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Strategic-Road.com Analysis


Nouvelles mises en garde adressées à nos dirigeants (suite)
par Jean-Philippe Miginiac - Strategic-Road.com Analysis 19/11/07


Le Groupe intergouvernemental sur le climat (GIEC, mandaté par l'Onu) a finalisé à Valence en Espagne le dernier volet de son quatrième rapport (IPCC Fourth Assessment Report), une somme de référence pour les cinq prochaines années qui sert à fonder la riposte de la communauté internationale aux dérèglements du climat. Les experts du changement climatique mettent en garde les dirigeants de la planète contre ses conséquences " soudaines ", voire " irréversibles ", à deux semaines d'une conférence clé des Nations unies sur le climat à Bali.

Le GIEC, récompensé cette année par le prix Nobel de la paix, prévoit une hausse de température moyenne de 1,8 à 4 degrés, pouvant aller jusqu'à 6,4 degrés en 2100 par rapport à 1990. " Tous les pays " en subiront les conséquences - multiplication des canicules, sécheresses et inondations, fonte accélérée des glaces des pôles et montée du niveau de la mer - et les nations les plus pauvres seront les plus touchées.

Dans le résumé approuvé à Valence, les experts du GIEC renoncent à donner une valeur limite à la hausse prévisible du niveau des océans (0,18 m à 0,59 m à la fin du siècle par rapport à la période 1990 selon le projet de résumé initial).

Le rapport du GIEC avait en effet été critiqué comme étant en retard sur les dernières études scientifiques. Ainsi, l'institut australien du climat (Climate Institute - Sydney) vient de souligner que " la récente et rapide diminution des glaces de mer en Arctique s'est produite beaucoup plus rapidement que ne le suggéraient les projections modélisées ". Au rythme actuel (+ 3 mm par an de 1996 à 2006), les océans pourraient avoir gagné 1,40 mètre d'ici la fin du siècle, selon les chercheurs de cet institut. Deux autres études (conduites l ‘une par Michael Raupach dans le cadre du " Global Carbon Project " et l’autre par James Hansen, directeur de l’Institut Goddard des Etudes Spatiales de la NASA) avaient déjà souligné l'accélération foudroyante des émissions de C02 lors des cinq premières années du XXIème siècle et le fait que leur croissance avait été plus grande que les scénarios liés aux énergies fossiles les plus intensifs développés par les experts du GIEC. Elles avaient alerté sur leurs estimations d’une élévation probable du niveau des mers pouvant atteindre plusieurs mètres d’ici 2100, au lieu des 40 centimètres prévus par les modèles du GIEC (voir Climat : Nouvelles mises en garde adressées à nos dirigeants).

Cet été, plus que la litanie des pluies diluviennes et des inondations partout dans le monde, les experts ont été stupéfaits par l’ampleur de la disparition de la banquise qui recouvrait en temps normal les mers polaires.

La fonte des glaces a été si prononcée que le passage du nord-ouest, la route maritime au nord du Canada, habituellement impraticable, était libre de glaces cette année. La route du nord-est, dans les eaux russes, pourrait vite connaître le même sort. Mark Serreze, un spécialiste appartenant à l’US National Snow and Ice Data Center, a décrit l’ampleur des changements observés. " L’Arctique a perdu un tiers de ses glaces depuis que nous effectuons des mesures par satellite, qui ont commencé il y a trente ans, et la vitesse de la fonte s’est brusquement accentuée depuis 2002…Si vous m’aviez demandé il y a quelques années à quel moment l’Arctique aurait perdu toute glace, je vous aurais répondu 2100 ou peut-être 2070. Mais je pense aujourd’hui que 2030 représente une estimation raisonnable " (voir aussi les résultats de la mission Tara Damocles).

Du coup, dans le résumé approuvé à Valence, les experts du GIEC ont renoncé à donner une valeur limite à la hausse prévisible du niveau des océans, admettant que leurs modèles semblent totalement dépassés par la réalité. Le président du GIEC, Rajendra Pachauri, a insisté sur les conséquences dramatiques auxquelles sont exposées les Etats insulaires et les centaines de millions d'habitants des grands deltas - comme le Bangladesh, ravagé cette semaine par le cyclone Sidr.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a quant à lui appelé samedi 17 novembre à prendre des mesures urgentes pour combattre le réchauffement climatique, avertissant que le monde est " au bord de la catastrophe ". " On est tous d'accord. Le changement est réel et nous, les humains, en sommes la principale cause. Pourtant même à l'heure actuelle, peu de personnes réalisent vraiment la gravité de la menace ou son immédiateté… Maintenant, je crois qu'on est au bord d'une catastrophe si l'on n'agit pas  ", écrit M. Ban Ki-moon dans l'International Herald Tribune

M. Ban a souligné que la fonte des glaciers et la disparition de la calotte polaire pourrait élever le niveau des mers jusqu'à six mètres, inondant des villes comme New York, Bombay et Shanghaï. " Je ne veux pas être un oiseau de malheur. Mais je crois qu'on arrive à un point critique ", a affirmé le secrétaire général de l'ONU.

Les dirigeants mondiaux sont-ils capables de l’entendre ?



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