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Quelles
options sur l’Iran ?
By
Jean-Philippe Miginiac - Strategic-Road.com Analysis 20/01/2006
Lors
de la découverte, en Août 2003, du programme nucléaire
clandestin mené par l’Iran, le Président d’alors, le
réformateur Mohammed Khatami, apparaissait comme un interlocuteur
disposé à négocier et avec qui un accord signé présenterait
des garanties suffisantes pour la communauté internationale. Le
régime iranien d’alors s’employait même à trouver des
solutions qui lui permette de renouer des relations diplomatiques
avec Washington. L’Iran n’était-elle pas, malgré quelques
alliances cachées avec la nébuleuse terroriste, la seule
puissance régionale sur laquelle devaient s’appuyer les
Etats-Unis et l’Europe pour parvenir à une stabilisation
durable du Moyen-Orient ? Après Mohammed Khatami, les
Etats-Unis et l’Europe comptaient sur Ali Akbar
Hachémi-Rafsjandjani, candidat préféré des chancelleries
occidentales aux élections présidentielles de Juin 2005, pour
trouver un compromis sur le programme nucléaire iranien et
réintroduire l’Iran dans la communauté internationale.
Le nouveau Président élu en Juin 2005, Mahmoud Ahmadinejad,
ultra-islamiste populiste et dur parmi les durs du régime, n’a
quant à lui aucune considération pour les accords internationaux
et encore moins pour un dialogue avec le " Grand
Satan ". Avec la crise nucléaire et ses
déclarations fracassantes sur Israël il a même, en très peu de
temps, mis fin à toute velléité de négociation ou de
rapprochement et réussi l’exploit de rassembler dans la
surenchère les plus hauts caciques du régime des mollahs avec
qui il dispute pourtant un pouvoir contesté.
La rupture des négociations avec la troïka européenne (France,
Allemagne, Royaume-Uni) et la reprise du programme de recherche
nucléaire iranien ouvrent-elles pour autant de nouvelles options,
sanctions internationales ou escalade militaire, à la communauté
internationale qui ne peut en aucun cas envisager l’Iran de
Mahmoud Ahmadinejad doté d’armes nucléaires ?
L’option
sanctions, ou le baril à 100$
La
menace de saisine du Conseil de Sécurité n’a eu aucun effet
sur la position iranienne dans les négociations engagées avec la
troïka européenne et la rupture de ces négociations, comme l’intention
ferme de saisine du Conseil de Sécurité ne semblent pas plus
ébranler Téhéran. Mahmoud Ahmadinejad, le nouveau Président, s’est
même fait menaçant : " Vous avez besoin de
nous plus que nous avons besoin de vous… Si vous voulez dénier
nos droits, nous avons les moyens de sécuriser ces droits ".
L'Ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême qui a le dernier mot
sur les affaires de l'Etat, vient, lui aussi, de confirmer la
position iranienne : " La République islamique,
forte de ses principes et sans crainte de l'agitation, poursuivra
sur la voie de ses développements scientifiques et le monde ne
peut influer sur la détermination du peuple iranien … Nous
ne cherchons pas à nous doter d'armes nucléaires et l'Occident
le sait parfaitement, parce que ce serait contraire aux intérêts
politiques et économiques du pays et contraire aux préceptes de
l'islam ". Avant lui, Ali Akbar
Hachémi-Rafsjandjani, ex-candidat préféré des chancelleries
occidentales nommé à la tête du Conseil chargé de la
sauvegarde des intérêts supérieurs du régime par l'Ayatollah
Ali Khamenei pour contrer Mahmoud Ahmadinejad, avait été encore
plus clair : "La politique coloniale traditionnelle
de l’Ouest a été de maintenir le tiers-monde et le monde
islamique plusieurs pas derrière… Même s’ils détruisent nos
scientifiques, leurs successeurs continueront le travail… Il ne
sera pas facile pour eux de résoudre le problème en imposant des
sanctions… S’ils provoquent un quelconque trouble, ils le
regretteront ".
