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Chine-USA,
le nouveau grand jeu pétrolier
par Jean-Philippe Miginiac, Strategic-Road.com
Analysis 30/09/2005
"Collision course" ! L’avertissement est venu du Département d’Etat
américain, à mots directs, en prélude à la visite à la Maison Blanche que
devait effectuer le 7 Septembre le President Chinois Hu Jintao. Et le
Secrétaire d’Etat adjoint, Robert Zoellick, d’ajouter qu’il était
peu probable que Pékin puisse garantir sa sécurité énergétique auprès de
pays que Washington considère comme gênants " parce que vous ne
pouvez pas verrouiller des ressources énergétiques " dans un marché
global.
L’avertissement dénote l’inquiétude et l’irritation croissante de
Washington à voir la Chine (et l’Inde) tenter de monopoliser des ressources
énergétiques sur le marché mondial en piétinant quelques-unes de ses
sphères d’influence et, trouble voire sacrilège, investir et développer ses
approvisionnements dans des Etats, Iran, Soudan, Venezuela, Cuba, Burma… que
les Etats-Unis considèrent (au minimum) comme hostiles à ses intérêts, voire
comme voyous, minant par là les tentatives des Etats-Unis pour isoler ces Etats.
Soif de
pétrole et risques de ruptures
La très
forte croissance économique chinoise génère une demande en hydrocarbures que
la production nationale n’est pas à même de fournir et les importations
nettes, qui étaient de 61,91 Millions de tonnes (Mt) en 2002 devraient
atteindre au minimum 200 Mt en 2020. En 2010, la moitié des besoins pétroliers
de la Chine dépendra ainsi de ses importations et en 2020, jusqu’à 80% des
besoins pétroliers de la Chine dépendront de ses importations.
La tendance récente de la politique énergétique chinoise va dans le sens d’une
libéralisation et d’une intégration plus poussée dans le marché mondial
sur lequel, en théorie du moins, les raffineurs et les consommateurs chinois
devraient obtenir, au prix du marché, tous les hydrocarbures dont ils ont
besoin dans la limite de la production mondiale. La sécurité énergétique est
cependant trop importante aux yeux des dirigeants chinois pour être laissée au
marché ! La vision chinoise de sécurité énergétique est hantée par la
crainte de l’insécurité due à la nouvelle dépendance énergétique de la
Chine. La transition rapide vers une dépendance au pétrole et au gaz importés
augmente la vulnérabilité face aux risques de pénurie et de volatilité des
prix, faisant peser le spectre d’un ralentissement de la croissance et ses
conséquences sur la stabilité sociale fragile du pays. Pour la Chine, enfin,
les Etats-Unis ont lancé une politique sécuritaire unilatérale favorisant le
contrôle des ressources énergétiques et la domination des marchés mondiaux
et la stratégie américaine de containment de la Chine pourrait amener
Washington à couper les approvisionnements énergétiques chinois, notamment en
cas de conflit autour de Taiwan.
Une priorité très nette a, par conséquent, été donnée par les dirigeants
chinois à la sécurité énergétique de l’Empire du Milieu, renforçant la
stratégie de " Going Out " (Zou chu qu) ou
" Going West ", ce pour faire face à quatre
inquiétudes majeures :
- la
crainte que des ruptures soudaines d’approvisionnement en
pétrole sur le marché mondial puisse entraîner des carences
énergétiques et de soudaines envolées des prix.
- La
vulnérabilité croissante des flux de pétrole provenant de
régions particulièrement instables comme le Golfe Persique,
l’Asie Centrale et l’Afrique.
- La
menace de la dominance stratégique des Etats-Unis dans le
Golfe Persique et dans les régions clé des importations
chinoises.
- La
menace du contrôle total des Etats-Unis sur les voies d’approvisionnement,
particulièrement les voies maritimes, menace qui pourrait
conduire à une interruption des flux en cas de confrontation
et notamment en cas de confrontation sur Taiwan.
Ces
inquiétudes ont été fortement aggravées par l’extension
profonde de la puissance des Etats-Unis dans le cadre de la guerre
contre le terrorisme, extension qui a conduit les dirigeants
chinois à décider de la création d’une réserve pétrolière
stratégique.
Pour répondre à ces inquiétudes, la Chine a très rapidement,
depuis la fin des années 1990, développé sa stratégie de
sécurité énergétique sur plusieurs fronts pour apparaître
aujourd’hui, brutalement, comme un nouvel acteur majeur du
pétrole (et du gaz) mondial, heurtant de plein fouet, globalement
et régionalement, l’omniprésence et la domination américaine.
La Chine a d’abord cherché à renforcer ses relations avec ses
fournisseurs, notamment au Moyen Orient, tout en diversifiant la
distribution géographique de ses approvisionnements de pétrole
brut et de ses routes de transport, notamment en Afrique, en
Amérique Latine, en Asie Centrale et en Russie. Développement
des relations bilatérales, " spéciales " et
stratégiques, développement des relations commerciales et
investissements croisés dans les principaux pays exportateurs,
intervention agressive des compagnies publiques, China National
Petroleum Corporation (CNPC), China National Offshore Oil
Corporation (CNOOC) et China Petroleum & Chemical Corporation
(SINOPEC) dans des projets de développement de champs
pétroliers, dans des projets de construction de pipelines, dans
des projets de construction de raffineries etc… La stratégie de
sécurité énergétique de la Chine est multidimensionnelle et se
déploie aussi bien dans les dimensions diplomatiques et
économiques.
Un des éléments clé de la stratégie de sécurité
énergétique de la Chine consiste en outre à ne pas laisser de
côté, voire à cibler des pays victimes de sanctions
unilatérales des Etats-Unis. Cette politique offre de belles
opportunités à la Chine tout en minant les politiques
Etats-Uniennes de sanctions contre, par exemple, l’Iran et le
Soudan.
