travaillistes ont manifesté un regain d’intérêt politico-militaire pour les affaires africaines.

Certes, insista M. Blair dans les discours qu’il prononça au Nigeria et au Ghana, le commerce, l’aide, la dette, les hommes sont au cœur des préoccupations britanniques. Certes, entre avril 1999 et février 2000 la Grande-Bretagne fournit £ 500 millions d’aide à l’Afrique sub-saharienne par le truchement du DFID (48).

Mais, critique Campaign Against Arms Trade (CAAT), une organisation faisant campagne contre le commerce des armes, les exportations d’armes britanniques à l’Afrique sont inquiétantes : CAAT estime qu’en 1999 les pays africains ont acheté pour £ 52 millions d’armes à Londres, et escompte un quadruplement de ce chiffre en 2000, en raison principalement d’un contrat d’un montant de £ 28 millions avec la Tanzanie pour l’achat de moyens de défense anti-aériens. Comment, argue CAAT, peut-on prêcher la paix si on arme les bras ? Si vis pacem para bellum ? (49)

 

Le renforcement de la présence militaire

Suite au retour de l’Afrique du Sud au sein du Commonwealth, Londres a dû consentir à faire des efforts pour retrouver une influence dans ce pays. Par ailleurs, la Grande-Bretagne s’est rapprochée de l’Ouganda et du Nigeria.

Ce regain d’intérêt s’est manifesté dans des opérations de maintien de la paix (OMP) : d’abord par l’aide accordée par Londres aux programmes de formation pour le développement de capacités africaines dans ce domaine (Zimbabwe, Ghana) ; ensuite par le soutien apporté à la CEDEAO (50) en Afrique de l’Ouest, et à la SADC (South African Development Council) en Afrique australe. La Grande-Bretagne a financé l’intervention de l’ECOMOG en Sierra Leone (£ 20 millions), et s’est volontairement engagée par ailleurs à hauteur de £ 10 millions. Enfin, avec Paris et Washington, Londres s’est engagée à soutenir à long terme le développement des capacités militaires africaines d’OMP dans le cadre de l’ONU, de l’ex-OUA (OA, à présent) ou d’organisations sub-régionales.

En tout cas, l’engagement en Sierra Leone marque un virage dans la politique de coopération militaire britannique en Afrique. Jusque là, cette coopération se limitait à quelques missions de courte durée et à l’accueil de quelques stagiaires (Ghana, Ouganda, Zimbabwe, Mozambique, Sénégal ou Mauritanie). La coopération militaire est évaluée à £ 40 millions, dont 10% seulement pour l’Afrique.

Enfin, le Royaume-Uni participe à des exercices régionaux d’entraînements au maintien de la paix (huit pays ont participé avec 2 500 hommes à un tel exercice au Zimbabwe en avril 1997). Depuis deux ou trois ans, en raison de la campagne pour reprendre de force les terres aux colons blancs et de l’intimidation pratiquée à l’égard des opposants au régime Mugabe, les relations entre Londres et Harare se sont tellement détériorées que la BBC n’a plus été autorisée à couvrir l’actualité au Zimbabwe.

Le rapprochement avec la France est indéniable en ce qui concerne les OMP : par exemple, Londres avait soutenu l’action de Paris en Centrafrique et la mise en place de la MINURCA  (Mission des Nations Unies en République Centre Africaine); par ailleurs, les deux gouvernements ont coordonné leurs appuis respectifs à la CEDEAO dans les opérations de l’ECOMOG en Sierra Leone et en Guinée-Bissau.

 

Mésentente cordiale

Il reste, néanmoins, des divergences à surmonter de part et d’autre pour mettre en œuvre une politique conjointe en Afrique. La région des Grands Lacs (avec l’Ouganda et le Zimbabwe), les exportations militaires (sur le marché sud-africain, par exemple), le rôle de l’ONU pour la prévention et le règlement des conflits sont autant de domaines qui permettront de « mesurer jusqu’où le Royaume-Uni est prêt à prendre ses distances vis-à-vis des Etats-Unis pour s’allier à la France » (51).

Tony Blair s’est fixé comme objectif de son second mandat d’aider l’Afrique, cette « balafre sur le visage du monde » (a scar on the face of the world) à sortir de la pauvreté (52).

A fortiori depuis le 11 septembre 2001, la lutte contre le terrorisme international passe par l’éradication de la pauvreté, et donc l’élimination des désespoirs que cette dernière engendre.

L’entente est loin d’être cordiale, tant s’en faut, entre Londres et Paris en ce qui concerne le Zimbabwe. « Mugabe est-il fréquentable? », s’interrogeait Daniel Compagnon dans Le Monde à l’occasion de la visite du Président du Zimbabwe en Europe (53). Il dénonçait alors :

les complaisances du Président Mbeki à l’égard de Mugabe (qui) ont alimenté le sentiment d’impunité d’un homme rusé et sans scrupule, qui n’a jamais respecté que la force.

Il mettait en garde la France contre « les liaisons dangereuses » qu’elle entretient; et lui rappelait ses « devoirs historiques pesants », invitant Paris à adopter enfin une diplomatie préventive :

Est-il raisonnable d’attendre le bain de sang pour déplorer en termes choisis que les Zimbabwéens ne puissent régler leurs différends de façon pacifique? La fameuse diplomatie préventive dont on se gargarise ne consiste-t-elle à peser sur la situation avant qu’un pays ne sombre dans une spirale de violence? .

L’inertie et le cynisme désabusé ont prévalu pendant les six mois de la Présidence française de l’UE, stigmatisait Daniel Compagnon. Le fait que Robert Mugabe ait été reçu avec tous les honneurs en Belgique (par le Premier Ministre et le Ministre des Affaires Etrangères) et par la Commission européenne à Bruxelles est perçu par les Britanniques comme un véritable coup de poignard dans le dos (54).

De surcroît, les entretiens qui eurent lieu à Paris entre le Président Chirac (55) et le Président Mugabe mirent sérieusement à mal « l’esprit de Saint-Malo » :

En Grande-Bretagne, Francis Maude, le Ministre des Affaires Etrangères du Cabinet fantôme, dit que la rencontre montrait que la France poursuivait ses propres intérêts en Afrique bien qu’elle ait convenu de co-opérer avec la Grande-Bretagne sur les questions africaines il y a seulement un mois lors d’un sommet Franco-Britannique (56).

Même si le Foreign and Commonwealth Office chercha à minimiser l’impact de cette rencontre sur les relations Londres-Paris, et même si Frederic Desagneaux, le porte-parole de l’Elysée, précisa que la France comprenait la nature particulièrement délicate de la relation qui existe entre la Grande-Bretagne et le Zimbabwe, M. Desagneaux insista pour démarquer la France de la Grande-Bretagne. Coopération ne rime pas avec alignement :

Mais nous avons nos propres relations avec le Zimbabwe. La France ne va pas refuser de recevoir M. Mugabe si ce dernier en fait la demande…

Nous sommes conscients des réactions que cette visite a suscitées en Grande-Bretagne, mais la coordination sur laquelle nous nous mîmes d’accord à Cahors ne signifie pas automatiquement que nos deux pays doivent s’accorder en tous points.

