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Analysis
Khalid Sheikh
Mohammed… la falsification de l’histoire
par Jean-Philippe Miginiac
- Strategic-Road.com Analysis 25/03/07
Vous vous
souvenez des procès staliniens ? Vous vous souvenez quand les accusés,
préalablement torturés pendant des mois dans le Goulag, s’accusaient
volontairement de tous les crimes possibles et imaginables contre la
révolution, contre les soviets, contre le plan et contre le glorieux peuple
soviétique ? Vous vous souvenez quand quelques dissidents, qui avaient
réussi malgré les tortures à garder un minimum de raison, s’accusaient
même de crimes absurdes et inimaginables pour tenter de porter leurs voix
désespérées et alerter le monde contre la manipulation et la falsification de
l’histoire ?
C’est à un procès stalinien qu’on assiste à Guantanamo, avec la
publication, par le Pentagone, d’extraits des aveux d’un homme que l’on
dit être Khalid Sheikh Mohammed, dit " mastermind ", l’ancien
numéro trois des criminels d’Al Qaeda, arrêté peut-être en Février, ou en
Mars 2003, ou bien avant, qui a sans doute imaginé la stratégie de l’avion
suicide et les attentats contre les tours du World Trade Center, ce qu’il
confirmerait aujourd’hui, s’accusant en outre, devant un Tribunal Militaire
et sans l’assistance d’un avocat civil, d’avoir personnellement planifié,
financé, organisé et assuré le suivi d’une liste inimaginable de trente et
un attentats partout dans le monde. Khalid Sheikh Mohammed aurait, dit-il
lui-même, ainsi décapité de sa propre main le journaliste Daniel Pearl à
Karachi, profitant sans doute de ses moments de détente pour aller
personnellement identifier comme cibles des bases américaines un peu partout
dans le monde et quelques boîtes de nuit fréquentées par les soldats
américains, pour imaginer et organiser des opérations destinées à détruire
des bateaux militaires américains et des tankers dans le détroit d’Ormuz,
dans celui de Gibraltar, dans le port de Singapour et dans le Canal de Panama qu’il
envisageait de bombarder, pour faire un saut aux Philippines et y préparer un
attentat contre le Pape Jean-Paul II, pour imaginer, planifier et organiser
" de A à Z " les attentats du 11 Septembre (et celui de
1993) contre le World Trade Center, pour passer quelque temps à Bali en
Indonésie, le temps d’y superviser les attentats qui ont décimé nombre d’australiens
et de britanniques, pour préparer l’assassinat des Présidents Carter,
Clinton, Musharraf et faire exploser pas moins que la Library Tower en
Californie, la Sears Tower à Chicago, l’Empire State Building, le New York
Stock Exchange et quelques ponts de New York, la Plaza Bank à Washington, l’aéroport
d’Heathrow et Big Ben à Londres, le siège de l’OTAN à Bruxelles, pour
participer à l’assassinat de deux soldats américains au Kowait et à la
destruction de nombreuses boîtes de nuit en Thailande, pour planifier la
destruction d’immeubles à Eilat, en Israël, en utilisant des avions
saoudiens, pour planifier, organiser et financer la destruction d’ambassades
israéliennes et américaines en Indonésie, Australie et Japon, de quelques
centrales nucléaires aux Etats-Unis et d’un hôtel à Mombasa, pour préparer
la destruction de douze avions américains remplis de passagers etc… un
palmarès à faire pleurer de honte et re-mobiliser dans la compétition tous
les autres terroristes de par le Monde.
S’agit-il d’ailleurs vraiment de Khalid Sheikh Mohammed dont personne ne
pourrait vraiment dire si il est mort, si il a bien été capturé ou si il est
encore en liberté quelque part au Pakistan tant la confusion et la
manipulation entretenue des annonces et des rumeurs a nourrit les unes de la
presse en 2002 et 2003 ? Souvenez-vous, quelques jours à peine avant le premier
anniversaire du 11 Septembre, la presse indienne avait révélé que Khalid
Sheikh Mohammed avait été arrêté le 16 Juin 2002 à Karachi et remis aux
autorités américaines. C’est en ce même mois de Juin 2002 que le
journaliste d’Al Jazeera, Yosri Fouda, avait dit avoir secrètement
interviewé Khalid Sheikh Mohammed à Karachi (Yosri Fouda affirmera plus tard
que l’interview aurait été réalisée en Avril 2002) et ce seraient des
indices tirés de l’interview et la voix enregistrée de Khalid Sheikh
Mohammed qui auraient sans doute permis son arrestation. Khalid Sheikh Mohammed
a ensuite été annoncé comme mort le 11 Septembre 2002 dans une attaque
sanglante au cœur de Karachi après avoir été cerné par plus d’un millier
d’hommes (plus de 2.000 diront même certains), membres des services secrets
pakistanais (ISI), Rangers paramilitaires, hommes de la police de Karachi et
officiels du FBI. Tous les détails avaient été abondamment fournis par les
représentants de l’ISI et repris dans la presse, jusqu’à l’histoire de
cette représentante du FBI qui, se penchant sur les corps des deux terroristes
abattus, se serait soudainement exclamée : " vous avez tué
Khalid Sheikh Mohammed " avant de donner l’ordre qu’on coupe
un doigt de la victime pour des analyses ultérieures. A la une des journaux de
l’époque, aussi, l’histoire de la femme de Khalid Sheikh Mohammed qui,
devant les représentants du FBI, aurait reconnu le corps de son mari. Mais
finalement, comme le révélait Time en Janvier 2003, le doigt coupé de la
victime de l'assaut du 11 Septembre 2002 n’aurait pas porté les empreintes
digitales du véritable Khalid Sheikh Mohammed !