Le
business chinois du pétrole
Au
Moyen Orient, qui représentait environ la moitié des
importations pétrolières chinoises en 2004, la Chine a
développé ses relations avec ses fournisseurs habituels, Iran,
Arabie Saoudite, Oman et Yémen, en investissant dans leurs
industries et infrastructures énergétiques et, au moins pour l’Iran
et l’Arabie Saoudite, en leur fournissant ses technologies
militaires.
En 1995, la Chine s’accordait avec l’Iran pour tripler ses
importations de pétrole, de 20.000 barils/jour à 60.000
barils/jour. Dix ans après, Pékin vient d’annoncer un accord d’investissement
de 100 milliards de dollars sur 25 ans dans l’industrie
pétrolière et gazière iranienne. L’Iran, qui fournit déjà
à la Chine 13,6% de ses importations de pétrole, exportera
chaque année 10 millions de tonnes de gaz naturel vers la Chine
à partir de 2009 et la National Iranian Oil Company (NIOC) a par
ailleurs offert à SINOPEC une participation de 50% dans le champ
pétrolier encore inexploité de Yadavaran, participation qui s’ajoute
à celle, 20%, acquise à CNPC. Pékin espère aussi s'associer à
un projet d'oléoduc traversant l'Iran jusqu'à la mer Caspienne
(où pourrait ensuite s’établir une connexion avec un autre
oléoduc reliant le Kazakhstan à la Chine occidentale).
L'objectif affiché de Téhéran est de hisser la Chine au rang de
premier acheteur de son pétrole et de son gaz, en lieu et place
du Japon, ce qui pourrait expliquer pourquoi la Chine s’oppose
à toute saisine du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur le
problème du programme nucléaire iranien et ignore
délibérément (avec la Russie) les sanctions unilatérales
américaines qui veulent limiter à 20 millions de dollars les
investissements iraniens de toute compagnie étrangère (US
Iran-Libya Sanctions Act) et interdire la vente de missiles ou
technologies de missiles à l’Iran (US-Iran non-proliferation
act).
En 1997, SAUDI ARAMCO, la compagnie nationale saoudienne,
annonçait que la Chine voulait tripler ses importations de
pétrole saoudien pour les porter à 60.000 barils/jour. Aujourd’hui,
un partenariat stratégique sino-saoudien, dont les Etats-Unis s’inquiétaient
déjà en 2002, pourrait bien s’installer dans le long terme et
prendre de l’ampleur aux côtés du partenariat stratégique
saudi-états-uniens mis à mal par les attentats du 11 Septembre.
En Septembre 2004, les deux pays décidaient de consultations
régulières " chacun des pays devant appuyer l’autre
sur les questions internationales " et les relations
bilatérales devant se développer durablement. C’est déjà le
cas avec, par exemple, les premiers investissement croisés
réalisé par SAUDI ARAMCO dans l’industrie et les
infrastructures pétrolières de la province chinoise de Fujian et
le droit accordé aux chinois d'explorer les champs gaziers
saoudiens de Rub al-Khali, là où des compagnies américaines
avaient échoué. En raison de la dominance de l’Arabie Saoudite
sur les marchés énergétiques mondiaux, la Chine focalise de
plus en plus son attention sur le royaume. Signe de cette
fixation, le Parti Communiste Chinois aurait récemment désigné
un de ses très hauts membres pour liaison avec l’Arabie
Saoudite, ce qui indique l’importance à laquelle les relations
saoudiennes sont perçues à Pékin. De leur côté, les saoudiens
souhaitent développer une présence très forte en Chine, à la
hauteur du potentiel illimité du marché chinois.
En Irak CNPC avait été la première compagnie étrangère à
signer, en 1997, un important contrat de développement des champs
pétroliers d’al-Ahdab, contrat dépendant de la levée des
sanctions de l’ONU. CNPC essaye aujourd’hui de développer de
nouveaux accords avec le nouveau gouvernement intérimaire
irakien.
En Janvier 2003, le président chinois Hu Jintao rencontrait le
secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, et inaugurait
le " Forum de Coopération entre la Chine et le Monde
Arabe ". La création de ce nouveau forum multilatéral
marquait une volonté de renforcement de la coopération dans les
domaines économique, politique, commercial et culturel. En
Janvier 2004, le même président chinois Hu Jintao rencontrait
les délégations des 22 membres de la Ligue Arabe réunis au
Caire pour leur proposer un " nouveau type de
partenariat " qui puisse à la fois augmenter leurs
exportations de pétrole vers la Chine et développer le commerce
bilatéral.
L’axe bilatéral de la diplomatie moyen-orientale de la Chine s’étend
aujourd’hui à la totalité des pays de la région, de l’Iran
à Israël, la Chine accordant une attention particulière à l’équilibre
de sa balance commerciale et mettant soigneusement de côté les
aspects politiques. L’achat d’hydrocarbures dans des pays
comme l’Iran et l’Arabie Saoudite est compensé par des
exportations massives de biens divers et par des investissements
dans les champs pétroliers et gaziers. Les ventes aux autres pays
ont pour contrepartie des investissements dans les champs
pétroliers et gaziers. C’est le cas de l’Égypte et, aucun
pays n’étant négligé, les relations bilatérales se
développent aussi dans le Golfe Persique, en Syrie et en Libye.
En Afrique, qui fournit 28,7 % des importations chinoises de
pétrole brut en 2004, la Chine a récemment développé ses
relations avec plusieurs pays. Jusqu’en 1992, l’Angola était
l’unique fournisseur africain de la Chine en hydrocarbures, dans
des proportions très modestes. Les livraisons angolaises ont
depuis augmenté de façon très importante, cette croissance
allant de pair avec d’importantes livraisons d’armes
chinoises.
