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 AccueilGéopolitique / Analysis / Mise à jour 09/11/06

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Analyses, Analysis

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Analysis 09/11/06 - Etats-Unis : la période de tous les dangers ? - par Jean-Philippe Miginiac



La débâcle de George W. Bush aux élections de Mid-Term devrait, en toute bonne logique démocratique, le convaincre de changer le cap de sa stratégie et de sa politique étrangère. Le peuple américain a en effet mis la guerre en Irak au cœur des justifications de son vote pour signifier à son Président qu’il entendait que soit notamment donnée une nouvelle direction à la stratégie qui lie guerre d’Irak, guerre contre la terreur et invocations de l’ " axe du mal ".

La détermination de la majorité du peuple américain semble ainsi entièrement inscrite dans la formule employée à dessein par Christopher Preble, directeur des études diplomatiques au Cato Institute, qui reprend en l’inversant la détermination préalablement affichée par le Président : " Il n’est plus possible de garder le cap pour Bush, ni stratégiquement, ni politiquement ".

Le nouveau Congrès dispose de moyens importants pour contraindre la Maison Blanche. Les démocrates tiennent ainsi dorénavant les cordons de la bourse et peuvent lancer toute commission d’enquête parlementaire " dure " sur des sujets qui fâchent, tels les mensonges sur les armes de destruction massive, les dépenses du Pentagone, les marchés de reconstruction et la corruption en Irak, ou encore l’affaire Palme. Pour affaiblir l’administration Bush et contraindre le Président, ils pourraient même aller jusqu’à lancer une procédure d’
impeachment.

George W. Bush l’a bien compris qui, reconnaissant sa défaite, a immédiatement démissionné Donald Rumsfed, Secrétaire à la Défense qui symbolise

plus que tout autre la descente aux enfers des Etats-Unis en Irak, et a annoncé qu’il souhaitait travailler avec le nouveau Congrès à majorité démocrate. Robert Gates, le nouveau patron du Pentagone désigné par le Président, a, et ce n’est sans doute pas une coïncidence, participé aux débats bipartisans sur l'Irak en tant que membre du Groupe d'étude sur l'Irak (Irak Study Group) présidé par l'ancien secrétaire d'Etat républicain James Baker et par le démocrate Lee Hamilton.

L’idée est souvent affichée qu’un compromis pourrait en effet intervenir autour des conclusions attendues pour Janvier de ce Groupe d’étude bipartisan installé par le Congrès avec l’accord de la Maison Blanche, et dont il se dit avec insistance qu’il pourrait préconiser un certain retrait d’Irak, une conférence régionale incluant Syrie et Iran, et un découpage de-facto de l’Irak selon ses composantes sectaires. Joseph Biden, qui va certainement occuper le poste très influent de Président du Foreign Affairs Committee du Sénat estime que le groupe Baker permettra de faire évoluer la stratégie américaine et que George W. Bush acceptera d’autant plus ses propositions qu’elles ne viendront pas des seuls démocrates. Nancy Pelosi, qui va devenir la présidente speaker de la Chambre des représentants et le troisième personnage des Etats-Unis, a déjà fait savoir que les démocrates ne sabreraient pas dans les crédits de guerre pour faire pression sur l'exécutif et Zbigniew Brzezinski, ex-conseiller à la sécurité de Jimmy Carter, s'est quant à lui félicité de la nomination de Robert Gates au Pentagone.

La nomination de Robert Gates pourrait traduire, d’ailleurs, une reprise en main, voire un dictat, de l’entourage du père de George W. Bush, l’ex-Président George H.W. Bush. Robert Gates a été le bras droit, au Conseil National de Sécurité, de Brent Scowcroft, adversaire de l’invasion de l’Irak, et a fait partie d’une task force du Council on Foreign Relations qui a recommandé l’ouverture de pourparlers directs avec l’Iran. Brent Scowcroft travaillait pour le père de George W. Bush quand il était Président tout comme James Baker qui en était le Secrétaire d’Etat.

Flexibilité ? Le vrai signe en aurait été les départs conjoints du Vice-Président Dick Cheney et de Donald Rumsfeld. Croire en effet que, les démocrates tenant le Congrès et Bush père tenant son fils, la stratégie et la politique moyen-orientale de Georges W. Bush vont radicalement " changer de direction " est encore totalement hypothétique. Georges W. Bush l’a d’ailleurs immédiatement réaffirmé, il n’est pas question pour lui que les Etats-Unis se retirent d’Irak avant la " victoire " et Dick Cheney, immédiatement re-confirmé à son poste par le Président, avait déjà lancé, quelques jours avant les élection, un tonitruant " En avant à pleine vitesse… Nous avons la bonne stratégie… " ajoutant : " On ne peut pas construire une politique de sécurité nationale sur la base [des élections]… Ce n’est peut-être pas populaire [mais] cela n’a pas d’importance dans la conscience que nous avons de continuer notre mission et de faire ce que nous pensons être juste ".

La Secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice, s’est elle même exprimée sur l’Irak au lendemain des élections : " Les électeurs américains ont clairement voté pour un changement, comme le Président l’a dit… Ils n’ont pas voté pour quelque chose de moins qu’un succès en Irak… L’engagement américain aux objectifs qui nous ont fait prendre l’Irak reste absolument ferme et c’est ce qui est important… Les Etats-Unis se retireront certainement quand les objectifs qui nous ont fait prendre l’Irak [seront atteints], parce que c’est trop important pour notre propre sécurité. L’Irak doit être un succès pour que l’Amérique soit sécurisée. Et nous maintiendrons cette direction ".

