Sans doute !
Mais c’est vraiment dommage qu’aucun juge n’ai encore demandé à
Jean-Louis Gergorin ce qu’il avait vraiment découvert en 2002 sur Karl Erich
Schmitz, et comment ces informations, et les faux listings, lui étaient
parvenus et avaient été validés dans son esprit (c’est lui qui le dit). Le
paisible retraité suédois installé en Suisse a eu en effet dans le passé, et
c’est le moins que l’on puisse dire, une vie peu banale et son nom est au cœur
de nombre d’enquêtes officielles ou journalistiques concernant les marchés
noirs de l’armement. Peut-être méritait-il que Jean-Louis Gergorin y porte
intérêt.
Le 29 Septembre 1985, les douanes suédoises investissaient les bureaux d’une
petite entreprise installée dans le port de Malmö, Scandinavian Commodities,
et y découvraient des milliers de documents documentant la très riche
carrière " world class " de Karl Erich Schmitz, son patron,
dans le trafic illégal d’armement et son rôle d’organisateur dans l’approvisionnement
en armes de l’Iran et de l’Irak durant la première guerre du Golfe.
Karl Erich Schmitz faisait déjà depuis longtemps du commerce avec l’Iran
quand il se mit en tête d’aider à satisfaire les besoins de ce pays, en
guerre contre l’Irak, en munitions d’artillerie. Il fallait approvisionner
en équipements et en " poudre " l’usine de munitions
construite près d’Ispahan avec l’aide des israéliens. Karl Erich Schmitz
fit appel, dans un premier temps, aux usines d’armement d’Afrique du Sud
mais celles-ci rompirent leurs approvisionnements en Juin 1984 pour livrer… l’Irak
avec lequel un contrat secret de 520 millions de dollars avait été signé.
Pour remplacer son fournisseur défaillant, Karl Erich Schmitz s’adressa à
une association peu connue, l’European Association for the Study of Safety
Problems in the Production of Propellant Powder (EASSP), qui, comme son nom l’indique,
s’occupait de partage d’information sur les problèmes de sécurité des
usines européennes de poudre à munitions. Avec Karl Erich Schmitz, cette
association allait vite devenir la couverture d’un cartel de fabricants dont l’objectif
était de fournir, malgré les embargos, toutes les munitions nécessaires à l’un
comme à l’autre des belligérants.
Les Douanes suédoises ont très bien expliqué le fonctionnement du Cartel. Y
participaient les plus grands fabricants européens de
" poudre ", Nobel en Suède, PRB en Belgique, SNPE en
France, Nobel Explosives en Ecosse, Muiden Chemie en Hollande, Forcit et Kemira
en Finlande, Rio Tinto et Snia Bdp en Italie, Vinnis en Suisse, Vass en
Allemagne… qui, durant leurs repas d’affaire à Paris, Madrid, Genève ou
Brugges, se partageaient les marchés. Au centre était Karl Erich Schmitz, l’organisateur,
dont la tâche consistait à assurer les paiements et la logistique des
livraisons afin de ne pas attirer l’attention des autorités. Comme l’expliqua
lui-même Karl Erich Schmitz aux Douaniers suédois, la compagnie d’Etat
Yougoslave, FDSP, acheta par exemple les quantité non-livrées par l’Afrique
du Sud à des membres du cartel pour les livrer elle même à l’Iran… et
pour ne pas attirer l’attention des autorités égyptiennes lors du passage du
Canal de Suez, les cargaisons étaient sensées avoir pour destination le Kenya
grâce à des faux certificats fournis par Karl Erich Schmitz. Les affaires
étaient florissantes car Iran et Irak consommaient chacun à peu près, d’après
les experts, dix fois la consommation des principales armées européennes en
munitions d’artillerie lourde.
Lorsque le cartel sera démantelé en 1986 par l’action des Douanes
suédoises, Karl Erich Schmitz continuera imperturbablement à rechercher des
fabricants de " poudre " et de carburants pour missiles à
travers l’Europe et en Israël, pour satisfaire la demande de ses donneurs d’ordre
dont les noms de code, on ne l’invente pas, étaient " Nicholas "
pour l’Iran, et " Charlie " pour l’Irak (il du cependant
répondre en Mai 1987 de 42 chefs d’inculpation devant la justice suédoise).
Le nom de Karl Erich Schmitz résonnera encore quand il sera cité dans l’une
des théories sur la mort d’Olof Palme, et plus récemment devant le Parlement
Britannique quand, le 18 Janvier 1999, un parlementaire demanda au Ministre de
la Défense qui avait mis le gouvernement de Sa Majesté en contact avec le
cartel de Karl Erich Schmitz ! Certains experts s’interrogent toujours aujourd’hui
sur la nature réelle du cartel européen de Karl Erich Schmitz et sur son
intégration supposée dans des structures transnationales beaucoup plus
importantes.
Mais Karl Erich Schmitz était surtout un organisateur génial qui savait
résoudre au mieux tous les problèmes de transport. Ainsi c’est le Wall
Street Journal qui révélait en 1987 que pour assurer deux transports d’explosifs
vers l’Iran en 1985, Karl Erich Schmitz avait utilisé les services de la
compagnie aérienne " Santa Lucia Airways ". Le premier vol
eut lieu le 24 Juillet 1985, transportant des explosifs de Muiden Chemie et PRB
avec de faux certificats yougoslaves et grecs. Le second vol eut lieu le 14
Août de la même année, d’Israël vers Lille et de Lille vers l’Iran. Une
commission d’enquête parlementaire belge confirmera en 1989 que Santa Lucia
Airways, sous-traitant de la compagnie Belge Sabena, était bien connectée à
des transports illégaux d’armes vers l’Iran et l’Angola.
Santa Lucia Airways, aujourd’hui disparue, est une des compagnies aérienne
connue pour ses liens étroits avec la CIA. Trois mois après Karl Erich Schmitz,
d’ailleurs, Olivier North, le célèbre officier américain organisateur de l’affaire
Iran-Contra avait en effet utilisé le même Boeing 707 de Santa Lucia Airways,
immatriculé J6-SLF, pour livrer des missiles américains à l’Iran.
Jean-Philippe Miginiac is the CEO and
managing editor at Strategic-Road.com.
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