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Strategic-Road.com publie une
sélection
d'articles et textes sur l'Infostratégie
Armes de
manipulation massive
Un petit guide pour la
future guerre
par François-Bernard
Huyghe,
médiologue,
enseigne au Celsa ainsi qu’à l’École de Guerre Économique
01/2003
En 1991,
nous découvrions, un peu tard, que la guerre du Golfe, filmée en live par
CNN était une guerre des bonnes images (pas de morts irakiens ni de dommages
collatéraux visibles mais une sorte de jeu vidéo) C’était aussi une guerre
de rumeurs et bobards. Rappelez-vous : les couveuses débranchées de
Koweït City, l’armée irakienne que l’on disait la quatrième du
monde, la marée noire que provoquerait Saddam, ses canons qui tiraient des
obus chimiques à des centaines de kilomètres…
En 2003,
si le conflit avec l’Irak doit éclater, serons-nous victimes des mêmes armes
de manipulation massive ?
La
question est d’autant plus cruciale pour les Etats-Unis que
- L’idée que l’Irak
possède d’éventuelles armes de destruction massive est moins terrifiante
que les images du Koweït réellement envahi en 1990. L’opinion hésite.
- L’antiaméricanisme
s’est t accru depuis le 11 septembre
- Une vraisemblable
guerre au sol (sans l’équivalent irakien de l’Alliance du Nord) exclut
le « zéro mort ». Les dommages cathodiques collatéraux sont
inévitables
Cette
fois, la partie se joue en plusieurs manches :
- Une bataille des
idées à Washington : les néo-conservateurs, relayés par des think
tanks, par un soutien médiatique et par des réseaux politiques ou
religieux plaident - et ceci bien avant le 11 Septembre - pour l’offensive
contre Saddam. Il sy voient le prélude à des changements de régime dans
la région. Ils se mobilisent moins contre les démocrates ou les pacifistes
que contre les pragmatiques de type Powell qui refusent une telle croisade.
Scénarios concurrents anticipant la guerre ou l’après-Saddam,
révélations à la presse, bruits : autant de symptômes de ce conflit
sur les objectifs de la guerre. Quant à l’opinion U.S., les grands
médias s’en chargent, mais aussi des organisations de lobbying et d’influence
tel le Comitee for the Liberation of Irak ou des agences de Relations
Publiques comme Benador.
- La reconquête des
alliés et du monde arabe. Cafouillage en Mars (Rumsfeld a du fermer un
Office of Strategic Intelligence dont la presse révélait qu’il était
censé désinformer même les alliés). Premiers essais de la publicitaire
Charlotte Beers de vendre oncle Sam comme elle avait vendu Uncle Bens,
Maintenant, les choses s’organisent. Le lancement officiel par G.W. Bush
le 21 Janvier dernier de l’Office of Global Communication n’est qu’un
début. Le pays qui a fait aimer au monde Hollywood et Madison Avenue s’apprête
à vendre sa propre image et ses valeurs, y compris aux musulmans. Ce
pourrait être plus grande campagne d’influence de tous les temps.
- Le « pistolet
fumant » : quelle preuve de la collusion entre Saddam et le
terrorisme ou du danger de ses armes de destruction massive ? Il y a
déjà eu les rencontres supposées d’un Kamikaze du 11 septembre avec les
services irakiens, les révélations de la maîtresse de Saddam, la filière
des tubes d’uranium, des mystérieuses photos satellites et des
« rapports accablants ». Et demain : les confessions d’un
savant irakien exfiltré, un incident dans la zone de non-survol, un stock
de produits chimiques dans le sable ?
- Les opérations
anti-Saddam. Elles ont déjà commencé : mails aux membres de l’appareil
irakien, tracts, émissions radio. Demain, les militaires recourront à la
panoplie des opérations psychologiques et de la guerre de l’information (Rumsfeld
en est un chaud partisan) : destruction des moyens de communication
adverses, intoxication, fausses émissions pour démoraliser la population,
profilage psychologique du leader irakien et de son entourage pour provoquer
déstabilisation divisons. Sans oublier les rumeurs de trahison et de
départ de Saddam. Autre image à jouer : les Irakiens résistants comme
ceux du Congrès National Irakien, coachés par une firme de relations
publiques, Rendon. Ils suivent l’exemple des Koweitiens qui, lors de la
première guerre du Golfe, avaient chargé Hill et Knowlton de
« vendre » leur cause, à grand renfort de crimes de guerre
opportunément révélés.
- La gestion de la
guerre elle-même. Ici, il faut s’en tenir aux spéculations. Quelle
perception en aurons-nous à travers les écrans de CNN, MSBC ou Fox News,
mais aussi Al Jazeera qui va émettre en anglais ? Quels récits d’atrocités,
quels dommages collatéraux, quels repentis, quels boucliers humains,
quelles bases secrètes, quelles découvertes sur les plans de Saddam,
quelles preuves « rétroactives » ? Il faudra comparer aux
médiamensonges du passé et personne ne pourra plaider la surprise.
- Le facteur de
perturbation. Ce facteur inconnu qui troublerait tous ces plans, pourrait
être une rumeur, notamment sur Internet (des centaines de milliers de gens
se sont bien persuadés qu’aucun avion ne s’est écrasé sur le
Pentagone). Ce pourrait être une action du grand communicateur Ben Laden.
Ce serait surtout un effet pervers dans un monde que l’on croit voué au
contrôle par la communication.
François-Bernard
HUYGHE Observatoire d’Infostratégie
infostrategique@paris.com
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