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Strategic-Road.com publie une
sélection
d'articles et textes sur l'Infostratégie
Irak : guerre
mondiale de l’information, acte II
par François-Bernard
Huyghe,
médiologue,
enseigne au Celsa ainsi qu’à l’École de Guerre Économique
12/2002
Guerre de
l’information (alias infoguerre, information warfare, infowar, hyperwar
suivant les jargons, sans compter les netwar, et autres cyberwar) :
le sens n’est pas facile à fixer
Ce
mot-valise peut désigner les farces d’un pirate informatique ou des projets
géostratégiques à l’horizon 2025, un délit économique assisté par
ordinateur ou un reportage truqué. Nous nous restreindrons ici au sens
militaire. L’infoguerre est alors l’usage stratégique de données,
messages, symboles ou images en association avec des moyens de tuerie
collective. Que ces derniers soient effectivement utilisés ou virtuellement
envisagés.
La guerre
de l’information entendue comme emploi de la ruse, du mensonge, du spectacle,
de la désinformation, de l’apparence, du secret et de l’intelligence sont
aussi vieux que le conflit. Cinq siècles peut-être avant notre ère, le
stratège chinois Sun Tse l’avait compris avec son « art de vaincre sans
combattre ». Parallèlement, en Grèce, Xénophon concevait une « diathétique »,
dont, suivant Lawrence d’Arabie « notre propagande n’est qu’un vil
avatar ». Les principes sont bien évidemment anciens. Ce qui bouleverse
tout, c’est leur rencontre avec les innovations technologiques et les
évolutions idéologiques. Certes, la guerre de 14-18 ou la Guerre Froide
mobilisaient autant de moyens de communication de masses que d’armes de
destruction massive. Mais l’ère de l’information introduit un saut
qualitatif qui inverse le rapport violence-information.
Cette
infoguerre moderne, désignée et théorisée comme telle naît dans les
dernières années du XX° siècle. Parmi les éléments qui peuvent expliquer
pareille invention ou prise de conscience, les Nouvelles Technologies de l’Information
et de la Communication, plu toute la littérature futurologique ou utopique sur
la société du savoir. Mais il faut compter avec d’autres facteurs, non
limitatifs ;
- L’assomption de l’hyperpuissance
américaine pour ne pas dire la monopuissance
- la mondialisation des
technologies et des opinions,
- le traumatisme de la
guerre du Vietnam perdue, pensent les militaires, sur le front médiatique,
- les valeurs
« douces » ou post-modernes qui justifieront suivant le cas le
droit d’ingérence ou l’impératif du « zéro mort »…
Diriger,
savoir, faire-croire
Entre la
guerre du Golfe et celle du Kosovo, nous nous étions plus ou moins habitués à
l’idée que les guerres tendaient à devenir des « guerres de l’information ».
Du moins celles que menaient les riches et les puissants, Elles supposaient au
moins trois de leurs composantes, qui s’enchevêtraient, et semblaient autant
de raisons de croire à l’invincibilité des forces high-tech,
donc des États-Unis:
- La façon de mieux
appliquer ces forces ou la coordination des armes par l’information.
Frappes
plus précises et à plus longue distance, puces électroniques
partout, communications instantanées, forces en réseau, opérations
par écrans interposés, voire demain par satellite. Toute cette
science-fiction garantissait que le fort serait encore plus fort. Son
adversaire, le faible, l’archaïque, le criminel se verrait
condamné à une raclée électronique sans pouvoir répondre.
- Le monopole cognitif.
