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Strategic-Road.com Analysis


" Chaos constructif "
par Jean-Philippe Miginiac - Strategic-Road.com Analysis 07/01/07


Et Saddam Hussein fut sommairement exécuté par les sbires de Moqtada al-Sadr, allié du Premier Ministre Nuri al-Maliki au Parlement irakien, et déjà largement impliqués dans les massacres à grande échelle des sunnites de la région de Bagdad. L’Administration Bush a vu immédiatement l’exécution de Saddam Hussein comme un " progrès " dans la justice et la démocratie retrouvée en Irak après avoir eu, pourtant, beaucoup de peine à cacher sa frustration de voir le même al-Maliki refuser de s’attaquer à l’armée du Mahdi, la milice chiite sectaire de Moqtada al-Sadr, et de faire quelques gestes envers les groupes sunnites de la " résistance " dont toute une frange invoque aujourd’hui le " martyr " de Saddam. Moqtada al-Sadr n’est-il pas le principal ennemi de George W. Bush pour s’être aligné sur l’Iran dans le conflit opposant Washington et Téhéran et pour demander sans cesse que Nuri al-Maliki fixe un calendrier de retrait des forces américaines ?

Nuri al-Maliki est assis entre deux chaises ! Membre du petit parti chiite Dawa, il ne doit son poste de premier ministre qu’à l’influence de Moqtada al-Sadr sur le Parlement irakien élu en Décembre 2005 et Georges W. Bush a beau le désigner comme " the right guy for Iraq ", il est peu probable que Nuri al-Maliki abandonne vraiment le soutien de ses alliés, même si Stephen Hadley, le conseiller à la sécurité de Georges W. Bush recommandait encore récemment, sans trop y croire, de faire pression sur Nuri al-Maliki pour qu’il sacrifie son alliance avec Moqtada al-Sadr, rompe avec ses conseillers du parti Dawa (dixit Stephen Hadley " un mouvement conspirationniste souterrain ") nomme un cabinet de technocrates, en quelque sorte un gouvernement laïque chiite, kurde et sunnite (l’Arabie Saoudite étant priée de faire pression sur les sunnites pour qu’ils acceptent), et s’engage résolument dans des actions allant à l’encontre des intérêts de la coalition chiite qui le soutient.

Une deuxième option proposée par Stephen Hadley consistait à faire à peu près tout le contraire en misant tout sur les chiites (Il se dit que le Département d’Etat, et Condoleezza Rice, conseilleraient à Georges W. Bush de reconnaître le fait majoritaire chiite). Dans cette option les Etats-Unis abandonneraient tout espoir de réconciliation nationale et choisiraient délibérément un camp, les chiites. Cette option " libérez les chiites " verrait les Etats-Unis soutenir une coalition chiite, incluant le parti SCIRI (Supreme Council for the Islamic Revolution in Iraq), tandis que ses milices armées, les brigades Badr formeraient le cœur d’une nouvelle armée irakienne placée sous le contrôle direct du premier ministre Nuri al-Maliki.

Le principal ennemi de George W. Bush n’est-il pas pourtant Abdulaziz al-Hakim, vrai chef des brigades Badr, la milice armée du parti chiite SCIRI qu’il dirige, le plus important parti chiite irakien et le plus pro-iranien de tous les partis chiites irakiens ? Les brigades Badr sont surtout connues pour les enlèvements de masse, les tortures et le " nettoyage ethnique " des sunnites des régions chiites voisines de Bagdad, et pour abriter sans doute en son sein nombre de membres des forces d’élite iraniennes dans la " préparation " d’attaques contre les forces américaines ! L’Administration Bush avait pourtant été frustrée par les efforts du précédent premier ministre, Ibrahim al-Jaafari, à porter al-Maliki au pouvoir (allié à Moqtada al-Sadr) alors qu’elle souhaitait y voir accéder Adel Abd’el-Mahdi, membre éminent du parti SCIRI.