Au Soudan CNPC s’est associée en 1997 avec PETRONAS (Malaisie)
et avec TALISMAN (Canada) pour développer et exploiter le site du
bassin de Muglad, au Sud du Soudan. Washington avait interdit au
compagnies pétrolières américaines de traiter avec Khartoum en
raison de la guerre menée par le gouvernement Musulman contre les
rebelles chrétiens du Sud. Les compagnies pétrolières chinoises
ont immédiatement pris la place laissée vacante par les
compagnies pétrolières américaines et le Soudan représente
aujourd’hui environ 5% des importations chinoises de pétrole
brut. CNPC a terminé en 2003 le développement du grand champ
pétrolier de Muglad qui produira plus de 500.000 barils/jour à
partir de 2005, ainsi qu’une raffinerie capable de traiter 2,5
millions de tonnes par an et un oléoduc de 1.500 km pour l’exportation
de brut à partir d’un terminal sur la Mer Rouge. Selon des
experts chinois, Pékin a investi 3 milliards de dollars dans ce
projet qui constitue un des plus important investissement chinois
à l’étranger. Certaines informations font aussi état de 4.000
soldats chinois stationnées au Soudan pour y protéger les
infrastructures pétrolières.
Concernant le Soudan, la Chine s’est abstenue, en 1996, de
répondre à la résolution 1054 des Nations Unies lui demandant d’expulser
de son sol les agents diplomatiques soudanais. En septembre 2004,
la Chine a menacé d’utiliser son droit de veto en tant que
membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, pour s’opposer
à l’adoption de sanctions pétrolières contre le Soudan à
propos du conflit militaro-humanitaire dans le Darfour et, plus
récemment, s’est abstenue de voter la résolution 1593 dans
laquelle le Conseil de sécurité de l’ONU décide de déférer
au Procureur de la Cour pénale internationale la situation au
Darfour depuis le 1er juillet 2002.
En 2000 Pékin mettait en place le " Forum de
Coopération entre la Chine et l’Afrique " pour
promouvoir le commerce et l’investissement avec 44 pays
africains. En 2003 le Premier Ministre chinois visitait plusieurs
pays africains producteurs de pétrole, accompagné de dirigeants
des compagnies pétrolières chinoise, et le Président chinois
lui-même effectuait une visite en Algérie, en Egypte et au
Gabon. En Afrique la Chine établit des relations de plus en plus
étroites, à vocation pétrolière, avec les gouvernements des
Etats du Golfe de Guinée, de l’Angola au Nigeria, et avec ceux
d’autres Etats tels le Maroc, la République Centre Africaine,
le Tchad, le Congo, le Niger etc…
En Amérique Latine, zone d’influence des Etats-Unis, la Chine
est tout aussi active. Durant sa visite dans plusieurs pays
sud-américains en Novembre 2004, le Président Hu Jintao a
annoncé que la Chine investirait 100 milliards de dollars en
Amérique Latine au cours des 10 années à venir ( Le Président
Jiang Zemin avait déjà effectué un tour d’Amérique Latine en
2001). Parmi les projets, un deal énergétique de 10
milliards de dollars au Brésil et plusieurs projets
énergétiques au Venezuela, à Cuba, en Equateur, en Bolivie, au
Pérou, en Colombie et en Argentine.
Au Venezuela (qui a fourni 12% des importations de pétrole brut
des Etats-Unis en 2003) plusieurs accords ont été signés à la
suite de la visite du Président Vénézuélien Hugo Chavez à
Pékin en Décembre 2004 et à celle du Vice-Président Chinois au
Venezuela en Janvier 2005. Parmi ces accords 400 millions de
dollars seront investis par CNPC dans le développement des
réserves de pétrole et de gaz vénézuélien. Petroleos de
Venezuela (PdVSA), qui avait exporté 12.300 barils/jour en Chine
en 2004, devrait en exporter 68.000 en 2005 et envisage d’exporter
300.000 barils/jour vers l’Asie en 2012. Très récemment, le
Président Hugo Chavez, héraut d'un nouvel antiaméricanisme de
l'hémisphère Sud, déclarait à un parterre de diplomates et d’hommes
d’affaire chinois visitant le Venezuela qu’il souhaitait
partager les réserves stratégiques du pays avec la Chine au
travers d’accords pétroliers bilatéraux.
La diplomatie chinoise du pétrole a même permis l’accès de
Pékin aux ressources canadiennes, directement dans le jardin des
Etats-Unis (les ressources canadiennes sont actuellement
considérées comme les deuxièmes réserves mondiales derrière
celles de l’Arabie Saoudite). En 2004, à la suite de la visite
en Chine du Premier Ministre Canadien Paul Martin, les deux pays
ont conclu une série d’accords énergétiques (Canada-China
Statement on Energy Cooperation in the 21st Century)
pour une implication de la Chine dans le développement des
secteurs pétrolier, gazier et nucléaire canadiens. Au mois d’Avril
dernier PETROCHINA (filiale de CNPC) et le canadien ENBRIDGE
signaient un Memorandum of understanding pour investir 2
milliards de dollars dans la construction d’un pipeline qui
devrait transporter le pétrole canadien vers sa côte ouest afin
d’y être acheminé par tankers vers l’Asie. De nouveaux deals
sont par ailleurs en cours de signature entre compagnies chinoises
et canadiennes.