Le quotidien officiel zimbabwéen The Herald vit dans cette visite un désaveu apporté par la France à la politique étrangère britannique (57).

L’opposition au Zimbabwe tempêta contre cette victoire médiatique de Mugabe alors que la répression s’aggravait de jour en jour dans le pays.

Un porte-parole du FCO tenta de minimiser l’incident diplomatique en le ramenant à une divergence d’appréciation : alors que Londres voit dans M. Mugabe la cause d’un problème interne au Zimbabwe, Paris fait de lui un interlocuteur valable dans le conflit régional au Congo-Kinshasa.

Daniel Compagnon aurait plutôt tendance à y voir un fallacieux alibi dont le Quai d’Orsay se prévaut afin de mieux poursuivre d’autres objectifs :

Contrairement aux idées reçues, le cynisme désabusé ne fait pas une bonne politique étrangère. Pendant les six mois de présidence française de l’UE, l’inertie l’a emporté. La tirade connue de la non-ingérence dans les affaires intérieures - principe, on le sait, à géométrie très variable - nous fut resservie, faute de mieux. Les diatribes enflammées de Mugabe et de ses affidés contre les Britanniques, lesquelles ne sont pas toujours pour déplaire à Paris, le miroir aux alouettes d’hypothétiques contrats commerciaux et nos intérêts stratégiques en RDC sont autant de mauvaises raisons qui ont pu nourrir cette passivité (58).

L’International Herald Tribune déplora la pusillanimité et l’inconséquence des Européens (continentaux, s’entend) qui, en recevant Mugabe, ne lui ont pas envoyé les bons signaux (the right message) :

Les Européens aiment disserter sur l’importance qu’il y a à construire des institutions dans les pays en voie de développement. Cependant, certains parlent aussi à un homme qui a la ferme intention de les démanteler. ..Il n’est pas certain que des condamnations émises à l’étranger contraindraient M. Mugabe à changer sa manière de faire. Mais il n’y a non plus aucune excuse pour faire semblant de cautionner ses actes (59).

Visiblement, les Anglo-Saxons n’ont pas la même appréciation de la situation et ne poursuivent pas les mêmes objectifs que leurs alliés européens (continentaux). Nonobstant le fait qu’il semblerait y avoir au sein de l’UE sinon une certaine dissonance, du moins une pluralité d’approches de la question.

La crise en Sierra Leone marque le retour de la Grande-Bretagne sur le continent africain. Cet engagement britannique s’est aussi manifesté dans la crise au Zimbabwe. Il est une différence notable toutefois : si Londres est intervenu seul en Sierra Leone pour répondre à l’urgence de la situation et à l’appel au secours du Président Kabbah, c’est par le canal du Commonwealth fort de ses 53 membres qu’il a vainement tenté de peser pour le rétablissement de la loi et de l’ordre, et le retour à la prospérité au Zimbabwe.

 

 

LES « DIAMANTS DE SANG » DE LA SIERRA LEONE

 

En janvier 1999, le Front révolutionnaire uni (Revolutionary United Front ou RUF), dirigé par Foday Sankoh, lançait avec ses alliés du Liberia et du Burkina Faso une offensive sur la capitale. La force régionale de maintien de la paix, l’Ecomog, dominée par le Nigeria, réussissait en février à chasser les rebelles de Freetown. Commençait ensuite une négociation qui allait aboutir, en juillet 1999 à Lomé, à un accord de paix et à un partage du pouvoir. Ainsi espérait-on mettre au moins fin aux combats et aux massacres. Compte tenu des réticences des partenaires au moment même de la signature, les chances de réussite de ces accords étaient, dès le départ, apparues minces. La Fédération Internationale des droits de l’Homme (FIDH) (60) vit dans cet accord les germes de la discorde et de la reprise des combats.

L’ONU, de son côté, s’engageait à déployer dans le pays une force de maintien de la paix, destinée à remplacer l’Ecomog, dont le Nigeria ne pouvait plus supporter le poids financier. Dès mars 1998, le gouvernement de Londres avait affecté la somme de £ 65 millions (incluant £ 41 millions du Département à l’aide au Développement International du Commonwealth) au programme de cantonnement, désarmement, démobilisation et réintégration des quelque 45.000 combattants. Actuellement, la Grande-Bretagne est le plus gros contributeur à ce programme financé par l’intermédiaire du Fonds Multi-Donateur de la Banque Mondiale (61). L’aide substantielle apportée par le DFID est destinée à renforcer les médias, accroître la lutte contre la corruption, soutenir le budget, aider les chefs locaux et reconstruire le système judiciaire.

Ces conditions étaient cautionnées par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Nigeria. Après des années de retrait du continent africain après les échecs traumatisants en Somalie et au Rwanda, la nouvelle opération de l’ONU apparaissait comme une étape importante d’un retour en Afrique. Pour remplacer l’Ecomog dont le retrait était prévu pour mai 2000, l’ONU autorisa en octobre 1999 l’envoi d’une force de casques bleus, la Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL ou UNAMSIL, en anglais). C’est précisément le 2 mai que le RUF lança une offensive contre la MINUSIL aboutissant à l’humiliante prise en otages de 500 d’entre eux. La situation se détériora à nouveau, et l’ONU fit preuve de son impuissance à désarmer les rebelles et à se déployer dans les zones sensibles qu’ils tenaient, particulièrement les zones diamantifères. Faisant la même analyse que la FIDH, Hugo Sada écrivait dans la Revue de la Défense Nationale:

Les contingents de la MINUSIL, insuffisants en nombre, mal équipés, dotés d’un mandat inadapté, ont finalement été les premières victimes d’une conception du maintien de la paix en Afrique imposée par les grandes puissances et basée sur le principe de l’engagement minimal, voire nul de leur part, et de la mobilisation la plus restreinte de moyens logistiques et financiers. La démonstration a été faite qu’un maintien de la paix « au rabais » pour l’Afrique ne fonctionnait pas (62).

Cette crise marque le retour de la Grande-Bretagne sur le continent africain. Après des décennies de distance envers ce continent depuis les indépendances, une politique non interventionniste radicalement différente de celle de la France à l’égard de ses anciennes colonies, le gouvernement de Tony Blair manifeste un intérêt nouveau quant aux questions africaines.

 

L’Opération PALLISER

Déjà très actif en Sierra Leone avant mai 2000, le gouvernement britannique s’était très vite, début mai, largement engagé en y organisant sa plus importante intervention militaire depuis la guerre des Malouines : 800 soldats avec du matériel lourd furent positionnés à Freetown, une centaine de commandos SAS furent déployés dans le pays, et une armada navigua au large des côtes.

Le déploiement des troupes britanniques en Sierra Leone dans le cadre de l’Opération PALLISER en mai 2000 épargna aux forces de la MINUSIL l’ignominie d’être vaincus par le RUF, écrivit JANE’s DEFENCE WEEKLY (63).

