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Strategic-Road.com publie une
sélection
d'articles et textes sur l'Infostratégie
De la trace à la
traque
par Monique Sicard
chercheur CNRS au Centre de recherche sur les Arts et le Langage, Paris
Les Cahiers de médiologie
n°9 : "Less is more", Stratégies du moins
" Attention, vous
êtes tracé ! " : le texte, qui s’affiche à chaque mise en ligne, met
en garde les employés d’une grande banque contre un usage intempestif d’Internet
et du courrier électronique. " Seule la trace fait rêver ", disait
pourtant jadis René Char… L’efficacité conférée à la trace par les
technologies du multimédia signerait-elle son désenchantement ? Nous
obligerait-elles à basculer de la traçophilie vers la traçophobie ? Pour
comprendre ce que fait la trace, mieux vaut peut-être tourner autour d’elle,
comprendre ce qu’elle n’est pas et la saisir par ses limites. Si l’image,
est l’absence d’un objet auquel elle ressemble, la trace ne possède que peu
de points communs avec elle. Elle signe la réalité d’un crime auquel elle ne
ressemble guère.
Mais lecture immédiate
des événements, morceau de vie, elle entraîne son lecteur dans l’élan des
découvertes et des investigations (de investigatum : suivre les empreintes de
semelles de chaussures). Pour l’éthologue ou l’écologue, les traces
laissées sur le sol par un banal hérisson du désert ouvrent vers des
connaissances que ne permet pas une observation ponctuelle de l’animal. À la
mort de celui-ci l’écart s’accentue : l’animal n’abandonne jamais
derrière lui qu’un seul squelette, mais il lègue à la postérité une
multitude de traces. Elles offriront un accès indiciel et dynamique à son
histoire, à ses comportements (fuite ou attaque, adaptation aux conditions
extrêmes, aptitude à la navigation, à la communication, à la rencontre des
congénères…). La trace n’appelle pas la chose mais son mouvement. N’en
possède pas les nostalgies.
Elle échappe aux
nostalgies du fragment. Lui fait surgir la mémoire de l’objet brisé, d’un
passé disparu. Elle tire sa force des deux râteliers auxquels elle mange : à
la fois preuve d’un " cela a été ", mais aussi promesse d’avenir.
Plus légère que le fragment ou que l’empreinte obtenue par pression, elle
ouvre tout grand le champ des possibles. Produit simultanément des
télescopages du temps. Transportés en deçà des témoignages oraux, des
archives de papier et des temps de l’écriture, nous voilà contemporains de
cet enfant du néolithique qui a marqué de ses pas l’argile d’une grotte.
Ni tracé ni carte, la
trace est un avenir sans dessein, mais non sans effets. Eux bénéficient de
médiums intermédiaires : la main qui écrase le graphite du crayon, la machine
enregistreuse qui inscrit la secousse sismique, le battement d’un cœur ou l’intensité
de pentes topographiques. Ce n’est que dans le second temps d’une lecture
volontairement ou involontairement crédule, que le tracé ou la carte
fonctionnent comme traces. Comme si la chose même (le tremblement de terre, le
cœur ou la montagne) était seule responsable de leur genèse.
Car la trace, le plus
souvent, n’existe pas en soi. Ne se constitue que dans l’instant de ses
lectures : naïves ou expertes, individuelles ou collectives. Une réception
symbolique, partagée, transforme ainsi en traces l’inscription dans la pierre
ou les coulures issues des hallebardes de la Révolution un instant appuyées
contre le mur du couvent des Carmes. De ces ancrages ténus dans le territoire,
elle fait les fondements d’une histoire humaine.
En deçà des
graphosphères et des logosphères, il y eut la trace. Plus brute que le tracé,
plus ouverte que l’image, plus vive que l’empreinte, plus rapide que le
texte, plus légère que le support, plus riche que le banal indice, plus
prometteuse que le fragment, mais un peu de tout cela à la fois. Si ténue qu’elle
ouvre grand la porte aux hypothèses et aux suppositions. De cette fragilité
même, elle tient son efficacité.