On passe de la direction des armes par des systèmes d’information au
remplacement de la violence physique par la dominance informationnelle
Dans
cette guerre du voir et du savoir, la représentation exacte de la
réalité dont jouit le fort à travers ses moyens de surveillance et
d’interception appelle la capacité d’en priver l’adversaire et
de pervertir ses propres moyens de transmission. Cela équivaut à le
rendre aveugle, aphasique et aboulique. Ce contraste
connaissance-chaos ou performance-entropie pourrait même garantir une
victoire sans combat ni effusion de sang, pensaient les plus
optimistes. Quelques psyops, quelques virus, une belle
cyberattaque, des électrons ravageurs, des images vidéo truquées et
voilà l’adversaire à genoux. Autre avantage : le couple
suprématie informationnelle, plus destructivité informationnelle
permettrait une dissuasion anticipée : l’adversaire pourrait
être « sidéré » et paralysé avant d’avoir eu le
temps de s’organiser et de commencer à exécuter ses plans.
- Les armes de l’illusion
et l’illusion des armes : c’est l’art de faire voir et de faire
croire.
Cette
troisième guerre, qui est largement celle des médias, consistait à
produire une justification éthique (criminalisation de l’adversaire,
guerre pour sauver des victimes ou éviter des catastrophes
humanitaires) plus une illusion optique. Grâce à cette dernière,
donc par le conrôle du flux d’information, le public ne voit
notament que les « bons morts ». Ce sont ceux dont il est
licite d’avoir pitié, pas ceux que nous inflige l’ennemi (à
supposer que l’on ne parvienne pas à la guerre « zéro
mort »), Ce ne sont pas non plus ceux que l’on fait ou
alors, il s’agissait d’un dommage collatéral, sorte d’incident
technique. La violence, ainsi « formatée » suivant
les critères de la compassion cathodique devient abstraite, lointaine…
Qu’il s’agisse de relativiser, voire d’occulter, les nouvelles
et images insupportables pour notre sensibilité ou de produire un
spectacle guerrier « clean », la distraction de masses
remplace la destruction de masses. La puissance des images et des
signes se substitue à celle des armes et des forces.
Les
esprits critiques avaient bien des objections à opposer au schéma idéal que
nous venons de résumer.
La guerre
du Golfe a aussi été gagnée par de vieux bombardiers qui lançaient des
grosses bombes sur des gens assez sots pour se masser dans le désert, là où
ils formaient des cibles idéales.
Le ratage
de la Somalie a montré que les armées modernes étaient aussi capables de se
ridiculiser par un débarquement théâtral, que de se laisser chasser après
une bavure amplifiée par les images télévisées, comme à Mogadiscio.
Les
experts suggéraient que des chars gonflables et autres leurres habiles
limitaient l’efficacité des frappes aériennes.
On
pouvait se demander si une cyberguerre ou une infoguerre auraient beaucoup d’effet
dans des pays où la télévision est rare et l’ordinateur presque inexistant.
Dans tous
les cas, une fraction au moins du public commençait à douter des frappes
chirurgicales, des images de combats soigneusement cosmétisées par les spin
doctors (l’équivalent martial des concepterus en publicité), des
massacres qui tombent à pic et des révélations opportunes.
Les
optimistes pouvaient toujours répliquer que les choses n’étaient pas encore
au point, mais qu’après tout les techniques allaient s’améliorer (en
jargon stratégique : la Révolution dans les Affaires Militaires était en
marche).
Des
guerres imperdables à la guerre sans victoire
Du Golfe
au Kosovo, en passant par la Somalie, le modèle de la guerre du futur se
dessinait donc. Ses caractéristiques s’opposaient à celles des conflits de
la guerre froide :
- La guerre était
limitée, territorialement, dans le temps, dans ses objectifs (détrôner
quelque purificateur ethnique, mettre fin à un massacre archaïque…).
Elle était surtout limitée pour autant que le fort la déclenchait quand
il voulait et y mettait fin à sa guise : c’étaient après tout des
guerres imperdables. L’Occident en gérerait donc aussi les règles et le
rythme que le spectacle.