Avant le déploiement des Britanniques, la MINUSIL était en proie à une crise profonde exacerbée par la querelle entre les commandants du contingent nigérian et le chef de la Mission, le Général indien, Vijay Jetley qui les accusa, dans un rapport au Secrétaire-Général des Nations Unies, de collusion avec les rebelles en vue de se partager les richesses des mines diamantifères. Début octobre 2000, l’Inde annonça qu’elle retirait ses 3.000 hommes de la MINUSIL et n’assumerait plus le commandement de la Mission. (64). L’arrivée des Britanniques à Freetown empêcha la ville de tomber entre les mains des rebelles.

Tirant les leçons de l’échec traumatisant des Américains en Somalie en 1992-93, les Britanniques mirent rapidement sur pied une force de réaction rapide inter-armées dont la projection sur site par la voie des airs figea si rapidement la situation politique et militaire que le cours des combats en fut inversé, pour reprendre la doctrine explicitée par le Général de Brigade David Richards (65). Première du genre sur le continent, cette intervention permit de rétablir la situation en faveur du gouvernement légal du Président élu, que Londres avait toujours soutenu. Le 6 juin 2000, Londres annonça que des instructeurs britanniques allaient assurer la formation et l’entraînement de l’armée et de la police de leur ancienne colonie. L’engagement de la Grande-Bretagne aux côtés de son ancienne colonie a pour but de « promouvoir la stabilité et la sécurité » et bénéficie donc, à ce titre, d’un consensus dans la classe politique britannique (66).

Les revues spécialisées et les experts de la chose militaire considèrent que l’Opération PALLISER fut non seulement une réussite, mais a surtout constitué la première mise en pratique, grandeur nature, de la nouvelle doctrine où des opérations inter-armées permettent de projeter de la mer vers la terre des forces expéditionnaires (appartenant éventuellement à une coalition) dans un laps de temps très court avec un maximum de pouvoir de feu tout en s’affranchissant du soutien physique d’un pays d’accueil (Host Nation Support ou HNS).

Lors du Colloque organisé à Paris sur le thème « De la Mer vers la Terre », le Commodore Kilgour, soulignant le rôle de la Royal Navy, présenta l’Opération PALLISER et tira un certain nombre d’enseignements, dont celui-ci qui est foncièrement contraire à la conception française (67) :

Nous devons essayer d’éduquer nos donneurs d’ordre politique pour qu’ils adoptent l’état d’esprit suivant : « dites-nous ce que vous voulez, mais pas comment nous devons nous y prendre » ; donnez nous des instructions claires plutôt que de vous immiscez depuis en haut (68).

Cette approche du militaire technicien qui entend garder les mains libres pour remplir la mission qui lui a été confiée en choisissant les moyens qu’il juge les plus appropriés « relève d’un comportement sociologiquement ancré dans la culture et dans l’histoire » anglo-saxonne, souligne le Colonel Desportes dans la Revue de la Défense Nationale.

On notera au passage le rôle de précurseur joué par les britanniques en matière de Force de Réaction Rapide, concept qui intéresse au plus haut point l’Identité Européenne de Sécurité et de Défense (IESD). La nécessité a dicté sa loi aux Britanniques qui, pragmatiquement, ont su faire œuvre novatrice. Leur expérience sera précieuse pour les européens.

Au moins trois conflits en Afrique sont alimentés par les diamants (conflict diamonds ou blood diamonds). Dans deux de ces pays, les mouvements rebelles contrôlent les gisements et vendent les diamants, ces « pierres de sang », pour acheter des armes : il s’agit de l’UNITA en Angola et du RUF en Sierra Leone. La République du Congo (RDC) est la troisième zone de conflit concernée (69). Pour mettre un terme à la guerre et aux atrocités auxquelles elle donne lieu, les Nations Unies ont résolu de s’en prendre au nerf de la guerre, c’est-à-dire aux diamants. L’idée est séduisante, mais la mise en pratique heurte bien des intérêts : morale et profit font rarement bon ménage (70).

En Sierra Leone depuis le début du conflit en 1991, le contrôle des zones diamantifères est apparu comme l’enjeu essentiel, expliquait Elizabeth Blunt dans Le Monde Diplomatique (71).

Dans son rapport annuel sur la situation des droits de l’Homme dans le monde, le Foreign and Commonwealth Office écrivait en 2000 :

Le défi que doivent affronter le FCO et nos partenaires internationaux consiste à œuvrer pour trouver une solution au problème des « diamants de guerre » tout en faisant tout notre possible pour préserver les droits sociaux et économiques des gens vivant dans les pays producteurs de diamants (72).

M. Hain est convaincu que l’industrie du diamant, bien structurée et légitime, est source de prospérité pour l’Afrique. Il ne saurait donc être question que l’opprobre rejaillisse sur la vaste majorité des Etats concernés à cause de quelques brebis galleuses (estimées représenter 4% du commerce total). Pour Peter Hain, le Royaume-Uni est déterminé à « briser le lien qui existe entre les diamants et la guerre » (73), néanmoins, il doit préserver ses intérêts :

La Grande-Bretagne, qui a elle-même de considérables intérêts commerciaux et économiques dans l’industrie du diamant, n’est pas disposée à…laisser se poursuivre ce commerce parasitique et illicite sans s’y opposer, ni à le laisser mettre en péril les moyens de subsistance des dizaines de milliers de personnes, en Afrique et ailleurs, dont la survie dépend de la santé de l’industrie du diamant (74).

 

Le dessous des cartes

The Economist dénonce la « complicité » du gouvernement britannique, qui refuse de divulguer les chiffres relatifs aux importations et exportations de diamants bruts, leur origine et leur valeur. Le Monde explique pourquoi :

…le gouvernement travailliste doit compter avec la présence à Londres de la Diamond Trading Company, le nouveau bras commercial de la De Beers, le numéro un mondial des gemmes. De surcroît, l’ancienne puissance coloniale ne veut pas priver de revenus des nations membres du Commonwealth, la grande famille anglophone d’outre-mer. A l’instar de l’Afrique du Sud, de la Namibie ou du Botswana, dont les exportations de diamants sont parfaitement légitimes (75).

Andrès Pérez, explique dans Le Monde Diplomatique comment et surtout pourquoi l’accord de paix fut « victime des convoitises » :

la guerre civile a pour toile de fond la lutte sans merci que se livrent les compagnies minières internationales pour le contrôle du diamant sierra léonais (76).

Il voit dans les récents événements de Sierra Leone la preuve que les organisations mafieuses peuvent détourner en leur faveur toute une opération de maintien de la paix dirigée par l’ONU et soutenue par les principales puissances étrangères. Il soutient la thèse que les Nations Unies ont été piégées par l'affrontement entre deux réseaux mafieux rivaux soutenus par des hommes d'affaires qui cherchent à faire main basse sur les ressources minières. Tout accord de paix était sapé à la racine par les opérations des compagnies minières. Le Pr Hugon note que les combats entre, d’un côté, les gouvernementaux secondés par les Nigérians de l’ECOMOG, les mercenaires anglais (ceux du Col. Bob Mackenzie, d’Executive Outcomes et de Sandline International) et la MINUSIL épaulée par les Britanniques (depuis 1999) et, de l’autre, les rebelles du RUF, se sont en fait concentrés, en dehors de la capitale, autour des mines d’or et de diamants du district diamantifère de Kono et de Tongo.

