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 AccueilGéopolitique / Analysis / Mise à jour 28/02/06





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Analysis 28/02/06 - La France et la construction européenne : Options à venir - par Federico Bordonaro

Federico Bordonaro, Ph.D. en histoire contemporaine (Paris-IV) est senior analyst pour le Power and Interest News Report et collaborateur de Strategic-Road.com, Asia Times et ISN-Security Watch. Il est co-auteur du livre La potenza incompiuta. Scenari di sicurezza europea nel XXI secolo (Rome : Francoangeli, 2005).


La crise de la construction européenne est profonde. A l'heure des frictions économiques italo-françaises causées par l'affaire Suez-GdF, la France apparaît comme l’emblème même de cette impasse, qui s'inscrit dans une dynamique de désenchantement envers l’Europe ; dynamique déjà à l’œuvre dans les perceptions ayant causé l'échec du Traité constitutionnel.

Le sens et l’enjeu du conflit politique actuel, suite à l’application du " patriotisme économique " prôné par le gouvernement de M. de Villepin, ont la plus grande importance pour les évolutions de la construction européenne.


Analyse : acteurs et intérêts

L’intégration européenne étant un phénomène politique – et pas seulement économique – elle n’est pleinement compréhensible qu’en analysant ses acteurs, porteurs d’intérêts spécifiques. Cette approche permet d’éviter le piège idéologique consistant dans le présupposé d’un moteur supranational européen qui tend inexorablement vers l’unité supra-étatique de l’Europe.

La raison fondamentale de la crise d'aujourd'hui se retrouve dans la désillusion française (et en bonne partie aussi allemande et italienne) quant à la capacité des " vieilles nations " européennes de bâtir une Europe-puissance, capable d'agir en guise de " multiplicateur de puissance ". Alors que le concept même d’Europe-puissance est d’origine gaulliste, et donc marqué par une approche intergouvernementale et confédéraliste, la fin de la Guerre froide et le retour sur la scène des nations de l’Europe orientale a changé considérablement la donnée géopolitique européenne.

Progressivement, le projet français d’Europe-puissance s’est rapproché de l’idée fédéraliste, unissant donc l’élargissement progressif vers l’est avec la construction d’une entité supranationale qui, selon Paris, aurait du s’émanciper de l’atlantisme (tout en conservant le lien stratégique avec Washington) et émerger comme un acteur unique dans un monde multipolaire.

Au contraire, la vision fédéraliste se trouve aujourd'hui paradoxalement alliée de la vision britannique et atlantiste de l'Europe: élargissement centré sur le libre-échangisme au lieu d'un approfondissement de la synthèse politique, et fédéralisme favorisant l’avancée d’une culture juridique très orientée vers le libéralisme américain. Ce fait n’a pu que refroidir l’enthousiasme pour l’Europe de beaucoup de tenants de la " Grande Europe "  en France et en Allemagne.

En outre, le moteur franco-allemand de l’intégration a vu ses marges de manœuvre se réduire davantage avec l’intégration de nouveaux pays dans l’UE. Le " choc " le plus évident pour Paris a été l’alignement résolument pro-américain de Varsovie, Bucarest, Sofia, Vilnius lors de la Guerre d’Irak en 2003.

La vision de Jacques Chirac, héritée de Mitterrand, a échoué. L’Europe étant l'expression des projets politiques des grandes nations européennes, cet échec d’une vision d’abord française et franco-allemande de l’UE a bouleversé le processus d’intégration même.

De surcroît, la France a besoin de retrouver vite une vision d’Europe, autant que l’Europe ne peut progresser sans une France protagoniste.

Le problème principal, en 2006, est que la France doit choisir une stratégie précise pour sa politique européenne, alors que son paysage politique apparaît divisé à ce sujet; néanmoins, Paris est obligé à désigner clairement ses objectifs et ses intérêts en Europe. Les états de l'UE sont eux aussi prix dans le dilemme: certaines forces politiques prônent pour un " bond en avant " dans le sens du fédéralisme libéral, alors que d'autres sont plus proches du " patriotisme économique " et des hypothèse confédéralistes, voir d'une Europe à géométrie variable.

Cette incertitude est particulièrement visible en Italie, ou les forces politique voudraient que la Commission européenne s’oppose à la fusion entre Gaz de France et Suez pour donner feu vert à l’O.P.A. de E.N.E.L. sur Suez, mais, en même temps, elles expriment leur volonté d’appliquer à leur tour des mesures inspirées du " patriotisme économique " français.

Rome semble avoir sous-évalué la montée de ce dernier – tout comme la majorité des pays européens. Le patriotisme économique n’est pas du tout le protectionnisme d’antan. Il n’interdit pas juridiquement l’achat de certains entreprises, ou bien le commerce de certains biens et services. Au contraire, il consiste en une série de moyens employés par l’Etat, dans le cadre d’un nouveau partenariat public-privé, visant à favoriser des " champions nationaux " dans la compétition économique – dans les secteurs stratégiques (défense, énergie, transports, communications).

En effet, la Commission européenne exprimait le 27 février l’opinion selon laquelle l’opération GdF-Suez était " contre l’esprit européen, mais non contre les lois communautaires ".

Toutefois, la stratégie de M. de Villepin pourrait déclencher une série de contre-mesures – déjà débattues cette semaine en Italie – qui pourraient non seulement endommager les acquisition de banques et d’entreprises énergétiques par des groupes français, mais aussi jeter l’Europe politique dans le chaos.

Ce qui est certain, est que l’opposition entre patriotisme économique et libre-échangisme (soutenu avec force par le Commissaire européen à la concurrence, Mme Neelie Kroes) structurera le débat et la dialectique politique européens dans les mois à venir, dans un contexte où bien peu de nations continentales ont déjà des dispositifs géoéconomiques efficaces pour déployer des stratégies " patriotiques ".


Modalités du conflit

La compétition intra-européenne qui se prépare sera surtout d'ordre économique, juridique et informationnel. Une " guerre de l'information européenne " axée sur la maîtrise stratégique de la communication en matière européenne a déjà commencé. Comme toujours, la création et la gestion de la connaissance – et de sa transmission – seront décisives...

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