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Analysis
Sortie de
crise pour EADS ?
par Jean-Philippe Miginiac
- Strategic-Road.com Analysis 08/07/06
La presse
anglo-saxonne, qui fustigeait ces dernières semaines la présence de l’Etat
français au capital d’EADS comme source de toutes les difficultés et crises
actuelles, en restera pour ses frais. Le Gouvernement français a montré qu’il
n’a aucune intention de se défaire de sa participation dans le groupe
européen et, sans le dire, a pesé de tout son poids dans sa réorganisation
managériale. Le remplacement de Noël Forgeard par Louis Gallois, grand
serviteur de l’Etat français s’il en est, en témoigne. En témoigne aussi
une influence de l’actionnaire public visiblement renforcée, côté
français, aux dépends de l’actionnaire privé, Lagardère. Peut-être
faut-il y voir, d’ailleurs, les prémisses d’une nouvelle attitude, faire un
peu plus de " patriotisme économique " et en parler
beaucoup moins, à l’exemple des autres pays.
Si l’équilibre franco-allemand a été soigneusement préservé, au moins à
la tête du groupe, avec le maintien de deux co-présidences exécutives pour
Louis Gallois et Thomas Enders, l’arrivée à la tête d’Airbus du français
Christian Streiff (un des rares patrons français à bien connaître l’Allemagne)
remplaçant l’allemand Gustav Humbert traduit quant à elle une volonté
partagée de dépasser les clivages anciens pour aboutir à une plus grande
efficience industrielle. En témoigne l’abandon, semble t-il, de la règle qui
voulait qu’un dirigeant exécutif d’une nationalité dépende toujours d’un
dirigeant exécutif de l’autre nationalité, et une homogénéisation des
structures, hiérarchies et chaînes décisionnelles réorganisées au niveau de
la direction générale d'EADS. Ainsi, Christian Streiff, Président exécutif (CEO)
d'Airbus, Jean-Paul Gut, Directeur Général Délégué (COO) pour le Marketing,
la Stratégie et les Affaires internationales, Ralph Crosby, Président &
CEO d'EADS North America, et Francisco Fernández Sáinz, Président exécutif (CEO)
de la Division Avions de Transport Militaire, dépendront hiérarchiquement de
Thomas Enders tandis que Hans Peter Ring, Directeur Financier (CFO), François
Auque, Président exécutif (CEO) de la Division Espace, Fabrice Brégier,
Président exécutif (CEO) de la Division Eurocopter et Stefan Zoller,
Président exécutif (CEO) de la Division Défense & Systèmes de Sécurité
rapporteront à Louis Gallois. Jean Botti, Directeur technique (CTO) d'EADS, et
Jussi Itävuori, Directeur des Ressources humaines d'EADS, dépendront
hiérarchiquement, quant à eux, des deux Présidents exécutifs d'EADS.
Autour d’Airbus, qui doit perdre de son indépendance en étant " étroitement
intégré " au groupe, la branche aviation civile (aujourd’hui 65% de
l’activité du groupe) est dorénavant sous la responsabilité de Thomas
Enders (qui sort renforcé de la crise). Christian Streiff, le nouveau
président d'Airbus devra rapidement faire ses preuves et proposer une réforme
du très complexe système de production de l'A380. Il devra également prendre
à bras-le-corps le chantier important de l'A350, lancé l'an dernier par Airbus
pour contrer le succès croissant du Boeing 787 (qui pourrait lui aussi
connaître des retards de livraison), et dont nombre de compagnies aériennes
ont demandé une refonte en profondeur.
Les branches militaires et spatiales sont quant à elles dorénavant sous la
responsabilité de Louis Gallois. Les dirigeants précédents d’EADS
affichaient leur volonté de rééquilibrer les activités du groupe dans les
domaines défense et espace et un des objectifs de Louis Gallois devrait
peut-être être de réconcilier avec les marchés financiers un secteur qui
sera de plus en plus dépendant des marchés et de moins en moins hexagonal.
Louis Gallois et Thomas Enders se sont engagés à remettre " sur le bon
cap " le groupe européen d'aéronautique, de défense et
d'espace, en se fixant comme " priorité immédiate " la
remise en ordre d'Airbus, voulant ainsi sortir au plus vite de la crise. Au
niveau gouvernemental, Berlin se félicitait de décisions garantissant " l'équilibre
franco-allemand " tandis qu'à Bercy, on notait que la
" relation franco-allemande sort renforcée de cette crise ".
Plusieurs experts déplorent cependant qu'EADS n'ait pas profité de la crise
pour remettre en cause la structure bicéphale du groupe, mise en place pour
respecter une stricte parité franco-allemande, et qui est largement
considérée comme une des causes de la crise.
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