Pour Andrès Pérez, l’intervention militaire britannique n’a rien d’humanitaire :

Et c'est parce que l'enjeu est bien réel et de taille - plus de 1 milliard de dollars annuels de joyaux mis en vente dans les bijouteries, le deuxième gisement de rutile au monde et des dépôts de bauxite pouvant influer sur les cours - que l'ancienne puissance coloniale, la Grande-Bretagne, sort des coulisses et déploie sa force militaire pour soutenir l'Etat de Sierra Leone, sans avoir besoin d'utiliser le rideau de fumée des mercenaires de Sandline International, comme elle avait fait jusqu'à présent (77).

Au nom de sa « politique étrangère éthique », Londres s’est placé à l’échelle internationale à la pointe de la lutte contre « les diamants de sang » aux mains d’une « gemnocratie ». Lors du Sommet de Durban (12-15 novembre 1999), les chefs d’Etat et de gouvernement du Commonwealth ont réitéré :

leur attachement aux valeurs fondamentales du Commonwealth que sont la démocratie, les droits de l’Homme, la primauté du droit, l’indépendance de la justice et la saine gestion des affaires publiques… (et) exprimé leur soutien à l’Accord de paix pour la Sierra Leone de Lomé…(et) demandé au CMAG (Commonwealth Ministerial Action Group)de poursuivre son engagement dans la reconstruction de la Sierra Leone après le conflit, ainsi que dans le développement du pays et dans l’établissement de la paix…Ils appellent la communauté internationale à venir en aide à la Sierra Leone dans sa tâche de reconstruction nationale, dans le cadre du Plan d’action du Commonwealth pour la Sierra Leone (78).

Le cas de l’ingérence humanitaire en Sierra Leone est emblématique. Le grand écart auquel il donne lieu illustre parfaitement les limites que la Realpolitik impose à la « dimension éthique » de la politique étrangère britannique.

Le Zimbabwe illustre, pour sa part, avec pertinence le lien maintes fois souligné par l’équipe Blair entre prospérité et sécurité.

 

 

PAUVRETE ET DICTATURE AU ZIMBABWE

 

Le Zimbabwe est la dernière des colonies britanniques à être parvenue à l’indépendance en avril 1980. Depuis l’arrivée au pouvoir de Robert Mugabe et de son parti, le ZANU-PF, le contentieux entre Londres et Harare n’a cessé de s’alourdir. Au cœur des contestations se trouve la très passionnelle question des 4.500 exploitations agricoles aux mains des propriétaires blancs regroupés en syndicat dans la Commercial Farmers’ Union (CFU).

 

Un bilan politique, économique et social calamiteux

La manière dont le Président Mugabe a réagi à la montée de l’opposition à son régime a porté atteinte non seulement aux institutions mais au tissu social et économique : occupations forcées de fermes, menaces, violences, intimidations et meurtres d’opposants et de syndicalistes, démission sous la contrainte de magistrats, voies de fait à l’encontre de journalistes et avocats, arrestations de personnages influents de l’opposition…

Du point de vue économique, le pays est exsangue. Le secteur agricole a durablement souffert des invasions des fermes blanches et de l’éviction des agriculteurs blancs. Jadis grenier à grain de l’Afrique australe, le Zimbabwe a importé 150.000 tonnes de blé et maïs en 2001. Depuis le début 2004, diverses sources estiment que près de la moitié de la population vit dans un état de famine endémique : la BBC, Zimbabwe News, le Telegraph, l’ONU, la Friedrich Erbert Stiftung, le FCO, tous considèrent que l’aide alimentaire est devenue indispensable pour assurer la survie de 5, voire de 7 millions de Zimbabwéens…alors que Robert Mugabe se vante de pouvoir engranger une « récolte record » en 2004 (79).

La pauvreté est non seulement rurale, mais urbaine : la pénurie alimentaire est manifeste dans les villes où l’on fait la queue des heures durant pour se procurer des céréales (80). En 2001, le gouvernement fit appel aux organisations caritatives qui avaient déjà donné pour $ 300 millions d’aide étrangère distribuée à la discrétion du gouvernement dans les régions où les électeurs lui sont acquis… ZWNews et la Friedrich-Erbert-Stiftung dénoncent la manipulation politique de la distribution de l’aide alimentaire.

Dans les hôpitaux, les malades ne sont pas soignés faute de moyens.

Le Zimbabwe dépend à hauteur de 40 % des importations en carburant et en électricité en provenance d’Afrique du Sud et du Mozambique.

Les investissements sont en chute libre : ils sont passés de 400 millions d’euros à zéro en trois ans, indique L’Express (81). Le tourisme a chuté de 80 % par rapport à 1999. La planche à billets tourne à plein régime : le dollar zimbabwéen est surévalué malgré de récentes dévaluations, et l’inflation avoisine 80%. Le pays compte 70 % de chômeurs. Non seulement le Zimbabwe est lourdement endetté auprès des bailleurs de fonds internationaux (FMI, Banque mondiale), mais il n’est même plus capable d’honorer le service de sa dette. Les dépenses occasionnées par l’envoi de troupes en République Démocratique du Congo (RDC) plombent les finances publiques (82).

 

Enrayer la réaction en chaîne

La crise au Zimbabwe ne laisse d’embarrasser et d’inquiéter ses voisins. Elle est devenue contagieuse ; elle a des répercussions régionales.

D’une part, Newsweek chiffre à 3.4 millions le nombre de citoyens zimbabwéens qui ont déjà fui le pays pour se réfugier dans les Etats voisins (Botswana, Afrique du Sud…) ou en Grande-Bretagne (83). Le règlement du problème posé par les réfugiés et les personnes déplacées (Internally Displaced Persons ou IDPs) requiert une collaboration internationale, plaide Roberta Cohen de la Brookings Institution (84).

D’autre part, en remettant en cause à la fois l’état de droit et la présence des Blancs (qualifiés « d’ennemis de l’Etat »), Robert Mugabe a créé un précédent qui menace de gangrener toute l’Afrique, à commencer par l’Afrique du Sud dont le programme de redistribution des terres des colons présente des similitudes avec celui de son voisin du Nord (85). En raison du respect dû aux anciens et à leur rôle dans la guerre de libération du joug colonial, en raison des réactions possibles de la base de l’ANC frustrée de la lenteur des réformes politiques et économiques, le Président Mbeki s’est fait le champion de la non-ingérence dans les affaires du Zimbabwe et de « l’engagement constructif » avec un régime politiquement discrédité et économiquement ruiné. Les liens étroits que l’opposition blanche sud-africaine entretient avec l’opposition MDC ont rendu ce parti suspect : les dirigeants de l’ANC considèrent le parti de Morgan Tsvangirai comme « le parti des suppôts noirs financé par les agriculteurs blancs pour rétablir le régime colonial » (86). Après un silence initial envers les expropriations forcées ordonnées par Harare, Pretoria finit par mettre en œuvre une politique de conciliation afin de ne pas effrayer les investisseurs étrangers qui redoutent une réédition en Afrique du Sud des évènements qui se déroulent au Zimbabwe. L’Afrique du Sud entend endiguer la contagion pour ne pas mettre en danger le NEPAD, véhicule de la « Renaissance Africaine » béni et financé par l’Occident (87). La suspension du Zimbabwe des instances du Commonwealth, le 19 mars 2002, fut perçue comme un premier pas dans ce sens (88).