Ailleurs dans le monde la Chine poursuit une politique identique
pour développer ses participations. En Australie, CNOOC a signé
en Mai 2005 des accords pour le financement, la construction et la
vente de gaz importé. En Papouasie Nouvelle Guinée, CNPC s’intéresse
à des investissements dans un pipeline gazier. En Indonésie,
PetroChina et CNOOC ont acquis en Janvier 2004 d’importantes
participations, notamment dans le champ de Tangguh. A Burma, CNOOC
et SINOPEC se lancent dans le développement de champs pétroliers
à grande échelle, suivant CNPC qui y produit du gaz naturel
depuis une dizaine d’années. Chinois et Burmeses négocient par
ailleurs la construction de pipelines pétroliers et gaziers qui
relieraient le Nord de Burma au Sud-Ouest de la Chine.
Plus près de la terre mère, enfin, la diplomatie chinoise est
engagée dans nombre de disputes territoriales avec ses proches
voisins, Malaisie, Philippines, Taiwan, Vietnam, Brunei (Iles
Spratley et Paracel), Indonésie (archipel des Iles Natuna), Japon
(Iles Senkaku – ou Diaoyu pour les chinois) etc… Derrière
chacune de ces disputes s’accumulent les réserves potentielles
de pétrole ou de gaz.
Eviter
l’US Navy !
A
plus long terme la Chine cherche à augmenter ses
approvisionnements en provenance d’Asie Centrale et de Sibérie
grâce à plusieurs projets de pipelines. Ces approvisionnements
terrestres auront le grand avantage, aux yeux de Pékin, de
réduire les vulnérabilités de rupture sur les voies maritimes
en provenance du Golfe Persique et d’Afrique.
En Asie Centrale, la Chine est un acteur actif depuis Juin 1997
quand CNPC pris une participation de 60% dans la compagnie
Casaque, Aktyubinsk Oil. Au Kazakhstan la CNPC détient aujourd’hui
85% de la joint-venture Aktobemunaigaz, qui développe le gisement
d’Aktobe et celui de Zhanazhol. Elle est majoritaire dans la
joint-venture créée pour le gisement pétrolier de North Buzachi.
SINOPEC a quant à elle signé un memorandum of understanding
pour l’acquisition de deux blocs controlés par KazMunaiGaz avec
des réserves estimées à 700 millions de tonnes d’hydrocarbures.
Le 22 Août dernier CNPC a annoncé le rachat de la société
canadienne PétroKazakhstan pour 4,18 milliards de dollars,
mettant ainsi la main, au prix fort, sur d’importantes réserves
au Kazakhstan. En Octobre 2004 a commencé la construction d’un
pipeline de 988 km reliant Atasu, au Nord-Ouest du Kazakhstan, et
Alataw Shankou, dans la province chinoise du Xinjiang. Ce
pipeline, qui sera achevé en 2005, pourra charrier 10 millions de
tonnes de pétrole chaque année dans un premier temps, 20
millions de tonnes par la suite. Le pipeline gazier de 4.200 km
qui relie le bassin de Tarim à Shanghai pourrait potentiellement
être étendu jusqu’au Kazakhstan et au Turkménistan, voire
même jusqu’à l’Iran et à la mer Caspienne. Pékin aide
aussi au développement de champs pétroliers en Ouzbékistan et
soutien des projets hydroélectriques au Kirghizstan et au
Tadjikistan. Les compagnies publiques chinoises ont également
acquis des participations dans la région Caspienne, en
Azerbaïdjan (CNPC a notamment investi 800 millions de dollars
dans le développement du champ Kursengi-Garabagly) et au
Turkménistan.
L’engagement croissant de la Chine en Asie Centrale est motivé
par plusieurs intérêts stratégiques majeurs. Notamment, Pékin
et Moscou travaillent de concert à la cohésion des Etats du Shanghai
Cooperation Organization (Chine, Russie, Kazakhstan,
Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan) pour leur permettre de
mieux résister à l’enracinement des Etats-Unis dans la région
depuis les attentats du 11 Septembre (le 5 Juillet dernier, Russie
et Chine ont fait adopter par le SCO une déclaration réclamant
le retrait des troupes américaines de la région). La Chine a
aussi développé sa présence militaire en Asie Centrale,
établissant un centre anti-terreur à Tachkent et réalisant ses
premiers exercices militaires communs avec une armée étrangère
au Kirghizstan en 2002 et 2003 (et, depuis, avec tous les autres
membres du SCO sur des scénarios décrivant des attaques
anti-terroristes). D’une façon générale les stratèges
chinois regardent l’Asie Centrale comme une région dans
laquelle les importations chinoises sont moins vulnérables au
pouvoir des Etats-Unis. Même si les Etats-Unis sont en
compétition avec la Chine sur les marchés énergétiques d’Asie
Centrale, leur capacité à menacer les approvisionnements chinois
y est limitée. La géographie dicte également, toujours pour les
stratèges chinois, qu’une coopération énergétique avec la
Chine a plus de chances d’être plus importante, pour les Etats
d’Asie Centrale, qu’une coopération énergétique avec les
Etats-Unis (certains analystes occidentaux considèrent cependant
qu’en Asie Centrale la Chine a une importance secondaire par
rapport à celle de la Russie ou à celle des Etats-Unis).
A long terme la Chine cherche très certainement à acquérir, via
l’Asie Centrale, une route énergétique terrestre vers le Moyen
Orient et à se positionner comme le pivot du " pont
énergétique pan-asiatique " qui reliera un jour les
fournisseurs (Moyen-Orient, Asie Centrale et Russie) aux
consommateurs asiatiques (Chine, Japon et Corée).
L’intérêt chinois pour le développement des ressources
énergétiques sibériennes peut également être expliqué par
leur localisation dans une région à l’abri du pouvoir des
Etats-Unis et de l’US Navy. Avec l’affaire Yucos, cependant,
les exportations par rail de pétrole russe vers la chine ont
décru de 10 millions de tonnes à 7 millions de tonnes en 2005
alors qu’elles avaient triplé en quelques années. Mais elles
devraient de nouveau exploser pour atteindre 15 millions de tonnes
en 2006 et l’avenir est aux futurs pipelines pétroliers
sibériens.