Entre temps la rumeur avait couru, selon laquelle, le FBI ayant intercepté de
nouveaux appels téléphoniques de Khalid Sheikh Mohammed, un nouveau raid avait
été organisé, cette fois-ci dans la banlieue de Gulshan-I-Maymar, et
plusieurs arabes avaient été arrêtés. Dans les jours qui suivirent la presse
avait repris les paroles d’officiels pakistanais qui avaient déclaré que
Khalid Sheikh Mohammed, bien que blessé, aurait réussi cette fois-ci à s’enfuir.
Des témoins avaient pourtant assuré qu’il y avait au moins 600 policiers sur
place et que personne n’aurait pu trouver le moindre petit espace pour s’enfuir.
Et puis, souvenez-vous, le 1er Mars 2003, l’annonce, confirmée par
la Maison Blanche, de la capture de Khalid Sheikh Mohammed au cours d’un
nouveau raid, cette fois-ci dans un appartement de Rawalpindi, et de son
extradition immédiate en mains américaines vers la base de Diego Garcia. L’arrestation
était curieusement contestée par la sœur du médecin habitant des
lieux : " les seules personnes présentes dans l’appartement
étaient mon frère, sa femme et ses enfants " et par des anciens
membres du gouvernement Taliban, réfugiés et cachés au Pakistan, qui
démentiront la capture de Khalid Sheikh Mohammed. Certains experts estimeront
quant à eux que Khalid Sheikh Mohammed avait déjà été capturé bien avant
le 1er Mars 2003 et que l’annonce de sa capture à Rawalpindi n’était
qu’un " écran de fumée " servant les intérêts
immédiats des pakistanais et des américains. Le journaliste réputé Robert
Fisk ira lui aussi dans la même voie d’une histoire totalement fabriquée
dans un article intitulé " Was ‘Mastermind’ Really Captured? ".
Il est en effet probable que toutes ces histoires, la mort de Khalid Sheikh
Mohammed le 11 Septembre 2002 et l’arrestation du même Khalid Sheikh Mohammed
le 1er Mars 2003, ont été " fabriquées " pour
servir les intérêts américains et pakistanais au moment où elles étaient le
plus utiles et que Khalid Sheikh Mohammed a été sans doute, dès Juin 2002,
parmi les premiers détenus des prisons secrètes de la CIA. Le 1er
Mars 2003, par exemple, Georges W. Bush était englué dans les prémisses de la
guerre d’Irak, refus du Parlement Turc d’autoriser le stationnement des
troupes américaines, rejet par la Ligue Arabe de toute agression contre l’Irak,
menace de veto français au Conseil de Sécurité, manifestation anti-guerre un
peu partout dans le monde, révélation de l’espionnage américain au sein de
l’ONU etc… Quelle meilleure nouvelle que l’arrestation de Khalid Sheikh
Mohammed pour dériver les unes de la presse et faire taire toutes les critiques
contre sa politique (la guerre cognitive est sensée viser ses ennemis mais
pourquoi ne s’en servirait-on pas contre l’opinion publique) !
Le 12 Octobre 2004, Human Rights Watch révélait que Khalid Sheikh Mohammed
faisait partie d’une liste de onze suspects ayant disparu et se trouvant très
probablement dans une prison secrète de la CIA en Jordanie, prison dans
laquelle ils étaient torturés. Amnesty International confirmera que des
personnes victimes de " restitutions " ou de disparition
forcées, dont Khalid Sheikh Mohammed, ont été détenues en Jordanie à un
moment ou à un autre pour y être soumises à la torture. Khalid Sheikh
Mohammed réapparaîtra à Guantanamo en Septembre 2006 et ses aveux
extraordinaires ont été enregistrés le 10 Mars dernier, devant un Tribunal
Militaire chargé de lui attribuer, ou non, le statut d’ " ennemi
combattant ". Avec une rapidité très inhabituelle le Pentagone a
rendu public, le 14 Mars, une partie de ces aveux, juste au moment où Georges
W. Bush, malmené par le Congrès, a absolument besoin de démontrer qu’il est
toujours à la pointe de la lutte contre le terrorisme.
Les
citoyens des Etats-Unis feraient honneur à leur Démocratie et aux victimes d’Al
Qaeda en exigeant que les crimes et les responsabilités de Khalid Sheikh
Mohammed soient jugés devant un Tribunal Fédéral et non devant la supercherie
d’un Tribunal Militaire digne des pires totalitarismes, recueillant des aveux
risibles accumulés sous la torture, et dont l’affichage risque de creuser
encore un peu plus l’artifice de la guerre des civilisations.
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