The Namibian lance un cri d’alarme et un avertissement :

Si on laisse se créer un précédent au Zimbabwe, cela ne sera pas sans implication au niveau régional. Au bout du compte, nous flotterons ou nous coulerons tous ensemble (89).

 

Les véritables enjeux

La crise relative aux terres et les violences politiques contre les opposants se prêtent volontiers à un grand battage médiatique, focalisant aisément l’attention internationale et la détournant commodément des véritables enjeux poursuivis par le « complexe politico-militaire » d’Harare.

Selon la très bien renseignée Jane’s Intelligence Review, le Président Mugabe a entrepris de tisser un vaste réseau de sociétés holdings qui feront du Zimbabwe le passage obligé en Afrique centrale pour les exportations de minerais et les importations de pétrole (90).

Jusqu’à la mi-1999, M. Mugabe déploya quelque 11.000 soldats au Kasai oriental et au Katanga, riches provinces minières de la République Démocratique du Congo. Officiellement, le but de l’opération était de venir en aide au régime de Laurent Désiré Kabila en difficulté avec des rebelles appuyés par l’Ouganda et le Rwanda. Faute de pouvoir rémunérer en billets verts les soldats zimbabwéens, le Président Kabila alloua de lucratives concessions minières, forestières et agricoles à des sociétés zimbabwéennes privées dont les actionnaires majoritaires étaient des Ministres du gouvernement et des militaires haut placés. Ainsi, la branche économique de l’armée zimbabwéenne Operation Sovereign Legitimacy (OSLEG) contrôlait en 2001 deux entreprises d’Etat en RDC : le consortium diamantifère ORYX Natural Resource (îles Caïman) fusionné avec Petra Diamonds et la COSLEG, une joint venture entre le groupe OSLEG et la COMEX, liée à L-D Kabila (91). Le « complexe politico-militaire » commença, de la sorte, à engranger de substantiels profits tirés de l’exploitation commerciale des zones diamantifères.

Le second champ d’activités commerciales impliquant le ZANU-PF concerne l’infrastructure ferroviaire au Zimbabwe et dans les pays limitrophes. Un projet a été confié à une société privée, la BBR (Beitbridge Bulawayo Railroad). Cette société a obtenu un certain nombre de baux exclusifs en vue de relier les très rentables mines de Zambie et de RDC aux ports de Beira et Maputo au Mozambique, Durban et au-delà en Afrique du Sud. Cette nouvelle infrastructure ferroviaire réduira les distances ; elle sera donc moins chère et permettra d’assurer une meilleure rentabilité aux marchés d’Afrique centrale qu’elle reliera à l’Afrique australe. Cuivre, nickel, cobalt, minerai de fer, bois sont au nombre des produits minéraux et naturels qui emprunteront cet itinéraire vers la mer, tandis que le pétrole sera acheminé des ports de l’Océan Indien vers l’intérieur du continent. Au passage, le Zimbabwe, le Malawi et le Mozambique prélèveront leur dîme. S’inspirant du modèle mis au point par Mnangagura en RDC pour les diamants, le ZANU-PF étudie la création d’un contrôle militaro-commercial fondé sur l’intégration verticale de l’exploitation minière et de la logistique.

Ainsi, au gré des vicissitudes de la recomposition de la région, les dirigeants du Zimbabwe placent leurs pions. Ils se positionnent en passage obligé entre l’Afrique centrale et l’Afrique australe. Pays enclavé, le Zimbabwe veut se donner les moyens de devenir une plaque tournante par où transitent les flux entrants et sortants des richesses. La transformation d’un handicap géographique en atout stratégique vise à poser le Zimbabwe en acteur incontournable de la région.

Mais, toute médaille a un revers. Assurément, ce projet ne fait pas que des heureux.

En effet, la nouvelle ligne mise en chantier début 2002 va priver, à terme, le Botswana de 60 % de son trafic ferroviaire sur la section reliant Bulawayo à Beitbridge. Cet important manque à gagner ne peut que conduire au raidissement des relations entre Gaborone et Harare.

En Tanzanie, la voie ferrée de Tanzara construite dans le seul but de transporter le cuivre de Zambie à Dar es Salaam ne va quasiment plus être utilisée. Qui plus est, le Zimbabwe jouera le rôle de principal fournisseur de carburant à la Zambie et à la RDC, acquérant par là même une influence politique et économique déterminante sur ces Etats.

L’Afrique du Sud, enfin, tirera certainement ombrage de la montée en puissance d’un Etat qui de client passe à la stature de rival. La « diplomatie discrète » de Pretoria menace de se retourner contre elle.

Il ne faut pas non plus oublier que la viabilité du projet dépend des relations que le Zimbabwe entretient avec l’Angola. Or, les deux pays se disputent actuellement le contrôle des concessions minières.

En fin de compte, tout dépendra de la réalisation effective du projet confié par le ZANU-PF à la société BBR. Or, pour voir le jour, ce projet nécessite un très important financement que seul le FMI est en mesure de lui accorder. Stabilité et sécurité dans le pays et dans la région sont les conditions dont le FMI a assorti son aide. La balle est maintenant dans le camp de Mugabe. Qui dit FMI dit Etats-Unis, dit Grande-Bretagne, dit Union Européenne, dit G8, dit OCDE…et, bien sûr, acceptation de la rigueur budgétaire, de la bonne gouvernance, et du contrôle par les institutions financières internationales du bon usage des fonds mis à disposition.

Or, ce n’est un secret pour personne que l’ombrageux populiste Robert Mugabe entretient des relations pour le moins difficiles avec le Commonwealth, tendues avec l’UE et, pour tout dire, exécrables avec la Grande-Bretagne.

 

A la recherche d’un consensus

Le souci pressant du Commonwealth est d’éviter la contagion à toute la Communauté de Développement d’Afrique Australe (Southern Africa Development Community ou SADC), voire de compromettre la « Renaissance Africaine » initiée par le NEPAD. C’est pourquoi, suite au rapport du Groupe d’Observation du Commonwealth (COG), et comme le demandait Tony Blair (92), le Zimbabwe fut suspendu du Commonwealth pendant une année et sur le champ, à compter du 19 mars 2002.

La Grande-Bretagne se réjouit de la solidarité que l’UE lui apportait en manifestant sa volonté de voir des élections libres et régulières se dérouler en mars 2002 sous le contrôle d’observateurs européens indépendants. Londres n’était plus seule à lancer un message au peuple et au gouvernement du Zimbabwe.

Néanmoins, à la différence de leurs collègues du Commonwealth, les observateurs de la mission envoyée par l’Union Européenne connurent des démêlés qui aboutirent à leur départ. L’UE pratiqua donc la politique de la chaise vide.