Concernant ces pipelines, la Chine s’est trouvée engagée dans
une violente concurrence avec le Japon. Pékin appuyait le projet
d’un pipeline de 2.400 Km reliant Angarsk en Sibérie à Daqing
dans la province du Heilongjiang au Nord-Est de la Chine. Tokyo
appuyait pour sa part le projet d’un pipeline de 4.000 km
reliant Taishet au port de Nakhodka sur le Pacifique. Tokyo a
été annoncé comme vainqueur en 2004 et des discussions
restaient ouvertes pour qu’une branche du pipeline japonais
puisse atteindre la Chine vers 2020. Lors du dernier sommet du G8
en Ecosse, Vladimir Poutine a annoncé qu’il donnait la
priorité à l’approvisionnement chinois et que la Russie ne
commencerait pas à construire un pipeline transportant le
pétrole sibérien vers le Japon avant que celui transportant le
pétrole sibérien vers la Chine ne soit achevé, vers 2008.
Concernant les futurs pipelines gaziers une première voie d’exportation
russe pourrait se matérialiser à l’horizon 2015 à partir du
gisement de Kovytha dans la province d’Irkustk. Ce gazoduc, long
de plus de 4.000 km permettrait d’exporter 20 milliards de m3
par an vers la Chine. Un autre projet pourrait se réaliser après
2020 et porte sur des exportations à partir des gisements de la
République de Sakha (Chayandinskoye et Talakan).
La Chine reste par ailleurs un des premiers marchés cible des
champs gaziers de Sakhaline qui sont essentiellement le fait de
compagnies pétrolières internationales au travers d’accords de
partage de production (la Chine souhaite d’ailleurs pouvoir
intégrer le consortium qui gère Sakhaline-2 et pourrait s’intéresser
à Sakhaline-3).
De
nouvelles cartes diplomatiques et militaires
Jusqu’à
ces toutes dernières années, la quête chinoise de pétrole et
de gaz était restée confinée dans des sphères purement
économiques et diplomatiques. La compétition semblait avant tout
commerciale et politique avec les Etats-Unis et le Japon, et plus
récemment avec l’Inde.
Pour s’en tenir aux deux premiers compétiteurs, l’appétit de
Washington est tout aussi vorace que celui de Pékin car les
Etats-Unis sont eux même plongés dans une crise énergétique
majeure constatée en 2001 par le rapport du National Energy
Policy Developpement Group, dît rapport Cheney, et en 2005
par l’Energy Policy Act. En 2003 les Etats-Unis ont
consommé 20 millions de barils/jour de pétrole (contre 6,5 pour
la Chine) et ont importé 11,2 millions de barils/jour (contre 2,6
pour la Chine). En 2025, les Etats-Unis devraient consommer 27,9
millions de barils/jour de pétrole (contre 14,2 pour la Chine) et
en importer 19 millions de barils/jour (contre 10,9 pour la
Chine). La dépendance pétrolière des Etats-Unis devrait donc
croître de 56% à 68% d’ici 2025.
Rien pourtant dans le rapport Cheney n’invitait vraiment à une
décroissance de la dépendance pétrolière et gazière
américaine. Le rapport Cheney constatait en effet que rien
ne pourrait enrayer la croissance des importations pétrolières
et indiquait que les Etats-Unis pouvaient renforcer leur propre
sécurité énergétique (et une prospérité partagée de l’économie
globale) en travaillant avec les autres pays pour
" augmenter " la production totale d’énergie.
Ceci traduisait, avec l’insertion complète du marché
américain dans le marché mondial, une acceptation fondamentale
de la dépendance extérieure des Etats-Unis. Dans ce contexte se
posait forcement la question de la stabilité de régions aussi
essentielles à l’approvisionnement mondial que le Moyen Orient,
l’Asie Centrale et le Sud-Est asiatique. La tonalité très
sécuritaire et unilatérale de la politique étrangère de l’Administration
de G.W. Bush et son passage dans les actes avec la guerre
" contre le terrorisme " et ses batailles en
Afghanistan, en Irak… ne pouvaient que poser la question de l’intention
réelle des Etats-Unis. Dans ce contexte, comment les stratèges
chinois pouvaient-ils interpréter l’intervention américaine en
Afghanistan quand, pour combattre les Talibans, le Pentagone
établissait des bases militaires destinées à rester
" permanentes " au Kirghizstan, en
Ouzbékistan et en Afghanistan ? Dans ce contexte, comment
les stratèges chinois pouvaient-ils interpréter la
" Pax Americana " quand le Pentagone envoyait
d’importantes forces spéciales en Indonésie, en Malaisie et
aux Philippines et accroissait sa présence militaire à
Singapour ? Dans ce contexte et sachant que l’Irak
fournissait déjà, en 2002, 566.000 barils/jour aux Etats-Unis,
comment les stratèges chinois pouvaient-ils interpréter, en
Janvier 2003, les déclarations d’un " senior
Defense official " américain, présumé être le
Secrétaire Adjoint à la Défense Paul Wolfowitz lui même,
révélant que le Pentagone avait mis au point, en prélude à la
guerre d’Irak, des stratégies pour
" sécuriser " et
" protéger " le plus vite possible les champs
pétroliers irakiens.
Les guerres en Afghanistan et en Irak ne pouvaient qu’être
interprétées par les dirigeants chinois comme des guerres de
domination, pour l’encerclement et le containment de la
Chine, pour le contrôle du pétrole et pour le contrôle des
routes du pétrole et, changeant la donne, elles pourraient bien,
au final, avoir fait basculer l’affrontement économique et
diplomatique dans la sphère militaire.