Programme nucléaire exclusivement civil ? Téhéran aurait
alors le droit international à ses côtés puisque le Traité de
non-prolifération nucléaire donne à ses signataires, dont l’Iran,
un " droit inaliénable ", sous
contrôle, de développer recherche, production et utilisation de
l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Mais les
occidentaux, bien qu’aucune preuve n’ait été avancée, sont
au contraire tout à fait persuadés que le programme nucléaire
iranien a des ambitions plus militaires que civiles et que l’Iran
veut se doter de l’arme nucléaire et des capacités balistiques
d’atteindre l’Europe, surtout depuis l’arrivée au pouvoir
de Mahmoud Ahmadinejad. Nombre d’experts pensent d’ailleurs
que Téhéran a utilisé, dans ses négociations avec la troïka
européenne, une stratégie délibérée, chaque pas de l’Iran
étant destiné à jauger les réactions occidentales, puis, en
cas de non-réaction ou de non-punition, le considérer comme
acquis et sauter au pas suivant. L’Iran pouvait espérer ainsi
faire durer les négociations au fur et à mesure de ses avancées
dans ses ambitions nucléaires… jusqu’au fait accompli,
sachant que les membres du Conseil de Sécurité, une fois saisis,
mettraient encore énormément de temps à se mettre d’accord
sur d’éventuelles sanctions. Après la rupture des
négociations avec la troïka européenne Téhéran prétends d’ailleurs
vouloir encore " dissiper par la discussion et la
négociation les ambiguïtés actuelles au sujet de son programme
nucléaire pacifique ".
Saisine du Conseil de Sécurité ? Sanctions ? Bien que
Téhéran espère toujours un veto de la Russie, dont la position
se rapproche pourtant de plus en plus de celle des occidentaux, et
semble croire fermement en celui de la Chine qui appelle à l’apaisement
malgré les pressions, la saisine effective du Conseil de
Sécurité et la mise en place de sanctions auront-elles un
quelconque effet sur les ambitions du pouvoir iranien ? C’est
très peu probable même si la Secrétaire d’Etat américaine,
Condoleezza Rice, déclarait récemment " il y a une
variété d’options, une variété d’outils à la disposition
de la communauté internationale à partir du moment où [le
dossier] est soumis au Conseil de Sécurité ".
Renforcer les pouvoirs de contrôle de l’Agence Internationale
pour l’Energie Atomique ? Interdire les dignitaires du
pouvoir iranien de tout déplacement ? Mettre en place un
embargo économique (et donc pétrolier) ? Sans attendre une
encore très hypothétique décision de sanctions, l’Iran a
déjà commencé à distiller des menaces à peine voilées par la
voix de son Ministre de l’économie, Davoud Danesh-Jaafari :
" Toute perturbation dans la situation économique et
politique du pays peut mettre en crise la situation régionale et
faire augmenter le prix du pétrole au delà de ce qu'attendent
les occidentaux ". Nul doute, en effet, que la
communauté internationale appréhende les conséquences de l’arme
des sanctions qui pourrait être à double tranchant. L’Ayatollah
Ali Khamenei ne déclarait-il pas déjà, en 2002, que
" si l’occident ne reçoit plus de pétrole, ses
usines vont grincer jusqu’à l’arrêt et ceci pourrait
ébranler le Monde ".
L’Iran est hautement dépendant des pétrodollars, ses
exportations étant constituées à 80% de gaz et de pétrole, et
ses revenus pétroliers ont atteint 40 milliards de dollars en
2005, en croissance de 25% sur l’année précédente. Un embargo
pétrolier aurait donc des conséquences très importantes sur l’économie
iranienne et pourrait plonger le pays dans une cascade de
mécontentements sociaux. L’effet boomerang serait en
contrepartie tellement important sur les marchés du gaz et du
pétrole que Téhéran est fondé à penser disposer d’une
assurance tout risque contre un tel embargo. L’Iran pourrait d’ailleurs
avoir largement anticipé l’éventualité de sanctions
politiques et économiques à son encontre en signant ces
dernières années de multiples contrats d’approvisionnement
pétroliers et gaziers qui sont aujourd’hui autant de boucliers
contre de telles sanctions. Le Japon absorbe en effet aujourd’hui
18,4% des exportations iraniennes et la Chine 9,7%. L’an dernier
un consortium japonais a signé un accord pour le développement
des champs pétroliers iraniens d’Azadegan qui devraient
représenter à terme 6% des importations pétrolière nippones.
