L'Observatoire Européen d'Infostratégie

par François-Bernard Huyghe

infostrategique@paris.com



- Les citoyens craignent Big Brother ou little brothers, les sociétés qui collectent les données pour " profiler " et contrôler  les consommateurs, tandis que la vie privée devient un enjeu crucial

- Les acteurs économiques découvrent la nocivité d’une rumeur électronique ou médiatique, de l’intelligence économique dite " offensive ", d’une attaque contre leur image de marque, d’un virus informatique, …

- Les militaires parlent Guerre de l’information et Révolution dans les Affaires Militaires, sur fond d’armes numériques, de projets futuristes ou de révélations sur la gestion de l’opinion pendant les conflits.

- Les politiques légifèrent sur la société de l’information ; ils découvrent des notions comme infodominance ou  soft power  ; ils craignent la menace du cyberterrorisme  ou la contestation globale via Internet.

- Les intellectuels se déchirent : technophiles contre technophobes, partisans du monde en réseau voué au partage de l’intelligence contre annonciateurs d’une déshumanisation virtuelle.


Or, en France au moins, ces phénomènes ne sont ni systématiquement décrits, ni pensés dans leur ensemble. D’où la nécessité d’une infostratégie

Infostratégie, un néologisme pour un nouveau champ d’étude : entre manipulations mass-médiatiques et dangers des nouvelles technologies, entre géostratégie, économie hypercompétitive et luttes sur les réseaux numériques,
là où des formes inédites de conflit brouillent les distinctions entre politique économique et privé, voire entre violence et communication.

L’infostratégie, étude du conflit informationnel, est aux confins de trois territoires où l’information, des bits électroniques aux images, produit un dommage (réel ou symbolique) ou une domination :

  • Des stratégies géopolitiques ou militaires visant en temps de guerre à surveiller, paralyser ou dissuader un adversaire, en temps de paix à contrôler ses perceptions et initiatives, dans tous les cas à diriger l’opinion. On les nomme : infodominance, psyops, cyberconflits, désinformation et influence, militarisation du cyberespace, guerre du sens, etc..
  • Des dérives de l’économie de l’immatériel , le passage à des formes d’agression par, pour ou contre l’information. On dit alors  : management de la perception, guerre économique ou infoguerre, conflits asymétriques...
  • Des formes de lutte  liées aux Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, qu’elles aient des motivations militantes, ludiques, délictueuses… Là aussi des mots nouveaux pour des faits nouveaux : hacking informatique, " hacktivisme " politisé et contestation en réseaux, rumeurs électroniques, mouvements pour la cryptologie et contre " Big Brother ", etc.


Fonder un observatoire européen

Il rassemblera des compétences, collectera des données et confrontera les idées, pour détecter, étudier, et anticiper les conflits infostratégiques, à travers deux secteurs :

- I - Un centre de recherche.

  • veille, collecte et vérification de données sur les conflits infostratégiques, documentation, tendances et corrélations, mais aussi analyse des doctrines, idéologies, imaginaires ou tendances culturelles en arrière-plan.
  • formation d’un réseau d’experts (membres de l’observatoire et consultants) de tous les domaines scientifiques (nouvelles technologies, économie, sciences de l’information et de la communication, polémologie, médiologie..) ou professionnels
  • confrontation des théories, clarification du vocabulaire et des concepts, élaboration de méthodes d’analyse critique, de synthèse et de prospective
  • analyse des situations critiques, outils de compréhension
  • diffusion des connaissances nouvelles, participation aux congrès internationaux, encouragement à l’enseignement universitaire et à la formation professionnelle
  • relations avec les autorités (plus d’une vingtaine d’organisme pour la France seule), les milieux économiques et universitaires, les organisations professionnelles...
  • action publique pour populariser ces thèmes et sensibiliser aux réalités infostratégiques

Le tout est rendu visible par : un centre de documentation, des publications en ligne et sur papier, des colloques et rencontres de recherche, des interventions médiatiques. L’objectif : le centre devient un partenaire obligatoire et écouté des acteurs.


- II - Un bureau d’étude regroupant les activités de conseil et formation.

Elles visent à mettre à la disposition des acteurs politiques et économiques le capital d’expertise ainsi accumulé. Ces activités justifient rentabilisent les travaux du centre d’études proprement dit sous deux formes principales :

- Veille et formation spécifique.

Création d’outils de veille spécialisée à la demande d’entreprises. L’information devrait concerner non seulement l’état de la technologie, les réalités économiques concurrentielles, la détection des dangers et faiblesses etc mais aussi les acteurs susceptibles d’intervenir dans ces conflits (par exemple connaissance des organisations ou leaders d’opinion, de leurs motivations, de leur discours, etc..) et analyse du milieu ( de la législation aux mouvements culturels ou de sensibilité qui conditionneront les conflits). La formation, devrait aller depuis la sensibilisation à l’infostratégie jusqu’à la formation de spécialistes de haut niveau.

- Conseil :

Fournir à la demande les connaissances, l’expérience et les compétences pour la politique d’une institution ou entreprise. Par politique d’infostratégie, il faut comprendre non seulement les mesures techniques de sécurité ou conseil en organisation et communication de crise, mais aussi l’élaboration d’une véritable stratégie prospective.


En conclusion, l’observatoire aurait vocation à faire lien

  • Horizontalement entre les secteurs qui traitent les problèmes d’infostratégie
  • Verticalement entre une théorie générale encore à élaborer et des crises, dangers ou besoins concrets.




François-Bernard Huyghe : docteur d'Etat en sciences politiques et habilité à diriger des recherches en sciences de l'information et de la communication, enseigne la sociologie des médias au Celsa (Paris IV) et à l'Ecole de guerre économique. Il mène des recherches en médiologie. Il a dirigé le numéro 52 de PanoramiqueS : L'information, c'est la guerre. Des missiles, des émissions, des électrons (Corlet, 2001). Derniers ouvrages : Histoire des secrets (Hazan, 2000) ; L'ennemi à l'ère numérique. Chaos, information, domination (PUF, 2001). Il anime l’Observatoire Européen d’Infostratégie (infostrategique@paris.com)