" Le dilemme de Malacca " ! Le
commentaire concerne aussi bien le détroit de Malacca que celui d’Ormuz
(ou celui de Taiwan) et est attribué au Président chinois Hu
Jintao lui même : " certaines puissances (lire les
Etats-Unis) l’ont envahi et tentent d’y contrôler la
navigation ".
Les deux points d’étranglement majeurs des voies d’approvisionnement
énergétique de la Chine en provenance du Moyen Orient ou d’Afrique
sont en effet le détroit d’Ormuz, qui conditionne la sortie du
Golfe Persique, et le détroit de Malacca, entre Indonésie et
Malaisie, qui conditionne le passage entre l’Océan Indien et le
Sud de la Mer de Chine (80% des importations pétrolières de la
Chine transitent par le détroit de Malacca). Les deux détroits
sont sous contrôle total de l’US Navy, qui dispose de ses
nombreuses bases dans le Golfe Persique et de la base de Diego
Garcia dans l’Océan Indien, et des forces spéciales
Etats-Uniennes répandues au nom de la lutte contre le terrorisme.
Dans un article publié en Janvier 2004 par le journal de Hong
Kong, contrôlé par Pékin, " Wen Wei Po ",
un expert militaire chinois recommandait l’adoption d’options
aussi bien défensives qu’offensives pour une nouvelle
stratégie navale chinoise : " la première
option consiste en des réactions rapides, incluant des réactions
militaires, quand une crise survient… pour montrer notre force
à sauvegarder les intérêts du pays. L’autre option est la
capacité de dissuasion… Si vous pouvez menacer mes routes
maritimes internationales, je peux aussi menacer votre sécurité…
dont la sécurité de vos routes maritimes
internationales ". L’article n’était pas
prémonitoire puisque la Chine modernise et développe sa flotte
militaire, de surface comme sous-marine, et puisque son évolution
attendue, qui est prise très au sérieux à Washington, suggère
que modernisation et développements sont en particulier axés sur
un objectif de protection des lignes maritimes d’approvisionnement
énergétique.
" String of pearls " (collier de
perles). Tel est le nom donné, dans un rapport interne du
Pentagone, à la nouvelle stratégie chinoise de sécurisation de
ses voies de transport énergétique. Ce rapport destiné à
Donald H. Rumsfeld, le Secrétaire américain à la Défense, et
intitulé " Energy Futures in Asia " a
été dévoilé par le Washington Times en Janvier dernier
avec, sans nul doute, l’accord du Pentagone. Il révélait que
la Chine mettait en place tout un chapelet d’accords
stratégiques avec les pays bordant les routes maritimes
conduisant du Golfe Persique au Sud de la Mer de Chine et
développait des forces militaires, navales, aériennes et
spatiales, spécifiquement adaptées aux menaces potentielles,
incluant l’US Navy, de rupture de ses voies d’approvisionnement
énergétique.
La première perle du collier est en eaux pakistanaises. Quatre
mois à peine après l’entrée des troupes américaines en
Afghanistan, en 2001, Chine et Pakistan décidaient de la
construction du port en eau profonde de Gwadar qui permettra à la
Chine de franchir un pas gigantesque pour prendre pied directement
dans la région du Golfe Persique. Gwadar est en effet situé sur
la côte ouest du Pakistan, dans la province du Baloutchistan, et
baigne directement dans la Mer d’Arabie, à 72 km à peine de la
frontière iranienne et à 400 km seulement du détroit d’Ormuz.
Le coût total du projet est estimé à 1,2 milliards de dollars
dont la Chine prendrait 80% directement à sa charge, sans compter
une assistance technique " amicale " et l’envoi
de quelques 450 ingénieurs. En contrepartie, la présence de la
Chine à Gwadar lui permettrait une surveillance rapprochée de l’activité
navale US dans le Golfe Persique et une surveillance de l’activité
navale dans l’Océan Indien. D’après le Washington Times
qui cite le rapport du Pentagone en sa possession, Gwadar est une
" base navale " (" naval base ")
chinoise et des installations d’écoute électronique sont
déjà en place, bien que Pékin affirme que Gwadar est un port
" civil " et que ses activités seront
purement " commerciales ". Port militaire ou
non, l’importance de Gwadar sera de toutes façon stratégique
pour les approvisionnements énergétiques chinois puisque Gwadar
procurera également à la Chine un terminal de transit vers la
région du Xinjiang et vers ses arrière-cours d’Asie Centrale
pour ses importations de pétrole en provenance du Moyen Orient ou
d’Afrique. Tout un réseau de voies ferrées et de routes
reliant Gwadar à la Chine, à l’Afghanistan et aux Républiques
d’Asie Centrale est en effet inclus dans le projet.
Autres perles du collier d’après le rapport du Pentagone, la
Chine renforce ses liens avec le gouvernement du Bengladesh et
aide à la construction d’un port à Chittatong,
" cherchant à y obtenir un accès naval et commercial
plus important ". D’après le rapport du Pentagone,
Pékin a également accru ses liens avec le régime militaire de
Burma (Myanmar) et y construirait des bases navales et des
stations de surveillance sur des îles de la baie du Bengale
proches du détroit de Malacca, fournissant au régime militaire
de Rangoon " des milliards de dollars d’assistance
militaire pour y supporter une alliance militaire de
fait ". Au Cambodge, toujours d’après le rapport du
Pentagone, la Chine aurait signé un accord militaire en Novembre
2003 pour fournir entraînement et équipement et, en Thaïlande,
la Chine financerait, pour 20 milliards de dollars, la
construction d’un canal au travers de l’isthme de Kra, canal
qui permettrait aux navires chinois de contourner le détroit de
Malacca. Dans le sud de la Mer de Chine, enfin, Pékin
renforcerait également ses forces militaires pour être capable
de se projeter par air et par mer à partir du continent ou de l’Ile
de Hainan .