- Le conflit aurait lieu
à la périphérie, dans les zones instables où n’ont pénétré ni les
principes du libre marché, ni l’État de droit. Progressivement, ces
zones devaient reculer ; telle est à peu près la philosophie de la
politique d’enlargment de l’ère Clinton. L’expansion apaisante
de la libre communication devait y contribuer.
- La guerre serait soft
dans le double sens du terme : « douce » puisque la moins
sanglante possible (et en tout cas, toujours destinée à éviter des
massacres pires encore), mais aussi soft, comme l’est le software
opposé au hardware : intelligente et sûre comme un logiciel
- Il n’y aurait plus d’ennemi,
mais des criminels ou des fauteurs de trouble. Plutôt des individus que des
nations, car, dans cette affaire, les peuples étaient égarés par leurs
tyrans. Du coup, on ne faisait pas la guerre aux Irakiens ou aux Serbes,
mais à leurs oppresseurs. Et surtout, on la menait au nom des
victimes : Koweitiens, Somaliens mourant de faim, réfugiés Kosovars.
- Le principe de
dissuasion restait valable, même si ce n’était plus au sens de la guerre
froide et de la destruction mutuelle assurée, mais il s’agissait toujours
de faire céder la volonté d’un acteur politique (Saddam, Milosevic) par
la menace de lui infliger un dommage pire encore jusqu’à ce qu’il
cède.
- La technologie
informationnelle garantissait la supériorité stratégique et visait à
long terme à la prévention du conflit par l’anticipation et la
surveillance. Plus les technologies de contrôle seraient développées,
meilleures les possibilités d’anticipation des menaces.
- La guerre des
représentations était a priori gagnée, puisque les médias occidentaux
contrôlaient le flux des images. Sur ce terrain-là, les ennemis de la
société de l’information étaient forcément battus. Certes un dictateur
pouvait manipuler les médias nationaux. Comme le montrait le cas de la
télévision serbe, ils n’étaient pas forcément stupides. Ils savaient
aussi jouer de la puissance des images : mise en scène des bavures de
l’Otan, concerts rock avec des cibles sur la poitrine, le tout dans une
pure logique spectaculaire et victimaire. Mais cela n’avait qu’une
importance relative : personne ne les croyait à l’Ouest. Leurs
messages étaient présentés comme pure propagande, tandis que l’effet
dévastateur des télévisions par satellite et d’Internet déstabilisait
les dictatures. Même asymétrie dans le domaine des systèmes d’information :
le fort pouvait aisément perturber les communications adverses. Il ne
craignait guère rétorsion. Il suffirait de prendre quelques précautions
minimales : protéger ses infrastructures vitales du cyberterrorisme,
par exemple, simple question de technique et de vigilance.
Le
principe perturbation
Le
schéma qui précède comporte d’aveuglantes naïvetés. Mais avant même qu’il
ait été sérieusement vérifié, en un peu plus d’un an (11 septembre,
Afghanistan, menace sur l’Irak), il faut le réviser
- a) La guerre n’a
plus de limites. Il ne s’agit plus de mettre fin à un trouble actuel
contre le nouvel ordre mondial (une invasion, une tentative de génocide, un
désordre), mais d’éliminer un danger potentiel, invisible, donc toujours
susceptible de renaître.
L’Occident
découvre
- qu’il est
vulnérable partout puisque l’ennemi terroriste choisit ses cibles
symboliques là où il veut : ici une église, là une boîte de
nuit, un jour des tours, un autre des navires.
- qu’il faut se
battre sur deux fronts. La lutte se mène contre lesdits réseaux
terroristes, par définition mondialisés, invisibles, qui peuvent se
reformer à peine écrasés, mais aussi contre les seuls territoires
auxquels on puisse les rattacher : des bases arrières
(Afghanistan) et l’Axe du Mal.