Il y a quelques semaines à peine, Abdulaziz al-Hakim était reçu en grandes pompes à la Maison Blanche pour discuter avec Georges W. Bush de la " nouvelle " stratégie en Irak. Il se dit que Georges W. Bush, persuadé qu’il suffisait de demander au leader chiite de suivre Washington plutôt que Téhéran, aurait suggéré à Abdulaziz al-Hakim de soutenir Nuri al-Maliki pour se débarrasser de son concurrent chiite Moqtada al-Sadr ! Il est vrai que si Abdulaziz al-Hakim et Moqtada al-Sadr sont tous deux fermement soutenus par le régime chiite iranien, Moqtada al-Sadr est considéré comme le plus anti-américain des deux.

Le principal ennemi de George W. Bush n’est-il pas aussi la " résistance " sunnite et les massacreurs de chiites que l’Administration Bush s’acharne en vain à défaire depuis bientôt quatre ans en s’alliant avec les milices chiites et dont la " National Strategy for Victory in Iraq " du 30 Novembre 2005 suggérait qu’aucun accord ne pourrait jamais être conclu avec elle ? L’Ambassadeur Zalmay Khalilzad, en accord avec Georges W. Bush, engageait pourtant en Janvier 2006 des négociations avec une coalition affirmant représenter trois quart de ces mêmes forces sunnites (Army of Ansar al-Sunnah, 1920 Revolutionary Brigade et Islamic Army of Iraq) et ces négociations, jamais reconnues du côté américain mais confirmées par les comptes-rendus détaillés des négociateurs sunnites, avaient pour objectif la fin de la résistance en échange d’une reconnaissance des intérêts politiques sunnites, l’intégration des forces sunnites dans une " nouvelle " armée irakienne et leur soutien par l’armée américaine dans l’attaque des milices chiites pro-iraniennes, avec pour première cible la brigade Badr ! Après trois mois d’un semblant de flirt, Georges W. Bush aurait, dit-on, décidé d’abandonner sa stratégie sunnite et l’été dernier un " nouveau et décisif " plan de sécurité pour Bagdad était engagé, mobilisant 15.000 soldats américains supplémentaires, pour faire la traque non pas des milices chiites mais des insurgés sunnites de Bagdad !

Le principal ennemi de George W. Bush est-il bien Al Qaeda en Irak, George W. Bush ne cessant d’affirmer qu’elle est le vrai ennemi, que les Etats-Unis doivent la combattre en Irak pour ne pas avoir à le faire sur leur propre sol, et qu’un retrait américain d’Irak sans " victoire " lui abandonnerait un véritable " paradis terroriste "? Ce sont pourtant les principales organisations sunnites " anti-jihadistes " qui ont été au premier front d’une véritable guerre non déclarée contre Al Qaeda en Irak en rejetant et combattant les tentatives de domination et de prise de contrôle de Abou Moussab Al Zarkawi sur leurs propres forces tout en ayant à combattre dans le même temps les milices extrémistes chiites soutenues par l’armée américaine.

Aux dernières nouvelles, Georges W. Bush aurait décidé de choisir et de ne pas choisir entre ses ennemis pour renforcer sensiblement le " chaos constructif " qui lui a déjà permis " d’échouer avec succès " dans sa stratégie de lutte contre le terrorisme. Rejetant les recommandations de l’ " Iraq Study Group " qui préconise notamment un début de retrait majeur des troupes américaines d’Irak dès 2007 et l’ouverture de négociations avec l’Iran et la Syrie, Georges W. Bush devrait au contraire renforcer sensiblement le contingent américain en Irak pour engager à Bagdad un " big push "… avec Nuri al-Maliki et contre tout le monde (c'est à dire, si l’on doit en croire les déclarations du Premier Ministre Nuri al-Maliki lui-même, contre les groupes armés illégaux " quelles que soient leurs affiliations confessionnelles ou politiques "). Good luck, John Wayne ! En attendant, le " chaos constructif " risque de rapidement gagner Washington.





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