Chine et Iran ont signé l’année dernière un accord d’investissement
de 100 milliards de dollars sur 25 ans dans l’industrie
pétrolière et gazière iranienne. L’Iran, qui fournit déjà
à la Chine 13,6% de ses importations de pétrole, exportera
chaque année 10 millions de tonnes de gaz naturel vers la Chine
à partir de 2009 et la National Iranian Oil Company a par
ailleurs offert à China Petroleum & Chemical Corporation une
participation de 50% dans le champ pétrolier encore inexploité
de Yadavaran, participation qui s’ajoute à celle, 20%, déjà
acquise à China National Petroleum Corporation. Pékin espère
aussi s'associer à un projet d'oléoduc traversant l'Iran
jusqu'à la mer Caspienne (où pourrait ensuite s’établir une
connexion avec un autre oléoduc reliant le Kazakhstan à la Chine
occidentale). L'objectif affiché de Téhéran est de hisser la
Chine au rang de premier acheteur de son pétrole et de son gaz,
en lieu et place du Japon, et la Chine, qui estime que ses
importations énergétiques en provenance d’Iran sont
essentielles à sa croissance économique, a déjà annoncé qu’elle
s’opposerait à toute décision de sanction par le Conseil de
Sécurité. L’Inde, contre la volonté américaine, renforce
également à grand pas ses liens avec l’Iran, notamment dans un
projet de pipeline. L’Iran est par ailleurs le second plus
important producteur de pétrole de l’OPEC, après l’Arabie
Saoudite, et détient environ 10% des réserves pétrolières
mondiales. L’Iran détient aussi les deuxièmes réserves
mondiales de gaz naturel après la Russie. Dans ces conditions, l’influence
de l’Iran sur l’économie mondiale paraît lui assurer de
sérieuses garantie car toute baisse de ses exportations
pétrolières et gazières aurait des conséquences très
importante sur le marché mondial. La simple hypothèse de
sanctions économiques contre l’Iran est un des facteurs qui
maintiennent actuellement le prix du baril à environ 65 dollars.
Les cyclones américains de l’automne ont propulsé le prix du
baril à 70,85 dollars fin Août dernier, impactant très
fortement la crise énergétique. Qu’en serait-il en cas d’absence
de tout ou partie de la production pétrolière iranienne ?
Certains experts n’hésitent pas à estimer que le prix du baril
pourrait dépasser allègrement les 100 dollars en cas d’arrêt
des exportations iraniennes, aucun producteur n’étant
actuellement capable de se substituer à l’offre iranienne. Des
études et simulations récentes ont par ailleurs montré que si
les 2,5 millions de barils que l’Iran exporte chaque jour
manquaient au marché, les conséquences en seraient
considérables sur l’économie américaine : le prix de l’essence
pourrait doubler tandis qu’un million d’emplois seraient
perdus et que le déficit courant pourrait largement dépasser 1
milliard de dollars.
Certains analystes notent d’ailleurs que le simple fait de
menacer l’Iran de sanctions pourrait inciter quelques-uns des
extrémistes qui la dirigent, dont au premier chef l’imprévisible
Président Mahmoud Ahmadinejad, à une décision stratégique de
rupture pure et simple des exportations pétrolières iraniennes.
L’option
militaire, ou le baril à 500$
En
Novembre 2003, Meir Dagan, le chef du Mossad déclarait à des
membres du Parlement israélien que l’Iran " avait
atteint le point de non-retour " et que la
possession d’armes nucléaires par l’Iran était la plus
grande menace posée à Israël depuis sa création. Quelques
semaines plus tôt, le Mossad avait laissé filtrer les plans d’une
attaque préemptive des installations nucléaires iraniennes par
des F-16 israéliens. Silvan Shalom, le Ministre israélien des
Affaires étrangères, affirmait au même moment que Israël n’avait
aucun plan d’attaque des installations nucléaires iraniennes
mais durant une visite aux Etats-Unis, le Ministre de la Défense
israélien, Shaul Mofaz, déclarait qu’ " en
aucune circonstance Israël ne pourrait tolérer que des armes
nucléaires soient en possession iranienne ".