Sans confirmer le rapport du Pentagone, le Département d’Etat
américain semble suivre de près les activités diplomatiques et
militaires chinoises dans la région. Un de ses représentants
officiels déclarait il y a peu " savoir que la Chine
examinait une variété d’actions concernant la sécurité du
détroit de Malacca ". Peut-être avait-il en mémoire l’interview
accordée peu avant au journal Zhongguo Qingnian Bao par Wu
Jianmin, ancien Ambassadeur chinois en France et actuellement
Président de l’Université Chinoise des Affaires Etrangères,
interview dans laquelle il déclarait : " la
diplomatie chinoise se transforme en diplomatie ‘proactive’ (zhudong
shi waijiao) ".
Des
limites à ne pas franchir
Dans
un marché mondial les investisseurs sont encouragés à faire des
offres d’achat d’entreprises dans d’autres pays que les
leurs, ce au nom de l’ouverture des marchés et de la croissance
économique. Les achats d’actifs étrangers réalisés par les
entreprises américaines ont ainsi atteint un record de 855,5
milliards de dollars en 2004, en croissance de 328,4 milliards de
dollars sur 2003, et les actifs possédés par les Etats-Unis à l’étranger
totalisaient 9.000 milliards de dollars à la fin de l’année
2004. Les entreprises chinoises commencent elles aussi à
acquérir des actifs en terre américaines. En Mars 2005, LENOVO
finalisait l’acquisition de la branche " ordinateurs
personnels " d’IBM pour 1,75 milliards de dollars et
en Juin 2005 QINGDAO HAIER lançait une offre d’achat sur le
fabricant d'électroménager MAYTAG, pour 1,13 milliards de
dollars.
Le 23 Juin 2005, CNOOC s’aventurait elle aussi en terre
américaine pour surenchérir à une offre d’achat faîte par
CHEVRON sur UNOCAL, septième compagnie pétrolière américaine.
UNOCAL avait précédemment accepté l’offre de CHEVRON, pour un
montant de 16,6 milliards de dollars et CNOOC surenchérissait à
18,5 milliards de dollars. UNOCAL contrôlait moins de 1% de la
production de pétrole des Etats-Unis (0,23% de la production
mondiale) et 0,3% de sa consommation. Elle détenait 1,75 millions
de barils ou équivalent en réserves dont 447 millions localisés
aux Etats-Unis et 980 millions en Asie.
Dès l’annonce de l’offre d’achat de CNOOC, le Congrès
(sous pression d’un lobbying intense de CHEVRON) prenait une
posture défensive, appelait l’offre une " menace pour
la sécurité nationale " et pressait l’administration
de G.W. Bush de s’y opposer. Michael R. Wessel, un des membres
de la US-China Economic Security and Trade Commission, une
des commissions consultatives du Congrès, confirmait que
" d’un point de vue public, l’offre posait de
sérieux problèmes de sécurité nationale ", ajoutant
à titre d’argument " CNOOC est une compagnie d’Etat,
pas une entreprise du marché libre ". Ce point de vue
était aussitôt repris par plusieurs membres du Congrès, menés
par les représentants du Texas et de la Louisiane (tous deux
Etats producteurs de pétrole) qui, dans une lettre adressée au
Département du Trésor, demandaient la saisine du Committee on
Foreign Investment.
Le 30 Juin la Chambre des Représentants adoptait, par 333 voix
contre 92, un amendement pour bloquer toute éventuelle
approbation de l’offre de CNOOC par l’administration et
votait, par 398 voix contre 15, une résolution affirmant que la
transaction menaçait la sécurité nationale.
Le 13 Juillet la campagne anti-CNOOC culminait devant le House
Armed Service Commitee devant lequel les membres du Congrès
favorable à CHEVRON étaient rejoints par les faucons
néo-conservateurs pour demander une Loi bloquant l’offre de
CNOOC. Parmi les intervenants devant le Comité, l'ancien chef de
la CIA, R. James Woolsey, déclarait publiquement que la Chine
" poursuivait une stratégie nationale de domination des
marchés de l’énergie et de dominance stratégique de l’ouest
du Pacifique ", ajoutant que CNOOC était " un
organe de la plus grande dictature communiste mondiale "
et qu’autoriser CNOOC à acheter UNOCAL " serait
dépasser les limites, en raison de la nature du gouvernement
chinois ". Autre intervenant, Frank G. Gaffney Jr., un
des chefs de file du mouvement néo-conservateur et par ailleurs
Président du Think Tank Center for Security Policy, qui
déclarait " que les deals chinois, de la
Sibérie au Venezuela, de l’Indonésie au Soudan, de l’Iran au
Canada, de l’Azerbaïdjan à Cuba, n’ont pas pour seul but de
sécuriser les besoins [énergétiques] chinois… mais de les
retirer d’un marché dont les Etats-Unis sont de plus en plus
dépendants ", ajoutant que les chinois mènent une
stratégie à long terme " de dominance des ressources
énergétiques stratégiques, matériaux, minéraux, technologies,
… pour servir les besoins militaires chinois… " et
martelant sa profession de foi " Je crois que le but de
la Chine est d’inexorablement supplanter les Etats-Unis comme
première puissance économique mondiale et, si nécessaire, de
nous vaincre militairement ". Comme si cela ne suffisait
pas, Frank G. Gaffney Jr. mettait en avant, en guise de
conclusion, " le danger posé à notre nation et à
notre mode de vie par la menace d’une attaque par pulsations
électromagnétiques… la Chine étant un des adversaires
potentiels qui connaît notre grave vulnérabilité à de telles
attaques ".
