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France-Chine :
Pas de " rupture " pour Sarkozy
par Federico
Bordonaro - Strategic-Road.com Analysis 08/12/07
Le voyage en Chine du Président Nicolas Sarkozy a convaincu Pékin que ses
relations politiques, diplomatiques et industrielles avec la France ne
souffriraient pas de la fin de l’ère Chirac.
Pendant la campagne électorale pour la Présidence française, l’insistance
de Nicolas Sarkozy à affirmer sa " rupture " avec le
passé, aussi bien en politique intérieure qu’en politique extérieure, avait
pourtant laissé penser aux observateurs qu’un rapprochement annoncé avec
Washington signifierait un refroidissement des relations stratégiques avec
Pékin.
Valérie Niquet, analyste de l’Institut Français des Relations
Internationales (IFRI) écrivait d’ailleurs dans le journal Les Echos que l’incertitude,
voire l'inquiétude, étaient les sentiments qui dominaient chez les diplomates
chinois, juste avant l’arrivée du Président Nicolas Sarkozy en Chine le mois
dernier. Les intentions de Nicolas Sarkozy de
" rééquilibrer " les relations franco-chinoises en
promouvant une " politique de réciprocité " avaient fait
froncer les sourcils de Pékin.
Au final, pourtant, alors même que la Chancelière allemande Angela Merkel
avait réaffirmé le mois dernier ses intentions de lancer une
" nouvelle politique étrangère " fondée sur des droits de
l’homme prioritaires aux intérêts commerciaux, la visite de Nicolas Sarkozy
a, elle, montré le renforcement du partenariat stratégique franco-chinois et
des relations économiques entre les deux pays.
Même si les discours de Nicolas Sarkozy à Pékin ont été
" cadrés " sur le concept de
" réciprocité ", et en dépits de ses souhaits de voir la
Chine adopter une politique monétaire plus amicale (lire
" réévaluation du Yuan "), le nouveau président français
s’est placé très clairement du côté chinois quand il en est venu à parler
de l’intérêt géostratégique suprême de la Chine : Paris soutient l’unité
chinoise et n’est en aucun cas partisan de l’indépendance de Taiwan ou de
celle du Tibet.
Plus encore, au grand déplaisir de Washington et (surtout) de Tokyo, Nicolas
Sarkozy a réaffirmé la position chiraquienne sur l’embargo des ventes d’armes
européennes à la Chine : Paris souhaite la levée de l’embargo.
La journaliste économique Françoise Crouignou a bien résumé le problème,
écrivant dans les Echos qu’il est difficile de conjuguer
" géostratégie " et ambitieuse politique
étrangère " de rupture " affirmée par Nicolas
Sarkozy. Les entreprises françaises de la défense, de l’aérospatial, de l’énergie
et des nouvelles technologies lorgnent depuis longtemps sur des marchés chinois
en croissance à deux chiffres et une telle réalité suggérait que Paris
modère ses critiques sur les droits de l’homme à Pékin.
Les observateurs européens n’ont pas manqué de relever que l’accent porté
par Nicolas Sarkozy sur la réciprocité n’a pas suscité en retour des
promesses du Président Hu Jintao de modeler la politique monétaire chinoise au
profit de l’équilibre des relations commerciales entre la Chine et l’Europe.
Au contraire, nos sources confirment que le Président Hu Jintao a été très
clair : " la politique monétaire de Pékin est faîte pour
servir les intérêts de la Chine ".
S’adressant à la presse après sa rencontre avec Hu Jintao, Nicolas Sarkozy a
également insisté sur le fait que le Président chinois avait signé une
déclaration commune qui mettait en avant le besoin d’harmonisation entre
croissance économique et environnement. Pourtant, aux dernières nouvelles,
Pékin reste toujours sceptique sur l’application des accords de Kyoto.
De retour en France, c’est un Sarkozy triomphant qui a salué ses compatriotes
en leur annonçant une série " sans précédent " d’accords
économiques avec la Chine, les seuls contrats signés par les géants de l’aéronautique
et du nucléaire, Airbus et Areva, étant estimés à environ 20 milliards d’euros.