Le 6 Mai 2004, la Chambre des Représentants américaine votait la
Résolution 398, par 376 voix contre 3, appelant le gouvernement
de George W. Bush à " utiliser tous les moyens
appropriés pour décourager, dissuader et empêcher l’Iran d’acquérir
des armes nucléaires ". La rumeur de Washington
explicitait déjà le scénario d’une attaque de précision
conjointe des Etats-Unis et d’Israël contre les installations
nucléaires iraniennes de Bushehr, de Natanz et d’Arak. Si la
résolution avait été votée par le Sénat, elle aurait donné
au Président George W. Bush le pouvoir de lancer une attaque
préemptive sur les capacités nucléaires iraniennes dès qu’il
l’aurait estimé nécessaire mais ses conseillers avaient conclu
qu’une telle attaque déclencherait immédiatement des
représailles iraniennes majeures propres à déstabiliser
complètement l’Irak. Et George W. Bush n’attaqua pas l’Iran,
laissant la troïka européenne explorer les voies de la
négociation.
En Janvier 2005 le journaliste Seymour M. Hersh publiait un
article retentissant dans le New Yorker, révélant que les forces
spéciales américaines effectuaient, au moins depuis l’été
2004, des opérations de reconnaissance au cœur même du
territoire iranien pour y repérer les sites nucléaires. En
Février 2005, George W. Bush jugeait " simplement
ridicule " les affirmations selon lesquelles les
Etats-Unis auraient des plans d’attaque de l’Iran, ajoutant
cependant immédiatement " toutes les options sont
sur la table ". En Mars 2005, le Times affirmait qu’Israël
avait un plan d’attaque combiné air-sol de cibles en Iran si
les négociations en cours n’aboutissaient pas. Israël
démentait aussitôt, le porte parole du Premier Ministre Ariel
Sharon, Ra'anan Gissin, ajoutant qu’ " Israël n’a
pas l’intention de lancer une attaque contre l’Iran, et
certainement pas avant que toutes les options diplomatiques
aient été explorées ". En Juillet 2005, c’est
Henry Kissinger qui faisait connaître son opinion : " Je
ne recommande pas une action militaire mais je recommande de ne
pas l’exclure ".
Depuis, les médias ne cessent de focaliser sur des rumeurs de
préparatifs supposés d’une attaque militaire de l’Iran par
les Etats-Unis et par Israël. Ces rumeurs et les articles de
presse ont cependant culminé à chaque fois que des tensions ont
durcit les négociations entre la troïka européenne et l’Iran,
comme par exemple en Décembre 2005 où, successivement, le Times
affirmait qu’Ariel Sharon avait donné l’ordre à l’armée
israélienne de se tenir prête à frapper l’Iran à partir de
fin Mars 2006, information aussitôt démentie par Israël, et le
Spiegel révélait que Washington avait informé ses alliés de l’Otan,
spécialement la Turquie, de se tenir prêts à des attaques
aériennes en 2006. En parallèle des sources spécialisées
distillaient des informations sur les cibles de la future attaque
aérienne et sur les bases américaines supposées être en
préparation intensive de la future attaque.
La menace militaire a donc constamment appuyé les négociations
engagées entre la troïka européenne et l’Iran, sans faire
plier un seul instant Téhéran qui sait bien que si les armées
occidentales se tiennent évidemment prêtes à répondre à une
éventuelle demande politique en planifiant à l’avance et en se
préparant à tous les scénarios d’attaque possible, la
décision politique est quant à elle sans doute très loin d’être
prise. L’opération ne présente pas, en effet, toutes les
garanties de succès et les risques stratégiques et
géopolitiques paraissent très lourds.
Une éventuelle attaque préemptive israélienne, déjà
conditionnée par une très hypothétique autorisation de survol
des territoires de la Turquie, de l’Irak, de l’Arabie Saoudite
ou de la Jordanie, devrait viser à la fois, selon les experts,
des cibles " trop éloignées, trop nombreuses et
dispersées, et trop bien protégées ", certaines d’entre
elles étant par ailleurs souterraines ou situées très près de
centres urbains civils. Il est donc difficile d’envisager une
attaque des installations nucléaires iraniennes hors une action
directe des Etats-Unis qui disposent, seuls, de l’ensemble des
moyens indispensables au succès d’une telle opération, sans
pour autant être garantis de pouvoir détruire l’ensemble des
installations nucléaires iraniennes. l’Iran a en effet acheté
à la Russie et déployé un nombre indéterminé de systèmes
avancés de défense aérienne S-300P (SA-10 Grumble dans l’appellation
occidentale) et très récemment des systèmes anti-missiles Tor
M-1 mobile (SA-15 Gauntlet dans l’appellation occidentale) pour
protéger ses installations nucléaires.