Progressivement, en deux ou trois années, les relations entre Londres et Harare se sont rapidement détériorées. Londres fut accusé de comploter pour renverser le régime Mugabe. Harare exigea du Royaume-Uni qu’il indemnise les agriculteurs blancs expropriés. Le Telegraph révélait en décembre 2001 que le gouvernement d’Harare avait envoyé en Angleterre quelque 40 agents pour espionner les opposants politiques et les agriculteurs blancs zimbabwéens qui y avaient cherché refuge. La Grande-Bretagne attendit 2001 pour cesser toute collaboration militaire avec le Zimbabwé. Harare accusa les diplomates britanniques en poste d’avoir eux-mêmes incendié des fermes appartenant à des Blancs de façon à légitimer une intervention militaire étrangère.

Le triptyque réforme agraire, réformes économiques, rétablissement de l’état de Droit constitue la pierre angulaire des prises de position de Robin Cook et de son successeur, Jack Straw.

Le Foreign Secretary insiste non seulement sur les efforts fournis par le gouvernement britannique, mais sur l’action concertée de la coalition internationale qui l’appuie : le Secrétaire-Général du Commonwealth, le CMAG, l’UE, et la SADC (93). Dans son intervention à la Chambre des Communes, le Sous-Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, Ben Bradshaw, tira argument de l’appui que la SADC apportait au Royaume -Uni :

La raison pour laquelle la SADC est si efficace, c’et qu’elle est formée de pays d’Afrique australe voisins, et qu’elle prive ainsi le Président Mugabe de la possibilité de présenter le problème comme un problème colonial, pour ainsi dire (94).

Le renfort apporté par la SADC est pour le moins fortement apprécié par Londres. En agissant avec tous ces partenaires (le Secrétaire-Général du Commonwealth, le CMAG, l’UE, et la SADC), Londres veut élaborer un consensus international et agir efficacement. Et Jack Straw de marteler : la crise au Zimbabwé ne se réduit pas à un conflit bilatéral entre Londres et Harare, ni à un conflit entre le Zimbabwé noir et le Royaume-Uni ancienne puissance coloniale blanche; la crise au Zimbabwé est, en réalité, un problème multinational et international (95) :

Un problème qui survient à l’intérieur du Commonwealth est un problème international par nature (96).

 

Un principe universel est en jeu

L’internationalisation de la crise passe par l’établissement d’un consensus où les partenaires européens et africains ainsi que les membres du Commonwealth sont invités à former une coalition visant à imposer le respect de l’état de Droit, des droits de l’Homme, de la démocratie et de la bonne gouvernance.

Dans notre monde globalisé et interdépendant, ces valeurs réputées universelles, indivisibles et intangibles servent d’alibi à l’ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat souverain. Tout comme au Kosovo et en Afghanistan, le Royaume-Uni se fait pourfendeur du mal et champion du bien (a Force for Good).

Dans les jours qui suivirent la remise du rapport final du COG sur l’élection présidentielle du 9-10 mars 2002, le Foreign Secretary fit une déclaration devant la Chambre des Communes dans laquelle il reprit les conclusions figurant tant dans le rapport préliminaire que dans le rapport final (97) : assurément, le Zimbabwé a été victime d’un déni de démocratie ; le droit de tout un peuple à choisir librement son gouvernement a été bafoué. Jack Straw demanda donc à toutes les démocraties de condamner, d’une seule voix, le viol de ce principe universel.

Malgré la gravité de la crise et l’urgence de la situation en 2004, Jack Straw écarte deux options draconiennes : les sanctions économiques (qui ne feraient qu’aggraver la condition déjà désespérée de la population) et l’intervention militaire (98), position aux antipodes de celle de Washington qui, selon JANE’s Intelligence Review, n’avait pas écarté en 2001 une éventuelle intervention (sans participation britannique) de type préventif au Zimbabwé similaire à celle entreprise en Irak pour opérer un « changement de régime » au cas où Pretoria ne parviendrait pas à convaincre Robert Mugabe de quitter le pouvoir « de son plein gré ».

Il importe, toutefois, de noter qu’à la différence du Pakistan et de Fidji, deux pays frappés d’exclusion parce que le gouvernement légitime y avait été renversé par la force, le Zimbabwe ne fait l’objet que d’une suspension. Londres ne veut pas définitivement fermer la porte et persiste à tendre la main au gouvernement de Harare dans l’intérêt bien compris du peuple du Zimbabwé :

Aujourd’hui il est d’autant plus urgent que le gouvernement du Zimbabwé s’engage, comme les dirigeants du Commonwealth l’ont préconisé, à guérir les divisions du pays et s’engager sur la voie des réformes authentiques et de la réconciliation nationale (99).

La Grande-Bretagne convie l’Afrique du Sud, le Nigéria, les autres pays africains et le monde démocratique tout entier à s’associer à la réussite de cette entreprise. Le Zimbabwé n’est pas encore prêt, tant s’en faut, de mettre sur pied une Commission Vérité et Réconciliation comme le fit l’Afrique du Sud après l’Apartheid, ou la Sierra Leone plus récemment. L’amnistie pourra-t-elle suffire à ramener la paix ?

 

Combattre le chaos

S’exprimant devant le Foreign Policy Centre, Jack Straw invita ses auditeurs à « Remettre de l’ordre dans le monde ». Par la diplomatie d’anticipation, active, engagée (100) et mondiale qu’il met en oeuvre avec ses alliés, le FCO se bat pour repousser les frontières du chaos et éviter l’émergence d’autres Afghanistan (101).

Dans son communiqué final clôturant la 9è réunion de l’Union Africaine (ex-OUA), le nouvellement créé Conseil de Paix et Sécurité ne dénombre pas moins de onze Etats en proie à des conflits persistants (102).

Les démocraties de marché ne doivent pas faillir car, comme M. MacShane le répéta à Caracas, le temps presse pour les pays du Nord lesquels disposent d’un répit de deux générations (soit quarante ans), tout au plus, pour se protéger en mettant en place des « systèmes efficaces de règles de droit mondial » (effective systems of global rules of law), avant que la roue ne tourne :

L’état de droit protège le faible contre le fort. Pour le moment nous sommes forts mais nous ne tarderons pas à ne plus l’être autant, et c’est maintenant qu’il faut mettre en place un état de droit mondial (103).

 

Jean-Claude BESSEZ 07/2004


 

Références Bibliographiques 

(1) FCO, The Return of Foreign Policy, Speech by the Foreign Office Minister, Dr Denis Macshane, Chatham House, London, 13 February 2002

(2) Ibid.

(3) FCO, Britain’s role in International Affairs, International Development, and Defence, 14/11/02

(4) successeur de Clare Short, tardivement démissionnaire du gouvernement Blair en raison de son désaccord sur la participation britannique à l’Opération Liberté pour l’Irak.

(5) http://www.christianaid.org.uk/indepth/0301isra/losing.htm

(6) FCO, British Foreign Policy in the Middle East, 09/07/03

(7) DFID, Why are we waiting?, in DEVELOPMENTS, issue 22, 2nd Quarter 2003, p.37

(8) FCO, Trade and Investment: ‘Forces for real good in the world’, Baroness Symons at Jedda Economic Forum, 20/01/03

(9) IMF, Making Globalisation work for the poor, in THE INDEPENDENT, December 12, 2000

(10) DFID, Eliminating World Poverty : Making Globalisation work for the poor, December 2000, p.14

(11) DFID, Learning the rules of world trade, in DEVELOPMENTS, issue 20, 4th Quarter, 2002, p.31-33

(12) FCO, Human Rights Report 2003, Chapter 6 / Section 5

(13) The Economist, Aid – Into Africa, February 22, 2001

(14) MBEMBE Achille, Les frontières mouvantes du continent africain, Le Monde Diplomatique, septembre 2000.