Les démocrates en tant que tels n’ont par ailleurs encore proposé aucune stratégie nouvelle et aucune sortie de crise en Irak. Ils sont en effet eux-mêmes profondément divisés entre ceux, anti-guerre, qui envisagent un retrait rapide des troupes américaines piégées en Irak et ceux, plus ou moins néo-conservateurs bien que démocrates, qui soutenaient sans défaillir la stratégie présidentielle. Le poids de ces derniers est tout sauf négligeable, à l’image des 30 représentants de la " coalition des chiens bleus ", fondée en 1994, qui se positionnent très à droite sur l’échiquier du parti démocrate.

Côté républicains, l’imbroglio est devenu total avec la révélation surprise, sur le site du journal Vanity Fair, des opinions actuelles de certains parmi les plus éminents des néo-conservateurs : Richard Perle, Kenneth Aldeman, David Frum, Frank Gaffney, Michael Leeden, etc… qui étaient, hier, les plus enragés et les plus engagés en faveur des stratégies de guerres préemptives et surtout en faveur de l’invasion de l’Irak. Les mêmes cèdent aujourd’hui, semble t-il, à la panique devant de possibles convocations devant les commissions du Congrès en affirmant juste avant les élections qu’ils n’auraient pas soutenu la guerre si ils avaient su où " une des équipes les plus incompétentes d’un après-guerre " mènerait les Etats-Unis. Le Président lui-même est directement visé par David Frum qui a pourtant rédigé certains de ses discours : " Si le président dit les mots, il ne saisit tout simplement pas les idées ".

Côté républicains, encore, l’échec des tentatives de compromis était déjà patent avant les élections avec l’incapacité des plus pragmatiques à faire changer la politique de George W. Bush. Ainsi le très puissant Président du Senate Armed Service Committee, John Warner, avait-il déclaré clairement que la politique irakienne actuelle ne fonctionnait pas et qu’il fallait en changer, sans réussir pourtant à ébranler la détermination d’un George W. Bush certain de la " victoire ". Obstination ? Bob Woodward n’écrit-il pas, dans son dernier livre " State of Denial ", que le Président aurait déclaré que, même s’il n’était plus soutenu que par sa femme, Laura, et par son chien, Barney, il ne changerait pas de direction sur l’Irak !

Le nouveau Congrès dominé par les démocrates n’entrera en fonction qu’au mois de Janvier 2007 et, d’ici là, Georges W. Bush gardera, avec ses amis républicains, une confortable maîtrise de tout acte législatif et du travail des commissions qui divergeraient par trop de sa propre volonté. Quand le nouveau Congrès entrera en fonction, il disposera encore du droit de veto présidentiel et de " l’executive order " qui lui permet de passer outre le Congrès. Il restera aussi, comme Président, l’arbitre-en-chef de la politique étrangère et de la politique de sécurité nationale et le commandant-en-chef des forces armées.

Une politique d’opposition systématique du nouveau Congrès, utilisant tous ses pouvoirs d’investigations, de citation, d’interrogation et de contrôle direct de l’administration Bush, pourrait d’ailleurs se révéler, comme toute tentative d’impeachment, plus contre-productive que vraiment utile aux intérêts de la nouvelle majorité du Congrès dans une période où démocrates comme républicains vont se focaliser sur la prochaine échéance présidentielle en évitant soigneusement tout risque de discrédit auprès des électeurs.

C’est d’ailleurs ce que laissait entendre au lendemain des élection Robert Kagan, du Carnegie Endowment, qui relevait que pour ce qui concerne la politique étrangère, " le scénario préféré des européens – un Bush entravé – est moins probable que son alternative – un Bush libéré.  Le Président Bush n’a pas le souci d’être élu en 2008 et va apparaître comme ne pensant plus qu’à sa place dans l’histoire. Cela peut l’amener à agir dans la voie que souhaitent les européens, une diplomatie multilatérale vigoureuse sur l’Iran et la Corée du Nord. Mais il peut aussi aller dans une direction qu’ils trouveront inquiétante si cette diplomatie échoue ".

Flexibilité ? Obstination ? L’ancien Chancelier allemand Gerhard Schröder, dans les bonnes pages déjà diffusées de son autobiographie, rappelait il y a peu combien il avait été frappé, lors de ses entretiens avec George W. Bush, de ce que le Président américain affirmait se situer en permanence en symbiose avec une instance divine et semblait ne prendre ses décisions politiques qu’après discussion avec Dieu. Le problème pourrait donc être juste de savoir quelles sont aujourd’hui, entre flexibilité et obstination, les intentions divines !

George W. Bush l’a déjà dit, il ne laissera pas l’Iran au prochain Président des Etats-Unis et solutionnera le problème iranien avant de quitter la présidence. La période à venir pourrait donc s’avérer être celle de tous les dangers avec un Président des Etats-Unis peut-être de plus en plus isolé de la scène politique américaine, toujours persuadé que sa propre intelligence, en symbiose avec celle de Dieu, dépasse celle de tous les experts réunis et n’ayant plus d’autres objectifs que celui de prouver, y compris à son père, qu’il est bien infaillible !



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Jean-Philippe Miginiac is the CEO and managing editor at Strategic-Road.com.




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