Une attaque préemptive des installations nucléaires iraniennes,
en l’absence d’un programme prouvé d’armes nucléaires,
aurait par ailleurs pour effet immédiat de légitimer, aux yeux
du pouvoir iranien, la poursuite à marche forcée d’un
programme d’armes nucléaire hors Traité de Non Prolifération
et donc sans aucun contrôle de l’IAEA, et libèrerait toutes
les velléités de poursuite de programmes similaires dans d’
autres pays, même signataires du Traité. Le programme nucléaire
iranien serait certainement retardé mais non stoppé et serait
consacrée la défaite des efforts de non-prolifération déjà
affectés d’une crise profonde avec les frustrations des Etats
non-nucléaires à voir les Etats-Unis déterminés à développer
des armes nucléaires nouvelles " anti-bunkers ",
avec les révélations de l’existence de vastes réseaux de
contrebande de matériel nucléaire, avec les doutes croissants
sur les programmes nucléaires de plusieurs des signataires du
Traité de non-prolifération et avec les quasi-échecs de la
Conférence de New York en Mai 2005, close sans accord, et du
Sommet Mondial de Septembre 2005, qui ne mentionne même pas le
désarmement nucléaire dans son document final.
En Décembre 2003, le Général Seyed Reza Pardis avertissait
déjà Israël qu’en cas d’attaque de l’Iran " Israël
creuserait sa propre tombe ". Le 5 Juillet 2004,
durant une visite à Hamedan, dans l’Ouest de l’Iran, l’Ayatollah
Ali Khamenei déclarait à la foule massée devant lui : " Les
Etats-Unis disent que nous avons mis en danger leurs intérêts…
Si quelqu’un envahit notre nation, nous mettrons leurs
intérêts en danger dans le monde entier ". Il ne
fait aucun doute, en effet, que l’Iran, en cas d’attaque de
ses installations nucléaires, aurait à la fois les moyens, la
volonté, et l’ambition de réactions extrêmes à l’agression.
Parmi les représailles jugées très probables par les experts,
une contre-attaque immédiate par missiles sur Israël et sur les
bases américaines de toute la région, en Irak, dans le Golfe
persique et peut-être jusqu’aux bases US d’Asie Centrale et d’Afghanistan.
D’après les sources ouvertes, l’Iran possèderait 12 à 18
batteries mobiles de missiles balistiques Shehab 1 et 2,
comprenant chacune 48 à 72 missiles d’une portée de 300 à 500
kilomètres et pouvant emporter chacun une charge de 700 à 985
kg. D’autres missiles seraient stockés en réserve. Avec ces
missiles, l’Iran est capable d’atteindre les bases US d’Oman,
du Katar, du Koweït et d’Irak. L’Iran possèderait aussi
trois batteries, sinon plus, de 12 missiles balistiques Shehab 3 d’une
portée de 1.300 à 1.500 km et pouvant emporter une charge de 700
kg. D’autres missiles seraient stockés en réserve. Avec ces
missiles, l’Iran est capable d’atteindre Israël, la Turquie,
l’Arabie Saoudite, et nombre de champs pétroliers. Un nombre
indéterminé de prototypes de missiles balistiques Shehab 4
seraient aussi en possession de l’Iran et auraient une portée
supérieure à 2.000 kilomètres avec une charge utile de 1.000
kg. Des informations des services secrets occidentaux
indiqueraient par ailleurs des achats récents, par l’Iran, de
missiles balistiques Nord Coréens BM-25 d’une portée
supérieure à 2.500 kilomètres.
Autres représailles jugées très probables par les experts, une
mobilisation immédiate des troupes du Hezbollah, au Liban, une
déstabilisation très rapide de la situation en Irak, avec
révolte de la majorité chiite pro-iranienne et de ses milices
armées contre les troupes américaines, ainsi qu’une
déstabilisation de l’Arabie Saoudite et de tous les pays du
Golfe comprenant une population chiite significative etc...