(15) BBC Business, Brown’s ‘Marshall Plan’ for poor countries, 27 November 2001

(16)JEUNE AFRIQUE / L’INTELLIGENT, France, ta coopération fout le camp, du 8 au 14 janvier 2002, p.82 à 87

(17)THE GUARDIAN, Comrades in a new struggle, June 14, 2001

(18) The Economist, A fresh start, March 22, 2002

(19) BBC Americas, Bush to link aid to reforms, 22 March 2002

(20) WORLD BANK, West’s Africa New Challenge: Making Peace Pay, March 21, 2004

(21) FCO, Africa Matters: Foreign Secretary’s article in The Independent on Sunday, 3 February 2002 

(22) FCO, Africa is crucial to the world, Statement by the Secretary of State for International Development (Clare Short), House of Commons, London, Wednesday 6 February 2002

(23)Rappelons, incidemment, que Londres s’est affranchi de l’autorisation du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour empêcher le RUF de s’emparer de Freetown.

(24) FCO, Partnership for African Development, Speech given by the PM, Tony Blair, to the Nigerian National Assembly, Abuja, Nigeria, Thursday 7 February 2002

(25) ATLAS DU MONDE DIPLOMATIQUE ? Ressources inexploitées et dénuement humain, p.188-189

(26) L’EXPANSION, Comment l’Amérique veut contrôler le monde, novembre 2002, n°669

(27) INSTITUTE FOR THE ANALYSIS OF GLOBAL SECURITY, Africa Drowns in a Pool of Oil, from LA TIMES, July 1, 2004. http://www.oags.org/la070103.htm

(28) THE GUARDIAN, Scramble for Africa, June 17, 2003

(29) JANE’s Islamic Affairs Analyst, Militants target oil-rich Nigeria, 29 June 04.

INFOGUERRE, Forces spéciales US en Afrique du Nord : une offensive politico-militaire,

THE DAILY STAR, Algeria's terror examined - US builds surveillance base in Africa, June 18, 2004

(30) http://www.usinfo.state.gov: Angolan Oil is Strategically Important to U.S., says Andrew Young, 17 May 2004

(31)FCO, A Future for Africa, Speech by FCO Minister of State, Peter Hain, the 'Michael Scott Lecture', at the Africa Educational trust, London, Tuesday 23 January 2001

(32) FCO, Preventing Conflict in Sub-Saharan Africa, Speech by the Foreign Secretary, Robin Cook, to the Conference on conflict prevention in Sub-Saharan Africa, London, Monday 26 March 2001

(33) USAID, Foreign Aid in the National Interest, 2002

(34) RENNER Michael, Natural Resources and Conflict: a deadly relationship, USA TODAY, July 2003

(35) Ibid.

(36) HUGON Philippe, L’économie des conflits en Afrique, in Revue Internationale et Stratégique, IRIS, n°43, automne 2001, p.150-169

(37)MILITARY REVIEW, Africa's Security Issues Through 2010, July-August 2000, p.3-11

(38) http://www.diplomatie.fr/actual/dossiers/polafricaine/index.html

(39) Ibid.

(40) BBC, World : Africa, New Era in African Partnership, March 11, 1999

(41)BBC, World : Africa, Anglo-French diplomatic drive in Africa, March 10, 1999

(42)BBC, Africa : Gesture ‘needed’ to end DR Congo war, 22 January 2002

(43)BBC, World : Africa, France and the US : the scramble for Africa, March 23, 1998

(44)BBC, France - superpower or sugar daddy, December 15, 1998

(45)BBC News, Europe, Analysis : Allies in Africa, 22 January 2002

(46) Ainsi, une réunion de travail sur le NEPAD se tint à Paris le 08 février 2002 à l’invitation du Président français, réunion à laquelle se joignirent les représentants du Premier Ministre canadien, du Premier Ministre britannique ainsi que le Ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie, M. Charles Josselin Ministère des Affaires Etrangères.

(47) The Economist, Aid – Into Africa, February 22nd, 2001. Le DfID a communiqué la liste suivante des dix plus gros bénéficiaires de l’aide britannique bilatérale en 1999-2000 : l’Ouganda (£ 81 millions), la Tanzanie (£ 64 millions), le Ghana (£ 48 millions), le Malawi (£ 47 millions), le Mozambique (£ 44 millions), l’Afrique du Sud (£ 30 millions) ex-aequo avec la Sierra Leone, le Kenya (£ 27 millions), le Nigeria (£ 15 millions), le Rwanda (£ 14,5 millions).

(48) BBC, Business, Blair mulls Africa’s economy, 5 February 2002

(49) D’après les chiffres publiés par l’Observatoire des Ventes d’Armes du très réputé SIPRI de Stockholm concernant les principaux vendeurs d’armes entre 1996 et 2000/2001, la Grande-Bretagne est le quatrième exportateur mondial après les Etats-Unis, la Russie et la France. Cependant, depuis l’élection de Tony Blair, ces ventes ont chuté de 2 386,6 millions d’EUROS en 1997 à 1 015,3 millions d’EUROS en 2000.

URL : http://www.obsarm.org/obsannex/obsvend96_00.html

(50) CEDEAO : La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, créée en 1975, regroupe des États francophones (Bénin, Burkina Faso, Côte-d'Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Togo), anglophones (Gambie, Ghana, Libéria, Nigeria, Sierra Leone) et lusophones (Cap-Vert, Guinée-Bissau) ; son objectif est «de promouvoir la coopération et le développement dans tous les domaines de l'activité économique» et de parvenir, à terme, à la création d'une union douanière regroupant plus de 170 millions d'habitants. Ses réalisations économiques sont maigres. Par contre, elle fait figure de « mini-OUA » à l'échelle de l'Afrique occidentale. Son intervention armée au Libéria a permis la conclusion d'un accord entre les belligérants.

(51) Défense Nationale, n°5, mai 1999, p.182

(52) BBC, UK Politics, Blair pleads for African mission, 6 February 2002

(53) Le Monde, Mugabe est-il fréquentable?, 06 mars 2001

(54) Electronic Telegraph, Dismay in Britain at red carpet for Mugabe, issue n°2111, 6 March 2001

(55) Le Monde, M.Chirac reçoit le Président du Zimbabwe à l’Elysée pour parler de la paix au Congo-Kinshasa, 6 mars 2001

(56) Electronic Telegraph, Mugabe-Chirac talks blow to Britain, Harare claims, issue n°2112, 7 March 2002

(57) The Herald, 6 March 2001

(58) Le Monde, Mugabe est-il fréquentable ?, 06 mars 2001

(59) International Herald Tribune, Condoning Mugabe, March 13, 2001

(60) FIDH, La Nouvelle lettre de la FIDH, n°39, juillet 2000, p.4. A la différence de l’Afrique du Sud, aucune Commission de Vérité et de Réconciliation ne fut mise en place en Sierra Leone.