L’Axe
du Mal introduit une autre notion : celle d’États ennemis
parce que dangereux (et non dangereux parce qu’ennemi). Dangereux,
ils ne le sont guère par leurs projets actuels d’agression :
si tel était le cas, nous retomberions dans le schéma classique de
la guerre préventive : je te frappe au moment où tu t’apprêtes
à me frapper). Ils représentent une menace de par leur capacité
théorique d’acquérir des armes de destruction massive mais aussi
en raison de leurs intentions suspectes : ils seraient moralement
capables de fournir ces armes à des terroristes.
De
tels États qui haïssent les Etats-Unis et leurs valeurs, à en
croire la nouvelle doctrine formulée par George W. Bush, auraient
donc au moins virtuellement l’arme du crime et l’intention morale,
même sans commencement d’exécution.
Du
coup, les Etats-Unis se préparent à une guerre longue. Car les armes
de destruction massive, nucléaires, biologiques, chimiques sont d’abord
affaire de technologie. Et comment empêcher la
« recette » d’en circuler dans un monde de réseaux où
- on s’en est assez félicité- nul ne peut plus monopoliser
longtemps un savoir ni empêcher un message de circuler ? Quant
à l’intention hostile, cet animal est difficile à chasser.
Conséquences
en termes de guerre de l’information ? L’intelligence
stratégique doit jouer au chat avec une horde de souris malignes, qui
se cachent, se déplacent, multiplient les leurres.. Tel Jerry dans le
dessin animé, elles frappent souvent le chat par surprise et avec ses
propres armes (la technologie et les médias). Ce n’est plus le
schéma de la guerre froide ou de la guerre humanitaire.
En
termes de guerre des médias -ou de la croyance - il faut passer du
problème de la qualification (l’équation « Saddam ou
Milosevic = Hitler » s’appuyait sur l’interprétation de
faits connus de tous) à celui de la preuve. Désormais, il s’agit
de démontrer que l’ennemi pourrait dissimuler des armes de
destruction massive et pourrait menacer le monde. Ce passage de la
rhétorique judiciaire à la délibérative, comme
aurait dit Aristote, s’appuie souvent sur des éléments matériels
flous. Une photo aérienne d’un bâtiment qui pourrait être une
nouvelle cafétéria n’est pas très parlante. Jusqu’à présent,
les militants anti-mondialisation ont été plutôt brillants lorsqu’il
s’agissait de réveiller la crainte des périls cachés (risque
écologique, O.G.M., épidémies) Nos sociétés du risque obsédées
par le principe de précaution et les conséquences imprévisibles de
la technoscience y étaient réceptives. Que vaudront à ce jeu les
militaires. ?
- b) Conséquence de a :
il n’y a plus de front, de centre ou de périphérie.
Il
ne subsiste plus que le concert des nations « civilisées »
- la zone d’équilibre des puissances où le conflit est forcément
limité voire prohibé - et des zones grises. Là, désordres et
violence peuvent se déployer. Le conflit est partout et sans limites,
même potentielles.
- c) Qui croit encore à
une guerre propre, brève, cathodiquement correcte, à zéro mort ?
Le
public, en particulier américain, est-il prêt à supporter des images
de boys dans des « body bags » ou celles de troupes
au sol « nettoyant » des villes irakiennes ? Jusqu’où
la crainte de paraître « unamerican »
retiendra-t-elle les médias dans l’exhibition et la critique de
dommages qui ne seront plus très collatéraux ? Qu’est-ce qui
est devenu tolérable, en termes de pertes ou d’horreur ? Combien
de citoyens sont prêts à accepter une guerre dont selon le mot de
Rumsfeld, ils ne verront peut-être pas la fin de leur vivant ?
Réponse dans quelques semaines !
- d) La rhétorique
« victimaire » ne fonctionne plus de la même façon.
Et
ceci pour au moins deux raisons. Dans le conflit israélo-palestinien,
la « compétition victimaire » a joué : rivalité
entre Israéliens et Palestiniens pour justifier leur violence comme
conséquence de la persécution qu’ils subissaient et des horreurs
dont ils étaient victimes.