Témoin d’un
déterminisme simple qu’elle prend à rebrousse-poil (une conséquence, un
mouvement), elle construit un dehors qu’elle invite à découvrir. Nous la
recevons à la fois comme un texte linéaire à décrypter, mais aussi comme une
simultanéité, un concentré d’événements qui n’occuperaient qu’une
page unique : celle d’un sol, d’un mur, ou d’une paroi rocheuse.
Du traceur à l’étiquette
Pour la science, une
bonne trace n’est pas celle qui génère le plus de divagations imaginaires,
mais celle qui renvoie strictement à son objet. En matière de géochimie, un
bon élément trace – ou traceur – est léger, ténu (il n’existe qu’à
l’état de trace), caractéristique, mobile et abondant. Certains sédiments,
certaines roches telles les argiles sont assimilables à des boîtes qui
auraient enfermé au moment de leur genèse des informations sous forme d’éléments
traces. Ces derniers jouent en retour le rôle d’indicateurs des températures
et des conditions du milieu qui régnaient alors. Ou bien encore, tels le
carbone 14, ils cessent de se former à la mort de l’individu qui les
contenait. En déterminer les teneurs qui décroissent avec le temps permet de
dater l’arbre à partir duquel fut fabriquée telle échelle, telle palissade,
il y a quelques milliers d’années, de donner un âge à ce squelette humain
qui fut jadis soigneusement porté en terre.
Artificiellement
introduits dans le sang ou les eaux souterraines, faiblement radioactifs, à
durée de vie brève ou longue, les traceurs permettent le marquage de la
consommation de sucre par le cerveau lors d’un acte de pensée, ou la
reconstitution de l’histoire longue des eaux circulant sous nos pas entre la
Meuse et la Manche.
Un bon traceur
épistémologique est donc une signature établissant des liens simples et
rigoureux avec la chose qui lui a donné naissance. Il partage la vie de ce
milieu qu’il marque et sur le comportement duquel il renseigne. L’étiquette
constitue l’aboutissement logique de ces traçages artificiels. À l’origine,
pieu fiché en terre, marquant les buts dans certains jeux d’équipe, elle
devient, aux environs de 1580, ce petit bout de papier, cet artefact fixé à l’objet
dont elle désigne la nature et le prix. Puis, sous Philippe le Bel, un
formulaire à remplir relatif à l’emploi du temps du duc et de sa cour. L’étiquette
est une éthique : une manière de se comporter en société.
De nos jours, l’étiquette
électronique émettrice se lit à distance. Moyennement quelque transition
satellitaire, les balises de positionnement Argos, GPS… rendent possibles les
tracés surprenants de fragments dérivant de la banquise arctique, ceux des
requins pèlerins voyageurs au long cours. Ceux, plus proches de nous, des taxis
urbains.
Le dernier avatar de
cette explosion des balises pourrait bien être le téléphone portable
indispensable à la survie dans la jungle des villes. Étiquette électronique,
il nous transforme en mobiles affrontant d’autres mobiles (le train, le RER ou
la voiture) ; rend compte de trajets dont nous ne soupçonnions ni les dessins
ni les ampleurs. Le chemin le plus court d’un point à un autre n’est
décidément plus la ligne droite. Bardés d’émetteurs, nous transmettons
régulièrement des informations sur nos positionnements individuels. Le "
Où es-tu ? " remplace le " Comment vas-tu ? " des vieux
combinés. Aide à toute balise et balise de détresse, le portable pallie les
angoisses de l’absence.
Pourtant, si l’étiquette
électronique permet les cartographies, elle ne garantit pas pour autant la vie
sauve. Les technologies de réception des signaux et de positionnements en tous
genres conduisent des pratiques que nul discours spéculatif n’aurait
soupçonnées. L’étiquette protège mais accroît les prises de risque,
narguant, d’une certaine manière, le principe de précaution. Pour le
meilleur et pour le pire, elle propose l’aventure, conduit à se lancer dans
de longues marches en direction des pôles, des traversées avalancheuses, des
balades en plein ouragan, des Atlantiques en solitaire ou des Vendée globe qui,
sans elle, n’existeraient pas. L’illusion d’un tout sécuritaire
technologique conduit à sous-estimer l’amoralité de la nature. Il ne nous
reste que les récits brillants de ceux qui, suspendus à un rocher ou
réfugiés dans un igloo de fortune, eurent la vie sauve grâce à leur
étiquette émettrice.