Hantise des responsables occidentaux, enfin, la dispersion
annoncée des 50.000 combattants suicides, dont 40.000 auraient
déjà été recrutés, des " Commandos des
Volontaires Martyrs " mis en place par Mohammad-Reza
Jaafari, un officier supérieur des Gardes de la Révolution
Islamique très lié au nouveau Président Mahmoud Ahmadinejad.
Objectif de ces commandos : " opérations
suicides contre les cibles occidentales ".
Il
est donc particulièrement difficile d’envisager que les
Etats-Unis puissent simplement détruire les installations
nucléaires iraniennes au moyen de frappes aériennes ciblées
sans être entraînés eux-mêmes dans une spirale de
déstabilisations qui les obligeraient à une guerre totale contre
l’Iran. Après l’erreur stratégique majeure de l’invasion
de l’Irak, dont le coût réel vient d’être estimé entre
1.000 et 2.000 milliards de dollars, les Etats-Unis n’ont plus,
aujourd’hui, les moyens financiers d’une telle aventure. Ils n’en
ont pas plus les moyens humains, sauf conscription.
Armageddon
?
La
troïka européenne a intégré l’échec des négociations, l’impossibilité
des sanctions et l’illusion des options militaires. L’Iran
aura un jour la bombe et les capacités balistiques de viser l’Europe.
Reste la dissuasion. A Paris le Président français, Jacques
Chirac, vient, sans le nommer, d’avertir le pouvoir
iranien : " les dirigeants d'Etats qui auraient
recours à des moyens terroristes contre nous… [et] ceux qui
envisageraient d'utiliser... des armes de destruction massive,
doivent comprendre qu'ils s'exposeraient à une réponse ferme et
adaptée de notre part… la flexibilité et la réactivité de
nos forces stratégiques nous permettraient d'exercer notre
réponse directement sur ses centres de pouvoir, sur sa capacité
d'agir... Toutes nos forces nucléaires ont été configurées
dans cet esprit et c'est dans ce but par exemple que le nombre de
têtes nucléaires a été réduit sur certains des missiles de
nos sous-marins… la "garantie de nos approvisionnements
stratégiques et la défense de pays alliés sont, parmi d'autres,
des intérêts qu'il convient de protéger ".
Dès le lendemain, le Général Henri Bentégeat, chef d'état
major des armées, confirmait que Téhéran était dorénavant une
des cibles de la dissuasion française déclarant que l’Iran
était " inquiétude majeure pour nous aujourd'hui "
car il " affiche des intentions extrêmement
belliqueuses ". Selon le chef d'état-major des
armées, " ce qui a considérablement
augmenté ces derniers temps, davantage que l'utilisation du
terrorisme par un Etat, c'est l'utilisation potentielle par un
Etat des armes de destruction massive, des missiles à longue
portée, avec des têtes qui peuvent être nucléaires ou
chimiques ou biologiques… Petit à petit, on voit beaucoup de
pays commencer à s'en équiper, les exemples les plus frappants
sont l'Iran et la Corée du nord ".
A Washington les néocons s’agitent encore dans un jusqu’au
boutisme irrationnel. Contre les négociations et la troïka
européenne, Richard Perle déclarait encore il y a peu :
" ils seront encore à discuter quand les
iraniens feront exploser leur première bombe ",
admettant toutefois que l’aventure militaire était peu
probable : " l’administration [Bush] est
devenue paralysée. Elle a perdu tout sens clair de la direction
à prendre sur L’Iran et est trop contente de ne pas faire face
à des décisions difficile ". Le Vice Président
Dick Cheney a peut-être avoué être lui-même contraint à la
seule dissuasion en affirmant, en Janvier 2005, que " les
israéliens pourraient bien décider d’agir en premier et de
laisser le reste du monde avec les problèmes d’avoir à
nettoyer le gâchis diplomatique ensuite " et en
laissant filtrer en Juillet 2005 une information selon laquelle il
avait donné l’ordre à l’United States Strategic Command
(STRATCOM) de préparer un plan de représailles en cas de
nouvelle attaque terroriste sur les Etats-Unis. Le plan inclurait
un assaut aérien de grande amplitude sur 450 cibles iraniennes
avec usage d’armes conventionnelles et nucléaires tactiques. En
attendant Armageddon, les faucons souhaitent voir les Etats-Unis
mobiliser une coalition internationale pour isoler le pouvoir
iranien, l’affaiblir avec des sanctions économiques ciblées et
encourager un changement de régime.