Et
le 11 septembre, comme le note le philosophe Eric Gans « De la
même façon que l’Holocauste a inauguré l’ère postmoderne en
faisant du ressentiment victimaire le critère prééminent du
changement politique, le 11 septembre y a mis fin en montrant les
horreurs que peut produire ce ressentiment’ . Qu’il était beau le
temps où l’on ne tuait d’ennemis que pour protéger des enfants
somaliens ou des réfugiés albanais ! Voici renaître la notion
d’ennemi absolu et unique. Elle est réintroduite à travers la
bizarre notion de « guerre au terrorisme ».
- e) Dans la nouvelle
doctrine américaine, il n’est plus question de dissuasion mais de
« préemption » donc d’une première frappe contre des pays
qui, sans se préparer nécessairement à une attaque imminente, répondent
à la définition donnée plus haut.
Tout
a été dit sur ce sujet :
la
légalité douteuse de cette politique au regard de l’article 51 de
la Charte des Nations Unies (sur la légitime défense),
la
fin de la distinction entre la guerre et la paix,
le
risque d’erreurs et de bavures,
l’effet
« boîte de Pandore » qui peut susciter des imitateurs,
et
même les paradoxes éthiques qui rappellent ceux du film de Spielberg
Minority Report. Rappelons que dans ce film, la police avec l’aide
de « prescients » qui ont une vision des crimes en
préparation, peut intervenir avant le moindre commencement d’exécution
et enfermer des criminels. Leur seul crime est d’avoir été prévus
criminels.
Là
encore, en termes de guerre de l’information, pareille stratégie
suppose une société de contrôle planétaire : la préemption
requiert une intelligence totale « panoptique » et sans
faille, plus la capacité de fournir des preuves convaincantes et
avouables à l’opinion et aux alliés. Ce qui nous amène au point
suivant.
- f) Les technologies de
surveillance U.S., en dépit de leur sophistication et de leur coût
pharaonique n’ont pas empêché le 11 Septembre. Pourquoi feraient-elles
mieux demain ?
Depuis
la « communauté de l’intelligence » américaine est
embarrassée par l’affaire de la « prior knowledge »,
c’est-à-dire de l’accumulation des indices dont elle disposait et
qui auraient dû l’alerter. L’accumulation de données et d’outils
technologiques ne garantit ni connaissance véritable, ni réaction à
temps, ni capacité de discriminer entre signaux faibles et signaux
trompeurs (en témoigne la multiplication des fausses alertes)…
Elle
confère moins encore de capacité d’anticipation. Certes, les
fautifs ont promis de s’amender : on fera appel à « l’intelligence
humaine », on se coordonnera, on ne fera plus confiance
exclusivement à la technologie, etc. Mais qui peut croire qu’il n’y
aura ni erreur d’appréciation, ni imprécision dans la
sanction ? Rappelons que toute technologie de surveillance
électronique souffre de deux défauts intrinsèques :
-
- Elle tend
souvent à ne réagir qu’à des signaux eux-mêmes high tech
(il lui est plus facile d’intercepter les communications par
satellite qu’un pigeon voyageur).
- Elle vaut ce que
vaut le maillon le plus faible de la chaîne de surveillance ou le
leurre le plus simple qui suffise à la tromper. Pour ses critiques,
la total information awareness, qui permettrait par croisement
de données de repérer tous les comportements suspects et tous les
terroristes potentiels évoque Big Brother. Elle risque aussi de faire
penser à Gaston Lagaffe et à ses gadgets qui se déclenchent au
mauvais moment.
g) Les cassettes du
« grand communicateur » Ben Laden et le phénomène Al Jazeera l’ont
confirmé : le faible peut s’emparer des moyens de transmission du fort
pour faire passer son message.