De l’étiquette à la
traçabilité
En quelques années, les
produits alimentaires sont devenus objets d’une potentielle traçabilité.
Initialement le mot désigne la mise en visibilité des origines et des trajets
de chaque composant d’un produit alimentaire. Il possède en réalité deux
facettes distinctes, la transparence exigeant une mise en mémoire préalable.
Le concept, né du désir d’obtenir des réponses " immédiates "
lorsque se manifeste la réalité d’un danger ou le simple pressentiment d’un
risque, s’étend maintenant à certains objets manufacturés. Depuis le
naufrage de l’Erika, on réclame même la " traçabilité des
responsabilités ". Elle est l’invisible rendu trace. Mais elle n’existe
que par des machines, des bases de données, des organisations institutionnelles
et des processus de légitimation qu’ignorait la simple trace. Elle requiert,
en outre, l’étiquetage des produits concernés : rien ne sert d’enregistrer
les données si la récolte de trèfle ou le lot de bovins ne sont pas
identifiés. Elle active alors en retour, toute une industrie de l’étiquette
: machines de codage-décryptage, lecteurs, imprimantes, scanners, terminaux
portables, etc.
La traçabilité est la
réponse électronique, rapide, aux grandes frousses d’une société
mondialisée dont les réseaux, devenus complexes, méconnaissent les
frontières. Elle doit répondre aux peurs ancestrales de l’épidémie et de
la contamination et doit ses récents succès au minuscule mais terrible prion
de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). Les angoisses nées du
franchissement de la barrière des espaces se doublent de celles nées du
franchissement de celle des espèces. Nous savons depuis les récentes
publications de Prusiner et Scott dans les Proceedings of the National Academy
of Sciences que le prion pathologique de l’ESB établit de la vache à l’homme
une redoutable continuité. La traçabilité, le désir de transparence qui la
soutient, ne fournissent une réponse au risque zéro qu’en s’appuyant sur l’argument
de matérialité. La " matério-vigilance " met en œuvre des
technologies neuves – et parce qu’elle les met en œuvre – ne veut pas
être confondue avec la brumeuse immatérialité des circulations sur les
réseaux. La traçabilité ne peut restaurer les confiances dissipées qu’en
affichant ses fondements solides, techniques ou institutionnels.
Le concept de
traçabilité est sous-tendu par la double utopie du " tout traçable
", par celle d’une efficacité absolue de la trace. Toute action
produirait toujours une trace. Celle-ci suffirait, chaque fois, immédiatement,
et sans erreur, à rendre compte de l’action qui lui a donné naissance. Outre
le fait que la traçabilité fait référence étymologiquement aux qualités
naturelles de la trace plus qu’aux artefacts du code, elle est sous-tendue par
l’utopie d’une non-déperdition de l’information.
La trace, qui tient à la
fois du fragment, de l’image, du tracé, de la carte et de l’empreinte sans
se superposer ni aux uns, ni aux autres, fonctionnerait alors comme si les
trajets des produits incriminés s’inscrivaient d’eux-mêmes, sans
médiation et sans médiateurs transformants, dans une double transparence :
celle de l’accès à la trace même, celle de l’accès aux événements par
l’intermédiaire de la trace. Il est difficile de dire, en paraphrasant René
Char, que la traçabilité fait rêver ; elle n’en constitue pas moins un
horizon utopique, l’espoir d’une clarté, d’une organisation nouvelle. Pas
de sécurité sans traçabilité, entend-on affirmer ici ou là.
Aujourd’hui réclamée
à cor et à cri tant par les consommateurs que par les acteurs des chaînes de
production-fabrication-distribution, la traçabilité témoigne des relations
ambiguës que nous entretenons avec la technique. Mélange de peur immaîtrisée
et de confiance immodérée.