A Téhéran émergent quelques signes de la bataille intense qui
se déroule au cœur même du pouvoir iranien avec, peut-être,
les prémisses d’une coalition de conservateurs un peu plus
pragmatiques qui, alarmés par l’isolation internationale
croissante de l’Iran (et les velléités de lutte
anti-corruption du nouveau Président), tentent d’éviter la
mainmise annoncée du bloc monolithique des conservateurs
militaristes fondamentalistes sur tous les centres du pouvoir. En
son sein, peut-être, l’Ayatollah Ali Khamenei, le Guide
Suprême, qui craint de se voir remplacé par le mentor de Mahmoud
Ahmadinejad, l’Ayatollah Mesbah Yazdi. L’Ayatollah Mesbah
Yazdi est la personnalité religieuse dominante du groupe
conservateur militariste fondamentaliste qui détient aujourd’hui
la Présidence et regroupe les membres de la sécurité, notamment
les Gardiens de la Révolution, le Basij (mouvement de jeunesse
semi-militaire) et les services de renseignement. C’est lui qui
a fait le résultat de l’élection à la présidence en
émettant une fatwa ordonnant aux supposés 20 millions de membres
des Basij de voter pour Mahmoud Ahmadinejad.
En Octobre 2005, l’Ayatollah Ali Khamenei a étendu les pouvoirs
d’Ali Akbar Rafsandjani, président du Conseil chargé de la
sauvegarde des intérêts supérieurs du régime, qui avait été
largement battu par Mahmoud Ahmadinejad aux élections
présidentielles. Le conseil supervise désormais la politique du
régime. Ali Akbar Rafsandjani est ainsi devenu le numéro deux du
régime iranien et en supervise trois des quatre branches : sur le
plan hiérarchique, il se trouve maintenant au-dessus du
président Mahmoud Ahmadinejad, du président du Majlis
(Parlement), Gholam-Ali Hadad-Adel, et de l’Ayatollah Mahmoud
Hashemi Shahroudi, qui dirige le système judiciaire (le seul à
rester au-dessus de Ali Akbar Rafsandjani est, bien sûr, l’Ayatollah
Ali Khamenei lui-même, Guide suprême et chef de l’Etat). La
rumeur affirme que l’Ayatollah Ali Khamenei, parce qu’il
refusait de limoger le Président nouvellement élu Mahmoud
Ahmadinejad qui réclamait des audits financiers et administratifs
des institutions dépendant des Ayatollahs, a été obligé de
promouvoir Ali Akbar Rafsandjani à la demande de ces mêmes
Ayatollahs.
L’Ayatollah Ali Khamenei et Ali Akbar Rafsandjani ont pour le
moment soutenu la position " ultra " de
Mahmoud Ahmadinejad sur le nucléaire, peut-être parce qu’ils
ne pouvaient apparaître comme moins nationalistes que lui mais l’une
des premières décisions prises par Ali Akbar Rafsandjani, une
fois ses pouvoirs renforcés, a été de nommer le président
sortant, le réformateur Mohammed Khatami, comme principal
conseiller du Conseil, le ramenant ainsi sur le devant de la
scène. Tous deux ont cherché à adoucir les propos tenus par
Mahmoud Ahmadinejad sur Israël.
Et pendant que le Président Mahmoud Ahmadinejad n’en finit plus
de chauffer à blanc les ultras de Tel-Aviv et de Washington,
rêvant d’entraîner les occidentaux dans le piège d’une
intervention militaire contre l’Iran, un avion Falcon s’écrasait
en Iran, entraînant dans la mort onze des plus hauts gradés du
Corps des Gardiens de la Révolution proches de Mahmoud
Ahmadinejad. Explication officielle du crash : mauvaise
météo et mauvais entretien de l’avion, ce qui peut paraître
surprenant pour un vol transportant l’élite de l’armée
iranienne. D’autres sources révèlent une autre
explication : sabotage !
Jean-Philippe Miginiac - 20/01/06
(jpmiginiac@mayaconcept.com)
Jean-Philippe Miginiac is the CEO and
managing editor at Strategic-Road.com.
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