(61) BBC News, UK, Britain’s ties with Sierra Leone, 11 May 2000

(62) Défense Nationale, Sierra Leone : une guerre des plus atroces en Afrique Subsaharienne, n°7, juillet 2000, pp.185-187

(63) JANE’s DEFENCE WEEKLY, Peace: at what price ?, 27 September 2000, p.26-34

L’Opération PALLISER fit également l’objet d’un compte-rendu détaillé dans :

JANE’S DEFENCE WEEKLY, Flexing joint muscle, 9 August 2000, p.24-28

JANE’S INTERNATIONAL DEFENSE REVIEW, Taking control in Sierra Leone, 9/2000, p.60-62

(64) Guardian Weekly, India to recall its UN troops, September 28-October 4, 2000

(65) The Economist, Inside the enemy’s decision circle, June 20, 2000, p.55

(66) BBC news, UK Politics, UK to arm Sierra Leone Forces, 23 May 2000

(67) DESPORTES Vincent, L’autonomie stratégique des commandants de théâtre américains, in DEFENSE NATIONALE, avril 2001, p.82-99

(68) Colloque « De la Mer vers la Terre », organisé le 01 décembre 2000 par le Centre d’Etudes Supérieures de la Marine (CESM), Ministère de la Défense français, DIM 2000, troisième Table Ronde

(69) The Economist, The spreading battleground, April 7, 2001: un "Arc de guerre" se dessine en Afrique occidentale, englobant la Guinée, la Guinée-Bissau, le Libéria, la Sierra Leone et « peut-être » la Côte d’Ivoire.

(70) The Economist, Losing their sparkle, June 3, 2000, p.15

(71) Le Monde, en date du 3 août 2000, p.4

(72) FCO, Human Rights Report 2000, p.65

(73) FCO, Focusing efforts on kimberley ‘Phase 2’, Speech by FCO Minister of State, Peter Hain, World Diamond Council Meeting, London, 18 January 2001

(74) Ibid

(75) The Economist, The Diamond Business, June 3, 2000, p.79-80

(76) Le Monde Diplomatique, Guerre et diamants en Sierra Leone, juin 2000, p.4. Quatre compagnies se taillent la part du lion : Global Exploration Corporation, Rex Mining Corporation, DiamondWorks (BranchEnergy et BranchMining) et Sierra Rutile-Nord Ressources. Au moins deux de ces compagnies, Rex et DiamondWorks, ont fait valoir leurs concessions en Sierra Leone pour augmenter leur capitalisation à la bourse de Toronto en 1999, alors même que la paix n'était pas encore signée, alors même qu'elles ne pouvaient pas mettre un pied sur ces sols contrôlés par les rebelles. Chacune de ces firmes détient des réseaux d'agents qui leur permettent de maintenir à peu près en état leurs installations.

(77) Ibid.

(78) Documents d’actualité internationale, Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du Commonwealth, La Documentation française, n°2, 15 janvier 2000, p.98-103, résolutions n°10-11-16-17

(79) BBC News, Famine plagues Zimbabwe, 21 January 2004

Friedrich-Erbert-Stiftung, Famine in Zimbabwe, January 27, 2004 http://www.fes.de

ZWNEWS, Famine in Zimbabwe, 25 June, 2004 http://www.zwnews.com

Electronic Telegraph, Mugabe’s harvest boasts exposed, 25 June 2004

FCO, Straw opens Commons debate on Zimbabwe, 01 July 2004

(80) International Herald Tribune, Police quell rioting over food prices in Zimbabwe, October 18, 2000

Le Monde, La grande majorité de la population vit plus mal aujourd’hui qu’en 1980, 25-26 juin 2000, p.3

(81) L’Express, Mugabe, le Ceaucescu africain, n°2646 du 21 au 27 mars 2002, p.42-43

(82) JANE’s INTELLIGENCE REVIEW, Zimbabwe extends regional influence, April 2001, p.50-51

(83) NEWSWEEK, Survival Strategies, March 1, 2004

(84) COHEN Roberta, Internal Displacement in Africa: Where does the Responsibility Lie?, BROOKINGS INSTITUTION, May 26, 2004

(85) The Economist, South Africa’s anxious eyes on Zimbabwe, April 15, 2000, p.39

International Herald Tribune, Zimbabwe’s woes stalk region, February 6, 2001, p.1 & 4

(86) BBC, Africa, Mbeki’s dilemma in Zimbabwe, 13 March 2001

(87) Le Monde, 15 août 2001, p.3

(88) The Economist, The friendlessness of Robert Mugabe, March 23, 2002, p.37-38

(89) Courrier International, Zimbabwe-Afrique du sud. Quel avenir pour les Blancs d’Afrique ? Le syndrôme zimbabwéen menace le continent, n°495 du 27 avril au 3 mai 2001

(90) JANE’s INTELLIGENCE REVIEW, Zimbabwe extends regional influence, April 2001, p.50-51

(91) HUGON Ph., ibid, p.160

COLLIER & HOEFFLER, On the incidence of Civil War in Africa, Journal of Conflict Resolution. On pourra également se référer à l’étude faite par l’Observatoire Economique de la Défense (MINDEF FR) en Janvier 2004, n°31 sur l’ Economie des Guerres Civiles in OBJECTIF DEFENSE n°131

(92) BBC, Africa, Summit strikes Zimbabwe deal, 4 March 2002

(93) FCO, TOPS: Zimbabwe, 27 November 2001

(94) FCO, Debate on Zimbabwe, 28 November 2001

(95) FCO, Zimbabwe talks: Communiqué Agreed, 06 September 2001

(96) FCO, Zimbabwe: an issue of universal principle, 14 March 2002

(97) Commonwealth Secretariat, 02/23. Preliminary Report of the COG to the Presidential Election in Zimbabwe 9-10 March 2002.

(98) FCO, Straw opens Commons debate on Zimbabwe, 01 July 2004

(99) FCO, Zimbabwe’s suspension from theCommonwealth, 21 March 2002.

La politique suivie par le Département d’Etat américain est en parfaite symbiose avec celle du Foreign Office. Colin Powell propose aux habitants du Zimbabwe de s’aider eux-mêmes de telle sorte qu’avec l’appui de leurs voisins et le soutien de la communauté internationale, les Etats-Unis puissent « sauver le peuple du Zimbabwe… un but louable et urgent pour nous tous » (NEW YORK TIMES, Freeing a Nation From a Tyrant’s Grip, June 24, 2003). La condition préalable est que le Président Mugabe quitte volontairement le pouvoir comme Charles Taylor fin Août 2003.

(100) FCO, Pursuing an active and engaged foreign policy, by Jack Straw, House of Commons, 22 June 2001

(101) FCO, Re-Ordering the world, Speech by the Foreign Secretary, Jack Straw, at the Foreign Policy Centre, 25 March 2002

(102) AFRICAN UNION, Communiqué on Conflict Situations in Africa, 9th Meeting, 25 May 2004, Addis Ababa, Ethiopia

(103) FCO, The Return of Foreign Policy, Speech by the Foreign Office Minister, Dr Denis MacShane, Chatham House, London, 13 February 2002









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