Les
Occidentaux qui s’étaient félicités qu’aucun pays ne puisse
désormais se fermer aux ondes cathodiques venues d’ailleurs ou qu’Internet
permette à chacun de s’exprimer sans censure, jouent ici le rôle
de l’arroseur arrosé. Mais quand bien même on dispose du contrôle
des flux d’images et de nouvelles, on ne contrôle pas pour autant
les mystères de la réception. Combien de millions de gens croient
que le 11 Septembre est un coup du Mossad ou l’attentat de Bali une
manipulation de la CIA ? Quelle efficacité auront les actions de
propagande U.S. à destination du monde musulman ?
La
guerre des informations et des images dépend de la guerre du code.
Celle-ci détermine en fonction de quelle grille sont interprétées
lesdites informations, et ce qui est tenu pour crédible. Et cette
guerre-là ne se gagne pas en créant des officines (comme le fameux Office
of Strategic Influence, Bureau d’Influence Stratégique
supprimé pour avoir naïvement laissé savoir qu’il aurait
peut-être à mentir aux alliés des Américains). Elle ne se gagne
pas davantage par des images « sympa » de l’Amérique,
fussent-elles produites par Hollywood.
CONCLUSION
Vis-à-vis
de l’adversaire terroriste, les armes de l’infoguerre, (réelle ou telle que
la rêvaient les techniciens, sont inadaptées. Et d’ailleurs le terrorisme,
qui se veut théorie de la propagande par le fait, pratique efficace des actes
symboliques, ou art de faire savoir et de provoquer, est lui-même une forme
élaborée de guerre de l’information. Les méthodes psychologiques censées
« gagner les cœurs les esprits » ou les finesses du
« management de la perception » ne peuvent sans doute pas grand
chose contre des gens qui on une foi et une raison de mourir.
Face aux
États de l’Axe du Mal, nous pourrions bientôt, hélas, juger de ce que
valent les techniques de sidération, d’aveuglement de division, de propagande
déstabilisatrice appliquées à l’Irak. Ou d’en comparer l’efficacité à
celle des gros bataillons. Nous ne parions pas forcément sur les premières.
Restent
deux « cibles » l’opinion du monde musulman et la nôtre.
Répéter à la première le mantra « Nous combattons l’islamisme, pas l’Islam »
et à la seconde qu’il faut éviter le pire reste une politique relativement
bornée. Une grande stratégie d’influence encore à inventer devrait
commencer par se libérer de l’illusion angélique et technicienne pour rendre
justice aux cultures.
F.B. H. infostrategique@paris.com
Docteur
d'État en Sciences Politiques et habilité à diriger des recherches en
Sciences de l'Information et de la Communication, François-Bernard Huyghe
enseigne la sociologie des médias au Celsa et à l’École de Guerre
Économique. Dernières publications : en 2001 de L’ennemi à l’ère
numérique, Chaos, Information, Domination aux P.U.F. et la direction d’un
numéro de Panoramiques : L’information c’est la guerre. En 2002
: co-direction numéro 13 des Cahiers de médiologie La scène terroriste,
et un livre électronique : Ecran/ennemi, terrorismes et guerres de l’information,
éditions 00h00.com. Il dirige l’Observatoire d’Infostratégie
Quelques
liens utiles :
Panoramiques :
L’information c’est la guerre www.editions.corlet.fr/panoramiques
Cahiers de
médiologie n° 13 La
scène terroriste
http://www.mediologie.com
L’ennemi à l’ère
numérique, Chaos, Information, Domination
aux P.U.F., 2001 http://puf.ornis.fr/livres/22417503a.html
Ecran/ennemi,
terrorismes et guerres de l’information,
Éd. 00h00, 2002
http://www.00h00.com/direct.cfm?titre=3508020801
http://www.strategic-road.com/pays/strategicpubs.htm
Voir aussi :
http://www.watsoninstitute.org/infopeace
http://www.ege.eslsca.fr
http://www.stratego.tv
http://www.infoguerre.com
http://www.infowar.com
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