Richard D'Amato, Président d’une autre commission du Congrès,
demandait aussitôt " un système beaucoup plus agressif
de contrôle des acquisitions pour le cas où la folie d'achats
chinois dans l'économie américaine s'accélérerait ".
Le 11 Août 2005, le même Frank G. Gaffney Jr. était entendu par
la US-China Economic and Security Review Commission devant
laquelle il expliquait que " les investisseurs
américains achetaient inconsciemment la corde (chinoise) avec
laquelle ils allaient être pendus " et qu’ils
" ne devaient pas accepter que leurs pensions soient
liées aux succès des fabricants d’armes chinoises et à ceux
des proliférateurs ".
Pendant toute la durée de la crise CNOOC, la Maison Blanche et le
Département d’Etat ont soigneusement évité de prendre part à
la paranoïa d’une partie du Congrès, adoptant officiellement
une position neutre sur l’offre de CNOOC sur UNOCAL. Les
Etats-Unis savent en effet que Pékin est devenu l’une des
toutes premières sources de capitaux étrangers dont l’économie
américaine a besoin pour financer ses déficits. Les Etats-Unis
savent aussi avoir besoin de la coopération de la Chine pour
convaincre la Corée du Nord de mettre fin à son programme d’armement
nucléaire.
Le 2 Août CNOOC, constatant l’échec de sa propre campagne de
lobbying, retirait officiellement son offre d’achat sur UNOCAL
en déclarant son amertume à ce que " l’environnement
politique ait rendu si difficile ses chances de
succès ".
Apaisements
avant prochaines tempêtes ?
Un
conflit pour l’énergie ? Henri Kissinger l’évoquait le
6 Juin dernier : " Le grand jeu se développe
encore… la quantité d’énergie est finie, jusqu’à
maintenant en relation avec la demande, et la compétition pour l’accès
à l’énergie peut devenir la vie et la mort pour beaucoup de
sociétés. Il serait ironique que la direction des pipelines et
leur localisation devienne l’équivalent moderne des disputes
coloniales du 19ème siècle… ".
Le Président chinois Hu Jintao a annulé la rencontre qu’il
devait avoir avec le Président G.W. Bush à la Maison Blanche le
7 Septembre, officiellement en raison des ravages causés par l’ouragan
Katrina. Les deux hommes se sont rencontrés rapidement le 13
Septembre à New York, dans les salons de l’Hôtel
Waldorf-Astoria à l’occasion du dernier sommet de l’ONU et le
bref compte rendu de leur rencontre ne mentionne aucune discussion
sur les problèmes énergétiques.
Le même jour, Zhang Guabo, Vice Président de la Commission
Nationale Chinoise pour le Développement et la Réforme,
première agence chinoise de planification, déclarait que les
craintes sur l’impact de la croissance de la demande chinoise de
pétrole étaient erronées parce que la stratégie pétrolière
de la Chine était basée sur l’accroissement de production des
champs de pétrole nationaux, ajoutant que " le monde ne
devait pas réagir avec exagération à la croissance de la
consommation chinoise d’énergie " car " le
principe fondamental du développement de l’énergie chinoise
est de la rattacher à des sources domestiques " .
Quelques jours auparavant, le Ministre chinois des Affaires
Etrangères, Qin Gang, avait répondu à l’avertissement
(" collision course ") du Secrétaire d’Etat
adjoint américain, Robert Zoellick. " la Chine n’a
pas l’intention de s’emparer ou de contrôler des ressources
pétrolières… Nous sommes partisans d’engagements en
coopération et d’un développement commun sur la base de
l'égalité et du bénéfice mutuel ", ajoutant
" Dans le secteur de l’énergie, la Chine n’est pas
seulement un consommateur majeur mais également un producteur
majeur. Nous engager dans des coopérations normales avec beaucoup
de pays dans le monde, dont les Etats-Unis, est mutuellement
bénéfique ".
Le message d’apaisement avait déjà été lancé de multiple
fois au cours de l’année 2005. En Juin déjà, quelques jours
avant l’offre d’achat de CNOOC sur UNOCAL, Zhang Hongtao,
directeur adjoint du China Geological Survey, affirmait sa
confiance dans les possibilités de la Chine à résoudre ses
problèmes énergétiques avec ses propres ressources.
" Des découvertes majeures sont attendues pour
bientôt " affirma t-il à la tribune d’un forum d’investissements
chinois, " je crois que la Chine est encore une nation
avec plein d’options. Nous avons des raisons d’être confiants
dans la découverte de nouvelles ressources ".
Il y a quelques jours, le 22 Septembre, le Secrétaire d’Etat
adjoint, Robert Zoellick, avertissait de nouveau la Chine dans un
discours devant le National Committee on U.S.-China Relations
et lui demandait de faire des pas concrets pour répondre à ce qu’il
appelait " un chaudron d’anxiété ". Sur
les problèmes énergétiques, il constatait de nouveau que
" La Chine agit comme si elle pouvait en quelque sorte
‘verrouiller’ des approvisionnements énergétiques autour du
monde. Ce n’est pas une voie raisonnable pour atteindre sa
sécurité énergétique… Nous avons aussi un intérêt commun
dans la sécurisation des routes de transport et des pays
producteurs… ".
Se démarquant cependant des faucons néo-conservateurs Robert
Zoellick constatait : " Nous sommes trop
interconnectés pour tenir la Chine à distance et souhaiter
promouvoir d’autres puissances en Asie à ses
dépens ".
Jean-Philippe Miginiac
Jean-Philippe Miginiac
is the CEO and managing editor at Strategic-Road.com.
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