Pour un agriculteur, la
traçabilité peut exiger la mise en mémoire de l’histoire de chacune des
parcelles de culture durant les cinq années précédant la vente des pommes de
terre ou des oignons. Cette histoire s’écrit en termes de fumures, d’épandages
d’engrais naturels ou chimiques… Sa rédaction obéit à des chartes
collectives dictées par chaque filière (sucre, maïs, etc.). Chaque récolte
possède ainsi une carte d’identité, aussitôt archivée dans des banques de
données et consultable durant toute sa durée de vie. Ces formulaires,
véritables emplois du temps des diverses parcelles d’une exploitation en
constituent l’étiquette : son éthique.
Tout acteur du marché,
qu’il ait produit, paré, lavé, trié, calibré un lot de betteraves ou de
poireaux, est ainsi tenu de procéder à son étiquetage et d’enrichir les
banques de données. L’étiquette affiche une propreté citoyenne.
Électronique, rendue interactive par l’utilisation de microprocesseurs, elle
est susceptible de se fixer à l’oreille des animaux : les chèvres et les
porcs sont dès lors " pucés ". Pour les ruminants, l’étiquette
prendrait la forme d’un bolu que son poids empêche d’échapper à la panse.
Chaque animal, transportant son propre fichier, devient ainsi matériellement
porteur de sa propre histoire. Accédant au statut d’être communicant, il
endosse la responsabilité d’une sécurité sociale : dans le vocabulaire
journalistique, la " traçabilité des bovins " tend à remplacer la
" traçabilité de la viande de bœuf ". La transparence – qui n’est
pas moins qu’un rien – entraînera sans doute d’importants bouleversements
dans nos relations avec le monde agricole, les terroirs et les paysages qui leur
sont associés. Valeur nouvelle et consensuelle, réponse à toutes les peurs d’apocalypse,
elle n’existe que par les outils informatiques et leurs bases de données.
Nous passons d’une culture de la production à une culture de la distribution.
Si la trace se lit d’amont
en aval, dans le sens même de l’écriture du récit, la traçabilité conduit
à remonter de la consommation vers la production. Trace électronique, elle
construit le passé en fonction du présent, restitue l’amont de l’histoire
à partir d’un point final situé en aval. Répondant au sentiment qu’un
même événement est le fruit de causalités multiples et complexes, elle s’oppose
aux déterminismes simples qui alimentaient la lecture de la trace. Interroge
les " comment ", non les " pourquoi ". Ce n’est qu’après
la restitution de l’histoire d’un objet – une huître avariée, un pot de
rillette porteur de Listeria monocytogènes – qu’elle confère un sens
déterministe à des événements qui n’en avaient pas au moment où ils se
sont produits.
La traçabilité s’éloigne
de la trace. Elle n’est pas en réalité le résultat d’une nature qui parle
d’elle-même, mais l’affichage synoptique et panoptique des trajets
effectués par des animaux ou des végétaux devenus frites, gelées, mousses ou
petits pots, dont elle permet la surveillance. Elle est un système d’alerte ;
au sens étymologique (de l’italien all’erta), elle nous place sur des
hauteurs escarpées. La trace crée un dehors. La traçabilité effectue le tri
dans un monde sans dehors : celui d’Internet et des réseaux mondiaux. Elle
installe une frontière entre ceux qui seraient dignes de confiance et les
autres – responsables de la transformation des steaks ou de la mousse de
canard en bombes à retardement. Installe un mur entre la pêche et l’élevage,
le produit du terroir et celui d’une mise en batterie délocalisée. Le dehors
qu’elle crée n’est plus d’aventure mais d’exclusion. En proposant des
choix cependant, elle porte l’espoir d’une maîtrise de technologies dont la
complexité et l’opacité apparaissent souvent écrasantes.
De la traçabilité à la
traque
Paradoxalement, l’efficacité
de la petite étiquette tient non seulement à la transparence, qu’elle
propose, mais aussi à son opacité. Les codes d’étiquetage usent de lettres,
de chiffres, de clés…, qui posent des bornes à la transparence et la lecture
d’un code-barre relève d’une technologie dont ne dispose pas le simple
citoyen. Rendue infalsifiable, indécodable, l’étiquette se retourne parfois
contre ses propres utilisateurs.
