La presse a
beaucoup évoqué les luttes intestines franco-françaises et franco-allemandes
pour le contrôle du management d’E.A.D.S. et d’Airbus. Prolégomènes à la
manipulation ? Ces luttes intestines sont certes déjà latentes en 2003
mais ce n’est qu’en 2005 qu’elles cristalliseront.
Nous l’avons déjà dit, Jean-Louis Gergorin était Vice-Président d’E.A.D.S.
auprès de son Président d’alors, Philippe Camus. Il est aujourd’hui
Vice-Président d’E.A.D.S. auprès de son Président d’aujourd’hui, Noël
Forgeard (nommé à la co-présidence le 25 Juin 2005). Difficile de penser que
les listings aient été fabriqués et exploités par Jean-Louis Gergorin, au
profit de Philippe Camus, dans la guerre intestine Forgeard-Camus ! Par
contre la tentation pouvait exister d’utiliser l’affrontement latent à d’autres
fins de déstabilisation.
La tension franco-allemande, qui existe effectivement au sein d'E.A.D.S., a
abouti à un maintien du partage de la présidence avec la nomination, en Juin
2005, de deux nouveaux co-présidents, le français Noël Forgeard et l'allemand
Thomas Enders, à la nomination de l'allemand Gustav Humbert à la présidence
d'Airbus et à la nomination du français Jean-Paul Gut à la co-direction
générale déléguée d'E.A.D.S. Ces décisions ont été négociées
directement au niveau politique le plus élevé de chaque état, jusqu'au
compromis final. Difficile de penser, quelles que soient les difficultés de la
négociation, qu'un affrontement franco-allemand soit à l'origine de l'affaire
Clearstream, au printemps 2003 ! Par contre la tentation pouvait exister d’utiliser
cette tension à d’autres fins de déstabilisation.
L'hypothèse selon laquelle les listings aient été initialement fabriqués
pour nuire à Nicolas Sarkozy ne résiste pas plus à l'examen. L'histoire
commence au printemps 2003, Dominique de Villepin est ministre des affaires
étrangères, Nicolas Sarkozy ministre de l'intérieur (ils deviendront
respectivement ministre de l'intérieur et ministre de l'économie en mars
2004). La volonté de Nicolas Sarkozy de prendre la tête de l'UMP ne
cristallise qu'en 2004, avec la condamnation début 2004 d’Alain Juppé, alors
président de l’UMP, à une peine d’inéligibilité. Jacques Chirac mettra
Nicolas Sarkozy en demeure de choisir entre la présidence de l'UMP et son poste
de ministre le 14 juillet 2004, et Nicolas Sarkozy ne prendra la tête de l'UMP
qu'en Novembre 2004. Il semble par ailleurs établi que le nom de Nicolas
Sarkozy n'apparaisse pas sur les premiers listings et Jean-Louis Gergorin ne
différencie pas les sources des séquences successives de production des listes
de noms. L’apparition mi-2004 du nom de Nicolas Sarkozy procède t-elle de la
tentation de le prendre pour cible ou de l’opportunité d’exploiter la lutte
de pouvoir engagée au sommet de l’état pour relancer ou renforcer la
déstabilisation en cours ?
Retour à la matrice originelle car la déstabilisation n’a pu être pensée
et initiée que dans le cadre stratégique d’alors. En Mars 2003, les
Etats-Unis envahissent l’Irak. Le contexte stratégique est celui d’un
affrontement violent entre France et Etats-Unis sur le problème irakien et il
est question, pour certains dirigeants des Etats-Unis, de
" punir " la France. En Mars 2003, E.A.D.S. et Airbus sont
parmi les fondements industriels stratégiques d’une France et d’une
Allemagne se détachant de l’Atlantisme et d’une Europe dérivant entre
Atlantisme et Europe-Puissance. L'affaire Clearstream doit-elle être lue dans
le cadre de la guerre économique et stratégique ? il pourrait alors
s'agir d'une tentative de déstabilisation d'une grande entreprise (E.A.D.S.)
qui joue un rôle éminemment stratégique dans la politique de puissance de la
France, de l'Allemagne et de l'Union Européenne, tentative de déstabilisation
accentuée ultérieurement par l'opportunité d’exploiter les tensions
politiques intérieures françaises de 2004. Il ne serait alors pas surprenant
que les principaux compétiteurs du géant européen, aidés par les services
d'une ou plusieurs puissances rivales, soient encore activement à l'œuvre dans
une gestion offensive de l'information, afin de fragiliser E.A.D.S. et son
leadership français, et de casser définitivement les politiques qui se
rattachent encore à une idée de puissance française et européenne.
Jean-Philippe Miginiac is the CEO and
managing editor at Strategic-Road.com.
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