Airbus a ainsi signé un " accord général " avec les
autorités chinoises, accord selon lequel l’entreprise vendra à la Chine 110
Airbus A320 et 50 Airbus A330 pour un total de 11,3 milliards d’euros (environ
17 milliards de dollars). 10 autres Airbus A330 seront vendus par Airbus à la
compagnie China's Southern Airlines.
L’autre grand gagnant est Areva qui fournira à Pékin deux centrales
nucléaires à réacteurs pressurisés de troisième génération (EPR) pour
environ 8 milliards d’euros. Les deux réacteurs seront construits à Taishan
et l’uranium sera fournit par les mines africaines du canadien Uramin,
racheté cet été par Areva.
Quelques observateurs français ont cependant souligné que les deux centrales
nucléaires vendues à Pékin ne permettront pas à Areva de dominer le
florissant marché chinois du nucléaire civil. Les offres russes et
américaines resteront très compétitives et par conséquent l'accord semble
être plus en faveur des finances d’Areva qu’en faveur de l’intérêt du
secteur français de l’énergie atomique. Ce qui est certain, c’est qu’un
sourire confiant ornait le visage d’Anne Lauvergeon, qui dirige Areva, après
la signature de l’accord.
D’autres acteurs français ont aussi profité du voyage de Nicolas Sarkozy
pour renforcer leur présence en Chine.
Le poids lourd des nouvelles technologies, Alcatel-Lucent, a signé un accord de
750 millions d’euros avec China Mobile Limited pour la fourniture d’équipements
de télécommunications. Eurocopter (EADS) a signé un accord pour vendre à
Pékin 10 hélicoptères EC155 pour 80 millions d’euros. Natixis, une banque
spécialisée dans les services financiers et la gestion d’actifs, a finalisé
un accord de coopération en matière d'efficacité énergétique pour limiter
les émissions de CO2 pour 60 millions d’euros. Le fabricant de matériel
ferroviaire, Alstom , a signé un contrat de 43 millions d’euros pour la
signalétique du métro de Shanghai. Le spécialiste du transport maritime,
CMA-CGM, a signé des accords, avec la municipalité de Xiamen (province de
Fujian) et le groupe hongkongais New World Services Holding, pour la
construction et l’exploitation d’un terminal de conteneurs en eaux profondes
(307 millions de dollars, environ 206 millions d’euros) qui entrera en
exploitation en 2009. CMA CGM aura une part de 30% (environ 62 millions d’euros).
Suez, l’autre grand de l’énergie, va développer ses activités dans le
gestion de l’eau à Tang-Jiatuo, près de Chingqing, dans le cadre d’un
accord de 80 millions d’euros. Sanofi-Avensis, un des plus important groupes
pharmaceutiques français, va construire une usine de vaccins anti-grippe, dans
le cadre d’un accord de 63,88 millions d’euros.
La visite de Nicolas Sarkozy à Pékin a non seulement montré que le
" boom " des marchés stratégiques chinois est trop
important et opportun pour les groupes de la défense, de l’aérospatial, de l’énergie
et des nouvelles technologies pour que les idéaux passent devant les
intérêts. Elle démontre aussi, sans le moindre doute, que la Chine présente
aujourd’hui une des caractéristiques typiques de toutes les grandes
puissances dans l’histoire : elle oblige les états à prendre des
positions spécifiques envers elle, et cause l’embarras. De facto, les
principales puissances politiques de l’Union Européenne ont différentes
approches de la Chine : l’Allemagne insiste sur les droits de l’homme
tandis que la France est impatiente de poursuivre son partenariat stratégique
avec Pékin à un niveau tel que l’enthousiasme de Paris pour les marchés de
la défense chinois pourrait réveiller les tensions avec certains de ses
partenaires occidentaux.
Le résultat du voyage du Président français en Chine porte quelques
implications ironiques. Jacques Chirac a été probablement, pendant ses années
passées à l’Elysée, le plus solide avocat d’un monde multipolaire, et on
attendait de Nicolas Sarkozy qu’il limite de telles aspirations en adhérant
au leadership mondial des Etats-Unis. Dans le système géopolitique, un pole de
puissance est défini par sa capacité à initier et soutenir des actions
indépendamment des autres puissances. Il semble clair que la Chine a une telle
capacité, et que la multipolarité est en voie de devenir une réalité
acceptée – que Nicolas Sarkozy et ses parrains occidentaux le veuille ou non.
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