Point n’est besoin d’être
un prisonnier libéré sous caution pour bénéficier d’un bracelet
électronique. La simple utilisation des ordinateurs personnels facilite le
pistage et le criblage. Bien mieux que des chariots de supermarché, ils
enregistrent des informations sur les trajets suivis par les internautes, les
rayons devant lesquels ils s’arrêtent et ,surtout, déterminent ceux devant
lesquels ils sont susceptibles de s’arrêter. Les bases de données ne sont
pas seulement identitaires, mais comportementales.
La situation s’inverse
: ce n’est plus l’homme qui étiquette des marchandises mais l’étiquetage
électronique qui fait de l’homme une marchandise. Nous sommes classés,
étiquetés, rangés sur des étagères, regroupés dans des paniers de
supermarché. Tracés, profilés, ciblés, bientôt peut-être même pucés. L’internaute
dégringole des hauteurs escarpées sur lesquelles l’avait installé l’esprit
d’alerte. La culture de la distribution est aussi celle de la distribution
humaine.
Toute application
informatique peut en effet conserver la mémoire de ce qu’elle est en train de
faire dans un fichier. En précisant en outre l’heure et la date, elle
transforme l’action en événement, produit les segments d’une indiscrète
biographie. Nous utilisons les outils numériques comme s’ils n’impliquaient
que la seule mécanique réversible de Newton, méconnaissant l’irréversibilité
de leur mémoire. Pourtant, toute action conduite sur Internet peut être
tracée (donner lieu à une trace) ; toute participation aux chats, newsgroups,
utilisation de messageries… Les modalités du traçage sont nombreuses. Ainsi,
les derniers ordinateurs d’Intel sont conçus pour laisser des traces là où
ils passent : les nouveaux microprocesseurs Pentium III disposent d’une puce
permettant leur identification à distance lors des connexions à Internet. Le
moins efficace des mouchards n’est pas le cookie abandonné sur le disque dur
de nos ordinateurs personnels. Son doux nom de gâteau sec fait resurgir nos
rêves d’enfance à l’époque où la traçabilité, qui ne portait pas
encore son nom, faisait encore rêver. " Et si toutes les marques de mes
semelles dans tous les endroits où je suis allé apparaissaient soudain
visibles et colorées ? Et si l’histoire de mes pas était ainsi rendue
lisible ? " Il semblait inévitable alors que la trace ordonnerait les
actions à venir.
Les propositions
technologiques contemporaines mettent en défaut les imaginations les plus vives
: comment penser que notre histoire personnelle serait un jour rendue lisible
aux profileurs à notre insu et sans que nous puissions nous-même y jeter un
coup d’œil ? " Il n’y a pas d’anonymat sur Internet ", rappelle
le site de la Commission nationale informatique et liberté. " Pas plus que
dans le monde réel où personne ne s’offusque d’utiliser des voitures
munies de plaques d’immatriculation ", ajoutent aussitôt ses auteurs.
" Elles aussi permettent d’établir le lien entre une adresse, une
identité et une action et l’adresse électronique de l’internaute n’ouvre
pas théoriquement la voie à la connaissance de son identité… sauf
évidemment pour l’entreprise assurant l’accès au réseau mondial. "
Ainsi, la traçabilité
des humains ne procurerait des ennuis qu’aux innocents et aux enfants qui
croient encore à l’anonymat des courriers, à l’inconséquence des
interactions machiniques. Pour les autres, il serait toujours possible de mentir
sur les adresses, de surveiller la personne à laquelle est prêté un
ordinateur personnel, d’utiliser des codes secrets pour les lettres aux amis
ou d’effectuer régulièrement des reconfigurations d’accès à Internet. Ce
serait le premier prix à payer pour contrôler ou effacer les traces
abandonnées. Le second pourrait bien être l’abandon d’un devoir de
mémoire au profit d’un éloge de l’oubli.
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Reproduit avec l’aimable
autorisation de Monique
Sicard, chercheur CNRS au Centre de recherche sur les Arts et le Langage, Paris
- Collaboratrice aux Cahiers de Médiologie - Dernier ouvrage paru : La fabrique
du regard, Odile Jacob 1998.
Monique.sicard@wanadoo.fr
Ce texte, comme tous ceux
des cahiers de médiologie est également disponible sur
http://www.mediologie.com
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